STANDING COMMITTEE ON NATIONAL
DEFENCE AND VETERANS AFFAIRS
COMITÉ PERMANENT DE LA DÉFENSE
NATIONALE ET DES ANCIENS COMBATTANTS
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le jeudi 29 janvier 1998
• 1738
[Traduction]
Le président (M. Robert Bertrand (Pontiac—Gatineau—Labelle,
Lib.)): La séance est ouverte.
Voici comment nous procédons habituellement. Les témoins vont
nous faire leur exposé à tour de rôle. Nous avons installé deux
micros. Lorsque les témoins auront terminé, tous ceux qui
aimeraient exprimer leur point de vue pourront le faire.
Commençons tout de suite. Notre premier témoin est l'adjudant
Bill Reid.
L'adjudant Bill Reid (témoignage à titre personnel): Avant de
commencer, j'aimerais poser la question qui est sans doute à
l'esprit de la plupart des gens ici présents.
Pour replacer dans leur contexte les témoignages que vous
allez entendre aujourd'hui, j'aimerais que le comité nous explique
comment il pense qu'il pourra régler les problèmes que nous
dénonçons alors que d'innombrables commissions, groupes d'étude et
comités n'y sont pas parvenus avant lui.
Permettez-moi de vous lire les notes que j'ai prises en
préparation pour cette comparution. Nous aimerions croire que le
comité produira un rapport auquel on donnera suite, mais nous avons
plutôt l'impression que ce genre d'étude constitue une perte de
temps et d'argent. Nous avons toujours l'impression que le contenu
de ces rapports est déjà décidé à l'avance et que de toute façon,
on les relègue aux oubliettes.
• 1740
J'aimerais que vous nous expliquiez pourquoi il en serait
autrement cette fois-ci.
Le président: J'aimerais prendre quelques minutes pour
répondre à cette question.
Je peux vous assurer que le contenu du rapport n'a pas été
décidé à l'avance. Le ministre de la Défense nationale,
M. Eggleton, nous a demandé de solliciter des avis sur la façon
d'améliorer la qualité de vie des militaires.
Durant le déjeuner, on m'a dit qu'un bon nombre de gens du
OGDN et d'autres groupes vous avaient demandé votre avis mais qu'on
n'en avait pas tenu compte. Comme je ne sais pas qui a fait ces
études et quelle suite on y a donnée, je ne peux pas me prononcer
là-dessus.
Je peux cependant vous assurer que les membres de ce comité
prennent leur travail très au sérieux et que notre objectif n'est
certainement pas de gaspiller l'argent des contribuables. À titre
de président du comité, je ne m'attends certainement pas à ce que
le rapport du comité soit relégué aux oubliettes. On consacre trop
de temps, d'efforts et d'argent à ces rapports pour qu'on n'y donne
pas suite.
Nous allons formuler des recommandations dans notre rapport.
Quant au sort que le gouvernement lui réservera... Les députés de
tous les partis à la Chambre réclameront certainement que le
gouvernement accepte autant de nos recommandations que possible.
Avez-vous quelque chose à ajouter, John?
M. John Richardson (Perth—Middlesex, Lib.): Voici ce que
j'aimerais dire. Lors de la première législature, de 1993 à 1997,
nous avons examiné à fond le réaménagement des forces armées. Cette
étude en profondeur a été menée par un comité mixte de la Chambre
et du Sénat.
Le rapport contenait un grand nombre de recommandations dont
la mise en oeuvre devait être échelonnée. Le gouvernement a accepté
ce rapport et il constitue le fondement du Livre blanc sur lequel
repose le concept actuel des forces armées.
Beaucoup de gens nous ont fait part jusqu'ici de leur
sentiment de frustration et nous l'avons souligné dans notre
rapport. Tant l'opposition que le gouvernement veulent faire de
leur mieux pour vous aider. Nous allons présenter un rapport au
ministre et nous allons lui demander de le soumettre à ses
collègues du Cabinet. Nous saurons alors si nous sommes bien
parvenus à transmettre au gouvernement les sentiments des membres
des forces armées.
Le président: Je vous remercie, monsieur Richardson.
Monsieur Hanger.
M. Art Hanger (Calgary-Nord-Est, Réf.): Vous avez posé une
question très importante qui touche à d'autres paramètres que ceux
qui ont été fixés pour le comité. Nous sommes tous conscients du
fait que la situation doit changer.
En fait, les pouvoirs du comité sont très limités.
Premièrement, le comité n'est pas maître de sa propre
destinée. Si nous relevons de véritables problèmes, nous ne serons
pas en mesure de réclamer l'adoption de mesures immédiates pour y
remédier.
Ce comité va recueillir de l'information auprès de témoins de
tout le pays et il rédigera ensuite un rapport qui sera soumis au
ministre de la Défense nationale qui, à son tour, le soumettra au
Cabinet. Le secrétaire du Conseil du Trésor et le ministre des
Finances, qui tiennent les cordons de la bourse, font partie du
Cabinet. Ils prendront certaines décisions.
Bon nombre des questions qui sont soulevées ont une incidence
directe sur le Conseil du Trésor: débarrassons-nous de certaines
des politiques et des directives ainsi que de la question
budgétaire qui préoccupe le ministre des Finances.
• 1745
À titre de membre de l'opposition, je crois—et je sais que
mes collègues et même certains membres ministériels partagent ma
position—qu'on a commis une injustice à l'endroit des militaires.
Il faut admettre qu'ils n'ont tout simplement pas été traités comme
ils auraient dû l'être.
Je peux me permettre de dire cela à titre de membre de
l'opposition et je crois d'ailleurs que j'ai la responsabilité de
le faire. Les députés ministériels se trouvent dans une situation
évidemment plus délicate parce que s'ils dénoncent cette injustice,
ils risquent de perdre leur poste au sein de ce comité ou même
d'être exclus du caucus. C'est le système parlementaire qui le
veut. À mon avis, c'est le système qui n'est pas nécessairement
juste.
À titre de député de l'opposition, il m'incombe de m'assurer
que le public sait ce qui se passe. Nous avons effectué cinq
visites dans des installations militaires du pays, et nous avons pu
constater que les militaires n'ont pas la rémunération ni les
logements qu'ils méritent. Certains militaires vivent dans des
logements que des assistés sociaux ou des prisonniers
n'accepteraient pas. La situation qui existe depuis des années en
ce qui touche les casernes Griesbach est dégoûtante. Il nous
incombe donc de dénoncer cette situation.
J'ai participé à une émission de radio depuis que nous avons
commencé nos visites à Esquimalt. À titre de député de
l'opposition, il m'incombe de dénoncer publiquement la situation.
Les députés ministériels se trouvent dans une situation plus
délicate. C'est à eux de décider s'ils vont se conformer à la ligne
de parti ou s'ils vont dénoncer eux aussi la situation. Pour
convaincre le gouvernement d'agir, il nous faudra exercer des
pressions sur lui par l'entremise de la population. La population
devrait savoir exactement comment on a traité les militaires ces
dernières années.
Voilà tout ce que j'avais à dire. Le comité ne jouit que de
pouvoirs limités. Nous allons faire des recommandations très
précises et je crois que nous partageons tous les mêmes
préoccupations, mais tout dépendra de la façon dont nous allons
présenter les choses.
Le président: Je vous remercie, monsieur Hanger.
Monsieur Benoit.
M. Leon E. Benoit (Lakeland, Réf.): Je voudrais ajouter
quelques mots à ce qu'a dit Art.
Vous avez demandé en quoi ce comité serait différent des
autres. En fait, le comité a présenté un assez bon rapport en 1994.
Qu'est-ce qui a cependant changé en raison de ce rapport?
Quant au contenu du présent rapport, si le rapport principal
ne fait pas état des doléances que nous avons entendues,
l'opposition soumettra son propre rapport. Notre rapport fera état
de ce que nous aurons entendu. La question qui se pose est donc
qu'est-ce que le rapport changera à la situation actuelle? Comme
M. Hanger l'a fait remarquer, c'est évidemment au gouvernement
qu'il appartiendra de donner suite aux recommandations du rapport.
Nos ressources financières sont limitées, mais il est possible de
réduire les dépenses dans d'autres secteurs s'il faut augmenter de
façon raisonnable les dépenses militaires. Il s'agit de faire des
choix difficiles. Il faut établir des priorités. Très honnêtement,
le gouvernement n'a pas attaché la priorité aux forces armées comme
il devrait le faire. Voilà ce qui doit changer pour que ce comité
soit plus efficace que les autres. Tout dépend de l'importance que
le gouvernement attache aux forces armées, car c'est le
gouvernement qui décide de la façon dont on dépense l'argent des
contribuables.
Le président: Je vous remercie, monsieur Benoit.
Monsieur Pratt.
M. David Pratt (Nepean—Carleton, Lib.): Je ne suis pas sûr
d'avoir beaucoup à ajouter à ce qui vient d'être dit, mais
j'aimerais réitérer ce qu'a dit M. Bertrand, à savoir que c'est le
ministre qui nous a demandé d'entreprendre cette étude.
Personnellement, je crois que le ministre se préoccupe vraiment du
sort des membres des forces armées.
Avant même que le comité n'entreprenne ses travaux, je me
considérais moi-même comme un défenseur des forces armées. Tout ce
que j'ai entendu jusqu'ici n'a fait que renforcer mon sentiment.
Nous devons évidemment expliquer la situation aux membres de notre
propre caucus, le caucus libéral dans mon cas, ainsi qu'à
l'ensemble des députés du Parlement.
Comme M. Hanger l'a dit, je crois que nous allons présenter
des recommandations assez fortes qui sembleront peut-être même
radicales à certains, qu'il s'agisse des citoyens ou des échelons
supérieurs du MDN. Certains n'aimeront peut-être pas beaucoup ce
que nous allons dire.
• 1750
J'aimerais certainement qu'il y ait consensus au sein du
comité sur cette question, car je crois qu'elle est trop importante
pour permettre aux partis pris d'intervenir.
Je n'en dirai pas plus.
Le président: Je vous remercie, monsieur Pratt.
Madame Longfield.
Mme Judi Longfield (Whitby—Ajax, Lib.): C'est peut-être moi
qui, au sein de ce comité, connais le moins la situation des forces
armées. Je peux cependant vous dire que j'ai beaucoup appris depuis
que je fais partie du comité... Je peux vous assurer que ma
priorité lorsque je retournerai dans ma circonscription, c'est de
faire savoir à mes électeurs quel est le traitement qu'on vous a
réservé et dans quelles conditions déplorables on vous demande de
vivre. Je crois qu'il m'appartient de convaincre mes collègues
libéraux d'appuyer les recommandations du comité. Il faut procéder
une circonscription à la fois. Je peux vous assurer que je ferai
tout en mon pouvoir pour vous aider.
Le président: Je vous remercie, madame Longfield.
Monsieur Price.
M. David Price (Compton—Stanstead, PC): En réponse à votre
question, ce qui distingue ce comité des autres, c'est que c'est le
Comité permanent de la défense et qu'il se compose de députés de
tous les partis. Je pense que ça fait très longtemps que le comité
ne s'est pas penché sur la question de la qualité de vie des
membres des forces armées. On a étudié presque tout le reste, mais
pas cela.
Avant de devenir député, j'étais maire. Je ne veux pas
insulter qui que ce soit, mais au lieu de parler avec des
officiers, nous avons décidé de parler avec des militaires de tous
les rangs... Je crois qu'il vous est aussi beaucoup plus facile de
vous exprimer quand vous êtes entourés de vos pairs.
Avant même d'entendre les témoins d'aujourd'hui, j'aimerais
vos féliciter, car j'étais impressionné de voir comment les choses
se sont déroulées hier soir. Les militaires que nous avons entendus
hier soir à Edmonton nous ont fait part très calmement de leurs
sentiments et de leurs frustrations. Dans une assemblée publique
locale, les gens auraient sans doute exprimé autrement leur colère.
Les militaires méritent des éloges. Ils expriment leur point de vue
sans perdre la maîtrise d'eux-mêmes.
Je vous remercie.
Le président: Je vous remercie, David.
Notre deuxième témoin est l'adjudant Fenton.
L'adjudant Mark Fenton (témoignage à titre personnel):
Monsieur le président, mesdames et messieurs, maire Coates et
colonel Guidinger.
J'aimerais remercier le comité de l'occasion qui m'est donnée
de lui parler de mon sujet favori, soit les différents modes de
prestation de services. L'adjudant-chef Scott vous a déjà fait une
très bonne introduction du sujet, mais j'aimerais maintenant vous
donner mon point de vue personnel.
Le mémoire que je vous ai remis aborde divers sujets, mais
pour le moment, je me concentrerai seulement sur les DMPS.
Je gère actuellement le laboratoire d'appareils automatiques
d'essai ici, à l'escadre 4 de Cold Lake. Ce laboratoire est ce que
j'appellerais une installation de deuxième échelon. Le premier
échelon correspond à ce que vous avez vu à Aviano, en Italie, où se
trouvent les avions. Les techniciens entretiennent et réparent les
avions, mais quand le matériel ou l'équipement tombent en panne, on
l'envoie aux installations de deuxième échelon où nous le réparons.
Mon laboratoire répare les radars, les ordinateurs de mission, les
écrans de visualisation et le matériel de ce genre.
À l'heure actuelle, l'armée de l'air possède beaucoup de gens
compétents dans les domaines de la technologie comme de
l'électronique et la mécanique dans ses divers ateliers de
maintenance au deuxième échelon. La plupart des techniciens sont
des gens qui ont reçu une excellente formation et qui sont très
fiers de l'excellent travail qu'ils accomplissent.
Je crains que les DMPS n'entraînent la dégradation
systématique de ces compétences.
Comme vous le savez, le recours aux DMPS consiste à sous-traiter
certaines fonctions à quelqu'un qui, en principe, est
capable de s'en charger pour moins cher ou plus efficacement.
Il y a eu des initiatives excellentes sur ce plan, comme celle
du Bureau du logement des Forces canadiennes. À mon avis, ce bureau
a fait un excellent travail et je suis plus satisfait de ses
résultats que de ceux de l'administration précédente.
• 1755
Pour ce qui est des installations de deuxième échelon, les
DMPS risquent de rendre l'armée de l'air moins en mesure d'intégrer
les nouvelles technologies. Nous vivons à une époque où la
technologie est en plein essor. Elle évolue continuellement. Nous
avons besoin de gens compétents pour faire face à ces changements.
Mais j'ai l'impression que nous reculons.
Si je suis ici, c'est parce que, comme vous l'avez sans doute
entendu dire, le laboratoire d'appareils automatiques d'essai doit
céder la place, du moins en partie, aux DMPS. Pour vous décrire un
peu ce laboratoire qui est sur le point de disparaître, au cours
des quatre dernières années, mon personnel et moi-même avons pris
volontairement un certain nombre d'initiatives. Il y a eu une
restructuration et une compression des effectifs qui représentent
2,3 millions de dollars par an. Pour un petit laboratoire, cela
représente une somme importante. Nous avons repris une fonction qui
était remplie par un entrepreneur civil, ce qui a permis
d'économiser environ 500 000$ par an. En même temps, nous avons
porté de 300 à 1 200 les types d'appareils que nous pouvions
réparer. Cela ne nous a pas empêchés d'économiser ces 500 000$ par
an.
Un autre exemple. Un de nos appareils d'essai présentait un
sérieux problème. Un de mes techniciens a conçu, un week-end,
pendant ses moments de loisir, un système qui a permis de le
réparer pour la somme de 10$. Le fabricant avait déjà dépensé
60 000$ sans pouvoir remédier au problème.
Je pourrais mentionner bien d'autres initiatives. Je pourrais
continuer ainsi pendant des heures, mais je sais que mon temps est
limité.
En novembre 1996, le vérificateur général est venu à Cold Lake
et, dans le cadre de son étude de la politique de maintenance de
l'escadre 4, il a estimé que tant cette politique que les
gestionnaires et les techniciens à tous les niveaux étaient très
progressistes et innovateurs. Il a dit que nous n'avions épargné
aucun effort pour réduire les coûts d'exploitation. Il a qualifié
nos résultats d'impressionnants. Comme vous le savez, le
vérificateur général n'a pas la réputation d'être très louangeur à
l'égard des organismes gouvernementaux. Nous étions donc assez
fiers de son évaluation qui validait nos efforts. Malgré cela, des
sections de mon laboratoire seront confiées à des sous-traitants
même si un processus d'appel d'offres interne a permis d'établir
qu'il était préférable de laisser ce service entre les mains du
personnel militaire.
Alors pourquoi va-t-il disparaître? On me dit que notre
infrastructure, notre quartier général n'est pas en mesure de gérer
comme il faut l'obsolescence du matériel; d'autre part, notre
système d'approvisionnement et notre système de transport ne
répondent pas aux besoins de l'armée de l'air dans le contexte des
scénarios qui ont été examinés. Bien entendu, le quartier général
ne peut plus gérer l'obsolescence même si c'est la principale
fonction des gestionnaires du cycle de vie du matériel. Le quartier
général a été victime d'énormes compressions. Il n'a plus les
ressources ou le personnel voulus pour s'acquitter de cette tâche.
Le système d'approvisionnement et le système des transports
ont également fait l'objet de coupes. Le nombre de techniciens en
approvisionnement de cette base a été tellement réduit que je ne
peux même pas vous citer un pourcentage. Les techniciens en
approvisionnement et les gens des transports font le meilleur
travail possible avec ce qu'ils ont, mais leurs ressources
diminuent constamment.
Je crois également que lorsque ce laboratoire sera
pratiquement éliminé, le coût des réparations de matériel, de la
gestion de l'obsolescence et des achats d'équipement sera plus
élevé que si nous nous étions dotés du personnel et des ressources
nécessaires pour nous acquitter de cette fonction. Notre personnel
est le meilleur qui soit. L'industrie le sait, car elle n'a pas
caché que si elle remportait le contrat, elle voulait embaucher le
personnel de notre laboratoire parce que personne d'autre ne peut
faire ce travail.
Pour ce qui est du système d'approvisionnement qui a été cité
en exemple, qui a-t-il de plus essentiel pour une force de combat
qu'un système d'approvisionnement? S'il est insuffisant en temps
normal, ne faudrait-il pas l'améliorer pour qu'il puisse nous
soutenir comme il faut en situation de combat?
Bien entendu, il a été très facile—peut-être pas tant que
cela—au gouvernement d'avoir réduit nos forces de 90 000 et plus
à environ 60 000. Il est peut-être très facile d'annoncer au
Parlement qu'on vient de réduire l'effectif de 1 000 soldats comme
dividende de paix pour la chute du mur de Berlin. Va-t-on révéler
du même coup qu'il faudra peut-être débourser davantage pour faire
faire ce travail à quelqu'un d'autre mais que le niveau des
effectifs ayant été arbitrairement fixé à 60 000, il faut se
débrouiller avec le personnel qu'il nous reste?
• 1800
Cela va donc entraîner une dégradation continue des moyens de
l'armée de l'air et des compétences technologiques de nos
techniciens.
C'est ce qui se passe dans mon laboratoire ou c'est ce qui
risque de se passer. Ensuite, cela touchera les ateliers de
moteurs, de pièces et plusieurs autres fonctions mécaniques et
électriques.
Cela a de graves répercussions sur le moral des troupes. J'ai
déjà mentionné les louanges qui ont été adressées au personnel de
notre laboratoire, pour tout ce qu'il a fait de sa propre
initiative, sans prime ou incitatif supplémentaire. Ce que les gens
ont fait c'était pour le bien de l'armée de l'air, pour l'aider à
réduire son budget. Nous avons fait notre part et même plus que
notre part.
Nos techniciens ont fait preuve d'énormément de loyauté envers
l'armée de l'air, qui n'a peut-être pas la même loyauté envers eux.
Ou peut-être est-ce ailleurs, à un échelon plus élevé que l'on
manque de loyauté. Je dis cela parce que ce qu'on dit à nos soldats
c'est: «Merci pour votre travail. Vous avez réduit nos dépenses.
Vous avez fait un excellent travail, mais nous n'avons plus besoin
de vous.»
C'est ce que nos techniciens font quotidiennement. Ils
cherchent constamment de nouveaux moyens de réparer efficacement le
matériel. C'est leur métier. C'est leur raison d'être. C'est ce
qu'ils aiment faire. Mais ils ignorent ce que l'avenir leur
réserve.
Bien des gens qui travaillent en première ligne—pas tous,
mais certains—souhaitent pouvoir être réaffectés dans un atelier
de deuxième échelon après un certain temps. Le travail peut être
très stressant dans les escadres au premier échelon. Le rythme est
effréné. Nos soldats passent beaucoup de temps loin de chez eux:
trois mois à Aviano... Je sais qu'il y a sans doute des endroits
pires, mais cela représente beaucoup de stress pour la famille et
ce n'est sans doute pas la seule affectation que ces personnes ont
au cours de l'année.
Que se passe-t-il si nous supprimons ces fonctions de deuxième
échelon, si nous les confions à l'industrie civile? Les gens vont
passer une partie beaucoup plus importante de leur temps dans les
services de premier échelon, ce qui représente plus de stress et
les éloigne plus longtemps de chez eux. Si vous trouvez que les
problèmes sociaux et psychiatriques sont déjà sérieux, vous n'avez
rien vu.
De plus, nous ne pourrons pas garder les gens qui sont attirés
par la technologie. Nous avons actuellement d'excellents
techniciens qui savent vraiment ce qu'ils font. Ils aiment beaucoup
leur travail. Si nous leur enlevons certains de ces défis
technologiques, quelques-uns resteront sans doute, mais la plupart
iront probablement voir ailleurs.
L'entreprise privée recrute à un rythme effréné. Nous pouvons
le voir dans les journaux. Hughes, Harris, Bombardier, Lockheed
Martin, entre autres, publient des annonces dans les journaux
locaux. Un grand nombre de nos techniciens s'y intéressent de près,
surtout à cause de ce qui se passe dans l'armée de l'air. Ils se
demandent pourquoi être les derniers à rester à bord d'un navire en
train de sombrer.
Quand je parle de cette question avec mes collègues, les
autres gestionnaires de l'escadre, les responsables des autres
fonctions de deuxième échelon, tout cela me paraît très attristant.
Le programme DMPS est lancé depuis environ trois ans et demi. Nous
avons fait beaucoup d'efforts pour économiser et répondre aux
appels d'offres avec des soumissions internes. Les autres
gestionnaires disent que rien n'incite le personnel de leurs
ateliers à prendre le même genre d'initiative. Rien n'incite les
gestionnaires à tenter de combattre la sous-traitance, car ils se
disent qu'ils sont battus d'avance. Ils estiment que l'issue est
inévitable.
En fin de compte, si vous voulez une armée pour la prochaine
guerre, qu'elle ait lieu en Europe ou contre les forces de mère
nature, elle ne sera plus là si on continue à éliminer des
fonctions.
Pendant la tempête de verglas, on a demandé à notre base de
fournir 500 techniciens en électricité. Ce sont nos experts en
électronique.
Les techniciens de mon laboratoire comptent parmi les
professionnels les plus compétents avec qui j'ai eu le plaisir de
travailler. Ils sont excellents. Un bon nombre d'entre eux croient
toujours, comme moi, que l'uniforme leur va bien. Nous voulons
continuer à le porter pendant plusieurs années, mais cela semble
parfois de plus en plus difficile.
Je suis entré dans l'armée à l'époque où le port de l'uniforme
était considéré comme une profession honorable. Depuis quatre ou
cinq ans, il y a eu tellement de hauts et de bas que je me demande
si c'est encore vrai. Notre rôle lors des deux inondations et de la
tempête de verglas a légèrement rehaussé notre image. Il est
vraiment regrettable qu'il faille compter sur des désastres pour
rehausser le moral des troupes et notre image aux yeux du public.
Ce n'est pas normal.
• 1805
J'ai parfois l'impression que nous sommes un organisme
gouvernemental comme les autres dans lequel le Parlement peut
sabrer à volonté sans vraiment savoir quels sont les besoins.
L'incertitude semble devenir notre seule certitude.
Qu'adviendra-t-il de l'armée de l'air si nous perdons ces
fonctions et nos techniciens compte tenu des progrès de la
technologie? Comme je l'ai dit, la technologie est en constante
évolution. Si nous perdons toutes ces compétences, nous aurons
beaucoup de mal à intégrer les nouvelles fonctions.
N'oubliez pas que les techniciens que l'armée de l'air met
beaucoup de temps à former partent ensuite travailler dans le
civil. L'armée alimente en grande partie l'économie civile en
spécialistes de l'électronique, de l'avionique et de la mécanique,
et cela depuis des années. Si l'armée de l'air commence à prendre
ce genre de mesures, une bonne partie des sources de formation du
public canadien disparaîtra.
N'allez pas croire que je suis contre les entreprises civiles
ou l'industrie canadienne. Ce n'est pas le cas. Notre industrie
joue un rôle très important dans la défense du pays. Mais nos
techniciens aussi. Nous devons assurer un juste équilibre au lieu
de sabrer pour sabrer en essayant de limiter les dégâts au maximum.
Il faut trouver une forme de partenariat qui sera la meilleure
solution.
Le moral des troupes. À mon avis, le moral des troupes est au
plus bas à cause des incidents de Somalie et de la mauvaise presse.
Personne n'a été épargné. Tous ceux qui portaient un uniforme en
ont ressenti les effets d'une façon ou d'une autre. Des caporaux
m'ont dit qu'ils avaient honte de porter leur uniforme en public.
C'était il y a quelques années, au coeur du scandale, mais il est
vraiment triste qu'un soldat qui porte l'uniforme de Sa Majesté en
ait honte.
Je me demande qui veille sur les intérêts des militaires? Nous
n'avons pas un Daryl Bean pour veiller sur nous comme les
fonctionnaires. Nous ne sommes pas des postiers. Nous ne pouvons
pas faire la grève avant Noël pour embêter tout le monde.
N'est-ce-pas?
En raison de la nature de leurs fonctions, les militaires
servent en silence. Nous ne faisons pas les manchettes des
journaux. Nous ne demandons pas la une des quotidiens et des
médailles pour tout le monde, mais le respect du grand public
serait certainement agréable.
Comme l'adjudant Reid l'a laissé entendre, je me demande si
votre comité sera de quelque utilité. Ne vous donnez pas la peine
de répondre encore à cette question. Vous l'avez déjà fait de votre
mieux. Comme on dit, c'est aux fruits qu'on juge l'arbre. Nous
verrons bien.
Je voudrais dire également que, si j'ai bien compris, votre
comité est un comité multipartite qui tente de son mieux
d'améliorer la qualité de vie des militaires. Ai-je raison?
D'accord. Mais je trouve également que les discussions qui
s'apparentent à de la politique électoraliste et partisane ne sont
pas de mise et insultent cet auditoire.
Le président: Merci.
Monsieur Benoit, aviez-vous une question?
M. Leon Benoit: Juste une brève question. À titre
d'éclaircissement, pourquoi pensez-vous que la sous-traitance
l'emporte sur les services internes plus souvent qu'il ne le
faudrait?
Adj Mark Fenton: Il y a plusieurs facteurs et chacun est
particulier. Si vous m'aviez posé la question il y a six mois,
j'aurais été convaincu que c'était à cause de la politique et du
lobbying de divers groupes d'intérêts particuliers. En ce qui nous
concerne, je crois que nous nous sommes tirés dans le pied... Je
vais reformuler cela. Nous nous sommes tirés dans le pied avec
l'arme que nous a donnée le gouvernement. Nous avons dû réduire nos
dépenses et le quartier général a subi des coupes beaucoup plus
importantes qu'ailleurs. Les gens qui se trouvent à mon échelon
travaillent au quartier général en essayant de gérer l'équipement,
d'obtenir des pièces de rechange, de remplacer le matériel désuet,
mais ils n'ont plus les ressources voulues. C'est une des
principales raisons qui m'ont été données. Comme nous ne suffisons
plus à la tâche, peut-être faudrait-il embaucher un spécialiste.
• 1810
Comme pour les autres initiatives DMPS, je ne peux pas
vraiment dire quels sont les principaux facteurs qui y ont
contribué. C'est mon opinion personnelle. Il y a néanmoins d'autres
fonctions pour lesquelles la sous-traitance est envisagée dans
cette escadre et ailleurs et c'est un peu partout que le moral des
troupes est très bas.
Le président: Merci beaucoup, monsieur.
Caporal Macumber.
Le caporal Martin Macumber (témoignage à titre personnel): Il
y a environ un an, ma femme a été mutée à Edmonton. Elle travaille
à l'approvisionnement et, si j'ai bien compris, la règle veut
maintenant que les techniciens en approvisionnement fassent une
partie de leur service sur le terrain. Depuis un an, nous avons
entrepris plusieurs démarches pour qu'elle soit réaffectée ici. Je
suis monté jusqu'au haut de la chaîne de commandement à plusieurs
reprises, quand j'étais à l'escadron 410 et aussi à l'EMA1. Tout le
monde cherche à m'aider, tout le monde est très compatissant. Ils
ont tous essayé très fort d'obtenir qu'elle soit réaffectée ici,
mais en vain. Le gestionnaire de carrières a décidé qu'elle ne
serait pas réaffectée.
Depuis qu'elle a servi dans l'unité de soutien au combat 1,
elle est allée sur le terrain, mais elle n'a pas la cote NQ5 de
sorte qu'elle ne peut pas occuper d'emploi. Elle n'a donc pas les
compétences voulues pour beaucoup des postes pour lesquels elle a
présenté une demande et pour lesquels elle s'est portée volontaire.
Elle est prête à faire son service sur le terrain, comme le veut la
règle des conjoints éloignés de leur conjoint, mais nous
préférerions être ensemble plutôt que séparés. Comme d'autres l'ont
dit, il faut faire quatre heures de route, et nous arrivons à le
faire la fin de semaine.
Ç'aurait pu être pire. Ma femme aurait pu être affectée à
Petawawa, à Gagetown ou bien plus loin encore. Au moins, Edmonton,
c'est dans la même province, et nous pouvons faire le trajet la fin
de semaine, quand le temps le permet.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, elle n'essaie pas d'échapper
à l'obligation de faire son service sur le terrain. Elle a déjà
présenté plusieurs demandes de service sur le terrain et elle a
aussi demandé à participer à des tournées avec L'OTAN en Bosnie et
sur les hauteurs du Golan et dans d'autres endroits semblables.
Comme elle n'a pas la cote NQ5, on ne veut toutefois pas d'elle.
Comme je l'ai dit, nous sommes tous les deux allés jusqu'au
haut de la chaîne de commandement pour essayer d'obtenir un
changement. De son côté, elle a envoyé des notes de service pour
demander une mutation pour motifs personnels, et elle a fait
d'autres démarches dans ce genre. Dans la réponse que lui a faite
son commandant—je crois que c'était à l'unité de soutien au
combat 1—, il y avait une note demandant qu'on lui ménage une
entrevue avec le travailleur social de la base. Quand elle est
allée le voir, le travailleur social ne demandait pas mieux que de
l'aider à obtenir, non pas une mutation mais un renvoi pour motif
personnel. En cela, son attitude est conforme à celle qui prévaut
sur le terrain, c'est-à-dire qu'on est prêt à l'aider à obtenir son
renvoi, mais on n'est guère prêt à faire autre chose. On n'a pas
bougé le moindrement pour ce qui est de l'aider à revenir ici.
Pour ma part, je dois dire que mes surveillants ont été très
compatissants, m'accordant des heures de congé et le reste.
Comme elle n'a pas le NQ5, on l'envoie d'une section à
l'autre. Elle est maintenant à l'EMA1; il ne s'agit donc pas d'une
affectation où elle est appelée à se déplacer sur le terrain. Il
semble qu'on continue à l'envoyer d'une section à l'autre. Ils ne
savent pas trop quoi faire d'elle à cet égard.
D'après ce qu'on nous a dit, cette affectation sera d'une
durée de trois ans. Nous ne savons pas exactement combien de temps
elle durera. Nous avons deux petits, de six et sept ans. Ils
s'imaginent que Noël vient tous les deux ou quatre mois. Allez donc
essayer de leur expliquer que Noël vient seulement tous les trois
ou quatre ans...
Jusqu'à maintenant, le coût pour la famille a été
considérable. Nous avons épuisé une bonne part de nos économies à
faire le trajet entre Edmonton et Cold Lake. Récemment, j'ai été
envoyé en formation à Trenton pendant trois mois, et mes enfants
ont dû aller vivre chez leur grand-mère pendant quatre mois pour
qu'ils puissent aller à l'école, parce que ma femme ne pouvait pas
s'occuper d'eux à Edmonton étant donné qu'elle vit à la caserne.
Cela a coûté très cher. Le coût des services de garde à Regina est
très élevé. C'était 800$ par mois environ. C'était très difficile
pour la famille et aussi pour ma belle-mère quand ils étaient
là-bas.
• 1815
Il y a aussi les dépenses courantes. Nous avons maintenant
deux comptes de téléphone. Elle doit avoir son téléphone—deux
comptes pour le câble, de même que l'essence qu'il faut pour aller
d'Edmonton à ici et vice versa. Nous avons ni plus ni moins deux
ménages, même si ma femme vit à la caserne là-bas. Quand nous
allons lui rendre visite, nous avons le choix entre vivre à l'hôtel
ou vivre dans une chambre qui fait environ 12 pieds sur 12 pieds.
Imaginez quatre personnes vivant dans une chambre comme celle-là
pendant toute une fin de semaine.
Par ailleurs, je suis à peu près sûr que la garnison
d'Edmonton a pour règle que les personnes du sexe opposé ne sont
pas autorisées à passer la nuit à la caserne. De sorte que nous
violons en quelque sorte le règlement. Je n'en suis pas sûr.
C'était comme ça quand j'étais dans l'infanterie. Je le sais pour
m'être fait prendre deux ou trois fois.
À l'heure actuelle, j'occupe un poste d'inspecteur des essais
non destructifs. À ma connaissance, il n'y a pas de poste pour
quelqu'un qui a une formation comme la mienne à Edmonton. J'ai
travaillé très fort pour avoir cette formation. J'en ai fait
beaucoup par moi-même. Il m'a fallu beaucoup de temps pour me
spécialiser ainsi. Ce serait très mauvais que je sois obligé de
changer de métier pour pouvoir la suivre à Edmonton.
On parle d'économiser de l'argent et de rendre l'organisation
plus efficiente. Or, parce que ma femme est à Edmonton, il en coûte
au gouvernement environ 300$ pour le vivre et le logement, et ça
c'est pour une personne. Je ne suis pas sûr des chiffres exacts. Je
suis en train de réunir tout cela et je vous enverrai une lettre
très détaillée par le courrier où j'indiquerai les noms de tous
ceux à qui nous avons parlé et j'inclurai les photocopies des notes
et lettres que nous avons écrites, avec la date et l'heure et aussi
un résumé général de la conversation, de même que d'autres
chiffres. Toujours est-il que le coût est d'environ 300$ par mois
pour le vivre et le logement.
On nous accorde 120$ par mois en allocation pour conjoints
vivant éloignés l'un de l'autre, et ce montant compense en partie
le coût des déplacements entre Edmonton et Cold Lake de même que
des comptes de téléphone. Le compte de téléphone... Nous nous
servons des lignes de jonction, mais le temps d'appel est très
limité. Imaginez que vous ne puissiez parler à votre femme que
pendant 15 ou 20 minutes chaque soir, alors que les enfants veulent
lui parler aussi. Cela ne semble pas mauvais au départ de prévoir
un appel de 15 minutes pour parler à sa femme, mais c'est difficile
de maintenir ainsi les liens familiaux.
Quand un des conjoints est muté—je ne suis pas sûr du terme
qui convient—, on a droit à un aller-retour chez-soi avec une
indemnité de transport en congé par année. Malheureusement, comme
nous vivons trop près d'Edmonton, nous n'avons pas droit à cette
indemnité. Je crois qu'ils déduisent la première tranche de 500
milles, puis le tarif qui est appliqué est assez bas. J'obtiendrai
tous les chiffres exacts à cet égard et je vous les enverrai par le
courrier.
Par ailleurs, l'indemnité d'affectation d'un demi-mois est une
autre dépense qui doit être assumée par le gouvernement. Cette
indemnité est versée à la personne le mois où elle est affectée à
Edmonton. Si jamais on décide de nous affecter au même endroit,
c'est une autre dépense que devra assumer le gouvernement. Il
s'agit donc d'un montant équivalant à la moitié de la solde
mensuelle d'un caporal. Je ne sais pas exactement à quoi cela
correspond.
Il y a sans doute aussi d'autres dépenses qui doivent être
assumées par le gouvernement. Je sais que, pour ma part, je
m'absente parfois du travail pour me rendre à l'école; il faut
payer les repas chauds, les services de garde et d'autres choses
semblables. Tout cela, c'est sans parler bien sûr des autres
dépenses liées au travail administratif nécessaire pour qu'une
personne soit là-bas sans sa famille.
Comme je l'ai déjà dit, la route est longue entre Edmonton et
Cold Lake. Si la loi de la moyenne se maintient, nous aurons
sûrement un accident d'ici trois ans. C'est une préoccupation qui
ne me quitte jamais.
Je sais qu'il y a actuellement cinq familles qui sont dans la
même situation que la nôtre. L'été dernier, lorsque je faisais
partie de l'escadron 410, il y en avait trois, dont la nôtre, qui
avaient ce mode de vie. Depuis, une de ces familles a été réunie,
mais vous pouvez vous imaginer ce que c'est que d'avoir dans un
seul escadron trois familles divisées par des affectations de
compagnie. Dans combien d'autres bases a-t-on vu la même chose pour
un escadron ou un bataillon donné?
• 1820
Je sais bien que cela peut se produire lorsqu'on devient
membre des forces armées. Je le sais parce que j'ai grandi dans une
famille de militaires, puisque mon père était adjudant-chef dans
l'infanterie. Il était souvent parti. Mais puisque l'on parle
aujourd'hui d'améliorer la qualité de vie et d'améliorer le moral
des troupes, il me semble que c'est la mauvaise façon d'aborder le
problème. De plus, s'il s'agit d'économiser, c'est une autre
mauvaise façon d'y parvenir. Il n'y a aucune économie à faire dans
ce type de vie. Cela coûte quelque 4 800$ par année pour garder ma
femme là-bas, si l'on compte le vivre, le logement, et l'allocation
d'absence du foyer.
Voilà tout ce que j'avais à dire. Merci de m'avoir écouté.
Le président: Je pense que certains d'entre nous veulent poser
des questions. Monsieur Pratt.
M. David Pratt: Caporal, j'ai soupé avec votre femme hier soir
à Edmonton, et elle m'a dit...
Des voix: Oh, oh!
M. David Pratt: À vrai dire, je ne vois pas comment on peut
maintenir des relations familiales dans les circonstances que vous
nous avez décrites. Cela doit être extrêmement difficile,
émotivement et financièrement.
Je m'adresse autant au comité qu'à vous-même. Il y a certains
représentants du ministère de la Défense nationale qui sont ici. Je
ne sais pas s'ils ont la formation voulue pour me répondre, mais
j'aimerais savoir combien de couples il y a dans les forces armées
du Canada qui sont dans la même situation que vous, et quelle est
la politique du ministère à cet égard: est-ce que l'on est prêt à
faire des concessions pour réunifier la famille? J'imagine que la
séparation est parfois nécessaire du point de vue opérationnel,
mais je sais aussi que s'il est possible de faire quoi que ce soit
pour réunir les couples mariés, il faudrait le faire. Il nous
serait utile de savoir quelle est l'ampleur du problème, avant de
l'attaquer.
Cpl Martin Macumber: Puisque vous avez parlé des forces armées
à l'échelle du Canada, je dois dire que lorsque j'étais à Trenton,
je n'arrêtais pas de rencontrer des gens qui étaient exactement
dans la même situation, puisque c'étaient des collègues de travail.
Je suis sûr que, dans notre base, il y a plus de familles que les
cinq que j'ai mentionnées qui vivent ainsi séparées. Si l'on avait
vraiment besoin là-bas de ma femme du point de vue opérationnel,
j'imagine que j'accepterais la situation. Or, elle occupe la
fonction de caporal, technicienne en approvisionnement, il y en a
des dizaines et de dizaines qui sortent en permanence de Borden
avec cette fonction.
Nous avons soumis une liste de noms de tous ceux qui étaient
prêts à déménager à Edmonton et qui voulaient sortir de Cold Lake.
Dans l'un des cas, la femme du soldat devait suivre des traitements
dans une clinique de cancer, si j'ai bien compris. Je ne sais pas
de qui il s'agit, mais ce couple est venu nous voir pour nous dire
qu'il voulait déménager, étant donné que la femme en question avait
des problèmes de santé. Or, le gestionnaire des carrières a refusé.
Nous, nous avons fait la demande de notre côté, en soumettant des
noms, par exemple.
Le président: Merci. On vient de me faire signe que l'on
pourra obtenir ces renseignements du quartier général de la Défense
nationale.
Monsieur Benoit, vous avez une question?
M. Leon Benoit: J'en ai deux. Vous ne pouvez sans doute pas
répondre à ma première, puisque je voudrais savoir si ce que vous
nous racontez-là est monnaie courante. Vous nous avez expliqué
quelle était votre expérience à vous.
Les forces armées déploient énormément d'efforts pour
encourager les femmes à se joindre aux forces armées, d'une part,
alors que, d'autre part, elles sont tout disposées à séparer des
familles dans des circonstances qui, à première vue, pourraient
être évitées. Croyez-vous que ceux qui prennent les décisions
pourraient trouver une autre solution qui permettrait de résoudre
le problème sans trop de difficultés?
Cpl Martin Macumber: Je n'en suis pas certain. Ce que je sais
personnellement, c'est que le responsable des carrières a un
tableau avec des numéros et des casiers à remplir. Il prend mon
numéro, que ce soit mon numéro de service ou mon numéro de poste,
et il décide: telle personne va à tel endroit. Voilà comment il
procède. Cela dit, je ne sais pas s'il va plus loin et s'il tient
compte des couples. Peut-être qu'une seule personne en a eu assez
du système et a décidé d'imposer les mêmes problèmes à tous les
autres.
• 1825
Je ne sais vraiment pas comment on peut changer le système. Si
on prend le temps de considérer chaque cas individuellement avant
de remplir les postes, cela va prendre beaucoup de temps. Je ne
suis pas certain qu'il soit possible de changer cette façon de
faire. Si on doit se demander chaque fois s'il faut tenir compte
des couples, cela risque de prendre beaucoup de temps.
M. Leon Benoit: La personne que vous avez mentionnée, dont la
femme était atteinte d'un cancer et qui s'était portée volontaire
pour aller à Edmonton, était-elle qualifiée pour faire le travail
que votre femme accomplissait?
Cpl Martin Macumber: Oui monsieur, tout à fait qualifiée. Il
a été en poste à l'étranger à plusieurs reprises, dans le cadre
d'une mission de l'OTAN et de missions des Nations Unies. Il était
amplement qualifié pour ce poste. Mais comme Heather n'avait pas
fait suffisamment de temps sur le terrain, en dépit de ses 16
années dans la milice et dans la première réserve qui sont
constituées principalement de temps sur le terrain, elle n'a pas pu
avoir ce poste. Je ne sais donc pas pourquoi il n'est pas
possible... J'imagine que le temps passé dans la milice n'est pas
considéré comme du temps sur le terrain en dépit du concept de la
force totale qui est censé prévaloir.
M. Leon Benoit: Vous avez dit que vous avez parcouru toute la
hiérarchie pour essayer de résoudre ce problème. Vous a-t-on
expliqué pourquoi il n'était pas possible de changer cette
situation?
Cpl Martin Macumber: Pratiquement tous ceux à qui j'ai parlé
ont été très compréhensifs et ont fait de véritables efforts, mais
seulement pour conclure que c'est la nature du service: quand vous
signez sur la ligne pointillée, vous devez savoir que ce genre de
chose peut se produire, et quand c'est le cas, il faut s'en
accommoder.
Si j'ai bien compris, c'est parce que la politique est de
donner à tous les techniciens en approvisionnement et à tous les
spécialistes du CSS un certain temps sur le terrain. Il y a des
gens qui passent vingt ans dans les forces armées et qui ne voient
jamais ce qu'on considère une affectation «difficile», je crois que
c'est le terme exact. D'un autre côté, vous avez le technicien en
approvisionnement moyen, qui porte un uniforme bleu, et qui passe
vingt ans dans une affectation «facile»—Cold Lake ou une autre
base des forces aériennes. Cela dit, je ne sais pas si Cold Lake
est vraiment une affectation facile. Quoi qu'il en soit, à l'heure
actuelle, on essaie de diversifier pour que tout le monde puisse...
Si j'ai bien compris, ils doivent également passer un certain temps
en mer. J'attends mon tour avec impatience.
Le président: Merci beaucoup.
Cpl Martin Macumber: Merci beaucoup.
Le président: Nous accueillons maintenant Son Honneur le maire
Ray Coates. Monsieur le maire.
M. Ray Coates (maire de Cold Lake): Merci, monsieur le
président, membres du comité, d'avoir accepté d'entendre ma
position et celle de la communauté de Cold Lake au sujet de
l'avenir social et économique des membres des Forces canadiennes et
également d'écouter nos recommandations sur la qualité de vie, le
soutien et les indemnisations offertes par le Canada à notre
personnel militaire et à leurs familles.
Je tiens à dire tout de suite que notre communauté s'associe
aux observations du personnel militaire que vous avez entendues
aujourd'hui. Notre conseil et notre communauté approuvent
pratiquement tout ce qu'on vous a dit. Je tiens à le préciser tout
de suite.
Je n'essaierai pas de revenir sur tout ce qui a été dit, car
je ne pourrais pas faire justice à ce sujet comme les gens que vous
avez entendus l'ont fait. Au lieu de cela, en consultation avec le
colonel Guidinger et d'autres, je vais vous parler des relations
avec la communauté et de ce que votre comité et nous-mêmes pouvons
faire pour améliorer la qualité de vie. Ainsi, au lieu de revenir
sur tous les aspects de cet excellent sujet, je m'en tiendrai à
l'expérience de notre communauté, un sujet qui devrait intéresser
les membres de votre comité.
Je tiens à mentionner que notre communauté fait tout son
possible pour assister et aider les dirigeants de cette base—qui
est remarquablement bien dirigée—et pour obtenir des changements
lorsque c'est possible, que ce soit auprès du gouvernement de
l'Alberta ou ailleurs. Nous sommes des adjoints et des collègues
empressés.
Je ne saurais m'empêcher de commenter rapidement, mais
énergiquement, la question des salaires et des prestations versées
à notre personnel militaire. Des progrès minuscules ont été
accomplis, mais il reste beaucoup à faire. Le gel de la
rémunération de sept ans, et la façon dont il a été administré,
constituent à mon avis une atteinte au moral et découragent les
gens de rester dans les forces armées.
• 1830
Dans l'économie vigoureuse que nous connaissons actuellement,
les techniciens hautement qualifiés comme ceux qui sont dans les
forces armées sont très en demande. Si le Canada ne leur offre pas
une rémunération suffisante, ils partiront, et on ne peut pas les
blâmer.
Je sais que vous avez déjà beaucoup entendu à ce sujet, vous
en entendrez plus encore, je n'entrerai donc pas dans les détails.
Il me suffit de vous dire que nous sommes en faveur d'un régime de
rémunération décent, un régime lié aux qualifications exigées pour
chaque poste, et cela, immédiatement. En notre qualité de
Canadiens, nous avons profité trop longtemps de la loyauté de nos
forces armées et de leurs familles. Il faut leur montrer
l'importance qu'ils ont à nos yeux, et pour ce faire, il est
nécessaire de les rémunérer suffisamment, et aussitôt que possible.
Cela dit, mon principal argument, c'est que l'on peut faire
beaucoup pour combler les besoins sociaux et économiques des
membres des forces armées et de leurs familles en établissant des
partenariats entre les autorités militaires, les gouvernements
municipaux et la communauté civile. Par le passé, nos forces armées
et les communautés civiles ont établi plusieurs partenariats dont
tout le monde bénéficie sur les plans sociaux et économiques. Pour
vous donner une idée, je vais vous donner quelques exemples.
Je crois que l'adjudant-chef Scott a mentionné les célèbres
orchestres de cuivres, d'instruments à vent et à percussion qui
existent à l'escadre 4. Ces orchestres regroupent des musiciens
militaires et civils qui contribuent au divertissement de l'escadre
4, de la communauté de Cold Lake, de la région, de la province et
du pays tout entier, et qui participent également aux cérémonies.
Par exemple, c'est l'orchestre de l'escadre 4 qui a joué pour la
reine lors de sa visite à Yellowknife il y a quelques années. De
plus, ce partenariat est une source d'enrichissement personnel pour
tous les musiciens de l'orchestre.
J'aimerais mentionner également nos manifestations de la fête
du Canada. Depuis quelques années maintenant, les communautés
militaires et civiles célèbrent ensemble la fête du Canada.
M. Benoit a assisté à ces fêtes en juillet dernier. Il reconnaîtra
avec moi que ce genre de chose témoigne de notre fierté d'être
Canadiens, et quand nous sommes tous ensemble sur les plages de
Cold Lake pour fêter l'anniversaire de notre pays, c'est également
un symbole de l'importance de l'unité canadienne.
La Semaine des Forces armées canadiennes et Citoyenneté
d'honneur de la ville: Chaque année, la deuxième semaine de
septembre est déclarée Semaine des Forces armées canadiennes à Cold
Lake. Le samedi de cette même semaine, les commandants d'escadre
défilent avec leurs troupes dans notre centre-ville et sont
déclarés citoyens d'honneur de notre ville pour réaffirmer notre
respect, nos remerciements et la confiance que nous avons dans nos
forces armées. Cela est suivi d'une réception avec la communauté.
Voilà un autre partenariat très satisfaisant.
Je ne saurais continuer sans mentionner notre Objectif Top
Gun. En 1996, l'escadron 4 nous a demandé de l'aider à énoncer tous
les aspects positifs de la vie dans notre communauté pour essayer
d'obtenir pour le Canada la tâche de former les pilotes de l'OTAN.
La communauté a serré les rangs comme jamais auparavant pour
prouver à quel point le Canada serait une bonne option pour
l'entraînement des pilotes de l'OTAN. Nous avons maintenant obtenu
cette mission et l'entraînement devrait commencer en l'an 2000.
Voilà un autre partenariat couronné de succès. La présidente
actuelle de l'organisme Objectif Top Gun est dans la salle
aujourd'hui, c'est Mme Hansa Thaleshvar. Hansa, voulez-vous nous
faire un signe? Elle est responsable de cet élément-là. Nous avons
également parmi nous une conseillère municipale, Fran Jordan, qui
fait partie de ce comité et qui s'intéresse vivement à notre
escadre 4 et à tout ce qui concerne la qualité de vie dans la
communauté.
De plus en plus de militaires choisissent de prendre leur
retraite parmi nous. Ils ont les compétences voulues pour occuper
bon nombre de postes qui sont vacants à l'heure actuelle. Leur
apport à notre population est utile aux militaires. Voilà qui
contribue énormément à assurer aux familles de nos militaires
qu'elles sont toujours les bienvenues parmi nous.
Le 1er octobre 1996, les quatre entités distinctes que
constituaient l'escadre 4, Cold Lake, le village de Grand Centre et
le village de Cold Lake ont été réunies par décret du gouvernement
de l'Alberta pour former une seule ville: Cold Lake. Cette
initiative qui, en fin de compte, a permis à la structure
gouvernementale locale de refléter ce qui était déjà la réalité de
nos collectivités depuis bon nombre d'années a produit, en un peu
plus d'un an, les résultats suivants.
Tout d'abord, un représentant du commandant d'escadre, il
s'agit à l'heure actuelle du lieutenant-colonel Fash, siège, sans
avoir droit de vote, à notre conseil municipal. Étant donné qu'un
bon nombre des décisions du conseil ont des répercussions sur les
militaires, il est extrêmement utile pour nous de bénéficier des
avis d'un officier supérieur, justement pour que les décisions du
conseil tiennent compte des besoins de la collectivité militaire.
Nous avons maintenant une commission de la bibliothèque
commune et nos bibliothèques respectives ont été regroupées sous
l'égide de cette seule commission, pour que l'ensemble de la
collectivité soit mieux servi.
Diverses associations sportives, comme celles du hockey mineur
et du curling, se sont fusionnées pour offrir de meilleurs services
récréatifs. Dans le cas du curling, lorsque les installations de la
base ont été fermées pour cause de vétusté, les membres se sont
joints au club du centre-ville. Les intéressés prévoient déjà la
construction d'un nouveau centre de curling communautaire. Voilà
donc l'effet synergétique que nous constatons à l'heure actuelle.
Le phénomène est rendu possible grâce aux efforts de partenariat
des militaires et des civils. En fin de compte, tout le monde en
profite.
• 1835
La municipalité de Cold Lake fournit maintenant certains
services à la base du fait que cette dernière est située à
l'intérieur de nos limites. En matière d'entretien routier, et ici
je risque d'être un peu chahuté, étant donné que l'escadre 4 est
désormais située à l'intérieur des limites de Cold Lake, la
municipalité assure maintenant le même niveau de service
d'entretien routier qu'au reste de la ville. Ce service faisait
auparavant directement partie des dépenses du MDN. Notre processus
d'amalgamation avait notamment pour but d'offrir à l'escadre 4—c'était en
effet une condition d'amalgamation—les mêmes services
que ceux que nous offrions au reste de la collectivité, et ce au
même niveau. Nous continuons d'y travailler. En effet, nous savons
que des améliorations restent à faire à cet égard. Auparavant, les
dépenses étaient entièrement assumées par le MDN, et vous aviez
donc à débourser deux fois pour les obtenir.
La municipalité continue de faire en sorte, grâce à une
subvention pour les activités récréatives, que l'escadre 4
bénéficie de la même structure de subventions en matière de
programmes récréatifs.
Je m'en voudrais de ne pas parler de notre marina et de nos
installations sportives qui sont désormais ouvertes à longueur
d'année. L'escadre 4 fait désormais partie de la collectivité et
participe donc à sa gestion et aux avantages qu'elle procure. Nous
jouissons donc d'une très belle marina durant l'été, et les
installations font désormais office de centre de sports d'hiver.
Puisque les militaires sont maintenant des citoyens, ils ont autant
leur mot à dire dans la gestion de notre ville que n'importe quel
autre citoyen.
Pour ce qui est du parc Impérial, cette vaste zone récréative
qui doit être aménagée sur une demi-section de terre dont la
société Imperial Oil Resources Limited nous a généreusement fait
don, il est en voie d'être conçu et aménagé en fonction des besoins
de l'escadre 4 aussi bien que de la collectivité civile. Les
résidents de l'escadre 4 ont maintenant leur mot à dire à propos de
cet aménagement et ils vont en profiter.
Les possibilités de magasinage méritent d'être signalées. En
raison de notre amalgamation, Cold Lake deviendra bientôt la
dernière-née des villes de l'Alberta. À cause de cela, la deuxième
phase du centre d'achats desservant les trois anciens villages sera
terminée plus tôt que prévu et les possibilités de magasinage au
centre-ville seront devenues plus nombreuses, tout cela à
l'avantage de l'ensemble de la collectivité.
Enfin, je voudrais parler de notre journée d'inscription
communautaire, qui a eu lieu le 6 septembre 1997. Je ne pense pas
avoir été plus fier de notre nouvelle collectivité amalgamée que ce
jour-là, alors que 96 organismes communautaires ont installé des
kiosques dans l'aréna du centre-ville pour faire l'inscription de
participants pour la saison à venir. Environ 2 000 personnes sont
venues. Mais le plus important, c'est que tous les membres de la
collectivité, militaires et non militaires, résidents de
l'escadre 4 ou non, ont tous pu s'inscrire aux activités de leur
choix. Grâce à ce partenariat, chacun a eu l'occasion d'améliorer
la qualité de sa vie.
Le résultat le plus concret de ce partenariat pour
l'amélioration socio-économique des volets civil et militaire de
notre collectivité a été de participer, dans la foulée de cette
unification, au programme d'appui au personnel militaire de la
Défense nationale. En effet, on nous a demandé de participer à la
conception, à la construction et au fonctionnement d'un nouveau
centre sportif dont la nécessité est devenue prioritaire, qui sera
construit ici à l'escadre 4, cette année. En combinant les
ressources de la collectivité aux ressources militaires pour ce qui
est de la piscine, nous obtiendrons une piscine de qualité
supérieure qui sera accessible à toute la collectivité au même
prix.
Je suis sûr que le colonel Guidinger vous a déjà fourni tous
les détails au sujet de ce projet. Permettez-moi d'ajouter une
observation pour votre gouverne. D'après notre expérience de ce
projet et d'autres également, il peut arriver que la politique
gouvernementale ou la réglementation en vigueur ne fasse pas place
à l'innovation et décourage des partenariats avantageux et
novateurs comme celui que j'ai mentionné et que nos gouvernements
voient maintenant d'un bon oeil.
Je vous demanderais d'encourager les bureaucrates avec
lesquels nous traitons à adopter une attitude ouverte et à essayer
de trouver des moyens de faire en sorte que cela fonctionne au lieu
de commencer par dire que le projet est voué à l'échec parce que...
Nous souhaitons que les fonctionnaires soient ouverts à des
partenariats et à des innovations susceptibles d'améliorer le sort
des militaires.
Je pourrais vous donner de nombreux autres exemples et
certains membres de ma collectivité, très fiers de nos
réalisations, me reprocheront sans doute de ne pas en avoir inclus
suffisamment dans mon intervention. Cela dit, les initiatives dont
j'ai parlées illustrent l'idée selon laquelle les partenariats
entre les forces armées, les autorités municipales et la communauté
civile peuvent être couronnés de succès et contribuer à satisfaire
les besoins socio-économiques des membres des Forces canadiennes et
de leurs familles.
• 1840
Je vous remercie de votre attention, et j'espère que les
exemples de partenariat avantageux entre civils et militaires que
je vous ai donnés, encourageront les autorités à adopter des
politiques qui peuvent améliorer la qualité de vie, non seulement
à Cold Lake, mais partout au Canada. Je vous souhaite bonne chance
dans vos entreprises. Nous sommes impatients de lire votre rapport
et nous souhaitons que vos recommandations soient appliquées
rapidement. Merci.
Le président: Merci beaucoup, monsieur le maire.
Je demanderais maintenant à la caporale-chef Cynthia Gelsinger
de prendre la parole.
Caporale-chef Cynthia Gelsinger (témoignage à titre
personnel): Monsieur le président, membres du comité, mesdames et
messieurs, j'ai beaucoup de sympathie pour le caporal qui vient
tout juste de parler. Moi aussi je veux parler de la situation des
couples mariés dans l'armée. C'est un sujet difficile pour moi.
Il y a maintenant 16 mois que je suis séparée de mon mari en
raison d'une affectation professionnelle. Ce n'est pas la première
fois. Nous étions ensemble à Winnipeg il y a 16 mois. Lorsque mon
mari a été envoyé à Moose Jaw, en Saskatchewan, il était entendu
que j'allais le suivre à l'occasion des prochaines affectations.
Dans l'intervalle, je me suis heurtée à des problèmes avec mes
enfants. Je devrais dire «nos enfants», mais je m'habitue à dire
«mes enfants».
Nous avons un fils de neuf ans et une fillette de cinq ans.
Mon mari et moi-même avons porté ces problèmes à l'attention de ses
supérieurs. Nous avons des lettres du directeur d'école, du
professeur et du conseiller en orientation de l'école de notre
fils. Nos enfants ne sont pas de ceux qui savent bien se
débrouiller avec un seul parent. Cela n'a rien donné sinon que cela
nous a causé beaucoup de frustration et de maux de tête.
On m'en ensuite appris que j'étais envoyée en poste à Cold
Lake. J'ai envisagé de démissionner, mais je me suis demandée
pourquoi je le ferais étant donné qu'il ne reste que trois ans dans
mon contrat.
Parce que je suis arrivée l'été dernier, je me suis donné un
mois ou deux pour m'installer et ensuite, j'ai entamé les démarches
à partir d'ici pour réunir ma famille, peu importe où. Notre
séparation aura au total duré dix-sept mois et aura causé environ
trois ans de préjudice à l'état mental de mon fils. Si nous allons
être réunis de nouveau, c'est à la suite d'un grief que mon mari a
présenté dès qu'il est arrivé à Moose Jaw. Le grief en question
portait sur une toute autre question. On lui a dit que s'il
l'emportait, il serait transféré. Je suis heureuse que cela se
fasse, mais mécontente qu'on n'ait pas tenu compte de notre
situation familiale en toute objectivité.
Je croyais que cela était censé s'inscrire dans la promotion
de la qualité de la vie. La seule chose qui concerne la qualité de
la vie, c'est qu'on accorde ou offre davantage de choses
matérielles ou personnelles. Je n'aime pas du tout qu'on me dise:
«si cela ne vous plaît pas, partez.» Est-cela la nouvelle forme du
plan de réduction des forces pour les couples mariés? La base offre
de l'aide aux conjoints qui restent derrière lorsqu'un membre des
forces est déployé, mais je suis dans une zone grise. Les conjoints
en question sont ceux qui sont en service temporaire ou qui suivent
des cours. Cela ne concerne pas les cas à long terme.
J'ai aussi fait des démarches au sujet des programmes d'aide
pour combattre le stress. J'avais le choix d'y adhérer et rien
d'autre. On m'a aussi demandé de constituer un club pour les
conjoints qui sont envoyés en poste loin l'un de l'autre comme
c'est mon cas. J'estime que je ne devrais pas avoir à faire cela,
surtout qu'il existe des ressources qu'on pourrait adapter aux
personnes dans ma situation.
C'est un problème croissant. Est-ce un signe des temps?
Veut-on nous faire comprendre que nous n'aurions pas dû nous marier
et essayer d'élever une famille?
Merci.
• 1845
Le président: Monsieur Benoit.
M. Leon Benoit: À votre connaissance, est-ce la politique des
forces armées qui a permis à cet état de choses de se perpétuer ou
cela tient-il à des choix effectués par des supérieurs?
Cplc Cynthia Gelsinger: Nous n'avons pas eu notre mot à dire.
Il s'agit de choix effectués par un supérieur. Au bout du compte,
on nous dit que si cela ne nous plaît pas, on n'a qu'à quitter
l'armée. D'après les bruits qui courent non seulement dans cette
base, mais dans d'autres, il s'agit d'un nouveau plan de réduction
des forces pour les couples mariés.
Comme je l'ai déjà dit, mon mari est à Moose Jaw depuis
septembre 1996. Il va finalement arriver ici le mois prochain. La
moitié des membres de la base de Moose Jaw est constituée de
membres des forces armées séparées de leurs conjoints. Cela devient
de plus en plus courant, et on ne fait rien pour remédier au
problème.
M. Leon Benoit: Pour obtenir une réponse définitive, à savoir
si cela relève d'une politique, ou d'un choix, je suppose que je
devrais m'adresser à un représentant des forces armées. Ce que je
voudrais savoir c'est s'il existe des options qui permettent de
contourner la politique. Si le problème tient à une politique, il
faut la changer.
En effet, le ministre de la Défense affirme: «nous allons
accroître le nombre de femmes dans les forces armées.» Comment
peut-on imaginer y arriver tant qu'on traitera ainsi les familles?
C'est tout simplement aberrant.
Cplc Cynthia Gelsinger: Nous sommes censés accepter cela sans
rien dire.
Le président: Monsieur Hanger.
M. Art Hanger: Qui prend la décision en matière d'affectation?
Cplc Cynthia Gelsinger: Je sers dans les forces armées depuis
17 ans et mon mari depuis 25 ans, et je l'ai toujours suivi. Il a
un rang supérieur et il a plus d'ancienneté. Par conséquent, c'est
son gestionnaire de carrière qui prend la décision. D'abord, il
vérifie si la personne en question est mariée. Ensuite, il consulte
mon gestionnaire de carrière pour voir s'il n'y aurait pas moyen de
nous affecter au même endroit.
Lorsqu'on a envoyé mon mari à Moose Jaw, son gestionnaire de
carrière lui avait dit que je le suivrais dans le prochain
contingent. Depuis lors, il y a eu un changement car apparemment,
on a décidé de réduire les effectifs à Moose Jaw. Par conséquent,
l'entente de ne vaut plus, et c'est à nous de nous débrouiller.
M. Art Hanger: Qui a le dernier mot dans le cas d'une
affectation?
Cplc Cynthia Gelsinger: Le gestionnaire de carrière. J'ai le
choix d'accepter ou pas. Si j'accepte, je m'en vais. Si je
n'accepte pas, on peut me faire la vie dure et en fin de compte je
vais sans doute finir par partir.
M. Art Hanger: Vous diriez donc à votre gestionnaire de
carrière quelle est votre situation et il vous répondrait quelque
chose comme: «Si ça ne vous plaît pas, allez-vous en». Est-ce aussi
direct que ça?
Cplc Cynthia Gelsinger: Non, ils tournent autour du pot. Ils
ne le diront pas par écrit non plus.
M. Art Hanger: Quel recours avez-vous si le gestionnaire de
carrière refuse de vous écouter?
Cplc Cynthia Gelsinger: On peut remonter la chaîne de
commandent jusqu'au commandant de la base. Dans notre cas à nous,
nous avons eu beaucoup de chance puisque mon mari a gagné son
grief. S'il n'avait pas eu gain de cause, et le grief portait sur
une question tout à fait différente, on serait encore séparés
aujourd'hui. J'en suis convaincue. Parce qu'il lui avait dit que
s'il ne gagnait pas son grief, il ne serait pas affecté. S'il le
gagnait, il serait ici.
Quand je suis arrivée ici cet été, il aurait déjà pu y être,
pas dans son métier, mais ils ne voulaient pas lui enlever son
métier. L'officier des télécommunications l'aurait employé pendant
deux ans mais pas dans son métier.
M. Art Hanger: Dans ce cas-là, à qui vous êtes-vous adressée?
Cplc Cynthia Gelsinger: Je me suis donnée un mois ou deux pour
m'acclimater et nous nous réunissons tous les mois autour d'un café
au mess des caporaux et soldats de la base. L'adjudant chef Scott
est l'animateur. C'était ouvert à tous. C'est à ce moment-là que je
suis intervenue. Je suis allée le voir après et ça s'est enclenché.
Je lui ai parlé de ma situation ainsi qu'à l'officier des
télécommunications, le major Mulders.
• 1850
Et puis, à un moment donné, l'adjudant-chef à 1 EMA est
intervenu, parce que c'est là que son groupe a le plus de chance
d'être employé. Les trois se sont parlés. Ils en ont aussi parlé au
gestionnaire de carrière. Ils m'ont dit ce qui s'en venait.
Ils ont examiné notre situation familiale à la lumière du
grief qu'il a déposé. S'il avait gain de cause, eh bien notre
situation de famille allait être réglée. Même s'il s'en vient, ma
situation de famille ne sera pas réglée à cause des difficultés
psychologiques de mes enfants.
M. Art Hanger: Ce que vous venez de me décrire me semble bien
frustrant. Le commandant pourrait peut-être me dire s'il y a
d'autres façons de faire, mais on dirait qu'il n'y a pas d'autre
recours que les groupes de discussion.
Cplc Cynthia Gelsinger: Un jour, mon mari est allé voir son
député à Moose Jaw. Ça fait l'objet d'une enquête administrative
aussi. Son grief est allé jusque là aussi. À ce stade, ils ont
examiné la chose, mais cela continuait de dépendre de son grief.
Ils n'ont pas tenu compte de la situation de notre famille. Comme
le caporal vous l'a dit, notre situation de famille ne compte pas.
M. Art Hanger: C'est très malsain, extrêmement malsain.
Cplc Cynthia Gelsinger: Dans notre situation, il n'y a pas
moyen d'atténuer le stress.
M. Art Hanger: Oui. Merci beaucoup.
Le président: Monsieur Pratt.
M. David Pratt: Monsieur le président, voici un élément
d'information. Il y a quelques instants, on m'a remis des chiffres
sur la situation actuelle. Pour l'information des membres du
comité, j'aimerais en faire la lecture. C'est très court. On dit
ici qu'environ 7 p. 100 du personnel des Forces canadiennes sont
mariés à d'autres militaires: 719 officiers—c'est-à-dire
5,4 p. 100 des officiers—et 3 438 militaires du rang—c'est-à-dire
7,1 p. 00 des militaires du rang. Soixante-cinq pour cent des
couples militaires ont des personnes à charge, ce qui crée des
difficultés pour la garde des enfants, surtout lorsque l'un des
deux appartient à une unité opérationnelle. Les gestionnaires de
carrière des forces font de leur mieux pour affecter les couples
militaires au même endroit. Parfois, toutefois, des exigences du
service et le perfectionnement professionnel sont prioritaires. Au
cours des dernières années, les forces ont coaffecté entre 88 et
92 p. 100 des couples. À l'heure actuelle, 90 p. 100 des couples
militaires sont coaffectés.
Si vous faites le calcul, puisqu'environ 4 157 militaires sont
mariés et que 10 p. 100 des couples ne sont pas affectés ensemble,
cela fait probablement plus de 400 couples à l'heure actuelle.
Le président: Monsieur Benoit, vous avez une question
supplémentaire.
M. Leon Benoit: Oui. Accepteriez-vous que la famille soit
séparée si l'un des membres du couple était envoyé en affectation
à l'étranger?
Cplc Cynthia Gelsinger: En plus, mon mari est allé en
affection de l'ONU. Nous avons été séparés pendant six mois à cette
occasion. Cela ne me dérange pas. Cela fait partie de notre vie, de
notre devoir, de notre carrière.
Nous avons aussi vécu une séparation de huit mois à l'occasion
d'une affectation précédente. Il a été affecté à Winnipeg huit mois
avant moi et je revenais de notre affectation précédente, à
Edmonton, à ce moment-là. Nous avons quitté Winnipeg chacun de
notre côté. Cela fait maintenant 17 mois et il y a beaucoup de
dépenses que l'armée ne paie pas lorsque la famille est séparée.
M. Leon Benoit: Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Adjudant-maître Ron Kinsman, s'il vous plaît.
L'adjudant-maître Ron Kinsman (témoignage à titre personnel):
Bonjour.
• 1855
Certains des points que je vais aborder ce soir ont déjà été
évoqués par l'adjudant chef, mais les membres de mon escadron
voulaient que j'en parle et c'est ce que je vais faire.
Le premier problème, c'est l'incertitude et les changements
constants. Même si l'on comprend qu'il faut des changements pour
que l'organisation reste saine et viable, ces changements doivent
être prévus et organisés en fonction des effets à court et à long
termes du militaire. Il faut donner au personnel l'occasion de
s'adapter aux changements, d'en connaître le pour et le contre, de
s'intégrer au milieu de travail, et de pouvoir s'exprimer sur la
nécessité de procéder autrement si cela s'applique mieux à son cas.
Il y a eu tant de changements en profondeur ces dernières
années—réduction du personnel, durée du service, restructuration
des métiers et amalgame des métiers—que les militaires ne savent
plus où ils y en sont, vers où ils se dirigent et comment ils vont
y arriver ni la logique du changement. Ils se sentent trahis et
sont convaincus d'être l'agneau du sacrifice du gouvernement et de
la hiérarchie militaire pour justifier à la population civile que
l'on peut être réduit à un état d'inutilité complète et totale.
Épanouissement. Il n'y a presque plus de récompenses sous
forme de promotions pour les militaires. Ils sont bien au courant
de la surabondance qui existe dans les métiers et dans les rangs,
ainsi que de la réduction des effectifs à tous les grades. Ils
auront beau exceller dans leur travail, cela n'aboutira qu'à
quelques paroles flatteuses sur un formulaire d'évaluation. Il ne
leur reste que leur fierté dans leur travail et même elle est en
train de disparaître rapidement. Il est devenu quasi impossible aux
superviseurs de motiver leur personnel car tout ce qu'ils peuvent
promettre c'est que s'ils restent suffisamment longtemps dans
l'armée, peut-être un jour auront-ils de l'avancement et la
possibilité de mieux s'occuper de leurs familles.
La solde. La rémunération militaire ne devrait pas être reliée
au barème d'une autre organisation. Les militaires sont dans une
situation à nulle autre pareille par ce qu'ils font, ce que l'on
exige d'eux et ce que l'on attend d'eux. C'est le principal
instrument de défense de la démocratie dans notre grand pays. À
tout moment ils peuvent être appelés à consentir le plus grand
sacrifice, sans égard aux conséquences pour la famille. Toutes les
incitations salariales ou relèvements de traitement ou quelle que
soit l'appellation politiquement correcte que l'on emploie pour
désigner ces augmentations minuscules, n'ont abouti à aucune
amélioration du train de vie des militaires. Ces prétendues
augmentations se sont aussi accompagnées d'augmentations des
impôts, des cotisations au RPC, à l'assurance-emploi, à la
prestation supplémentaire de décès, au Régime de pension militaire,
au loyer des LF, qui tous ensemble ont abouti à une minuscule
augmentation de salaire. Ces améliorations font bien sur le papier
et dans les journaux mais ne représentent pas grand-chose là où ça
compte, dans le compte de banque.
Actuellement, il n'est toujours pas question d'augmentations
de salaire tant que le gouvernement n'aura pas réglé le litige avec
l'élément civil concernant l'équité en matière de traitement pour
tous les membres des forces depuis 1983. Le gouvernement a dit aux
militaires qu'il n'autorisera qu'une certaine somme pour le budget
militaire et que s'il doit y avoir des augmentations de
rémunérations, elles devront se faire au dépend des futurs
programmes militaires. Si cela n'est pas possible, y aura-t-il une
autre suppression de 48 000 postes?
L'armée impose d'énormes contraintes à ses soldats, des
contraintes uniques en leur genre que ne connaissent pas les
civils. Les militaires ont toujours répondu à l'appel au mieux de
leur capacité et méritent une augmentation importante dès
maintenant, une augmentation qui leur permettra d'assurer le
confort et le bien-être de leur famille.
Les affectations isolées. Une affectation à Cold Lake ne fait
rien pour enrichir la vie des militaires. Les militaires dont le
conjoint a un emploi dans le civil sont nettement désavantagés.
D'abord, le conjoint doit quitter son emploi et renoncer à tous ses
acquis et recommencer à zéro, à la condition d'avoir la chance de
trouver un autre emploi dans leur domaine.
Beaucoup de conjoints ne peuvent pas trouver un emploi. S'ils
le peuvent, c'est pour moins cher et dans un autre domaine que
celui où ils ont passé des années à se former ou à acquérir de
l'expérience. Cela a de gros effets sur la famille puisqu'elle se
retrouve maintenant à un endroit où le coût de la vie est plus
élevé et où le revenu disponible est réduit. Le conjoint joue un
rôle important dans le bien-être de la famille militaire et son
influence, positive ou négative, se fait beaucoup sentir. Les
effets négatifs sont si forts que cela aboutit à des ruptures.
Deuxièmement, la famille se retrouve dans un endroit où il y
a beaucoup moins de commodités comme les centres commerciaux, des
médecins spécialistes, ce qui oblige à aller très loin pour
répondre aux besoins médicaux et familiaux. Les personnes à charge
qui veulent suivre des cours postsecondaires doivent aller ailleurs
et payer pension, ce qui augmentera de beaucoup les dépenses de la
famille pour faire instruire les enfants.
• 1900
Troisièmement, il faut dépenser beaucoup en frais de transport
si l'on a des enfants qui font du sport au niveau compétitif.
Quiconque est affecté à un endroit où il y a moins de
commodités ou de possibilités d'emploi pour le conjoint ou là où
les dépenses sont plus élevées devraient toucher une indemnité.
Visites familiales. Tous les militaires devraient pouvoir
utiliser les vols nolisés militaires ou avoir droit à des tarifs
préférentiels à bord des vols nolisés actuels pour leur permettre
de visiter les membres de leur famille tous les trois ans. Les
militaires ici à Cold Lake viennent de toutes les régions du pays
et n'ont pas les moyens d'aller rendre visite aux membres de leur
famille et ne pourront pas le faire à moins d'être affectés à une
base à proximité. Les hauts gradés ne sont pas les seuls
responsables du bien-être du personnel; le gouvernement aussi.
Les sondages et la méfiance. Les militaires en ont assez de
répondre à des sondages qui ne donnent rien. Ils ne croient plus
que leurs problèmes intéressent le gouvernement et ils trouvent
qu'on les traite comme des citoyens de deuxième classe. La collecte
d'opinions et d'information et les conférences de presse ne sont
qu'un autre moyen de nous faire parler sans que cela aboutisse à
quoi que ce soit à cause des lenteurs bien connues de la machine
administrative.
Les militaires ne croient plus que l'on va tenir compte de
leurs besoins dans les plans en préparation pour inciter les
pilotes à rester dans les forces armées. De plus, peu importe le
degré d'excellence d'un pilote si l'appareil n'est pas en état de
voler, il restera au sol. Il serait peut-être bon que le
gouvernement revoie sa position pour veiller à ce qu'il y ait des
techniciens bien formés, bien rémunérés et bien motivés, pour
permettre à l'élite de voler.
La dernière opinion qu'ils tenaient tous à exprimer, c'est
qu'à leur avis, le gouvernement ne valorise pas l'actif le plus
précieux de l'armée, à savoir, son personnel.
Merci.
Le président: Merci beaucoup.
J'invite maintenant le caporal-chef, Mike Brown, à témoigner.
Le caporal-chef Mike Brown (témoignage à titre personnel):
Monsieur le président, membres du comité, et je m'adresse en
particulier aux députés d'Alberta, M. Coates et le colonel
Guidinger, je tiens à vous remercier d'avoir accepté de m'écouter
cet après-midi.
J'aimerais parler des soins de santé dans la région. Mes
préoccupations remontent au jour où ma fille Maryanne est allée se
faire soigner à l'hôpital de Cold Lake.
Le 10 mai 1997, Maryanne s'est sectionné une artère sur un
bout de verre brisé et a dû être amenée à l'hôpital régional de
Cold Lake, où le Dr Ezeji-Okoye l'a prise en charge. On l'appelle
entre nous le «Dr OB». Après avoir essayé en vain pendant environ
une heure d'arrêter l'effusion de sang, et considérant que la
blessure pouvait être fatale, le Dr OB s'est adressé au service
d'avion-ambulance Stars pour faire transporter Maryanne à Edmonton
immédiatement. Stars lui a immédiatement répondu qu'il lui faudrait
attendre environ cinq heures pour avoir accès à l'avion-ambulance.
J'ai alors demandé qu'on téléphone à la base des Forces
canadiennes de Cold Lake pour obtenir la permission d'utiliser son
hélicoptère pour cette évacuation aérienne. Pratique que la base du
personnel juge tout à fait acceptable. Le personnel de l'hôpital
régional de Cold Lake a refusé de téléphoner à la base, alléguant
qu'il n'entrait pas dans sa politique de se servir de la base pour
effectuer des évacuations aériennes. Le Dr Ezeji-Okoye a alors
décidé d'envoyer Maryanne à Edmonton par ambulance.
Ce sont des préoccupations personnelles que j'exprime ici.
Lorsqu'il est devenu évident qu'on ne pouvait pas se servir du
service de Stars, on aurait dû contacter la base et le médecin
traitant aurait dû se servir des installations de Bonnyville, où se
trouvait à ce moment-là un chirurgien de service. Étant donné qu'on
a décidé d'envoyer ma fille à Edmonton par ambulance, j'ai reçu
depuis une facture au montant de 2 059,26$ pour des services
indépendants de ma volonté.
Comme je tiens à protéger ma famille, je souscris au Régime de
soins de santé de la fonction publique, le RSSFP. Je cotise
également à l'Assurance-santé de l'Alberta. Ici, le système me
désavantageait, ce qui soulève chez moi deux préoccupations.
• 1905
Premièrement, il y a le fait que le programme de transfert
d'urgence inter-hospitalier qui est aujourd'hui administré par
l'autorité régionale de santé a une politique selon laquelle, sauf
une exception, on paie le coût d'un transfert hospitalier qui est
ordonné par le médecin. Cette exception, c'est si la personne
dispose d'une assurance privée. Étant donné que le RSSFP n'a payé
que 80 p. 100 de la facture, je me retrouve avec une facture de
459,85$. Étant donné que je dispose d'une assurance privée, ce à
quoi tous les membres des Forces canadiennes ont droit—je tiens à
ajouter cela, monsieur—l'autorité régionale a refusé d'acquitter
le solde même si l'on respectait tous les autres critères du
programme.
Deuxièmement, les programmes en vigueur dans la province de
l'Alberta encouragent les gens comme moi à obérer le régime au lieu
de l'aider à réaliser des économies par le recours à l'assurance
privée. En l'occurrence, si je n'avais pas eu d'assurance privée,
je n'aurais pas reçu cette facture de 459,85$ parce que l'autorité
régionale de santé aurait été obligée d'acquitter toute la facture
de 2 059,26$. Si l'on avait eu accès au service de Stars, je
n'aurais pas reçu cette facture de 459,85$ étant donné que
l'Assurance-santé de l'Alberta aurait payé toute la note.
Pour ce qui est de l'assurance-santé des personnes à charge,
l'Escadre 4 de Cold Lake est classée unité médicale isolée, et
c'est à cette unité que s'adresse un grand nombre de membres et
leurs familles parce qu'ils n'ont pas d'autre choix, sauf bien sûr
s'ils veulent quitter les Forces canadiennes. À mon arrivée ici en
1990-1991, on considérait que les soins de santé pour les personnes
à charge étaient bons. Cependant, depuis sept ans, j'ai été
personnellement témoin de l'érosion graduelle des soins de santé
familiaux à tel point que ma famille et moi en avons souffert
personnellement plus d'une fois. Étant donné que le ministère de la
Défense nationale et l'Escadre 4 font activement la promotion de la
qualité de la vie, il est essentiel qu'un élément aussi important
que les soins de santé demeurent prioritaires, et que ces soins de
santé soient de la plus haute qualité.
Monsieur le président, je sollicite instamment votre aide pour
convaincre les administrations régionales albertaines en matière de
santé de collaborer avec les compagnies d'assurance privées pour
assurer le remboursement des 20 p. 100 qui restent au lieu de
pénaliser les utilisateurs. Je demande à votre comité de
recommander que l'on remette en place dans la région de Cold Lake
un régime de soins de santé comparable, sinon supérieur, à ceux qui
existaient avant 1991. Je demande par ailleurs votre aide afin que
le ministère de la Défense nationale offre des avantages
d'indemnisation pour défrayer toutes les dépenses reliées aux soins
de santé des personnes à charge, lorsque les gens sont affectés à
Cold Lake.
Merci beaucoup.
Le président: Nous avons reçu un exemplaire de votre mémoire
et nous allons l'examiner à notre retour à Ottawa. Je vous
remercie.
M. Art Hanger: Caporal-chef, avez-vous pu communiquer vous-même avec
la base?
Cplc Mike Brown: Il s'agissait d'une urgence, monsieur. Je
n'avais pas vraiment le temps de communiquer avec la base. On l'a
mise dans une ambulance qui l'a conduite avec lumières et sirène
jusqu'en ville.
M. Art Hanger: Cette décision a été prise tout de suite.
Cplc Mike Brown: C'est le médecin qui a décidé, monsieur, de
la transférer directement d'un hôpital à l'autre. J'allais la
mettre dans ma voiture et l'y amener moi-même.
M. Art Hanger: Oui, j'ai compris.
La base n'aurait aucune objection à faire une telle
évacuation, si j'ai bien compris.
Cplc Mike Brown: Absolument aucune.
M. Art Hanger: Or, pourquoi l'hôpital n'a-t-il pas voulu
téléphoner pour obtenir un moyen de transport disponible? Est-ce en
fait une politique?
Cplc Mike Brown: L'hôpital, en fait le médecin, m'a dit que ce
n'était pas la politique. J'ai moi-même porté la question à
l'attention des services régionaux de santé et à l'administration
de l'hôpital même, à plusieurs reprises. En fait, c'est allé
jusqu'au ministre de la Santé.
• 1910
M. Art Hanger: Bien.
Cplc Mike Brown: J'arrive à une impasse. Personne ne veut
m'aider. C'est le problème essentiellement.
À cet égard, on m'a tout simplement dit que c'était une
question de politique. Si vous demandez à quelqu'un en quoi
consiste la politique...personne ne peut vous le dire.
Le commandant de l'escadre est tout à fait au courant de ma
situation. Il sait que c'est la réponse qu'on m'a donnée.
Je suis ici depuis 1990-91, monsieur. Cela n'est pas la
politique.
M. Art Hanger: Oui, car il y a eu des cas semblables par le
passé où il y a eu des communications raisonnables entre la base et
l'hôpital.
Cplc Mike Brown: Oui, monsieur.
M. Art Hanger: Permettez-moi de vous demander si vous avez
défini ce cas comme un cas local, du moins en ce qui concerne la
directive; ou est-ce un cas local pour cet hôpital uniquement? Ou
est-ce le ministère de la Santé?
Cplc Mike Brown: La question que je tente de soulever, ici,
monsieur, c'est que je suis dans une unité médicale isolée...
M. Art Hanger: Et comment!
Cplc Mike Brown: ...et qu'on s'attend à ce que je paye les
coûts que je ne devrais pas payer normalement ailleurs au Canada.
Si j'étais affecté à Yellowknife ne pourrais obtenir un meilleur
traitement médical là-bas qu'ici. Ce n'est vraiment pas drôle.
M. Art Hanger: Je comprends, caporal-chef. Mais ce qui n'est
pas encore tout à fait clair dans mon esprit, c'est s'il s'agit
d'une situation locale qui peut être résolue par l'hôpital même ou
s'il s'agit en fait d'une question qui doit être portée à
l'attention du ministère de la Santé et de la province.
Cplc Mike Brown: C'est une question qui doit être résolue par
le ministère de la Santé de la province, monsieur, car c'est leur
politique qui dicte que je dois payer une somme supplémentaire même
si je contribue déjà au Régime de soins de santé de l'Alberta et au
RSSFP.
M. Art Hanger: Il y a donc essentiellement deux problèmes,
celui du paiement et un problème de communication.
Cplc Mike Brown: Oui, monsieur.
M. David Price: S'il y avait eu un médecin sur la base et si
vous vous étiez rendu sur la base, vous auriez été évacué à partir
de là.
Cplc Mike Brown: Oui, monsieur.
Le président: Caporal-chef, comment va votre fille maintenant?
Cplc Mike Brown: Elle va assez bien. Elle s'est coupée de
nouveau. Étant donné qu'il n'y a pas d'installations médicales ici
dans la région de Cold Lake, j'ai dû la conduire à Bonnyville.
Le président: Merci.
L'adjudant-maître Bill Atkinson.
L'adjudant-maître Bill Atkinson (témoignage à titre
personnel): J'appartiens à l'escadron 416. Après avoir écouté tout
ce qui a été dit, j'aurais quelques petites observations à faire en
plus de ce dont je veux en fait vous parler.
Tout d'abord, je suis très fier des gens avec qui je
travaille, très fier du travail qu'ils ont fait à Aviano. Je suis
également fier de la centaine de personnes qui sont restées là-bas
pour appuyer leurs conjoints.
J'aimerais dire une chose. Étiez-vous au courant que vous ne
prévoyez aucun fonds pour les conjoints lorsqu'ils ne sont pas chez
eux? Le financement provient des fonds non publics. Nous avons créé
ce financement afin de donner aux conjoints l'occasion de se
rencontrer et pour les encourager. Nous avons une politique en ce
qui concerne les conjoints qui aide un peu, mais il est nécessaire
de s'assurer que ces familles ont l'impression de faire partie de
l'escadron. Le secteur public se désintéresse des conjoints, du
moins c'est ce qu'il semble. Je voulais tout simplement faire cette
observation.
Une autre observation que je voulais faire, c'est que j'ai eu
l'occasion de remplacer l'adjudant-chef pendant cinq mois. Je dois
admettre que cela m'a considérablement ouvert les yeux. Je suis
absolument convaincu que vous ne les payez pas suffisamment.
Monsieur, si l'on tient compte du fait qu'un adjudant-chef s'assoit
à la table du commandant de l'escadron, à celle du commandant et à
celle du général, et nous représente à Ottawa. Pourtant, on les
paie moins que les majors qui sont assis à leurs côtés. Si
seulement ils étaient payés comme nos majors, on pourrait élargir
la catégorie de solde pour les militaires du rang suffisamment pour
offrir des incitatifs.
• 1915
Je suis désolé, mais il fallait que je le dise.
Il y a une autre question qui me tient tout particulièrement
à coeur, car depuis 13 mois, cela m'a coûté 425$ de ma poche. Je
veux parler des lunettes. À l'heure actuelle, du moins à ma
connaissance, l'armée ne rembourse que les montures et les lunettes
de base. Si on veut des lentilles progressives plutôt que des
lunettes bifocales pour être plus confortables lorsqu'on travaille
devant un ordinateur ou lorsqu'on fait une tâche technique, il faut
payer de sa poche à raison de 80$ la paire. Si on veut avoir des
lunettes anti-éblouissantes pour mieux voir lorsqu'on conduit la
nuit, c'est 35$ la paire.
L'année dernière, comme mon ordonnance a changé deux fois, il
m'a fallu acheter six paires de lunettes. Où est mon régime
d'assurance médicale? Qu'est-ce que je paie...? Je suis censé avoir
une couverture médicale comme toutes les autres personnes dans
cette pièce, monsieur. Je ne suis pas sûr cependant que ce soit le
cas. J'ai l'impression que nous sommes traités comme des citoyens
de deuxième classe... Il semble que le temps se soit arrêté pour
nous en 1965 lorsque nous avons sans doute acheter notre première
paire de lunettes. Nous n'avons pas progressé. Nous n'avons pas
suivi la technologie.
Lorsqu'on regarde à travers cette paire de lunettes... c'est
comme si je ne portais pas de lunettes. Lorsque je porte les
lunettes standard, il y a toutes sortes de reflets. Il est
difficile de regarder un écran d'ordinateur. Si je regarde à
travers des lunettes bifocales, alors j'ai cette ligne au milieu.
Je ne demande rien de somptuaire. Tout ce que je demande,
c'est ce qu'il me faut pour travailler confortablement à mon poste
de travail. Je ne devrais pas être obligé de payer de ma propre
poche pour l'obtenir.
De toute façon, je vous remercie d'avoir pris le temps de
m'écouter.
Le président: Merci beaucoup.
Le père Kelly Bokovay.
Le père Kelly Bokovay (témoignage à titre personnel): Bonjour.
Je suis l'un des cinq aumôniers en poste ici à Cold Lake.
Bien des choses intangibles et moins visibles améliorent la
qualité de vie de nos membres ici, et de nos familles, comme sur
toutes les autres bases. Avec les autres professionnels qui
travaillent ici, qui sont là pour aider les gens, mes collègues et
moi-même aidons les gens à faire face aux défis de la vie en
général, et plus particulièrement à ceux de la vie dans les forces
armées. Je suis heureux de faire partie d'un tel groupe
d'intervenants doués. L'aumônerie, le travail social et le
counselling pour les toxicomanes et ceux qui ont d'autres problèmes
sont des services cruciaux qui permettent aux forces aériennes de
fonctionner de façon adéquate et être prêtes.
Je ne parlerai pas de chapelles aujourd'hui, mais on tient
souvent pour acquis le fait que nous ayons ici dans notre
communauté deux congrégations florissantes. Si ces entités
cessaient d'exister pour quelque raison que ce soit, cela serait au
détriment de la communauté, et les torts seraient irréparables,
même s'il existe des églises civiles dans la région.
Il y a cependant des cas dans la vie d'une famille de
militaires où même les meilleurs services de counselling et de
soins spirituels ne seront pas nécessairement efficaces. Le chef
Scott en a déjà brièvement parlé dans son exposé. Il s'agit des cas
où il y a un décès ou une maladie grave dans la famille immédiate
d'un membre ou de son conjoint ou de sa conjointe. Assister à
l'enterrement ou être aux côtés de la personne malade peut être
crucial si on veut s'assurer que ces personnes se remettront de cet
événement critique sur le plan psychologique et spirituel à long
terme. Si elles ne peuvent être là, parfois ces personnes ne sont
pas efficaces au travail. Depuis les 20 ans que je suis dans les
forces armées, d'abord à titre d'officier et maintenant en tant
qu'aumônier, je ne suis toujours pas convaincu que nous nous
occupions adéquatement de nos membres dans ces circonstances.
On a toujours permis aux membres et à leurs conjoints et
conjointes et, si je peux ajouter, seulement aux enfants d'âge
préscolaire, de voyager par transport aérien militaire pour des
raisons exceptionnelles, mais seulement lorsqu'il y a de la place.
Même sur nos propres avions de passagers—et le nombre d'avions a
été radicalement réduit, il est très difficile d'obtenir une place
pour qu'une personne se rende à des funérailles ou au chevet d'un
membre de la famille. La situation n'a pas changé depuis qu'on fait
appel aux services aériens nolisés. Ceux qui veulent réserver pour
des voyages à des fins non militaires, disons pour rendre visite à
des parents, n'obtiennent confirmation que 48 heures avant le
départ. La plupart des cas de commisération se présentent bien
après ce délai de 48 heures, et la plupart des sièges sont alors
déjà pris.
• 1920
Ce que je veux dire ici, c'est que les familles de militaires
inquiètes et en deuil ont vraiment ici la toute dernière priorité.
Il est intéressant de constater que dans des circonstances de
commisération, il y a toujours de l'argent pour rapatrier un membre
des forces armées qui est affecté à l'étranger. Je pense que nous
faisons cela très bien. Bien des gens se demandent si cela n'est
pas dû en partie au simple fait que la presse est sur les lieux et
que le public manifeste un plus grand intérêt en ce qui concerne le
théâtre des opérations à l'étranger. Est-ce à dire qu'un caporal
affecté à Cold Lake qui perd un être cher serait moins affligé
qu'un caporal qui est en service à Haïti ou en Bosnie? Je ne le
pense pas.
Notre pays est très grand, et on l'a déjà dit aujourd'hui. Le
transport aérien intérieur coûte très cher, particulièrement
lorsqu'on tente d'élever une famille avec un revenu fixe des forces
armées. Le coût d'un vol, même en tenant compte du rabais dans les
cas de commisération, est tout simplement et clairement trop élevé
pour bon nombre de nos familles qui se trouvent en bas de l'échelle
salariale. Certains commandants ont fait preuve d'une grande
créativité pour que leurs gens puissent rentrer chez eux dans de
telles situations: utiliser l'avion des Forces armées canadiennes,
des vols non planifiés pour service temporaire, utiliser les fonds
de cantine de l'unité pour défrayer le voyage et même passer le
chapeau.
Nos dirigeants—je veux que cela soit très clair—sont
maintenant obligés de contourner les règles en raison de la
compassion qu'ils ont pour leurs troupes. Il est tout à fait
injuste qu'ils se retrouvent devant un tel dilemme moral.
Par ailleurs, nous avons maintenant créé d'énormes iniquités,
car certains membres travaillent sur des bases où aucun avion n'est
stationné ou encore où les commandants refusent tout simplement de
faire preuve de créativité. On a trouvé le moyen d'envoyer Smith
chez lui pour enterrer son père, mais cela n'a pas été le cas pour
le pauvre vieux Jones.
Nous pouvons faire mieux. Nous devons faire mieux.
Comme on l'a déjà dit ici aujourd'hui, les familles de
militaires ne choisissent pas de vivre à des milliers de kilomètres
de chez eux, même s'ils comprennent que les affectations font
partie de la vie de militaire. Cependant, ils en ont assez qu'on
les compare constamment à la fonction publique lorsqu'il est
question de rémunération et avantages sociaux.
La plupart des fonctionnaires n'ont pas un contrat de
responsabilité illimitée avec leur pays, comme le font les
personnes en uniforme qui se trouvent parmi nous aujourd'hui. La
plupart de ces personnes—je dirais même toutes—sont prêtes à
donner jusqu'à leur vie pour mener à bien leur mission. Bon nombre
d'entre elles l'ont fait, même tout récemment. Alors lorsqu'on
prétend que les familles de soldats ne peuvent pas obtenir une
politique globale de déplacement pour raisons familiales
exceptionnelles parce qu'il n'y en a pas à la fonction publique,
c'est se méprendre totalement quant à la nature très particulière
de l'armée. C'est pourquoi je vous implore, dans vos
recommandations, de cesser de comparer ce qui n'est pas comparable.
À moins d'être en temps de guerre, je pense qu'il est normal
que le pays permette à un membre des forces et à son conjoint, et
même à ses enfants, d'avoir droit à des déplacements pour raisons
familiales exceptionnelles. Est-ce que cela représente une dépense?
Bien sûr. Est-ce que cela va coûter très cher? Non, je ne le pense
pas.
• 1925
En tant qu'ancien dirigeant devenu aumônier, j'hésite beaucoup
à dire aux gens qu'il leur est impossible de rentrer chez eux en
cas de décès d'un membre de la famille ou pour l'enterrer. Mes
collègues et moi avons reçu beaucoup de coups pour les autres. Nous
avons subi souvent la colère de ces personnes, car nous leur
parlons face à face. Pourtant, nous travaillons en coulisses, les
décideurs ne savent pas ce qui se passe. Nos commandants sont
pressés à force de devoir trouver des façons originales d'aider
leur personnel en temps de crise. À mon avis, si les décideurs et
les hauts dirigeants se trouvaient face à face avec les personnes
qui sont le plus touchées par la politique actuelle, ils
changeraient sans doute d'avis et mettraient en haut de leur liste
de priorités la politique des déplacements pour raisons
humanitaires à l'intention des membres des forces.
Je peux vous dire d'expérience que lorsqu'on refuse à un
membre le droit d'aller chez lui pour des raisons familiales
exceptionnelles en raison d'une solde insuffisante, de la distance
géographique et des vols militaires remplis de gens qui voyagent à
des fins non militaires, c'est leur loyauté qui en pâtit. Leur
motivation à servir leur pays s'étiole à partir de ce moment. Bien
sûr, ils continuent d'aller au travail. Ils feront ce qu'ils ont à
faire. La vie continuera. Mais n'allez pas croire qu'ils seront
toujours déterminés à faire des sacrifices aussi énormes pour leur
pays si ce dernier refuse d'en faire quelques-uns pour eux.
À mon avis, le plus dramatique, c'est qu'il existe des
solutions rentables à ce problème. Le problème a été cerné à
maintes reprises. En période d'austérité financière, les
commandants, tout comme les aumôniers, ont pratiquement renoncé à
se battre pour l'obtention des voyages pour raisons familiales
exceptionnelles.
Je dis simplement aujourd'hui, sans la moindre malveillance,
que les dirigeants et les décideurs qui n'ont pas prêté l'oreille
à ce problème par le passé devraient avoir honte. Honte également
à ceux qui refusent de faire quelque chose pour y remédier. Selon
l'époque de l'année et la disponibilité des vols, un taux de succès
de 60 à 80 p. 100 pour garantir un vol à quelqu'un qui vit une
telle crise est tout simplement inadmissible. Pourquoi ne peut-on
pas faire la même chose pour tous, qu'il s'agisse de ceux qui font
du service outre-mer ou dans notre grand pays?
Je vous demande instamment de résoudre le problème. Si vous
faites le nécessaire, les Canadiens pourront continuer de compter
sur la volonté et l'énergie des femmes et des hommes membres des
forces, ce qui sera à leur avantage. Par contre, si on ne fait rien
pour résoudre les problèmes dont il a été question aujourd'hui, je
ne sais pas ce qu'il en sera.
Merci de votre patience.
Le président: Monsieur Benoit.
M. Leon Benoit: Mon père, vous avez dit que cette question a
été signalée à plusieurs reprises par le passé. J'aimerais que vous
nous en disiez un peu plus à ce sujet.
Le père Kelly Bokovay: Avant mon arrivée ici, je travaillais
dans une base de l'armée. À l'époque, le commandement des forces
terrestres a effectué une étude sur les déplacements pour raisons
familiales exceptionnelles, pour voir ce que cela pourrait donner.
Cette étude n'est jamais allée plus loin que le quartier général du
commandement des forces terrestres. Le commandement des forces
aériennes, lorsqu'il existait encore, qu'on appelle aujourd'hui
division de l'aviation canadienne, a également effectué une étude
l'an dernier sur l'efficacité de notre politique relative aux
déplacements pour raisons familiales. Tous ces renseignements, une
fois recueillis, ne sont apparemment jamais transmis aux paliers où
se prennent les décisions.
On a constaté que le problème est dû en partie au fait que, à
cause de la compression d'effectifs dans les forces armées,
certaines personnes qui, il y a 10 ou 15 ans, consacraient du temps
et de l'énergie à résoudre ces problèmes ne sont tout simplement
plus là. C'est peut-être une des raisons pourquoi on ne peut pas
résoudre ces problèmes.
Si l'on n'arrive pas à résoudre les problèmes au quartier
général de la Défense, je pense bien franchement que c'est sans
doute, entre autres choses, parce que la plupart des gens qui
s'occupent de ces questions ont diverses cartes de crédit.
Lorsqu'ils ont un problème personnel d'ordre familial, ils achètent
un billet d'avion. La plupart des personnes présentes dans la salle
ne peuvent pas se le permettre.
• 1930
M. Art Hanger: Mon père, au début de votre exposé vous avez
parlé de l'aumônerie, vous avez dit que les services de counselling
représentent une entité d'importance cruciale et très précieuse
dans un contexte militaire. Je suis de votre avis. Vous avez dit
également que «si cette entité disparaissait». Le poste d'aumônier
dans l'armée est-il menacé de disparaître?
Le père Kelly Bokovay: Comme tout le monde, nous avons été
touchés par les compressions depuis cinq à six ans, et même avant.
Lorsque vous commencez à parler de la diversification du mode
de prestation des services, nous sommes des cibles faciles. C'est
ce qui est presque arrivé à nos travailleurs sociaux l'an dernier,
dans toutes les forces. Nous sommes des cibles faciles mais, comme
nous sommes invisibles, on n'accorde pas toujours d'importance à
notre contribution réelle à la capacité opérationnelle d'une
installation comme l'escadre 4.
Il y a eu des compressions. Il existe actuellement environ 135
aumôniers dans les forces armées régulières. Nous constatons
actuellement, dans des endroits comme Edmonton, qu'il n'y a pas que
les gens autour d'ici qui commencent à être victimes d'épuisement
professionnel. Les aumôniers et les travailleurs sociaux commencent
également à être épuisés tant leur charge de travail est lourde.
Nous avons fermé des chapelles dans tout le pays. Nous avons fermé
des bases. S'il nous est impossible d'offrir les mesures de service
social dont les gens ont besoin pour assumer les fonctions
particulières qui leur incombent, le système va imploser.
M. Leon Benoit: J'ai une brève question qui fait suite à la
précédente.
Vous avez dit que les gens qui étaient chargés de faire en
sorte que l'on accorde des vols pour raisons familiales
exceptionnelles ne sont plus là. Qui s'en chargeait auparavant?
Le père Kelly Bokovay: Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu
dire. Je voulais dire que ce problème a été soulevé à maintes
reprises au fil des ans et transmis au quartier général, en
demandant un avis sur la façon de le résoudre. Le problème, c'est
qu'il n'y a à l'heure actuelle pas assez de personnel au quartier
général pour s'attaquer au problème au niveau où il faut s'y
attaquer, c'est-à-dire au quartier général des forces terrestres ou
à la division de l'aviation canadienne et au QGDN. Ce personnel
n'existe plus, c'est aussi simple que cela.
Je ne crois pas toutefois que ce soit le seul problème. Je
pense que la nouvelle priorité des dirigeants et des hauts gradés,
dans les forces, est désormais de réduire les dépenses et
d'économiser. Pour le faire de façon efficace tout en continuant de
faire son travail, qu'il s'agisse d'un commandant d'unité ou
d'escadre ou encore de ceux qui assurent l'appui à l'avant-garde,
il faut consacrer du temps et de l'énergie non seulement à
l'exécution des tâches opérationnelles mais également à des mesures
de saine gestion financière comme ça ne s'est jamais fait
auparavant.
Où trouve-t-il ce temps et cette énergie?
Lorsque je suis vraiment occupé, la première chose que je
laisse tomber de mon emploi du temps, c'est mon programme
d'exercices.
En réalité, ce que les dirigeants ne font plus dans le cadre
de leur charge de travail, et ce bien malgré eux, c'est s'occuper
de leur personnel. Vous l'avez déjà entendu dire aujourd'hui.
Le président: Merci beaucoup.
Caporal-chef, Mark Horsman, je vous prie.
Une voix: Il n'est pas là.
Le président: Père Todd Meaker.
Le père Todd Meaker (témoignage à titre personnel): Monsieur
le président, mesdames et messieurs les membres du comité, colonel
Guidinger, mesdames et messieurs, je suis le père Todd Meaker. Je
serai très bref en commençant par deux remarques préliminaires.
Premièrement, je pense que ma femme est enfermée dehors, et je
dois donc partir bientôt. Elle termine à 17 heures et c'est moi qui ai
les deux clés de la maison. Je vous promets donc de ne pas
m'éterniser.
En second lieu, pour parler de choses un peu moins graves, je
dois dire qu'après vous avoir observé, j'ai beaucoup apprécié votre
capacité d'écoute. Je vous invite chaleureusement à venir écouter
l'un de mes sermons. Je suis très impressionné.
• 1935
J'ai seulement deux remarques à faire sur un sujet, celui du
déploiement. Les membres du comité—et j'ai rencontré certains
d'entre vous à Aviano—ont entendu nombre de témoignages sur les
problèmes auxquels se heurtent les soldats déployés sur les
théâtres d'opération. Il serait bon de les rappeler et, pour gagner
du temps, je concentrerai mes propos sur ces deux aspects.
Tout d'abord, j'aimerais parler de toute la question du
déploiement vue sous l'angle des personnes à charge, et des
répercussions que cela a sur elles. L'adjudant-maître Atkinson a
dit qu'elles constituent un actif invisible de la communauté
militaire. Ces personnes sont également des participants importants
à la vie opérationnelle des forces armées car c'est elles qui
tiennent le fort. Elles font pour notre pays un sacrifice que nous
ne reconnaissons pas de façon très concrète ou réaliste. C'est une
chose que je voulais signaler à votre attention.
Je sais que sur le plan financier il nous sera impossible de
leur remettre une médaille. C'est dommage. Je sais que certains,
parmi le personnel des forces, ont un esprit très créatif pour
faire des broches et autres bijoux à partir des médailles. Mais
c'est une petite plaisanterie, un geste symbolique au sujet d'une
question très importante. Je voulais l'ajouter à votre discussion.
Ma deuxième remarque est liée au problème auquel nous nous
heurtons, surtout dans les forces aériennes, lorsque nous sommes
envoyés en renfort pour participer à certaines opérations de l'OTAN
et des Nations Unies. Je veux dire que un grand nombre de nos
soldats sont, les uns après les autres, appelés à quitter leurs
lieux de travail ici par exemple, à Cold Lake, par exemple, pour
servir de renforts à d'importantes unités dont l'élément principal
vient parfois d'une autre base ou d'un autre niveau de
commandement.
Pour cette raison, les membres n'ont pas accès chez eux à
toutes les mesures de soutien avant, pendant et après le
déploiement. Cela pose de graves problèmes au niveau des soins
apportés à notre personnel, tout d'abord pour les préparer à la
réalité opérationnelle—pas seulement les membres des forces mêmes
mais surtout les membres de leurs familles, qui sont parfois
laissés pour compte. En général, c'est ce qu'on appelle le groupe
arrière qui s'en charge. Même si les choses se sont bien passées à
Aviano parce que nous composions l'élément principal, je parle
maintenant de gens qui ont quitté leurs ateliers dans le domaine du
génie civil, du transport d'entretien, ou divers endroits, et sont
partis comme renforts. Leurs conjoints n'ont pas eu droit à toutes
ces mesures assurées par le groupe arrière tout simplement parce
que celui-ci n'est pas sur place. Souvent, les familles se
retrouvent seules ou on ne définit pas leurs besoins. C'est un gros
problème. Les conjoints n'assistent pas non plus à la plupart des
séances d'information. Nous faisons tout notre possible. Nous
essayons de les inclure. Il existe un programme formidable appelé
SOSA, mais il est difficile de le faire accepter lorsqu'on ne jouit
pas d'une vaste communauté d'appui.
Je n'ai pas de réponse précise à ce problème sur-le-champ,
mais je sais que c'est une question grave. Il y a des familles et
des conjoints qui souffrent en silence. C'est un véritable
problème.
C'est une chose que nous avons également commencée à remarquer
dans les forces armées de réserve. Il y a toutes sortes de preuves
à ce sujet. C'est une variation sur le thème. Des gens vont et
viennent, ils terminent leurs contrats et puis on les oublie. Cela
se produit pour le personnel des forces lorsqu'il revient, et en
tout cas c'est ce que vivent les personnes à charge.
Toute la question du déploiement et du stress que cela
implique est importante, mais ce n'est qu'une chose parmi tant
d'autres que vous avez entendues aujourd'hui. Nous avons réussi à
maintenir 90 p. 100 de la charge de travail malgré une réduction
d'effectifs de 45 p. 100. On nous rappelle ce chiffre. Le résultat
final, le facteur humain, c'est que cela représente des tensions
accumulées pour les membres des forces et leurs familles. Cela se
répercute évidemment sur la productivité, le moral...
Dans l'armée, je crois que nous essayons de faire bonne
contenance. Dans les chapelles, lorsque les masques tombent, je
constate que le moral est bas, à mon avis.
• 1940
Lorsque nous sommes en public, nous continuons d'être très
fiers de faire partie des forces armées, fiers de faire partie de
la collectivité militaire ici à Cold Lake. C'est vrai, je le dis
sincèrement. Toutefois, je crois qu'un sentiment profond
d'écoeurement ronge les membres des forces, si l'on peut dire, et
qu'il faut faire quelque chose pour y remédier. Je pense que
l'étude entreprise par votre comité est un début de solution. Je
vous implore de poursuivre dans cette voie, mais sachez bien que
lorsqu'on y réfléchit, il ne faut pas oublier les personnes à
charge qui constituent un atout invisible, car elles servent aussi
le Canada. Pensez-y dans le contexte de ce que j'ai dit au sujet du
moral des troupes.
Merci beaucoup. Si vous avez des questions, j'ai encore un peu
de temps. Puis je déguerpirai en vitesse pour aller chez moi et me
répandrai en excuses auprès de ma femme.
Le président: Monsieur Hanger.
M. Art Hanger: Mon père, je vous suis très reconnaissant, à
votre collègue et à vous-même, d'avoir témoigné aujourd'hui car
cela a été très instructif pour moi.
Je me demande comment vous réagiriez dans la situation
suivante. Une jeune femme mère de deux enfants, épouse d'un
militaire, a un de ses enfants qui souffre d'allergies violentes et
vit dans un logement difficile à supporter, ce qui est à l'origine
de toutes sortes de problèmes conjugaux. Elle doit se débrouiller
toute seule la plupart du temps car son mari est en service ou en
entraînement ailleurs, ce qui est tout à fait normal dans l'armée,
dans l'espoir que les choses s'amélioreront à son retour;
toutefois, ce n'est pas le cas et ils sont à bout. Ils essayent de
se débrouiller avec un salaire très bas qui ne suffit pas à faire
face à toutes les dépenses d'ordre médical et ce couple est de plus
en plus embêté car il a dû emprunter pour joindre les deux bouts
provisoirement. Vous avez dû entendre cette histoire car elle a dû
être répétée bien des fois. Que pouvez-vous faire, vous qui
défendez les intérêts de ces gens-là?
Le père Todd Meaker: Il n'y a pas de réponse globale à cette
question, monsieur. Lorsque nous sommes confrontés à ce problème,
nous agissons au cas par cas et, comme on vous l'a dit je suppose
au sujet des vols pour raison familiale exceptionnelle, nous
essayons, de concert avec d'autres membres de la collectivité, de
trouver des solutions nouvelles. Cela se fait parfois au niveau de
l'unité.
Je suis toujours sidéré par... et je suppose qu'encore une
fois cela retombe sur les épaules de nos membres. Je vois des
services où les responsables font des pieds et des mains pour aider
les soldats. Ils vont les conduire au besoin. Parfois, certains
laissent tomber leurs tâches quotidiennes pour s'occuper des
autres. Il arrive que nous participions à la coordination des
activités, en faisant ressortir le problème de façon à mobiliser
les ressources dans la recherche d'une solution pour ces personnes.
Vous avez mis le doigt sur un problème qui est également très
important. Lorsqu'on parle de nos cadences opérationnelles, compte
tenu des fusions et des compressions de personnel qui se sont
répercutées sur nous, cela soulève toute la question de la mission
qui nous incombe. Nous sommes tous près à faire notre devoir. C'est
notre métier.
M. Art Hanger: Je comprends.
Le père Todd Meaker: C'est une bonne chose.
Comme l'a dit le père Bokovay, les compressions d'effectif
posent des problèmes car il y a de moins en moins de professionnels
chargés de s'occuper des soldats, et ce dans tous les secteurs.
Nous ne pouvons pas en faire autant que nous le souhaiterions.
LorsquÂun membre des forces armées, femme ou homme, est envoyé en
mission et qu'il revient, nous manquons à tel point de personnel
que nous lui disons simplement: «Pose tes affaires et reste là
pendant quelques jours; au fait, tu vas enseigner tel cours ou
suivre tel autre cours.» C'est incroyable.
Un exemple merveilleux... Je suppose que je n'ai pas le droit
de parler de certaines choses que j'ai entendues. C'est
regrettable, car nous serions si choqués que nous aurions du mal à
nous en remettre.
Je suppose que la réponse à votre question, monsieur, c'est
simplement qu'on compte sur notre créativité individuelle. Nous
n'avons pas de solution générale.
M. Art Hanger: Non. Vous êtes un groupe de pasteurs qui
oeuvrez dans les forces armées. Vous vous êtes certainement
rencontrés et il ne fait aucun doute que vous avez beaucoup discuté
entre vous du milieu où évoluent bon nombre de militaires. Je
suppose que vous avez fait rapport au ministère au sujet des
problèmes dont vous avez pris connaissance. Je ne parle pas de vous
en particulier, mais de l'ensemble de votre groupe.
• 1945
Je suis curieux d'entendre votre réponse, si vous en avez une.
Le père Todd Meaker: Je pense que l'une des bonnes initiatives
du dernier chef d'état-major de la défense a été de promouvoir le
rôle des aumôniers, de leur donner l'occasion d'oeuvrer au niveau
du commandant d'escadre, du commandant de base, à tous les niveaux
de la chaîne hiérarchique, simplement pour qu'ils puissent faire un
compte rendu mensuel sur le moral des troupes et les enjeux
importants dans la collectivité.
Vous avez raison, nous avons fait des études et nous avons
présenté ces données, de concert avec les autres professionnels qui
prodiguent de l'assistance. Je suppose que c'est l'une des raisons
pour lesquelles la décision sur la question des travailleurs
sociaux a été annulée. Cela a aidé. C'est un exemple des avantages
de ce genre de dialogue.
C'est vrai qu'il y a eu des études, mais il y a dans les
forces militaires un sentiment de lassitude généralisé... Les gens
vous disent qu'en principe, ils sont d'accord avec vous, mais soit
ils n'ont pas les ressources ou simplement l'énergie de s'atteler
à la tâche à ce moment-là. Lorsqu'on présente ce genre de rapport,
comme cela arrive pour d'autres problèmes également, c'est souvent
la réponse qu'on reçoit.
Cela répond-il à votre question?
M. Art Hanger: Oui, merci beaucoup.
Le président: Je vous remercie beaucoup, mon père, et je vous
souhaite bonne chance avec votre femme.
Le père Todd Meaker: C'est moi qui vais faire le dîner.
Une voix: Emmenez-la au restaurant.
Le père Todd Meaker: Je n'ai pas d'argent.
Des voix: Oh, oh!
Le président: Adjudant-chef Tony Calderone.
L'adjudant-chef Tony Calderone (témoignage à titre personnel):
Bonsoir, monsieur le président, membres du comité, colonel
Guidinger, adjudant-chef Scott.
Je suis adjudant-chef à l'escadron 441.
Il y a deux sujets que j'aimerais aborder aujourd'hui.
L'adjudant-chef Scott en a parlé de façon générale, mais je
souhaite revenir dessus pour qu'on en comprenne bien l'importance.
Premièrement, je voudrais parler de service. Ces dernières
années, on a dit à tous les membres des forces armées que seuls les
titulaires de postes administratifs pourraient rester après 20 ans
de service. Il y a quelques années, nos dirigeants avaient décidé
d'offrir des périodes de service indéterminées aux caporaux et
caporaux-chefs. C'était une bonne idée qu'ils soient autorisés à
rester jusqu'à l'âge de 55 ans, comme cela est permis aux grades
supérieurs. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi on offrirait
trois ans d'engagement continu aux trois-quarts de tous les
employés admissibles qui n'ont pas respecté les paramètres de
période indéterminée de service. Par exemple, un technicien en
aéronautique 514 fait déjà du sur-place et ne peut espérer obtenir
une promotion au grade de caporal-chef ou de sergent avant l'an
2001. Si, dans le contexte du réaménagement et des différents modes
de prestation des services, il y a déjà trop de titulaires d'un
poste, et si, dorénavant, on conserve le personnel pendant trois
ans et plus, quel avenir nous attend? Quand les jeunes militaires,
hommes et femmes, peuvent-ils s'attendre à ce que l'attrition fasse
son oeuvre pour qu'ils puissent faire des gains professionnels et
financiers? C'est une question que l'on me pose souvent à titre de
chef, une question à laquelle je ne peux répondre.
Comme vous le savez, mesdames et messieurs, la seule façon
pour un militaire d'améliorer son sort est d'obtenir une promotion.
Si cette possibilité disparaît, nous aurons supprimé la fierté, la
motivation et l'enthousiasme qui maintiennent en vie notre
organisation. Nous allons certainement perdre nos meilleurs
employés et garder les pires, qui font partie des 75 p. 100
auxquels nous avons offert une prolongation.
Deuxièmement, j'aimerais parler brièvement des problèmes liés
à l'absence d'établissement d'enseignement postsecondaire dont
souffrent nos militaires plus âgés lorsqu'ils sont en poste à
l'escadre 4 à Cold Lake. C'est bien simple, il n'y a pas
d'établissement d'enseignement postsecondaire dans la région. Un
membre de l'escadre 4 qui envoie son fils ou sa fille au collège ou
à l'université en Alberta doit débourser 7 000$ à 10 000$ de plus
en moyenne. Et c'est un coût qui risque d'augmenter rapidement,
selon la province où se trouve l'établissement que fréquente votre
enfant.
La plupart des militaires sont incapables de planifier ou
d'avoir le contrôle sur leur lieu d'affectation, à mesure que leurs
enfants à charge atteignent l'âge scolaire. Il en résulte diverses
sources de stress, notamment savoir où présenter une demande,
l'argent supplémentaire nécessaire et toutes les exigences
d'admission des divers établissements et provinces. Il s'ensuit que
de nombreux militaires doivent demander à quitter le service
pendant leurs années les plus productives, pour pouvoir donner une
éducation à leurs enfants. Ce n'est certainement pas avantageux
pour le ministère qui perd des éléments qui ont une contribution
précieuse à faire, à cause de circonstances indépendantes de leur
volonté.
L'isolement, ce n'est pas seulement une affectation à la base
de Alert, une mission de l'ONU ou une autre, en mer, pour l'OTAN.
Cela signifie aussi ne pas avoir les services et les installations
normalement offerts à tous les Canadiens.
• 1950
Je dirais même que si le Canadien moyen n'a pas accès à ces
services, c'est par choix; mais quand on vous affecte à Cold Lake,
et que vous avez des enfants en âge d'aller à l'université ou au
collège, vous connaîtrez sans doute plus que de raison le stress et
des problèmes financiers.
Des solutions?
Eh bien, il faudrait certainement reconnaître l'isolement de
Cold Lake, dans cette situation comme dans d'autres, notamment pour
les problèmes médicaux dont on vous a parlé aujourd'hui. Ce serait
une excellente chose. On pourrait avoir un programme
d'indemnisation semblable à celui qui est offert aux militaires
envoyés en Europe, où des prestations sont versées à ceux dont les
enfants à charge doivent quitter la résidence familiale pour faire
des études postsecondaires.
Je pense que ces changements s'imposent rapidement et
réduiraient sûrement le stress vécu dans la communauté militaire de
l'escadre 4.
Je vous présente ce mémoire, que vous pourrez lire plus tard.
Merci. C'est tout ce que j'avais à dire.
Le président: Merci beaucoup.
Le sergent Donald Foss.
Le sergent Donald Foss (témoignage à titre personnel): Je suis
ici pour parler de perfectionnement professionnel. Cela se rapporte
plus au milieu de travail et pourrait améliorer le moral et
accroître la fierté de notre main-d'oeuvre, tant civile que
militaire.
Je vous présente mon point de vue qui est celui d'un membre du
service de génie électrique et mécanique. Nous assurons la bonne
marche du parc de véhicules de l'escadre. Comme formation, nous
avons notamment besoin de cours sur l'injection électronique, pour
la mécanique automobile, et toutes sortes d'autres cours dont je
vous présente la liste.
En gros, ce que je veux, c'est plus d'argent. Je veux envoyer
mes gars suivre ces cours pour qu'ils soient à jour dans leur
formation. Cela leur permettra de faire leur travail en se tenant
à jour avec les nouveaux véhicules du parc. Nous recevons de
l'équipement tout neuf et notre formation n'est pas à jour. Par
conséquent, nous ne pouvons plus être fiers de notre travail. Nous
voulons donc que notre niveau de formation corresponde à celui de
l'industrie civile. Cela nous permettra d'être fier de l'état où
nous gardons les véhicules de notre parc.
Par ailleurs, nous voudrions aussi améliorer nos compétences
en gestion du personnel pour ce qui est de la formation de nos
subordonnés. Nous serons alors mieux à même de gérer notre
personnel, de manière plus efficace et plus précise, et de mieux
l'employer. Cela permettra aussi d'accroître la fierté et
d'améliorer le moral des troupes, et par conséquent, la qualité de
vie.
En résumé, je veux davantage d'argent. Je le dépenserai pour
former mes gars, ce qui améliorera le milieu de travail, l'état de
marche des véhicules du parc et le moral de tous.
Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Le caporal-chef Dennis Gemmell.
Le caporal-chef Dennis Gemmell (témoignage à titre personnel):
J'appartiens aussi au service de génie électrique et mécanique.
Mais je passe tout de suite à un autre sujet. Je ferai
cette année le plus grand voyage de ma vie: le voyage vers la
retraite.
Avec la formation dont vient de parler le sergent Foss, pour
être employable en ville, j'ai accès au programme SPSC. Ce
programme nous donne des occasions et des outils de formation nous
permettant de nous perfectionner.
Le problème de mon affectation à Cold Lake, c'est qu'aucun
cours n'est ici offert dans mon domaine, la mécanique automobile.
Si j'étais dans une autre base au Canada, les collèges et
universités ne seraient pas loin. Le collège le plus proche d'ici
et qui offre la formation dont j'ai besoin est à quatre heures de
route vers le sud.
Lorsque je déménagerai dans le sud de l'Ontario, à la fin de
l'année, je ne serai ni employable ni formable et je me retrouverai
donc sans doute au chômage. Ce n'est pas un défi qu'il me plaît de
relever, mais je le ferai, une fois que je serai en Ontario et que
j'obtiendrai la formation voulue.
Il serait bon que les fonds destinés à la formation soient
disponibles ici, afin que le personnel qui ne cadre pas avec les
programmes puisse suivre les cours nécessaires à la retraite, dans
des centres de formation.
En outre, la formation offerte ici, en Alberta, peut ne pas
être reconnue en Ontario. Je peux dépenser l'argent des
contribuables et prendre les cours ici, à Edmonton. Mais cela ne
voudrait rien dire en Ontario, parce que ce sont les provinces qui
ont compétence en matière de métiers et qu'il faut suivre les cours
de formation dans la province.
• 1955
Je pourrais prendre ma retraite ici. Je connais la région.
J'ai un réseau de communications ici. Mais ma famille est en
Ontario, et c'est pour moi une décision difficile à prendre que de
me lancer comme ça, sans savoir ce qui m'attend.
En passant, au sujet de l'affectation ici: ma femme souffre de
leucémie, la maladie de Crohn et le PTI, ce qui signifie qu'elle
est allergique à son propre sang. J'ai franchi haut la méthode les
étapes nécessaires pour venir ici parce qu'on m'a dit qu'il y avait
d'excellents services médicaux ici, ainsi qu'un bel hôpital, et que
le colonel avait un avion qui allait chaque jour à Edmonton pour
ceux qui avaient besoin de services médicaux. Ma femme espérait
être malade simplement pour pouvoir monter dans un F-18. J'attends
toujours.
Merci pour le temps que vous nous accordez. J'espère qu'après
mon départ, des méthodes seront offertes à ceux qui prendront leur
retraite après moi afin que leur fin de carrière militaire soit
plus agréable, quelque chose qu'ils envisagent avec plaisir, plutôt
que, comme c'est souvent le cas, une difficile épreuve à venir. Je
préférerais aller en Bosnie au lieu de prendre ma retraite, mais
j'en serai bientôt là.
Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Le caporal-chef John Edelman.
Le caporal-chef John Edelman (témoignage à titre personnel):
Monsieur le président, honorables membres du comité, la question
dont je veux parler a été effleurée par l'adjudant-chef Calderone,
et il s'agit des conditions de service, plus précisément des
prolongements de trois à cinq ans qui ont récemment été accordés à
environ 75 p. 100 des caporaux, des caporaux-chefs et des sergents
qui n'ont pas le grade nécessaire pour l'engagement à durée
indéterminée.
Pour commencer, l'offre de ces prolongements comporte un grave
problème: c'est qu'on ne sait rien du tout des plans à long terme.
Ce que je veux savoir, c'est si on les offrira à l'avenir à ceux
qui y ont déjà eu droit. Est-ce qu'on l'offrira à des gens comme
moi, qui n'arrivent pas à la date limite, ou aux deux? J'ai 15 ans
de service et on me dit que ce programme ne sera offert qu'à court
terme.
Cela empêche les militaires de planifier leur carrière.
Autrefois, il n'y avait que le plan 20-40, qui est ensuite devenu
le plan de 20 ans. Ensuite, vous faisiez vos 20 ans de service et
on vous accordait suffisamment de temps pour changer vos plans pour
rester jusqu'à l'âge de 55 ans, ou moins longtemps, selon vos
objectifs. Maintenant, si vous avez un prolongement de trois ans,
vous n'avez pas droit ensuite à l'engagement à durée indéterminée.
C'est la politique. On peut vous offrir un prolongement, puis un
autre, puis un autre. Pouvez-vous imaginer un militaire après 20
ans de service: il a accepté un prolongement de trois ans, et il
devra pendant les 15 prochaines années passer d'un contrat de trois
ans à un autre, sans savoir s'il va ou non obtenir un
renouvellement à la fin de chacun. Ce sera intenable.
En offrant ces prolongations au moment où il y a déjà trop de
monde dans les groupes professionnels de la série 500, les Forces
canadiennes ont causé un autre problème: une plus grande stagnation
de carrière pour tous les caporaux-chefs et les caporaux, pour une
durée d'au moins encore trois à cinq ans. Puisqu'il n'y a
pratiquement pas eu de promotions depuis déjà trois ans, cela
signifie un total de six à huit ans sans promotion. On crée ainsi
un environnement dans lequel les militaires de grade inférieur sont
peu incités à faire plus que le minimum. Ils n'ont pratiquement pas
de chance d'atteindre le niveau de responsabilités et de prestige
du grade supérieur et absolument aucune chance d'obtenir
l'augmentation de salaire dont ils ont bien besoin, puisque de nos
jours, dans les forces armées, seules les promotions peuvent nous
procurer une augmentation de salaire.
En outre, dans cette situation, il y aura un temps mort de six
à huit ans entre chaque vague de promotions. Chez les militaires,
six à huit ans, c'est un fossé entre deux générations. Ce temps
mort de six à huit ans sera suivi par une vague de promotions,
suivie à son tour d'un long temps mort, causé par le gel du
recrutement de cinq à six ans. Ce dernier a été causé par les
compressions budgétaires.
• 2000
Sans une progression continue dans les rangs, on se retrouve
avec une année faste où arrivent de nombreux gens fraîchement
promus et qui veulent changer le monde, en peu de temps. Il y a
ensuite six ou huit ans, quelle que soit la durée du temps mort,
pendant laquelle il n'y a pas d'incitatifs ou peu de changements,
et tout le monde se repose sur ses lauriers. Soudain, une autre
génération arrive, pleine d'enthousiasme, prête à changer le monde
de nouveau. Vous pouvez voir tous les grands conflits qui
pourraient en découler.
J'aurais pu vous dire que j'étais optimiste, sachant qu'en
1997 et 1998 il y aurait des promotions, puisque les années 77 et
78 avaient connu un fort recrutement. Maintenant, à cause des
prolongations de trois ans, ce moment est reporté à l'an 2000 ou
2001, et Dieu sait ce qui se passera après.
Ce que j'ai constaté et que je continue d'observer, c'est
qu'en s'efforçant de garder nos techniciens les plus expérimentés,
nous avons, sans le vouloir, perdu nos meilleurs éléments, les plus
enthousiastes. En effet, les techniciens enthousiastes et pleins de
motivation savent qu'ils pourront exceller si on leur en donne
l'occasion. Comme on ne leur en donne pas l'occasion ici, chez les
militaires, ils nous quittent et essayent de se trouver une place
dans le civil. En outre, pourquoi resteraient-ils, puisque rien de
bon ne les attend?
En terminant, je signale que ces prolongations nuisent non
seulement dans les domaines dont j'ai déjà parlé, mais affectent
aussi les politiques de promotion, comme les programmes
d'intégration de militaires du rang au sein des officiers. Pour y
avoir droit, il faut avoir le grade de sergent. On peut en dire
autant des programmes de formation universitaire pour les
militaires du rang, puisqu'une prolongation de trois ans ne suffit
pas... Disons que vous avez vos 20 ans; si vous avez l'engagement
à durée indéterminée, il vous reste 15 ans. Vous pouvez terminer la
formation en cours et rembourser tout service obligatoire. Avec une
prolongation de trois ans, vous pourriez suivre tout aussi bien un
cours d'art ménager et le rembourser tout de même.
Ce que je demande au comité, c'est qu'il s'assure qu'il y a
une progression professionnelle continue et fluide dans les forces
armées, parce que s'il n'y a pas de chance d'exceller... Je vais
citer un slogan des militaires américains: soyez tout ce que vous
pouvez être. Je pense que nos forces armées sont dans un bien
piètre état.
Merci beaucoup.
Le président: Merci. Le caporal-chef Steve Lavoie.
Le caporal-chef Steve Lavoie (témoignage à titre personnel):
Bonsoir. Je suis le caporal-chef Lavoie, de l'escadron de Radar 42.
Depuis des années, j'entends les militaires dirent des choses
comme «nous faisons la promotion de saines et bonnes valeurs
familiales en créant des services pour les familles ou en
améliorant ceux qui existent déjà ici» ou «nous participons à des
programmes communautaires comme ceux des scouts ou de parents-secours pour
améliorer notre communauté dans votre intérêt et celui
de votre famille». Ce sont de belles réussites, et il faut en
féliciter les responsables, qui ont fait du bon travail. J'ai
toutefois été concerné d'entendre des amis affirmer qu'ils avaient
le choix entre quitter la vie militaire après 16 ans, à quatre ans
de leur retraite, ou accepter une affectation loin de leur famille.
Si j'en ai parlé c'est parce que, l'an dernier, lors d'une
entrevue avec son gestionnaire de carrières, ma femme a été
informée que sa prochaine affectation serait soit à bord d'un
navire ou à l'étranger. Je ne peux pas recevoir une telle
affectation, et alors nous sommes dans la même situation. Nous en
avons déjà discuté, et elle va quitter les forces armées. Nous
avons deux enfants en bas âge.
Alors j'ai quelques questions. Premièrement, comment les
forces armées peuvent-elles dire qu'elles font un effort pour
promouvoir des bonnes valeurs familiales et ensuite affecter un
conjoint à un poste qui va le séparer de sa famille, qui va le
séparer de ses enfants?
Deuxièmement, est-ce que ce n'est pas un moyen pour les forces
armées de réduire leur personnel?
Troisièmement, que pouvons-nous faire, en tant que membres des
forces armées, pour empêcher la séparation de nos familles pendant
ces affectations? Comment est-ce que nos gestionnaires de carrières
peuvent prévoir, deux ans à l'avance, qu'il va falloir affecter un
membre à un poste opérationnel, ce qui va entraîner la séparation
d'un couple militaire marié. Comme nous le savons tous, il y a un
bon nombre de couples militaires mariés. Et si vous êtes
célibataire et dans les forces armées, qui allez-vous fréquenter?
Eh bien, vous allez fréquenter les autres membres des forces armées
qui sont célibataires. Vous les fréquentez, vous les épousez.
• 2005
J'aimerais proposer quelques solutions dans le cadre des
exigences des forces armées: les gestionnaires de carrières
pourraient faire appel aux pratiques de la gestion et sonder les
employés dans le but de déterminer qui aimeraient occuper le poste
qui devient vacant.
Parfois certains membres aimeraient bien accepter le poste
offert à quelqu'un d'autre, mais ces gens-là se font dire que cela
n'est pas possible. C'est précisément ce qui m'est arrivé lorsque
ma femme a été affectée à Gander et moi j'étais affecté à Goose
Bay. Heureusement, on n'avait pas d'enfants à cette époque. Il y
avait un militaire ayant les mêmes compétences, le même grade et le
même métier qui voulait aller à Gander et ma femme voulait venir
avec moi.
En parlant avec le gestionnaire des carrières, nous avons
expliqué que le voyage en traversier prenait pas mal de temps. À ce
moment-là, c'était la seule façon de quitter Goose Bay.
Il habitait à la caserne; ma femme aussi. J'aurais pu tout
mettre dans ma camionnette et j'aurais pu les conduire là-bas sans
qu'il en coûte un sou aux forces armées. Normalement, ils auraient
reçu deux semaines de salaires. Ils ont dit qu'ils étaient prêts de
s'en passer, qu'ils voulaient simplement pouvoir aller là-bas. Mais
la réponse a été non car il ne fallait pas créer de précédent. Ils
n'étaient même pas prêts à nous écouter.
Alors nous avons dû attendre et heureusement, nous avons reçu
une affectation ensemble un peu plus tard.
Peut-être les forces armées pourraient établir un babillard
d'emplois sur l'Internet. De cette façon, nos membres pourraient y
avoir accès pour déterminer les postes à doter qui les
intéresseraient. Cette suggestion provient d'un collègue de travail
qui travaillait aux États-Unis où ils ont ce genre de système,
paraît-il. En se servant de l'Internet, les militaires peuvent
déterminer quels postes sont à doter et soumettre leurs
candidatures en conséquence. Ensuite, ils peuvent en parler à leur
famille.
Encore une fois, je ne sais pas comment les gestionnaires de
carrière décident qui doit aller où, mais lorsqu'il s'agit d'une
escadre de cette taille ou d'une base militaire importante, je ne
crois pas qu'il serait trop difficile d'y garder un caporal en
poste.
Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Madame Laura Morin.
Mme Laura Morin (témoignage à titre personnel): Bonsoir. Merci
d'être venus à Cold Lake. Bienvenue.
Étant l'épouse d'un membre des forces armées, je vais
m'exprimer au nom des conjoints.
Pendant 15 ans, j'ai travaillé à la Banque de Montréal. Au
cours de toutes nos affectations, j'ai toujours eu le bonheur de
trouver une succursale de la Banque de Montréal à une distance en
voiture d'une heure et demie au maximum. Depuis que je me trouve à
Cold Lake, ma carrière est au point mort puisqu'il n'y a pas de
succursale de la Banque de Montréal ici.
Je suis encore des cours de correspondance. Il y a d'autres
banques ici, mais elles préfèrent donner des promotions dans leurs
propres succursales au lieu de recruter de l'extérieur. Cela ne me
dérange pas de devoir recommencer à chaque fois; il est quand même
décourageant de quitter un emploi qui paye environ 13$ de l'heure
pour en accepter un à Cold Lake qui paye 6$ ou 7$ alors qu'il
faut payer une gardienne 3$ ou 4$ de l'heure.
J'ai une autre préoccupation aussi. Je suis la directrice
bénévole de l'Association de l'information sur l'asthme allergique
ici à Cold Lake. Il n'y a aucun service médical ici qui fournit un
appui à ceux qui souffrent d'allergies, etc. Nous essayons
d'informer les écoles, les restaurants et la collectivité sur le
nombre d'enfants actuellement qui souffrent d'allergies, d'asthme,
et du problème de l'anaphylaxie, puisque nous habitons une région
tellement isolée. Dans le cas d'une anaphylaxie, la gorge se
referme en moins d'une demi-heure, ce qui est arrivé dans une école
ici à Cold Lake où trois enfants de dix ans, munis d'un sandwich au
beurre d'arachides, ont immobilisé un garçon de six ans. Or, ce
genre de gaminerie peut sembler frivole, mais si les enfants
avaient mis le sandwich dans la bouche du garçon, je frémis à
l'idée de ce qui aurait pu arriver.
• 2010
Ce sont là deux de mes préoccupations, en tant d'épouse.
Le président: Merci beaucoup.
L'adjudant-chef Paul Lacroix.
L'adjudant-chef Paul Lacroix (témoignage à titre personnel):
Monsieur le président, ce que j'allais dire a déjà été dit.
J'aimerais donner à d'autres ici la possibilité d'intervenir.
Merci.
Le président: L'adjudant Cindy Todero n'est pas ici. Ensuite,
nous avons le caporal Sam Mersereau.
La caporale Sam Mersereau (témoignage à titre personnel): Une
question qui est très difficile à soulever au sein des Forces
canadiennes aujourd'hui est sans doute le harcèlement sexuel. Mon
mari a pris sa retraite des forces comme adjudant-chef en 1996,
après 31 ans, et je suis fière de lui. Beaucoup de gens dans cette
salle le connaissent et sont très fiers de lui aussi.
Il est de la vieille école, et il a eu beaucoup de difficultés
à accepter les femmes dans les forces armées. Il n'a jamais de sa
vie pensé que sa femme aimait la vie militaire, qu'elle aimait
porter l'uniforme, et je dois avouer que pendant 22 ans de mariage
je lui ai préparé ses uniformes, j'ai ciré ses bottes et ses
chaussures. Je ne regrette pas de l'avoir fait. C'est comme ça que
j'ai été élevée.
Par ailleurs, c'est toute une expérience d'apprentissage que
de vivre avec quelqu'un comme ça. On a tendance à s'épanouir. Je
suis devenue très indépendante et j'ai formé mes propres opinions.
J'ai aussi compris que les questions qui touchent les femmes
aujourd'hui sont très importantes, que ce soit l'exploitation par
la société ou le harcèlement sexuel dans les Forces canadiennes.
Parfois, certains sujets sont très difficiles à aborder.
Beaucoup de gens ne voulaient pas que je parle aujourd'hui, mais
j'ai permis à beaucoup d'autres de faire à leur guise. Certains ont
été des cadres. Les grades inférieurs ont tendance à rire ou à
faire des blagues...
Cela fera huit ans le mois prochain que je suis membre des
forces. Je me suis enrôlée plus tard. Je suis venue de la milice.
J'ai servi six ans sur le terrain. J'ai été membre des réserves
dans l'ERRA. J'avais les qualités nécessaires. J'ai mis sur pied
des unités. J'ai occupé des postes de supervision. On m'a mise
souvent dans des postes qui exigeaient une expérience de remise en
état. Depuis le début de ma carrière, je n'ai jamais dit à
personne: «Ne me recommandez pas pour le poste de commandant de
l'escadre; ne me recommandez pas pour cela. Je préfère faire mon
travail et aider les gens.»
J'ai été envoyée dans le Golfe, mesdames et messieurs, et ça
a été une décision très difficile à prendre. Quand j'ai signé pour
accepter la mission, c'était parce que j'aime mon pays et j'aime
porter l'uniforme. J'avais du courage, j'avais de l'intégrité, je
possédais tout ce qu'implique le mot «soldat».
En janvier, dans le journal, le Alberta Sun, me semble-t-il,
un des membres des ingénieurs a décidé qu'il allait écrire une
lettre pour «les autres» qui ont des emplois de bureau, qui sont
insignifiants sur le plan militaire. J'ai été insultée. Il
travaillait au niveau des mines terrestres et je comprends que
c'est là le choix qu'il a fait, de s'enrôler et tout le reste.
Aussi, dans la salle où nous sommes, il y a beaucoup de gens qui
ont des emplois de bureau, qui ont fait toutes sortes de bonnes
choses pour nos militaires et qui ont dû subir certains abus de
temps à autre.
• 2015
Je me suis fait tirer dessus. Un missile est tombé à neuf
kilomètres de mon lit. Je souffre, apparemment, d'un syndrome de
stress post-traumatique, j'ai ouvert un dossier aux Affaires des
anciens combattants mais ils ne peuvent rien faire avant d'avoir
complété mon dossier.
J'ai aussi une déficience orthopédique pour avoir fait tant de
course à pied en uniforme de combat. J'ai laissé bien des officiers
s'en tirer impunément même si c'était moi la victime. Si j'avais
voulu faire quelque chose, il aurait fallu alerter un tas de monde,
ce que je me refuse de faire.
Je suis un soldat. Je suis un soldat d'abord et avant tout et
j'en suis fière. Je fais du maudit bon travail. J'ai passé de
100 p. 100 à 200 p. 100 de ma vie à donner aux militaires. Mais
quand les gens me disent «C'est parce que toi et ton mari vous
faites des tas d'argent que nous nous trouvons dans ce trou», cela
m'insulte. J'ai un certain ressentiment parce que mon mari, qui a
donné 200 p. 100 de lui-même pendant ses 31 années de vie
militaire, a dû refuser ce qu'il attendait depuis 28 ans,
c'est-à-dire une affectation outre-mer quand on la lui a offerte
parce que malheureusement, je ne pouvais pas prendre congé étant la
personne-ressource pour mon métier. C'était donc de démissionner ou
de demander à mon mari d'en parler avec les gens qui pouvaient
influencer ma carrière pour savoir si on pouvait m'affecter là-bas
avec lui. On lui a dit que seuls les hommes méritants se voyaient
offrir ce genre de chose.
J'ai servi dans le Golfe. J'en ai assez enduré. Je suis allée
au Golan et j'ai enduré des conditions pas disables. Et qu'ensuite,
vu ma carrière, quelqu'un vienne me dire que seulement les gens
méritants obtiennent ces postes—je suis frustrée.
La seule chose qui m'a encouragée jusqu'ici, qui m'a sauvée et
qui me motive à essayer de me tirer de toute cette rage et ces
misères, c'est qu'on m'a affectée à une unité composée d'hommes
seulement. Je porte l'uniforme bleu. Enfin, j'ai encore à le
porter; je suis toujours habillée en vert. Cela ne me pose pas de
problème. Cela a été très difficile pour eux de comprendre pourquoi
ils ne pouvaient pas être mes camarades, avec une poignée de main
ou une tape sur l'épaule. Ils peuvent le faire maintenant, parce
que certains d'entre eux sont au courant. Certains d'entre eux sont
assez intelligents pour comprendre.
Mes qualités de chef ont toujours existé. J'ai toujours fait
preuve du plus grand respect envers tout officier et tout
sous-officier supérieur ainsi que tous mes pairs. Le jour fatal du
pire incident d'harcèlement sexuel possible, j'ai salué mon
officier parce que c'est ce qu'on m'a appris dans la vie militaire.
C'est un officier et je respecterai cela jusqu'à ce que je prenne
ma retraite à l'âge de 55 ans moins un jour.
Je n'ai pas de problème à changer d'affectation. Mes enfants
sont plus vieux. Mon fils sera bientôt diplômé de l'Université du
Manitoba. J'ai une fille à l'école secondaire. Pour mon fils, j'ai
dû le laisser derrière moi pour compléter une année. Cela a été
très difficile. Les notes de téléphone ont été très élevées. Nous
n'avions pas le choix. Nous le savions. Mais il faut dire que les
forces armées m'ont quand même accordé 300$ par mois pour la
chambre et la pension de mon fils parce que j'ai quitté la
province.
Je n'ai pas du tout souffert d'épreuves à cause des forces
armées, elles ont été bonnes envers moi. De façon générale, il n'en
a pas été de même pour mes collègues. Certains d'entre eux font
preuve d'une grande gentillesse et sont toujours là pour vous
aider.
Je sais que lundi on me dira que j'ai deux choix. Ou bien je
serai envoyée à ma nouvelle affectation, ce qui m'oblige à quitter
ma fille... si cela se passe, je n'ai rien à redire car mon mari
est à la retraite, c'est maintenant lui le conjoint à charge et ça
me flatte de le dire. J'ai été dans cette situation pendant
plusieurs années. Non, ce n'est pas lui qui prépare mon uniforme ni
qui cire mes chaussures ou mes bottes; il ne saurait pas le faire.
• 2020
J'essaie de vous faire comprendre qu'il y a des difficultés
dans la vie civile tout comme dans la vie militaire. Et une fois
qu'ils quittent les forces armées, ils doivent apprendre à survivre
dans la vie civile.
Nos circonstances sont assez spéciales dans la mesure où on ne
nous donne pas beaucoup d'avis quand on nous envoie quelque part.
J'ai reçu quatre jours d'avis pour me rendre dans le golfe, quatre
jours d'avis pour aller sur les hauteurs de Golan. Mes valises sont
toujours prêtes. J'ai toujours été reçu à l'examen physique que je
passe tous les ans. J'y crois profondément. C'est mon pays. Si
jamais nous avons besoin d'aide, j'espère qu'il y aura des
personnes à l'autre bout du monde qui viendront nous rendre la
pareille.
Si j'avais été militaire lorsque mes enfants étaient plus
jeunes, j'aurais préféré rester à la maison pour les élever mais ça
aurait été mon choix personnel. Ce n'est peut-être pas le choix de
tout le monde. Il faut reconnaître que nous avons fait face à des
difficultés. J'ai eu deux emplois, j'ai dû frotter les planchers le
soir. Je ne m'en plains pas, j'en suis très fière. Grâce à moi, mon
fils a pu faire de bonnes études et ce sera la même chose pour ma
fille.
Quant à ce que je voudrais voir au Canada... le Prince
Philippe a déjà fait cette observation au premier ministre du
Canada lors d'une visite tout de suite après la crise d'Oka. Il
nous a recommandé de faire notre propre ménage avant d'aller à
l'étranger.
Il y a beaucoup de gens de bonne volonté ici qui sont prêts à
s'entraider. Mais je refuse d'accepter que quelqu'un cherche à
abaisser et à humilier d'autres membres des forces militaires. À
mon avis, personne ne devrait tolérer ce genre de choses.
Pour l'instant j'ai recours à des services de counselling. Je
n'ai pas honte de le dire. Je dois trouver une façon de maîtriser
ma colère que je refoule. Comme l'a dit l'aumônier, quand elle
commence à exploser, il vaut mieux ne pas être là.
J'ai beaucoup de bien à dire au sujet de l'administration
centrale de la défense et l'hôpital médical qui s'y trouve. Ils
m'ont fait énormément de bien et c'est grâce à eux que j'ai pu m'en
sortir, autrement cela aurait pris des années.
Comme l'on dit l'adjudant-chef Scott et le lieutenant-colonel
Fash, nous avons besoin du service médical ici. Nous avons besoin
de cette aide tant sur le plan physique que mental. Il y a une
liste d'attente de cinq mois. J'attends depuis cinq ans et je
suppose que je peux attendre encore cinq mois.
Je vous remercie.
Le président: Adjudante-maître Yvonne Boisclair.
L'adjudante-maître Yvonne Boisclair (témoignage à titre
personnel): Bonsoir. Je représente ici les réserves aériennes,
escadre 4 de Cold Lake. Et je voudrais faire un certain nombre
d'observations positives même si leur formulation a pris un certain
temps.
Nous avons formulé beaucoup de commentaires positifs au
sujet des réserves au cours de l'année écoulée. Comme je l'ai dit,
nous attendons depuis très très longtemps. J'espérais que ces
commentaires positifs allaient finalement se matérialiser avant que
je doive prendre ma retraite.
À part quelques hic dans le nouveau système de rémunération,
qui se sont produits à l'échelle du pays, les choses se sont assez
bien passées pour nous cette année. Quand nos gens ont eu des
difficultés de solde, le personnel à l'escadre 4 a très bien réussi
à régler les problèmes. Les gens n'ont pas été privés de leur solde
parce qu'on a pu organiser des paiements locaux.
Un avantage qui a été confirmé cette année est le régime de
gratifications de retraite qui est rétroactif au 1er avril 1997.
Cela nous a accorde une indemnité de départ d'une semaine de
salaire pour chaque année dans les réserves. Cela peut constituer
un bon avantage pour quelqu'un au seuil de la retraite. Nous avons
aussi reçu le salaire comparatif à 85 p. 100 des membres de la
force régulière, et cela aussi était rétroactif au 1er avril 1997.
Nous nous attendons à recevoir des augmentations dans notre CPR,
c'est-à-dire la catégorie de prime de rendement. On nous a dit que
les augmentations ont été approuvées, mais pas encore mises en
oeuvre.
• 2025
Il y a aussi eu une amélioration au niveau du déménagement
pour le service de réserve classe B. Autrement dit, si un
réserviste veut demander un poste en Colombie-Britannique ou en
Ontario, il est désormais possible qu'on paye ses frais de
déménagement.
Le personnel appartenant au service de réserve classe B à long
terme peut avoir droit à des logements familiaux s'il y en a de
disponibles dans la région. À l'heure actuelle, on est en train de
préparer un système de rémunération au rendement pour le travail
spécialisé.
Ces choses qui se sont concrétisées pour les réservistes
améliorent bien la vie. Il y aura toujours des problèmes, mais si
on persiste, les choses finissent par se concrétiser et j'en suis
très fière.
Merci.
Le président: Merci.
La capitaine Maureen Sutton n'est pas ici. Elle est partie.
Hansa Thaleshvar.
Mme Hansa Thaleshvar (témoignage à titre personnel): Merci
monsieur le président. Je ne prévoyais pas comparaître ici
aujourd'hui. Je suis venue simplement pour écouter les autres. Mais
ayant entendu certaines observations, je me sens obligée d'en faire
moi-même, et surtout d'exprimer l'appui de la collectivité pour les
militaires: de parler de nos sentiments à leur égard, du fait
qu'ils font un très bon travail pour notre pays, le Canada, et
d'exprimer la fierté que nous éprouvons envers eux.
Actuellement, je suis présidente du comité Target Top Gun. Ce
comité a été créé pour appuyer l'escadre 4 et l'initiative sur
l'entraînement de vol de l'OTAN, dont vous êtes probablement au
courant. C'est un comité composé entièrement de bénévoles de la
collectivité. Lorsque nous avons créé le comité au début, nous
avons bien sûr fait une levée de fonds pour amasser des milliers de
dollars afin d'inviter les gens qui viennent et de leur dire que la
collectivité de Cold Lake a une qualité de vie qui ne peut pas être
dépassée.
C'est la qualité de vie que je veux souligner. On a déjà parlé
de la santé et de l'éducation. Vous avez ensuite parlé des
différents modes de prestation des services, dont j'ai une
expérience directe parce que mon mari me raconte des histoires à ce
sujet tous les jours.
Tout le monde est touché par les prestations concernant les
soins de santé. Nous avons été très chanceux de pouvoir utiliser
les services militaires, surtout dans le domaine de la santé
mentale. Je crois que si l'on veut amener les pays étrangers à
faire leur entraînement ici, cela devient plus important. Les
besoins de nos gens sont certainement importants, mais ils seraient
d'accord pour dire que cela amplifie l'urgence. Voilà pourquoi il
faut aborder ces difficultés et les régler tout de suite.
Je crois que la folie des compressions a été exagérée. Il faut
faire un petit recul et regarder la vraie situation, c'est-à-dire
que ces gens fournissent des services à la collectivité, au pays et
au monde entier. Alors, à cet égard, je demande qu'on accorde aux
questions de santé un niveau prioritaire et qu'on adopte tout de
suite les solutions qui s'imposent.
Au niveau de l'éducation, j'ai deux préoccupations. Pour ce
qui est du premier, je suis certaine que je n'ai pas besoin de vous
le rappeler, c'était aux nouvelles hier soir, les étudiants à
travers le pays protestent contre l'augmentation des frais de
scolarité. J'ai une fille qui étudie à l'université. Elle a déjà
une dette de plus de 20 000$. Je ne crois pas que cela constitue
une très bonne façon pour les jeunes de commencer leur vie active.
• 2030
Les étudiants doivent payer leurs études et je n'y vois aucun
mal, mais les emplois que trouvent les étudiants ne sont pas assez
rémunérateurs pour payer ces dépenses. Les frais de scolarité à eux
seuls et les livres coûtent plus de 4 000$, et si l'étudiant doit
quitter son foyer pour déménager à Edmonton et maintenir une
deuxième résidence, ça va coûter plus de 10 000$ si vous vivez au
seuil de la pauvreté.
Si vous voulez, ma fille vous dira comment les étudiants
vivent en dessous du seuil de la pauvreté.
Il nous faut absolument résoudre ce problème. Nos jeunes
doivent continuer leurs études supérieures pour nous aider à
développer notre économie mondiale.
Je me suis peut-être écartée un peu des questions à l'étude,
mais j'estime qu'il est extrêmement important de nous concentrer
sur les études.
Mon deuxième sujet d'inquiétude porte sur l'éducation des
adultes. Je suis également présidente du conseil d'éducation des
adultes dans notre collectivité, et une fois de plus, nous avons dû
lutter constamment pour offrir les cours qui sont nécessaires ici.
Plus précisément, même si les écoles locales offrent des cours
qui répondent aux besoins à un certain degré, quand nous essayons
d'offrir des cours plus sérieux, nous n'avons pas le financement de
base qui permettrait à ces institutions d'offrir les cours à
l'extérieur des grands centres, et il est beaucoup plus cher
d'offrir ces cours ici. Si nous voulons que les adultes continuent
leur éducation pendant toute leur vie, il faut régler cette
question.
Bien sûr, nous pourrions offrir des cours aux adultes à
distance, en nous servant des technologies. Il nous faut concentrer
nos efforts sur cette possibilité aussi. Même si les gens parlent
beaucoup de la technologie et ainsi de suite, des fonds sont plus
convaincants qu'un beau discours.
Le dernier problème, bien sûr, est le DMPS. Mon mari travaille
au CETA. Je ne suis pas ici pour vous dire que tout va mal. Mon
mari y travaille depuis 26 ans. Il aime beaucoup son travail, parce
qu'il fait de la recherche scientifique. C'est tout un défi, et il
doit entreprendre de nouveaux projets tout le temps. Le CETA
recueille des connaissances scientifiques et technologiques qui
sont difficiles à trouver ailleurs. Je crois que si nous
n'attachons pas beaucoup d'importance à ces connaissances, c'est
nous qui allons en payer le prix plus tard.
Pour ce qui est du DMPS, j'entends toutes sortes de choses
dans ma collectivité: que maintenant le gouvernement n'a pas le
choix, et qu'il doit le mettre en vigueur parce qu'il y a déjà
consacré pas mal d'argent. Je vous demande d'examiner le DMPS de
nouveau. Si c'est le cas, je vous prie de vous demander si le DMPS
a vraiment quelque chose à offrir aux forces armées. Je vous
demande également de poser des questions sur l'efficacité du DMPS
par rapport au coût, et troisièmement, ce qui est le plus
important, demandez-vous si c'est bon pour les gens. S'il est
sensé, s'il règle tous ces problèmes, alors vous devriez
l'envisager. Mais je trouve que nous devrions examiner la
proposition de très près.
Certains croient aveuglement que le secteur privé fait tout
très bien... À mon avis, il y a beaucoup de travaux de recherche
qui indiquent le contraire. Donc, je vous prie, examinez le DMPS
une deuxième fois, examinez-le de très près.
Finalement, nous avons beaucoup entendu parler de la façon
dont les gouvernements ont tout gâché pour les forces armées par le
passé. Le passé, c'est du passé. Aujourd'hui nous avons entendu des
appels très sincères de la part du personnel de l'escadre 4. Ils
nous ont dit ce que l'on pourrait faire et ce qui doit être fait.
À mon sens, tous les députés et tous les fonctionnaires devraient
collaborer et ils ne devraient pas traiter les forces armées comme
un cadeau empoisonné à se refiler. Ils doivent régler tous ces
problèmes, car si nous n'avons pas des forces armées fortes...
Quelqu'un a cité Churchill. Voilà pourquoi je trouve qu'il est très
important d'avoir des forces armées fortes.
• 2035
Je vous remercie beaucoup de votre temps. J'espère que vous
reviendrez.
M. Leon Benoit: Merci, Hansa, de vos observations. Je suis
totalement d'accord avec vous pour dire que les forces armée ont
une très grande importance.
Je voudrais vous demander une petite précision. Vous avez dit
avoir entendu dire que les forces armées ne peuvent pas faire
marche arrière sur ce programme de DMPF parce qu'elles y ont déjà
investi beaucoup d'argent. Qui vous a dit cela, et pourquoi est-ce
que les forces armées ne peuvent pas changer d'idée?
En passant, je suis également d'accord pour dire que le
secteur privé ne fournit pas toujours les services de la façon la
plus efficace et rentable.
Mme Hansa Thaleshvar: Les gens me le disent. Je n'ai pas de
source en particulier. Les gens hésitent à nommer leur source
d'information.
Mais le processus est en cours depuis longtemps maintenant.
Voilà une autre chose. À mon avis, les gens sont très frustrés
parce que ça traîne. Il faut prendre la décision; oui ou non,
prenez la décision, pour que les gens puissent continuer leur vie.
Le président: Merci beaucoup.
Mesdames et messieurs, nous allons reprendre à 22 h 30.
• 2038
• 2232
Le président: Bienvenue à tout le monde. Nous allons reprendre
là où nous nous sommes arrêtés. Je demande à Kate Hepple de prendre
la parole.
Mme Kate Hepple (témoignage à titre personnel): Bonsoir, tout
le monde. Je suis ici pour représenter les épouses, et j'ai quelque
chose à vous dire. D'autres en ont déjà parlé, mais vous n'avez pas
entendu beaucoup de conjointes, et je voudrais vous faire part de
nos points de vue.
Nous avons dit que nous sommes très loin de nos familles.
C'est assez difficile pour nous, car nous ne voyons pas nos parents
très souvent, et nos enfants n'ont que rarement l'occasion de voir
leurs grands-parents. Parfois nous avons la chance d'obtenir un
siège sur un vol, priorité 5, et nous allons en Ontario voir nos
familles. Nous espérons avoir un siège pour revenir, priorité 5,
mais en vain. Si on nous garantit une priorité 5 pour y aller, il
serait bien d'avoir la même garantie pour revenir. Souvent j'y suis
allée mais j'ai dû payer pour trois billets de retour, ce qui
représente toute une dépense. C'est très bien de pouvoir voyager
gratuitement, mais il serait bien de savoir que vous pouvez revenir
gratuitement aussi. J'admets que c'était moi qui avais pris la
décision de suivre mon époux, mais quand même, je suis encore très,
très loin de ma famille.
Les études et les enfants.
Nous étions à Ottawa avant d'être envoyés ici. J'avais une
voisine qui est venue de la Nouvelle-Écosse juste avant mon départ,
et elle avait eu beaucoup de mal à s'adapter à sa nouvelle vie à
Ottawa, par rapport à sa vie en Nouvelle-Écosse. Ses enfants ont
été recalés d'un an à l'école, ce qui est un coup assez dur pour
des enfants. Si un enfant est habitué à faire partie d'une classe
d'enfants de son âge et qu'il doit aller dans une classe avec des
plus petits, c'est très difficile pour lui. On m'a dit que si vous
déménagez de l'Est vers l'Ouest, les enfants ont du mal à s'adapter
à l'école et ils sont recalés, tandis que si vous déménagez de
l'Ouest à l'Est, les enfants ont moins de problèmes. Les
différences entre les systèmes scolaires dans les diverses
provinces rendent la vie assez difficile aux enfants.
Pour ce qui est des conjoints, si un conjoint veut continuer
ses études, il n'y a vraiment rien ici. Moi, j'ai déjà mon
Baccalauréat, mais je voudrais poursuivre mes études et ici ce
n'est pas possible. Je pourrais suivre des cours par
correspondance, mais souvent les cours offerts par correspondance
ne sont pas les cours que vous cherchez. Nos possibilités sont très
limitées ici, et c'est très frustrant.
Si vous vivez ailleurs et que vous commencez vos études, il
est assez peu probable que vous soyez capables de les terminer
avant d'avoir une nouvelle affectation. Cela aussi c'est très
difficile pour les conjoints.
• 2235
Les possibilités d'emploi pour les conjoints: Avant de venir
ici, j'ai fait des études et j'ai passé des examens provinciaux
pour devenir conseiller financier et travailler pour London Life.
J'ai fait six mois dans ce poste, et ensuite on nous a envoyés ici.
Je suis venue ici. Je me suis rendu compte en venant ici que je
serais obligée de faire d'autres études et de passer les examens
provinciaux de nouveau. Je trouve que cela ne vaut pas la peine,
car si je le fais, on pourrait nous envoyer ailleurs une autre
fois.
C'est amusant. À Ottawa, je travaillais et j'entendais les
autres femmes qui ne travaillaient pas dire: «À quoi cela sert? Ça
ne vaut pas la peine que je me trouve un emploi. Mon mari va être
muté encore une fois. J'aurai à peine le temps de commencer une
carrière et nous devrons repartir de nouveau.» Je me disais:
«quelle attitude pitoyable. Trouvez-vous un emploi, ne serait-ce
pour être occupées.» Il a fallu que je me trouve dans la même
situation pour comprendre pourquoi ces femmes ne voulaient pas
recommencer à nouveau dans chaque nouvelle ville. Lorsqu'on vient
de l'Ontario, qu'on gagne 30 000$ par an et qu'on se retrouve
ailleurs à un salaire minimum de 5 ou 6$ l'heure, l'estime de soi
en prend tout un coup.
Je me suis dit que je n'allais pas travailler pour 5 ou 6$
l'heure. J'ai un diplôme universitaire, et pour moi, cela n'en vaut
pas la peine. Compte tenu de ce que je devais payer pour faire
garder les enfants, il valait mieux que je reste chez moi.
Heureusement, nous sommes en mesure de le faire. Nous ne
sommes pas endettés au point qu'un seul revenu ne peut suffire.
C'est l'un des autres problèmes, lorsque les deux conjoints
travaillent et qu'en raison d'une mutation, la famille se retrouve
avec un seul revenu. Nous savons tous que lorsqu'une famille à deux
revenus totalisant, supposons, 40 000$ par année, les dépenses se
font en fonction de ce revenu annuel. Il est possible d'avoir deux
voitures et aussi deux traites pour les payer. Mais si le mari est
muté et que la femme perde son emploi, il ne reste qu'un revenu,
mais il faut encore payer toutes les factures qui ont été encourues
lorsqu'il y avait deux revenus. Bon nombre de familles de
militaires se trouvent dans une situation financière difficile
parce qu'elles étaient habituées à vivre avec deux revenus. Après
une mutation, il n'y en a plus qu'un, c'est très difficile et cela
peut causer des difficultés à la famille.
Les problèmes financiers sont probablement l'une des raisons
pour lesquelles il y a une telle augmentation du nombre des
séparations et des divorces.
À ce propos, le nombre des séparations et des divorces est
assez élevé. Souvent, lorsqu'une femme quitte son mari, c'est elle
et ses enfants qui se trouvent en difficulté et doivent dépendre de
l'économie. Généralement, les femmes ne gagnent pas autant que leur
mari. Je ne sais pas s'il existe des dispositions pour les membres
non militaires. Je ne crois pas qu'on va me payer pour retourner ne
Ontario parce que mon mari et moi avons décidé de nous séparer.
Cette question doit également être prise en compte. Lorsque
des conjoints se séparent, il faudrait renvoyer les femmes là où
sont leurs familles, si elles le souhaitent.
J'ai déjà parlé de la rémunération.
Nous avons subi un examen médical lorsque nous sommes venus
ici. Ma fille a un stimulateur cardiaque. Après notre arrivée ici,
on a envoyé mon mari suivre un cours de chef subalterne. Pendant
sept semaines, j'ai dû m'acclimater à ce nouvel endroit toute
seule. J'ai amené mon enfant de huit ans à l'hôpital pour soigner
une infection de l'oreille. J'ai passé deux heures à l'hôpital et
on m'a dit de rentrer chez moi. Personne ne l'a examinée. Et cet
enfant a un stimulateur cardiaque. Une infection interne qui se
généraliserait dans tout son corps pourrait avoir des effets très
graves.
Les installations médicales, à l'hôpital de Cold Lake... Je ne
sais pas ce qui se passe ici, mais le personnel de cet hôpital fait
preuve d'une attitude épouvantable. J'en ai parlé avec d'autres
mères et elles ont connu les mêmes problèmes. Certaines m'ont dit
que lorsqu'elles vont à l'hôpital avec leurs enfants, on leur dit
que l'hôpital n'appellera pas un médecin à moins qu'il y ait dix
personnes dans la salle d'attente. Donc, à moins que vous vous
vidiez de votre sang...
En fait, nous avons entendu cet après-midi que même si vous
saigniez à mort, on ne peut pas toujours vous aider.
J'ai eu un bébé récemment. J'ai décidé d'accoucher à
Bonnyville, à une demi-heure de route. Nous avons également dû
payer des frais médicaux parce que nous devions nous rendre à
Edmonton tous les six mois pour faire soigner ma fille de huit ans.
J'imagine comment cela peut être difficile pour quelqu'un qui
a des problèmes médicaux, lorsqu'il lui faut aller se faire soigner
une fois par mois ou une fois par semaine. C'est vraiment un
problème ici.
Je crois que j'ai parlé de tous les aspects. Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Monsieur Hanger.
M. Art Hanger: Je réfléchissais pendant que vous énumériez la
liste de vos préoccupations. Il m'est venu quelque chose à
l'esprit. Je ne sais si je devrais l'exprimer, mais je le ferai
quand même, ne serait-ce que pour voir votre réaction.
• 2240
Il me semble que si quelqu'un réfléchit, compte tenu de tout
ce qui se passe, la meilleure solution serait de laisser tomber,
même de quitter l'armée. C'est ce que peut penser le personnel
militaire, si des forces décourageantes sont en jeu. Avez-vous
entendu ce genre de réflexion?
Mme Kate Hepple: Je ne suis pas certaine de comprendre votre
question.
M. Art Hanger: Il se passe toutes sortes de choses... même les
attitudes, parfois, sont plus décourageantes que positives. Nous
écoutons les préoccupations du personnel militaire, et je sais bien
que tout n'est pas noir, mais parfois, cela doit être suffisant
pour que les gens pensent qu'on ne veut pas d'eux ici.
Mme Kate Hepple: Si c'est l'attitude que l'on veut adopter,
cela peut se faire facilement.
La vie militaire, c'est tout nouveau pour moi. Je ne vis dans
ce milieu que depuis trois ans. J'ai passé deux de ces trois années
à Ottawa et je suis à Cold Lake depuis un an. J'ai dû faire des
choix lorsque nous sommes venus à Cold Lake. De bien des façons,
j'y ai beaucoup gagné. J'ai fait beaucoup de travail bénévole. Je
participe à un bon nombre de conseils et de comités différents.
J'ai beaucoup appris et je continue d'apprendre constamment grâce
à mon travail dans la collectivité. J'ai beaucoup reçu et j'ai
essayé de donner beaucoup également.
À mon avis, cela dépend de ce que vous êtes prêt à donner et
à prendre et cela dépend de votre attitude positive. J'ai de jeunes
enfants à la maison et cela ne me dérange pas trop,
personnellement, d'abandonner ma carrière pour rester à la maison
avec eux. J'habite à Cold Lake, et je puis me le permettre parce
que le logement aussi est peu cher. Nous ne nous sommes pas
endettés lorsque nous travaillions tous les deux, et c'est pourquoi
j'ai maintenant les moyens de rester à la maison. J'ai bien de la
chance. Mais pour bien des gens, les choix ne sont pas les mêmes.
M. Art Hanger: Et ces choix doivent être encore plus écrasants
pour eux.
Vous, vous avez pu en arriver à un équilibre.
Mme Kate Hepple: Oui.
Le président: Merci beaucoup.
Naomi Pickford n'est pas encore arrivée.
Susan Izatt.
Mme Susan Izatt-Coe (témoignage à titre personnel): Bonsoir.
Je n'ai qu'une seule préoccupation, et c'est celle des
transferts d'emploi pour les conjoints au sein du PSP. Auparavant,
le PSP était appelé NPF. Maintenant, il s'agit des programmes de
soutien du personnel. Il s'agit d'une très vaste organisation qui
a connu une énorme croissance au cours des 18 derniers mois. Ce
programme est en oeuvre partout au Canada, dans toutes les bases.
Il comprend les gens qui font le ménage dans la base, le CANEX,
c'est-à-dire le magasin local, les gens qui préparent vos repas et
vous les servent tous les soirs, le centre de ressources familiales
et le centre de loisirs. Dans cette base-ci, il y a plus de 400
conjoints qui peuvent se prévaloir des options d'emploi du PSP.
Comme je l'ai dit, il y en a des milliers au Canada. D'après ce que
je sais, il n'existe pas de régime de transfert d'emploi au sein du
PSP.
Je participe au NPF depuis 1986. J'ai vécu à Winnipeg, à
Baden-Soellingen en Allemagne, et à Cold Lake. Pendant toutes ces
années, j'ai été très chanceuse de ne pas devoir commencer au
dernier échelon. Il y a bien des femmes qui ont dû recommencer au
plus bas échelon. Il n'existe aucun système qui tienne compte de
l'ancienneté.
C'est maintenant le moment idéal, puisque nous avons un tout
nouveau système de PSP qui en est en train d'élaborer ses
programmes et ses procédures, pour appuyer un régime dans lequel
les transferts d'une base à une autre n'entraînent pas une perte
d'ancienneté, du statut ou de tout autre élément. Peu importe qu'il
s'agisse d'une femme de ménage ou d'un gestionnaire, c'est l'emploi
qui est important. La fonction publique jouit d'un très bon régime
partout au Canada et ce serait une bonne idée d'aligner le PSP sur
ce régime.
J'aimerais donc vous demander s'il serait possible de mettre
en place un réseau qui garantisse un emploi continu au sein du PSP.
Merci.
• 2245
Le président: Merci beaucoup de votre proposition.
Debbie Crosby.
Mme Debbie Crosby (témoignage à titre personnel): Tout
d'abord, je tiens à vous remercier de votre patience. Vous nous
avez prêté une oreille très attentive tout l'après-midi.
Je répéterai en partie ce qui a déjà été dit. J'espère pouvoir
ajouter un peu de nouveau.
Je ferai ma première remarque au nom de quelqu'un qui n'a pas
pu venir ici cet après-midi. Il s'agit du problème des conjoints
qui doivent quitter un emploi bien rémunéré dans une autre région
pour suivre leur partenaire ici et se rendre compte, une fois
arrivés, qu'il n'y a pas d'emploi spécialisé disponible. Ces
conjoints se retrouvent commis chez IGA au lieu d'occuper un poste
d'adjoint juridique ou d'adjoint aux soins dentaires, comme ils le
faisaient auparavant. Une telle situation provoque de nombreuses
tensions au sein des familles.
Il serait peut-être possible de régler ce problème au moyen
d'un accord avec Développement des ressources humaines Canada afin
de permettre aux conjoints des militaires d'obtenir des prestations
sur une période plus longue s'ils ne peuvent trouver un emploi
après avoir déménagé pour suivre leurs conjoints. Ce serait une
mesure d'indemnisation supplémentaire.
Pour ma part, l'autre problème, c'est le manque de services
d'assurance-emploi dans la collectivité. Lorsque j'ai commencé,
quelqu'un venait en ville un jour par semaine pour vous aider
lorsque vous cherchiez de la formation ou des compléments
d'éducation pendant que vous touchiez l'assurance-chômage. Cette
personne ne travaille plus à Développement des ressources humaines
Canada. Elle a été transférée à la province. Pour moi, la seule
façon d'obtenir des renseignements sur mes prestations est de
composer le numéro 1-800, et il est à peu près impossible d'obtenir
du service. J'ai même été traitée par ces gens-là de façon
extrêmement grossière.
Ce serait très utile d'avoir quelqu'un ici sur place, ne
serait-ce qu'un jour par semaine, pour répondre aux questions et
fournir des renseignements aux gens qui reçoivent des prestations
d'assurance-emploi.
Le fait que Cold Lake deviendra une nouvelle ville en Alberta
aidera peut-être à apporter de tels changements.
J'ai été très contente d'entendre la position du chef Scott
sur les vignettes afin d'améliorer la perception que le grand
public a des Forces canadiennes. C'est vraiment nécessaire. À mon
avis, le grand public ne sait pas ou ne comprend pas très bien ce
que font les Forces canadiennes, comment elles le font, et quelles
pressions sont exercées sur les militaires dans leur travail. Je ne
crois pas qu'ils ressentent de la fierté à l'égard des Forces
canadiennes ou même qu'ils possèdent des renseignements exacts à
son sujet.
Je suis extrêmement fière de mon mari. Je suis très fière de
ma collectivité militaire et j'aimerais que d'autres Canadiens
partagent cette fierté.
Compte tenu de l'état du moral, rehausser la perception du
public et accorder une valeur réelle aux forces armées et à leurs
membres constitueraient une vaste amélioration.
Pour finir, il y a certainement des éléments positifs. Nous
avons déjà cet après-midi entendu parler de certaines choses.
Quant à moi, depuis que je suis arrivé à Cold Lake en juillet,
j'ai eu la possibilité de suivre des cours de français. C'est grâce
à la base, grâce à l'armée. J'en suis très content et
reconnaissant.
Le président: Merci beaucoup.
Il nous reste un intervenant mais, avant le dîner, lorsque
j'avais demandé qui voulait prendre la parole, quelques mains
s'étaient levées.
Peut-être pourriez-vous alors vous diriger vers
la table d'inscription afin que je puisse avoir la liste des noms
des personnes qui veulent prendre la parole.
Le dernier nom à ma liste est Simone Olofson.
Mme Simone Olofson (témoignage à titre personnel): J'ai
travaillé au MFCS pendant près de cinq ans. J'étais alors
responsable de la supervision du centre local de la jeunesse et du
programme des journaux.
J'ai remarqué beaucoup d'abus de pouvoir et, de façon
générale, un manque de connaissances de la part de mes superviseurs
et du directeur du MFCS dans l'exécution des programmes que l'on
avait mis sur pied.
• 2250
Avec un autre ex-employé, j'ai essayé d'attirer l'attention de
notre superviseur sur ces abus. On a fait comme si de rien n'était.
Quand nous avons essayé d'aller plus haut, de nous adresser au
président du conseil d'administration du MFCS, puis à l'officier de
l'administration de l'escadre, nous avons fait l'objet de
représailles de la part de la directrice du MFCS et de ses
subordonnés, nos patrons.
Nous avions des adolescents suicidaires. Deux sont venus me
voir pour me dire qu'ils voulaient se suicider. Quand j'ai porté
cela à l'attention de la coordonnatrice des études, elle a classé
l'information et n'a rien fait.
Deuxièmement, on nous a dit de confisquer les cigarettes aux
adolescents. Si nous l'avions fait, nous aurions été coupables de
vol. Nous l'avons appris en posant la question à un agent de la
GRC.
Troisièmement, la directrice du MFCS a menti aux adolescents
à propos des lignes de conduite arrêtées par le commandant de la
base en ce qui concerne les nuits passées à l'extérieur.
Quatrièmement, les enfants participant aux programmes avant et
après l'école étaient laissés sans supervision adulte suffisante.
J'ai fait l'objet de discrimination et j'ai été humiliée par
ces gens-là car ils ne voulaient pas m'accorder un congé religieux
que j'avais demandé. Ils ont fait venir la police militaire et ont
déclaré que je sentais l'alcool alors que j'avais pris une bière
deux heures avant d'aller travailler.
Ils m'ont harcelée au travail en venant pendant mes heures
pour critiquer tout ce que je faisais, même si les adolescents qui
étaient là savaient bien que je faisais convenablement mon travail,
et je ne comprenais vraiment pas pourquoi ils se comportaient aussi
méchamment vis-à-vis de moi. Ils ont finalement inventé
suffisamment de problèmes dans mon travail et ont invoqué
l'incident de cette seule bière pour me renvoyer. Quant à ma
collègue, elle n'a tout simplement plus eu de travail parce qu'elle
m'appuyait.
Lorsque nous avons essayé de trouver du travail ailleurs, nous
avons constaté que personne dans la région voulait nous employer.
Je suis maintenant employée par mon père. Comme nous soupçonnions
quelque chose, ma collègue a demandé à un ami de téléphoner et de
se faire passer pour un employeur éventuel afin de poser des
questions à son sujet. La coordinatrice des programmes de la
jeunesse, notre superviseur, lui a donné de très mauvaises
références sur son travail, que tout le monde louait jusqu'au
moment où elle a commencé à m'appuyer. Nous avons découvert que
nous avions été l'une et l'autre débinées dans la région par le
MFCS.
Mon associée et moi avons essayé de nous renseigner au palier
provincial. Nous avons découvert que la garderie, sur la base,
n'est pas obligée de tenir une licence. Cela signifie que si les
FNP veulent économiser de l'argent en ayant 25 enfants par employé
de garderie, rien ne les en empêche parce qu'ils n'ont pas de
comptes à rendre au gouvernement provincial. Nous savons que c'est
le cas parce que cela s'est déjà produit. Nous avons une lettre
d'une ex-employée de MFCS qui a connu ces situations. Les parents
militaires ne devraient pas avoir à s'inquiéter de la sécurité de
leurs enfants parce que les superviseurs des MFCS ne connaissent
pas leur travail.
Nous savons aussi qu'un superviseur de MFCS gagne 2 800$ net
par mois. Cela représente environ 42 000$ par an. Ce n'est même
pas un poste supérieur. La personne en question a fait des études
postsecondaires très limitées. Quelqu'un qui a une maîtrise en
psychologie ou en travail social commence à environ 40 000$. Les
organismes locaux de services sociaux ne paient pas du tout autant
leurs employés qui sont titulaires de maîtrise. Malheureusement,
les militaires ne peuvent espérer gagner autant au début de leur
carrière qu'un superviseur de MFCS.
De même, les gens qui relèvent de ces superviseurs, leurs
employés, peuvent gagner de 6$ à 8$ de l'heure en tant
qu'employés occasionnels ou à temps partiel. Sachant que la plupart
de ces employés sont les conjoints de militaires, qui ont fait le
sacrifice de leur propre carrière pour l'armée, il est difficile
d'accepter qu'un petit groupe gagne autant alors que la majorité
gagne si peu.
• 2255
J'aimerais que le comité examine les titres de compétence du
directeur et des superviseurs des MFCS et les compare à leurs
salaires. J'aimerais aussi que l'on mène une enquête indépendante
sur les MFCS ces dernières années. J'ai une liste d'innombrables
personnes qui sont d'ex-employées de ce MFCS. Elles ne veulent pas
venir ici dire quoi que ce soit parce que leur mari travaille dans
l'armée et qu'elles ont peur des répercussions.
Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Caporal-chef Ike Blum.
Le caporal-chef Ike Blum (témoignage à titre personnel):
Bonsoir. Je m'appelle caporal-chef Ike Blum et je suis à l'escadre
410. J'aimerais tout d'abord dire quelque chose de positif et je
vous parlerai ensuite de mes problèmes personnels.
C'est la deuxième fois que je viens à cette base. J'ai été à
d'autres bases et je dois dire que c'est la meilleure de toutes que
je connaisse, pour ce que nous faisons ici et pour la façon dont
nous travaillons.
J'aimerais aussi dire que l'armée de l'air reste une bonne
organisation. Malheureusement toutefois, les gens qui délèguent le
travail ne comprennent pas toujours comment nous nous y prenons et
comment nous devrions nous y prendre. Ce ne sont pas nos
commandants, ce sont ceux de l'administration qui nous disent ce
que nous devons faire.
Par exemple, pour ce qui est de notre rémunération et de nos
avantages sociaux, j'ai écouté le discours du chef cet après-midi
et je ne peux pas dire mieux. Toutefois, j'ai également été à la
conférence sur la qualité de la vie en janvier 1997 à Winnipeg et
nous avons soulevé beaucoup de points.
On parle toujours ici de problèmes sociaux dans l'armée, etc.,
mais si nous regardons ce que nous payons nos membres pour ce
qu'ils font, et le fait que certains d'entre eux, pas
nécessairement à cette base, mais dans des centres plus importants
comme Toronto et Ottawa, ne réussissent même pas à joindre les deux
bouts dans des conditions normales et doivent aller se trouver un
autre emploi, nous estimons que c'est de là que viennent nos
problèmes. Cela déchire les familles et c'est l'origine de nos
problèmes. C'est la raison pour laquelle les gens doivent
s'adresser à nos travailleurs sociaux, aux aumôniers, et je pense
que c'est une situation qu'il faut examiner très rapidement.
Notre revenu disponible en poche s'effrite de plus en plus. Il
ne reste rien. Certes, nous avons une petite augmentation par-ci
par-là—comme quelqu'un l'a dit aujourd'hui, assez pour nous
écoeurer.
L'autre chose qu'il faut considérer—et nous en avons parlé à
Winnipeg, à la réunion sur la qualité de la vie au sein du
commandement aérien, c'est qu'il faut qu'il vaille le coup pour un
individu de venir, par exemple, de l'Alberta, pour aller en
Ontario, afin qu'il ait le même revenu disponible en poche s'il
veut vivre dans les mêmes conditions qu'en Alberta ou ailleurs s'il
vient d'ailleurs. À l'heure actuelle, ce n'est pas le cas.
Je reviens juste de l'Ontario et je suis content d'être ici,
mais quand on va en Ontario, l'assiette fiscale est différente, les
permis coûtent plus cher, etc. Certes, nous avons une subvention
pour déménager et une petite subvention d'affectation, mais si l'on
calcule tout, cela ne couvre certainement pas tous les frais qu'il
faut assumer les deux années d'affectation.
Le hockey pour les enfants et tout le reste coûtent plus cher.
D'accord, c'est vrai, certains d'entre nous gagnent environ
40 000$ par an. Si le revenu disponible que j'ai ici en Alberta
est supérieur, cela me permet de faire davantage et de donner plus
à ma famille. Je n'aurai pas besoin d'un autre emploi qui m'arrache
à ma famille. C'est la raison pour laquelle je suis ici pour vous
demander de faire quelque chose.
Je ne demande pas une grosse augmentation, ou quoi que ce
soit, mais j'aimerais pouvoir dire que j'ai la même chose en poche
ici en Alberta qu'en Ontario ou ailleurs. Oui, nous méritons une
augmentation et j'espère que l'on en aura une sérieuse—de 10 à
15 p. 100 serait très bien—même si je sais que je rêve.
L'autre chose dont j'aimerais parler est la question de nos
conjointes. Tout d'abord, on ne parle jamais d'elles et j'aimerais
en parler ce soir. Nous faisons beaucoup de travail pendant que
nous sommes partis, nous travaillons de longues heures, nous
partons sans grand préavis. Elles restent à la maison, elles
s'occupent des enfants, elles paient nos factures, etc. Je pense
que pour les aider nous devrions organiser les choses de façon à ce
que, si nous sommes envoyés en mission avec les Nations Unies ou à
un cours, elles puissent compter sur un réseau, s'adresser à la
base, ou ailleurs—à n'importe quelle base, en fait—pour demander
de l'aide. Il n'y a pas forcément d'aide pour elles. Même si l'aide
existe, ce n'est pas aussi accessible qu'on peut le penser. Je
crois qu'il faudrait que cela soit plus accessible.
• 2300
J'aimerais aussi parler d'emplois pour nos conjoints. Nous
sommes partis d'ici en 1996—heureusement, nous sommes revenus en
1997—et nous sommes allés à la base de Petawawa. Ma femme a quitté
ici un bon emploi. À Petawawa, il était difficile de trouver du
travail, au début, et dès que l'on a appris que ma femme était
femme de militaire, il n'y avait plus rien. Pourquoi? Parce qu'ils
disent qu'on donne la formation, qu'on apprend tout ce qui est
nécessaire et qu'ensuite, quatre ans après, l'employé repart et
l'entreprise a tout perdu.
Selon moi, c'est une question d'information. Je ne pense pas
que les civils ont bien compris que nos conjoints sont tout aussi
employables que n'importe qui n'a pas au bras quelqu'un en
uniforme. Elles ont fait les mêmes études, elles valent la même
chose, il n'y a pas plus de garantie que quelqu'un du civil reste
cinq ou six ans qu'il n'y en a avec nos conjointes.
Ce qu'il faudrait avoir, c'est un système qui permette
d'informer les gens car, ce qui se passe, en fait, c'est que tout
le personnel militaire maintenant est très spécialisé et d'après
moi, sous-payé, et que ces gens-là utiliseront ces vastes
connaissances et cette formation, payées par le gouvernement, dans
le monde civil. Je pense vraiment qu'il faudrait qu'on comprenne
cela.
Sur un plan un peu plus personnel, et j'y tiens beaucoup, j'ai
demandé d'être envoyé à Cold Lake ne sachant pas ce qui s'était
produit à la base de Cold Lake pendant que j'étais parti. Je
n'entrerai pas dans les détails mais certaines accusations avaient
été portées contre ma famille pendant que j'étais à Petawawa.
Je demande une mutation, je réussis la sélection brillamment,
mon déménagement est prêt, le camion est là pour l'emporter et
j'apprends que je dois aller voir mon commandant. Je ne peux pas
aller à Cold Lake. C'est la surprise. Je vais demander ce qui se
passe. Ma foi, on ne sait pas, on n'en a aucune idée, il y a
quelque chose qui se passe à Cold Lake, on ne veut pas nous le
dire. Je dis, très bien, dépêchons-nous de savoir ce qui se passe.
On me met dans le bureau du chef, je suis critiqué de tous bords,
parce qu'à ce moment-là... «Vous devriez savoir ce qui se passe»,
vous savez.
Mais cela n'a rien à voir. Ce qui est important, c'est que des
accusations ont été portées, que ma mutation est annulée. Ma
famille en a été victime. Notre déménagement était chargé, j'ai dû
aller vivre dans des hôtels, mes enfants ont perdu deux autres
semaines d'école et ils ont maintenant des difficultés à rattraper.
Quand j'ai essayé de savoir ce qui se passait, personne ne
pouvait m'informer. Une enquête était en cours et je ne pouvais
rien savoir. C'est un fardeau assez lourd pour ma famille.
Quand j'en ai parlé aux autorités civiles en Ontario, elles
ont fait enquête au nom des autorités ici et ont déclaré que tout
allait bien, qu'il n'y avait pas de problème. Que je pouvais aller
à Cold Lake.
Je me sentais toujours tyrannisé. Je ne savais toujours pas ce
qui se passait. J'ai demandé à quelqu'un de me représenter ici et
je n'ai toujours pas eu de nouvelle.
Je suis finalement arrivé ici, l'enquête s'est poursuivie et,
quoi qu'il en soit ressorti, nous avons été blanchis. Il ne
s'agissait que de fausses accusations.
Ce que je voulais vous dire, car je sais que ce n'est pas le
genre de chose qui se produirait dans le civil, car j'en ai parlé
aux autorités civiles, c'est que j'avais demandé un logement
familial à MacKenzie. On me l'a refusé sous prétexte d'accusations
qui n'avaient pas été prouvées. Cela ne se passerait jamais ainsi
dans le monde civil. Pourquoi est-ce possible dans le monde
militaire? Pourquoi peut-on m'empêcher d'aller quelque part sous le
simple prétexte d'accusations? Dans le monde civil, je sais que
j'aurais eu différentes possibilités. J'aurais pu envisager d'avoir
recours à la justice.
Toutefois, je savais bien à l'avance qu'il n'y avait personne
de coupable dans ma famille, et j'en resterai là sans vouloir
poursuivre la question plus loin. Toutefois, ce qui m'ennuie, c'est
qu'il y ait deux poids deux mesures. Pourquoi la norme est-elle
différentes chez les militaires que dans le civil alors que nous
sommes tous citoyens canadiens?
Merci.
Le président: Merci, monsieur.
Monsieur Hanger, avez-vous une question à poser?
M. Art Hanger: Oui, s'il vous plaît.
• 2305
Caporal-chef, je suis un peu curieux. Sans vouloir entrer dans
les détails—je ne m'intéresse pas tellement aux détails—sur cette
situation au moment de votre déménagement à Cold Lake, les choses
ont-elles été réglées?
Cplc Ike Blum: En fait, ça été réglé juste avant Noël, donc
environ deux mois après que je sois arrivé ici.
M. Art Hanger: Vous êtes certain que tout est réglé?
Cplc Ike Blum: J'en suis convaincu car on m'a dit que le
dossier était fermé, que c'était réglé. Je n'ai toujours pas eu de
détail. J'ai appris par les autorités civiles il y a seulement deux
jours qu'il faut que je passe par les formalités de la Loi sur
l'accès à l'information pour obtenir d'autres renseignements.
M. Art Hanger: D'accord.
Autre chose. Lorsque vous alliez déménager—j'ai entendu
parler de situations similaires qui ont fait encourir des frais
supplémentaires aux intéressés—, avez-vous été indemnisé pour vos
notes d'hôtel?
Cplc Ike Blum: Pour les repas et pour les nuits d'hôtel.
Toutefois, je n'ai pas été indemnisé pour le reste. Je n'ai
d'ailleurs pas tout demandé pour la simple raison que je ne suis
pas comme cela. Mais je suis sûr que si les chiffres étaient restés
raisonnables, tout aurait été payé, car on m'a payé ce que j'ai
demandé.
M. Art Hanger: D'accord. Merci.
Le président: Monsieur Benoit.
M. Leon Benoit: Un éclaircissement seulement, avez-vous jamais
découvert de quoi il s'agissait et d'où venaient ces accusations?
Cplc Ike Blum: Les accusations étaient portées contre mes
enfants, monsieur. Je sais de quoi on les accusait, oui, on me l'a
dit de différentes façons, en parlant de choses graves et de choses
enfantines. Oui, j'ai appris ce que c'était, mais je n'ai jamais
appris, ni par la justice ni par les autorités, qui avait porté ces
accusations ni pourquoi. Je ne sais pas du tout. On ne m'en a
jamais informée.
M. Leon Benoit: Merci.
Cplc Ike Blum: Je vous en prie.
M. John Richardson: Caporal, étant donné que vous faisiez
l'objet d'une enquête et que cela ne vous avait jamais été dit...
Il est difficile de croire que dans une société démocratique, on
puisse vous cacher ce genre de chose.
Cplc Ike Blum: Monsieur, je n'étais pas l'objet d'une enquête,
c'était mes enfants. Mais j'estimais que toute la famille faisait
l'objet de cette enquête. C'était très sérieux.
D'accord, je ne donnerai pas de noms. On accusait mes enfants
d'avoir des tendances homosexuelles, de se livrer à des actes
d'homosexualité entre eux, mes deux garçons, de le faire chez nous,
et de l'avoir fait quand nous vivions autrefois à MacKenzie, avec
des enfants à MacKenzie, apparemment avec sept autres enfants.
C'est une grave accusation. J'ai craqué et j'ai pleuré, etc.,
car la première chose que j'ai apprise à la base de Petawawa, et
c'était mon commandant adjoint qui me l'annonçait, c'était que mon
fils était accusé de viol.
Mais ce n'est pas cela qui est pertinent. Ce qui est
pertinent, c'est que jusqu'ici...et maintenant il faut que j'aie
recours à la Loi sur l'accès à l'information pour connaître tous
ces détails, car mon fils, à 14 ans, veut savoir. Il veut savoir
pourquoi, il veut savoir où. C'est lui qui sait qu'il n'était pas
coupable. C'est lui qui a dit qu'il voulait subir un test de
polygraphie. Jusqu'ici, je n'ai absolument rien à ce sujet—je ne
sais pas d'où c'est venu, qui était impliqué, rien du tout. Tout ce
que j'ai, c'est une accusation. Oui, on sait maintenant que c'était
simplement une accusation. Mais je me sens tyrannisé et ma famille
aussi.
Tout d'abord, j'aurais beaucoup aimé habiter à MacKenzie. J'ai
beaucoup d'amis là-bas. Je n'ai pas pu y aller. Dans un sens, je
comprends. D'un autre côté, je ne comprends pas car ce ne se serait
jamais produit ainsi dans le civil.
Et puis qu'est-ce que je dis à mes enfants? Où est-ce que je
peux obtenir certains renseignements? Certes, j'en ai parlé à un
travailleur social à la base qui m'a beaucoup aidé.
M. John Richardson: Vous avez le droit d'accès à
l'information, comme tout citoyen canadien, et vous pouvez demander
ces renseignements, mais c'est à vous de décider.
Cplc Ike Blum: Dès demain, monsieur.
M. John Richardson: Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Sergent Dale Lyne.
Le sergent Dale Lyne (témoignage à titre personnel): Bonsoir.
Merci d'être venus nous voir jusqu'à Cold Lake. Comme vous l'avez
vu, on parle de beaucoup de choses que les médias ne voient pas,
mais qui se passent dans une base comme celle-ci.
Je suis sergent
de l'armée. Il y a 22 ans que je suis dans l'armée. J'ai eu 10
affectations en 22 ans. J'ai un grade de soutien et nous
déménageons beaucoup.
• 2310
Je voudrais vous parler des soins ophtalmologiques. Quelqu'un
d'autre en a parlé. Les restrictions en ce qui concerne les soins
ophtalmologiques.
Les lentilles de contact sont très accessibles dans le monde
réel. Et ceci depuis longtemps. Mais nous ne pouvons pas obtenir de
lentilles de contact dans l'armée. Il faut les payer de notre
poche, sans indemnisation.
J'ai beaucoup d'amis à la GRC et à la police municipale. En
particulier à la GRC—lorsqu'ils veulent des verres de contact, ils
en obtiennent.
Un autre problème pour les gens qui ont un problème de vision
comme moi... Je suis V4; j'ai un autocollant avec des cannes
blanches sur le pare-chocs de mon véhicule.
Il existe un procédé chirurgical au laser K depuis plusieurs
années. Il est maintenant tout à fait au point. Il offre une
garantie de succès de 99 p. 100. Mais dans l'armée, les gens qui
ont comme moi une très mauvaise vision n'y ont pas accès.
L'intervention coûte environ 2 500$ par oeil, mais l'armée ne la
prend pas en charge. Elle n'accorde pas les autorisations
nécessaires. Celui qui veut se faire opérer doit payer de sa poche
pour l'opération, de même que pour l'éventuelle période de
convalescence.
On connaît des militaires de l'armée de l'air dont l'acuité
visuelle s'est détériorée après un accident de la vue. On ne leur
permet pas de profiter de la chirurgie au laser K.
C'est une procédure très simple, mais l'armée refuse de s'y
intéresser. Elle l'ignore totalement. Le militaire obtient des
lunettes tous les deux ans, jusqu'à concurrence d'un certain
maximum, et c'est tout.
En ce qui concerne le moral des troupes, j'ai quitté Halifax
en août dernier. Quelqu'un a dit que le moral était bon à
Esquimalt. Je peux parler de la situation à Halifax, où les marins
sont effectivement assez heureux, parce que tout d'abord, ils ont
enfin de nouveaux bateaux. Les frégates de classe ville remplacent
enfin les pièces de musée avec lesquelles on prétendait représenter
le Canada, ce qui était très gênant. Pourtant, les marins ont fait
des merveilles avec ce qu'ils avaient sous la main. Maintenant, ils
ont de nouveaux bateaux, et ils en sont bien contents.
Dans la marine, le militaire prend son billet pour la côte Est
ou la côte Ouest lorsqu'il arrive, et il reste sur place pendant
toute sa carrière. Son épouse reste sur place pendant toute sa
carrière, de même que les membres de sa famille. Je sais bien que
les officiers doivent maintenant aller à Ottawa, puisqu'on a fermé
les commandements maritimes et que les affectations navales sont
plus fréquentes, mais généralement, les militaires de la marine ont
une vie stable dans une région donnée. Lorsqu'ils prennent leur
retraite, leur maison est payée. Leurs enfants ont fréquenté le
même milieu scolaire. Même s'ils participent à de longues
croisières pour l'OTAN, ou s'ils sont envoyés dans le Golfe ou
ailleurs, ils savent quand même qu'à la fin de leur carrière, leur
maison sera payée, qu'ils pourront rester chez eux et se la couler
douce.
Mais dans le reste des forces armées, en particulier pour nous
qui devons nous déplacer souvent, le moral est très bas. Malgré les
avantages et les allocations, les déplacements coûtent très cher.
En ce qui concerne la scolarisation, on devrait envisager au
Canada un système comparable à celui des Américains. Il s'agit du
Montgomery U.S. GI Bill. À la fin de la carrière militaire, on
obtient 40 000$ US pour faire des études collégiales, à condition
d'avoir des notes suffisantes. Voilà un système dont le Canada
pourrait s'inspirer pour ses forces armées. Ce régime existe depuis
des années, en fait depuis la Guerre du Vietnam. Nous n'avons rien
d'approchant au Canada. Nous avons le Programme SCAN, qui permet
d'obtenir environ 2 500$ d'aide pour amorcer une nouvelle carrière
lorsque l'on quitte les forces armées.
Pour ceux dont les enfants font des études universitaires, je
signale que j'ai vécu en Allemagne pendant sept ans, et à condition
d'avoir des notes suffisantes pour être acceptés à l'université,
les enfants allemands font des études à peu près gratuitement, que
ce soit à l'université ou en apprentissage. Les parlementaires
devraient s'inspirer de cette formule pour améliorer l'accès à
l'enseignement secondaire, car comme on le voit actuellement dans
tout le pays, les étudiants protestent contre l'endettement qu'on
leur impose, comme certains l'ont déjà signalé.
Nos enfants et nos jeunes représentent l'avenir. Actuellement,
à peine 20 p. 100 des Canadiens ont fait des études
postsecondaires. Quand nous nous retrouvons en concurrence avec les
Européens ou les Asiatiques, qui ont un pourcentage beaucoup plus
élevé de diplômés, nous nous voyons obligés de faire appel à des
étrangers qui vont venir occuper nos emplois au Canada. Ces emplois
pourraient aussi bien être confiés à des Canadiens, mais pour des
raisons d'argent, les Canadiens sont incapables d'obtenir
l'indispensable maîtrise en génie chimique ou dans quelque autre
discipline pour travailler dans une société commerciale importante.
Parlons maintenant de la réserve; lors de la vague de verglas
dans l'Est du Canada, environ 3 000 de nos réservistes ont eu
l'occasion de faire un excellent travail. Mes parents, qui habitent
l'est ontarien, n'ont retrouvé l'électricité qu'hier, après trois
semaines de panne, et les réservistes leur ont apporté une aide
précieuse. Ils ont fait des prouesses.
Au Canada, il n'existe aucune protection obligatoire de
l'emploi pour les réservistes, contrairement à ce que l'on trouve
aux États-Unis et en Europe. Lorsqu'un volontaire britannique ou un
membre de la Garde nationale américaine est déployé dans le golfe,
son emploi est protégé. Au Canada, les réservistes redoutent
parfois de faire part de leur statut à leur employeur, pour ne pas
lui donner à penser qu'ils peuvent être envoyés en exercice à
Chypre ou ailleurs. Malheureusement, c'est à peu près tout ce que
connaît le Canadien moyen de ce qui s'est passé dans l'armée
canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale.
• 2315
Je vous demande instamment de vous engager à mettre en oeuvre
une forme de protection de l'emploi pour nos réservistes. Nous en
avons besoin. Maintenant que nous ne sommes plus que 60 000 et que
nous risquons de n'être plus que de 43 000 en l'an 2004, lorsque
les DMPS s'appliqueront intégralement, nous avons plus que jamais
besoin de notre réserve. La crise du verglas en a bien apporté la
preuve.
Il existe actuellement ce rigolo de conseil de liaison des
Forces canadiennes, où l'officier des affaires publiques invite les
PDG d'Eaton, de Canadian Tire, de Sears, enfin, tous ceux qu'il
peut rencontrer, pour leur faire faire un tour dans un véhicule
blindé, pour leur donner des rations C ou pour faire un beau
discours, qui paraîtra dans le journal de la base ou dans celui de
Petawawa, sur la façon dont il faut s'occuper des réserves.
Des sociétés comme Canadian Tire ont une politique interne,
mais les réservistes doivent toujours s'en remettre au bon vouloir
du PDG. Nous devons nous occuper de nos réservistes, mesdames et
messieurs, et c'est à vous, en tant que parlementaires de ce grand
pays, d'y veiller. Les forces régulières sont déjà mises à trop
lourde contribution, et notre seul recours, à moins de nous
adresser à l'extérieur, est d'utiliser la réserve comme elle le
mérite.
En ce qui concerne la fonction publique, et même si les postes
disponibles sont très rares, les militaires ne peuvent se présenter
aux concours de recrutement dans la fonction publique. Bien
souvent, ils feraient des candidats tout à fait qualifiés, mais à
cause de la protection de l'emploi, ils sont tenus à l'écart de la
fonction publique.
Pourtant, on applique deux poids et deux mesures à cet égard.
Il y a quelques années, les journalistes ont parlé d'une découverte
des biologistes qui permettait d'améliorer la production de lait
par une amélioration génétique des troupeaux laitiers. On applique
cette technique en Europe et aux États-Unis. On envisage de
l'importer au Canada pour améliorer la production laitière. Il y a
eu à l'époque une conférence de presse à l'entrée de la Chambre des
communes, et un sous-ministre adjoint a parlé de génétique et de
production laitière au Canada, disant que le gouvernement allait
étudier la question, et ainsi de suite.
Le sous-ministre adjoint de la Santé est l'ancien
lieutenant-général Kent Foster. Tous ceux qui ont été dans les
troupes aéroportées le connaissent. C'est lui qui, dans une
certaine mesure, a réglé la crise d'Oka.
On applique deux poids et deux mesures. Comment se fait-il que
nous n'ayons pas accès aux concours...et vous savez que les
militaires qui sont dans cette salle n'auront pas de pensions
mirobolantes. Je sais que ce sous-ministre adjoint a une excellente
pension. Il a bien servi son pays, et il touche maintenant un
salaire de six chiffres, alors qu'il n'est que sous-ministre
adjoint. Comment a-t-il obtenu cet emploi? Ce genre de chose
n'arrive jamais, mais nous l'avons vu à la télévision. C'était
indiqué en toutes lettres dans les sous-titres de la CBC. Il y a
donc deux poids et deux mesures.
Parlons maintenant des épouses des militaires.
J'ai passé sept ans en Allemagne. J'ai eu la chance de faire
deux voyages en Europe et de connaître le sort de nos voisins
américains à l'étranger. Le magazine américain Stars and Stripes,
le grand journal des Forces armées américaines depuis la Seconde
Guerre mondiale, était livré tous les jours à Baden et à Lahr à
partir de Francfort ou de Karlsruhe. On trouvait dans ce journal
des pleines pages de publicité annonçant des aller-retour de
Francfort à New York ou à Philadelphie pour 200 ou 300$. Dans
les années 70, lors de mon premier séjour en Europe, il y avait sur
place 300 000 militaires américains en uniforme. Nous n'étions que
8 000.
Pourquoi ne peut-on en faire autant au Canada? Nous
connaissons pourtant les problèmes de ceux qui veulent revenir voir
leur famille.
La mère d'un de mes amis d'Edmonton est décédée à Montréal en
novembre dernier. Il a dû débourser 2 500$ pour aller en avion aux
funérailles de sa mère à Montréal, parce qu'on lui a refusé de
bénéficier d'un vol de service. Il a démissionné à cause de cela,
et il a donc quitté l'armée. Un jeune adjudant-chef a dit que
c'était la goutte qui faisait déborder le vase, car on refuse
d'aider les militaires.
Il faudrait s'inspirer des Américains et des Européens en
matière d'avantages pour les militaires. Je sais qu'ils ont les
mêmes problèmes que nous, mais vous pourriez consulter à Ottawa les
ambassades des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne.
Je vous mets au défi de consulter les officiers de liaison à titre
de renseignement. Toutes les armées connaissent les mêmes
réductions des effectifs. Vous pourriez vous renseigner sur les
solutions que les autres apportent aux problèmes. Au Canada, nous
sommes trop centrés sur nous-mêmes. Nous avons peur de regarder ce
qui se passe à l'étranger pour résoudre nos problèmes, alors que
tous les outils nécessaires sont disponibles ici même, à Ottawa.
En ce qui concerne l'état des forces armées dans l'opinion
publique, la plus grande fierté de ma carrière militaire... J'ai
fait partie du quatrième régiment de génie en Allemagne, et nous
avons été les premiers à arriver en Yougoslavie en mars 1992.
Pendant six mois, sous les ordres du major-général Lewis MacKenzie,
le plus remarquable général que ce pays ait connu depuis le général
Crerar, à l'époque de la Seconde Guerre mondiale... Nous étions
prêts à mourir pour cet homme. Malheureusement, c'était l'exception
plutôt que la règle.
• 2320
Lorsque j'étais au 4RG, nous avons eu des morts et des
blessés. J'ai dû moi-même pénétrer dans des champs de mines pour
récupérer des parties de corps que la GRC remettait ensuite au
coroner, de façon que les familles puissent faire le deuil de leurs
chers disparus. Lors de certains incidents, j'ai dû marcher avec un
AK-47 chargé pointé sur ma nuque, mais je ne pouvais rien faire
contre celui qui tenait l'arme, à cause des restrictions que nous
imposaient les règles d'engagement. Si j'avais été un soldat
britannique ou français, celui qui me menaçait serait mort à
l'heure actuelle, mais moi, je ne pouvais rien faire.
Je n'essaye pas de me mettre en valeur, mais je crois que nous
avions sur place 1 200 membres des Forces armées canadiennes en
Europe. Notre unité a été la première à être envoyée en
Yougoslavie; nous nous sommes comportés admirablement pendant six
mois, mais les journaux n'en ont pas parlé. Anna Maria Tremonti est
passée une fois, pendant la première semaine de notre présence en
Yougoslavie.
Nous étions à Sarajevo. Pendant tout mon séjour, nous avions
quotidiennement des blessés. C'était une zone de combat. Il n'y
avait aucun journaliste canadien sur place. Christiane Amanpour, de
CNN, était là, de même que Martin Bell, de la BBC, mais il n'y
avait aucun journaliste canadien. Ils étaient tous terrés à Zagreb,
la queue entre les jambes.
Il faudrait faire savoir beaucoup plus efficacement ce que
font les Forces armées canadiennes à l'étranger.
Par exemple, un pilote de F-16 a été abattu il y a quelques
années par un missile sol-air. Il a survécu en terrain ennemi
pendant une semaine, puis les Marines ont fait un coup de force
pour aller le chercher. On en a fait un héros national et Bill
Clinton lui a serré la main.
Des soldats canadiens ont connu quotidiennement des épreuves
aussi terribles, sinon pires, et personne n'en a parlé.
Les forces armées sont très mal mises en valeur dans notre
pays.
En ce qui concerne les couples de militaires, vous avez vu
deux ou trois très mauvais exemples de ce qui se passe actuellement
dans les forces armées. J'ai beaucoup voyagé, et je peux vous
parler de ce problème. Nous ne sommes pas assez nombreux. Jusqu'à
ce que la réduction des effectifs atteigne les proportions que l'on
connaît en 1992, nous avions des stations et des bases en grand
nombre, mais à cause des réductions, les gestionnaires de carrière
ont dû renoncer à une certaine souplesse et les effectifs ont
diminué considérablement. Nous sommes si dispersés désormais qu'il
est devenu impossible de préserver la qualité de vie des
militaires.
Lloyd Axworthy est toujours prêt à se porter volontaire au nom
du Canada pour intervenir dans toutes les régions du monde, mais
nous ne sommes pas les Américains, les Britanniques ou les
Français, qui ont de véritables armées de plusieurs centaines de
milliers de militaires. Nous ne sommes que 60 000.
J'ai des amis dans les régiments de génie qui en sont à leur
quatrième séjour en Bosnie. L'unité qui nous a remplacés en
Yougoslavie était au Koweit 11 mois auparavant. Un régiment
canadien a participé à trois missions des Nations Unies en deux ans
et demi. Ces travailleurs sociaux étaient épuisés. Ils
n'entendaient parler que de divorce.
Mais la presse ne voit pas tout cela. Personne ne le sait, à
part les avocats. Je suis passé par là, je sais ce que c'est.
En ce qui concerne l'accréditation interprovinciale, j'ai mes
certificats d'ingénieur et de technicien pour la Nouvelle-Écosse et
maintenant pour l'Alberta. Cela fait partie du problème de l'unité
canadienne. Comme nous le savons tous, qu'il s'agisse du permis de
conduire ou des diplômes de formation, nous avons des problèmes à
chaque fois que nous changeons de province—il en va de même pour
la scolarité des enfants... C'est bien regrettable.
Nous ne formons qu'un seul pays, mais nous avons 10 petits
fiefs qui cloisonnent tout le pays.
Lors de ma première affectation en Allemagne, l'Allemagne
fédérale comptait 11 États. Mais que ce soit en Sarre ou dans le
sud où je me trouvais, c'est-à-dire en Bade-Wurtemberg, ou même en
Bavière, l'accréditation est reconnue partout en Allemagne.
Ici, il faut se battre comme des chiffonniers. «Ce diplôme
n'est pas bon, il vient de l'Ontario», ou «Les diplômes de
l'Île-du-Prince-Édouard ne sont pas valides ici».
Tout cela, c'est des foutaises—pardonnez l'expression. Nous
ne formons qu'un seul pays, avec une monnaie unique, et c'est là un
domaine où vous pourriez intervenir pour faire comprendre que les
mêmes normes devraient s'appliquer dans tout le Canada, car cela
nous cause de graves problèmes lorsque nous devons nous déplacer.
Parlons maintenant du projet de loi C-55, la Loi sur le
partage des prestations de retraite. Quand j'étais marié, j'ai été
muté sept fois en 14 ans. Un mariage n'est pas une union à toute
épreuve. Ma femme avait ses aspirations. Nous voulions avoir une
maison. Tous nos amis avaient des maisons qu'ils avaient presque
fini de payer, alors que nous avons changé trois fois de maison en
cinq ans, perdant à chaque fois des montants impossibles à
récupérer.
• 2325
Finalement, nous nous sommes séparés et à cause du projet de
loi C-55, j'ai dû verser une forte pension alimentaire à mon
ex-conjointe. Elle va recevoir un chèque à la fin du mois. Elle
place l'argent dans un REER et à 55 ans, elle aura ainsi amassé
plus de 150 000$. Je ne peux pas en faire autant avec ma pension.
J'essaie simplement de vous faire comprendre que lorsqu'on
déplace ainsi les gens... Je faisais partie de UGC1 à Winnipeg.
C'était une excellente unité du génie construction. Mais Frank
McKenna a dû subir la fermeture des postes de Moncton et de
Chatham; il s'est plaint auprès de Jean Chrétien, qui lui a promis
une UGC. Nous avons donc été sacrifiés.
Nous faisons de la construction dans tout le Canada et même
dans le monde entier, avec les ambassades. Nous aurions dû rester
à Winnipeg, qui bénéficie d'un grand aéroport international. On y
trouve six avions Hercules du 435e escadron qui nous permettent de
travailler dans l'Arctique. Compte tenu du travail que nous
faisons, Moncton est très décentralisé. Il n'y a qu'un vol par
jour. Les coûts de construction, d'expédition et de vol y sont plus
élevés qu'ailleurs. Mais c'est une décision politique qui fait des
victimes en toute discrétion, et la presse n'en parle pas.
Finalement, je voudrais parler d'un problème qui se pose en
Yougoslavie et dont j'ai eu connaissance. Je serai sans doute le
seul à en parler, mais je n'ai pas peur de le faire.
Comme je l'ai dit, je fais partie du quatrième régiment de
génie et nous avons été les premiers à intervenir en Yougoslavie en
1992. Nous y avons fait un excellent travail. Nous étions dans une
zone de combat violent. Nous avons installé notre camp, et c'était
le meilleur du pays lorsque nous sommes partis. On y trouvait un
mess où nous pouvions nous détendre. Après une longue journée
passée à désamorcer des mines et des pièges explosifs ou après
avoir subi la menace d'un canon pointé sur la temple, nous avions
au moins un endroit où aller pour nous détendre. On pouvait y
prendre quelques bières, si on en avait envie. Depuis la Somalie,
qui a sapé le moral des militaires, l'alcool est désormais condamné
au même titre que le crack et la cocaïne en Bosnie. On n'en parle
jamais dans la presse. Il n'en est jamais question en dehors des
unités.
Un brigadier-général, du nom de Jeffries, de Petawawa, a
interdit la consommation d'alcool à cause de la Somalie. Les
Canadiens se font appeler la «brigade Kool-Aid». Nous sommes la
risée des Britanniques et des Européens. Le message sous-jacent de
cette mesure, prise par cet officier qui est devenu, je crois,
commandant de la première division canadienne à Kingston, c'est «je
ne fais pas confiance à mes hommes».
À cause de la lenteur des promotions dans les forces armées et
de la réduction des effectifs, les militaires se retrouvent malgré
eux à la fin de la vingtaine ou au début de la trentaine lorsqu'ils
deviennent caporal. Ils sont tout à fait adultes. Ce ne sont plus
des gamins de 18 ans que l'on doit avoir à l'oeil.
Nous avions un mess où nous pouvions aller nous détendre après
une journée passée dans les champs de mines ou ailleurs. On pouvait
bien prendre six bières avant d'aller se coucher sans en courir de
reproche. Je n'ai connu qu'un incident en six mois; il y a eu des
accusations et le SMR s'en est occupé, comme d'habitude. Désormais,
les SMR sont les gendarmes des commandants d'unité, et la plus
grande peur des commandants d'unité, c'est de voir des incidents
portés à leur dossier pendant une affectation de six mois.
On voit revenir des unités—et je pense à un exemple en
particulier—où des centaines d'accusations ont été portées en
six mois, alors que pendant nos six mois, il n'y en a eu qu'une. À
cause de la Somalie, l'état-major s'est fait dire qu'il fallait
tenir les militaires d'une main de fer pendant six mois jusqu'à la
relève, pour être considéré.
Vous avez rencontré hier les membres
d'une brigade qui vient de revenir d'Edmonton. Ils étaient là-bas
pendant la période des Fêtes, séparés de leur famille, regrettant
l'absence de leurs enfants, etc. Ils n'avaient droit qu'à deux
boissons alcoolisées par jour, ce qui est tout à fait ridicule;
nous ne sommes pas des gamins de 18 ans. Je n'essaye pas de faire
l'apologie de l'alcool. Ce que je conteste, c'est cette politique
et la façon dont les militaires sont traités. Plus de 100
accusations ont été portées pendant la période des Fêtes contre
ceux qui ont enfreint la règle.
Il est arrivé que des femmes se rendent dans le secteur des
hommes, mais elles se trouvaient dans des endroits publics, et non
des chambres privées. C'était pour les réjouissances des Fêtes,
comme le font tous ceux qui sont séparés de leurs familles. On leur
a imposé des amendes de 1 000 et 1 200$.
Au Canada, ou du moins en Alberta, quelqu'un qui conduit avec
des facultés affaiblies doit payer une amende de 650 ou 700$ à la
première infraction. C'est ce qu'on voit dans le Cold Lake Sun.
Chaque semaine, ce journal publie les décisions du tribunal local,
pour l'édification des lecteurs.
Nous avons là des gens qui servent leur pays dans une zone
dangereuse et auxquels des commandants d'unité imposent des amendes
de 1 200$ parce qu'ils ont pris un verre de trop ou parce qu'au
cours d'une inspection surprise, on a trouvé une bouteille d'alcool
dans leur chambre. On a tort d'agir ainsi, c'est très démoralisant.
C'est une mentalité qui est en train de détruire les unités de
combat et tous ceux qui en font partie, car on les traite comme des
boy-scouts. On leur dit qu'on ne leur fait pas confiance.
• 2330
Je vous demande de faire enquête sur cette décision du
major-général Jeffries. Il s'agit d'une politique du CFT, mais
c'était la même chose à Haïti. On ne peut pas vraiment parler de
danger à Haïti, et c'était pourtant la même chose: les
consommations étaient surveillées et celui qui dépassait la limite
était condamné à 1 000$ d'amende et renvoyé au Canada.
Nous sommes adultes. Les militaires ont besoin de se détendre
pendant les déploiements. Lorsqu'il y a un problème au sein de
l'unité, c'est au sergent-major régimentaire d'intervenir; nous
avons des gens comme l'adjudant-chef Scott; nous avons des
adjudants-maîtres; ce sont des experts de la discipline, ils
peuvent régler ce genre de problèmes. C'est à cela que servent les
ordonnances administratives des Forces canadiennes.
J'espère que votre rapport suscitera autant d'attention que le
rapport sur la Somalie. Nous avons d'excellents éléments dans les
forces armées, mais ils perdent confiance à l'égard du commandement
militaire et de ceux dont il dépend. C'est à vous d'y remédier.
Je vous remercie de votre attention.
Le président: Vous avez une question, monsieur Hanger?
M. Art Hanger: Je m'intéresse beaucoup à cette décision
relative à la politique sur l'alcool. J'en déduis que c'est bien ce
dont il s'agit.
Sgt Dale Lyne: Je ne sais pas exactement comment on l'appelle,
mais il s'agit bien d'une directive. On pourrait vous renseigner à
ce sujet au CFT. Je suis sûr que cette directive se trouve quelque
part. C'est une politique du CED, le chef d'état-major de la
défense.
M. Art Hanger: L'amende est de 1 200$?
Sgt Dale Lyne: Oui, 1 200$. C'est le montant qui est
maintenant couramment fixé pour les amendes. C'est criminel. On
pousse les gens à bout. Si l'on désobéit aux directives du
commandant, aux règles du chef d'état-major de la défense on
encaisse et on ne le refait plus. Nous n'avons pas le droit de
présenter un grief. La plupart des gens ici ne peuvent pas se
permettre de retenir les services d'un avocat. Si je me trouvais
dans cette situation, je serais sans doute assez fou pour emprunter
pour le faire.
La centaine de soldats qui sont rentrés au pays et contre
lesquels on a porté des accusations ont été retenus pendant deux
semaines. On a surnommé leur vol Air Taulards. On a mis sur leur
valise des étiquettes sur lesquelles on lisait Air Taulards. C'est
drôle, mais c'est aussi très dégoûtant. Nous faisons rire de nous
partout en raison de cette politique absurde.
Les SMR et les commandants peuvent se servir de leur jugement
pour régler les problèmes qui se posent, mais on leur demande
maintenant d'appliquer cette politique très large... Il est bien
évident que lorsqu'on occupe un poste qui comporte des risques, les
drogues et l'alcool devraient être exclus. Quand on rentre
cependant à la maison après une longue semaine de travail, on
devrait pouvoir se détendre et prendre deux ou trois bières si cela
nous plaît.
M. Art Hanger: Au mess, les soldats ne peuvent donc pas
prendre une bière ensemble?
Un témoin: Monsieur, je reviens tout juste d'une affectation
de quatre mois à Haïti. Si quelqu'un prend plus de deux bières...
On doit faire poinçonner sa petite carte. Si quelqu'un prend une
troisième bière, il perd un mois de solde.
M. Art Hanger: Vous perdez un mois de solde.
Un témoin: Oui. La solde mensuelle qu'on reçoit des Nations
Unies, 1 200$, pour une troisième bière. On peut prendre toutes
les bières qu'on veut pourvu que le contenu d'alcool soit de
0,5 p. 100. Les gens achètent donc deux bières à 0,5 p. 100 et deux
triple X et en font quatre bières. Si l'on laisse les gens en paix,
la plupart boivent deux ou trois bières et c'est tout. On les
oblige cependant à s'en tenir à deux. Ils essaient donc de trouver
un moyen d'avoir une troisième bière.
Sgt Dale Lyne: Nous ne sommes pas des enfants. Il faut
dénoncer cette politique en public. L'amende pour la conduite en
état d'ivresse est de 700$ et l'amende pour quelqu'un qui boit un
verre de trop est de 1 200$. Les gens ne comprennent pas le
problème. Tous les militaires sont pénalisés en raison d'un
incident qui est survenu il y a cinq ans.
L'affaire de la Somalie est terminée. Cela n'a pas été le
massacre de My Lai, malgré ce qu'ont voulu nous faire croire la
presse canadienne, CBC et Susan Harada. L'affaire est close.
En terminant, j'aimerais dire qu'on n'aurait pas dû démanteler
le régiment aéroporté.
Le président: Sergent, je crois qu'il y a une dernière
question pour vous.
M. John Richardson: C'est un repli rapide.
Sgt Dale Lyne: Je dois avoir mes raisons.
• 2335
M. John Richardson: Je voulais simplement revenir sur quelques
observations que vous avez faites au sujet des conditions de
logement par opposition aux conditions de vie à Esquimalt. Nous y
sommes allés. En fait, notre premier arrêt a été à Esquimalt où
nous avons passé beaucoup de temps à étudier la situation. La
situation des militaires à Esquimalt pour ce qui est du logement
est environ dix fois pire que la vôtre.
Sgt Dale Lyne: Je le sais.
M. John Richardson: Les fenêtres des maisons ne ferment pas.
Dans certains cas, on n'a pas fait de réparations depuis des
années. L'endroit est beau, mais les conditions de vie ne sont pas
bonnes. Il y a des marins qui préfèrent dormir sur le navire plutôt
que de vivre dans les logements familiaux.
Sgt Dale Lyne: Si vous allez à Halifax, je vous mets au défi
de visiter Shannon Park.
M. John Richardson: Je l'ai déjà visité.
Sgt Dale Lyne: Les logements datent de la Seconde Guerre
mondiale. Vous les avez donc vus? C'est une véritable honte. Le
taux d'inoccupation est de 40 p. 100 parce que les logements sont
tellement mauvais.
Je sais que Esquimalt est une ville très coûteuse où prendre
sa retraite, mais en raison du cantonnement dans la marine, ceux
qui vivent à Esquimalt peuvent sans doute rester près de leur
famille pendant toute leur carrière bien qu'ils doivent, à
l'occasion, participer aux opérations de l'OTAN.
M. John Richardson: Je pense que c'est pourquoi on a voulu
construire une grosse base qui logerait tout le monde. On a pensé
que le cycle des affectations serait moins perturbant et qu'il
serait possible de passer quatre ou cinq ans sur la même base.
Le fait est que les endroits éloignés semblent toujours mieux
que là où on se trouve. Pour vous aider dans vos comparaisons, je
dirais que cette base est sans doute la plus belle base que j'ai
vue au Canada. En fait, elle est plus belle que les bases que j'ai
aussi vues aux États-Unis. L'infrastructure et le rôle de cette
base... Il y a beaucoup d'équipements de pointe à Esquimalt et les
gens qui y travaillent prennent leur rôle au sérieux.
Malheureusement, on a parfois tendance à exagérer lorsque les
choses vont mal parce qu'on oublie ce qui va bien. Nous essayons
évidemment d'établir quelles sont les conditions de vie dans les
forces armées.
Beaucoup de problèmes se posent, cela ne fait aucun doute.
Nous espérons qu'on pourra les régler.
Vous avez mentionné l'existence dans la réserve d'un groupe de
soutien pour les employés. Je crois qu'il est sous la direction de
John Graig Eaton...
Sgt Dale Lyne: Oui.
M. John Richardson: ...mais il était sous la direction de
Freddie Mannix lorsque j'en ai appris l'existence. À l'heure
actuelle, 625 grandes entreprises au Canada se sont engagées à
donner de l'emploi aux réservistes lorsqu'ils auront terminé leur
affectation.
Le nombre de ces entreprises n'est aussi élevé que nous le
souhaiterions, mais on nous a recommandé de ne pas forcer les
entreprises à conserver aux réservistes leur emploi sinon beaucoup
de petites entreprises refuseraient dès le départ de les engager.
Nous avons donc voulu que le système fonctionne sur une base
volontaire. Il vaut beaucoup mieux procéder de cette façon que de
se mettre à dos une partie du milieu des affaires.
J'aurais personnellement préféré que toutes les entreprises
soient tenues de reprendre les réservistes comme on le fait aux
États-Unis. Cela aurait beaucoup facilité les choses. Mais au
Canada on ne fait pas les choses comme aux États-Unis.
Enfin, le général Kent Foster, un vieil ami à moi, ne
travaille plus à Santé Canada.
Sgt Dale Lyne: Mais au moment du communiqué, il était
sous-ministre adjoint.
M. John Richardson: Il a été sous-ministre adjoint de la Santé
pendant deux ans et demi.
Sgt Dale Lyne: Peu importe, monsieur, mais comment a-t-il
obtenu cet emploi qui paie 100 000$ quand moi, je ne peux postuler
un emploi de menuisier qui paye 30 000$?
M. John Richardson: Je comprends, mais nous vivons dans un
pays libre, et tout le monde peut présenter une demande d'emploi.
Sgt Dale Lyne: Pas dans la fonction publique. Nous ne pouvons
pas participer aux concours. Renseignez-vous auprès de la CFPC.
M. John Richardson: Très bien. Je vous remercie.
Le président: Art, soyez bref.
M. Art Hanger: Oui, je vous remercie, monsieur le président.
Sergent, revenons à la situation en Bosnie. Je suppose que la
situation que vous avez décrite ne s'applique qu'en Bosnie, n'est-ce pas?
Sgt Dale Lyne: C'était la même situation à Haïti jusqu'à ce
que nos troupes reviennent en décembre.
M. Art Hanger: Très bien.
Une voix: C'était la même chose dans le Golfe aussi, monsieur.
M. Art Hanger: Jusque dans le golfe? La même politique
s'applique-t-elle au pays?
Sgt Dale Lyne: Non, seulement l'extérieur.
Tout dernièrement, pendant la tempête de verglas, la presse a
posé des questions au général Hillier, le commandant de la brigade
de Petawawa, parce que des accusations avaient été portées contre
neuf soldats de la base de Petawawa qu'on aurait trouvé ivres.
Susan Harada était là avec son micro et racontait n'importe quoi
comme elle le fait toujours. On a sans doute trouvé les gars en
train de prendre quelques bières après avoir travaillé pendant 16
heures d'affilée. Quel est le problème?
• 2340
M. Art Hanger: Oui.
J'aimerais préciser une autre chose. Il s'agit plutôt d'une
mesure disciplinaire interne. Et je présume...
Sgt Dale Lyne: Oui.
M. Art Hanger: ...que le commandant règle tout de suite le
problème. C'est lui qui perçoit l'amende.
Sgt Dale Lyne: Le chef pourrait vous en dire plus long là-dessus. Je
ne sais pas quelle est au juste la politique.
Qui, monsieur, perçoit l'amende?
M. Art Hanger: Lorsqu'il s'agit d'une question disciplinaire,
est-ce le commandant qui s'occupe de l'amende?
Une voix:
[Note de la rédaction: Inaudible]
Sgt Dale Lyne: On insulte tout simplement ceux qui servent
leur pays à l'étranger et on se moque de nous.
M. David Pratt: Vous avez dit que le rôle des SMR avait
changé. Cela m'intrigue. Quand cela s'est-il produit? Le savez-vous?
Sgt Dale Lyne: J'étais alors dans l'infanterie. Pendant six
ans et demi, j'ai été membre du Royal Canadian Regiment et je
portais le béret marron qui est l'insigne de ceux qui ont fait 190
sauts en parachute. Lorsque je me suis joint aux forces armées,
dans les années 70, en particulier en Allemagne, si l'on commettait
une bévue, le SMR ou le sergent-major de la compagnie vous faisait
sortir dehors et vous lançait contre le mur. Tout le monde le
savait et ça fonctionnait. Aujourd'hui, on porterait des
accusations contre nous et notre photo se retrouverait en première
page du Life.
Les SMR étaient des durs. Quand je me suis joint aux forces
armées, la plupart d'entre eux avaient fait la Seconde Guerre
mondiale ou la guerre de Corée. Ils avaient versé leur sang pour
leur pays et ils savaient ce qu'était la discipline. Nous les
respections. En particulier depuis l'affaire de la Somalie—et
c'est mon opinion personnelle—, le pouvoir a changé de main et ce
sont eux qui ont été... Les SMR n'ont plus le pouvoir qu'ils
avaient autrefois.
Dans la plupart des armées, et en particulier dans l'armée
britannique, ils continuent de jouir de pouvoirs importants. Les
commandants s'adressent à eux continuellement pour des conseils.
On ne s'occupe maintenant presque plus d'eux et les
commandants, du moins dans l'armée de terre, ne font plus appel à
eux comme ils devraient le faire.
Lorsque nous sommes allés en Yougoslavie, trois jeunes sapeurs
ont enfreint le règlement. Au lieu de porter des accusations contre
eux et de leur enlever l'argent qu'ils n'avaient pas, nous leur
avons demandé chaque fois qu'ils rentraient de leur travail dans
les champs de mines, de couper du bois pendant deux ou trois heures
par soir jusqu'à ce qu'il n'y est plus de bois à couper. Ils ont
appris leur leçon. Ils ne se sont pas plaints. Ils savaient qu'ils
avaient eu tort. Le problème a été réglé au sein de l'unité et les
SMR ou les commandants ne se sont pas reportés à une politique du
chef d'état-major de la défense.
Nos gens ont de l'expérience et savent comment discipliner les
gens s'ils doivent le faire, mais on les a privés de toute marge de
manoeuvre en raison de ce qui s'est produit en Somalie.
M. David Pratt: Ce que vous proposez donc, en un certain sens,
c'est qu'on redonne des pouvoirs...
Sgt Dale Lyne: Oui, monsieur.
M. David Pratt: Pour tout ce qui touche...
Sgt Dale Lyne: Oui.
M. David Pratt: ...à l'administration des unités.
Sgt Dale Lyne: Les unités ont les moyens et les gens pour le
faire; nous leur lions simplement les mains en les obligeant à se
conformer au principe de la rectitude politique.
Le président: Je crois qu'on peut maintenant s'asseoir.
Le caporal-chef Mark Browning.
Le caporal-chef Mark Browning (témoignage à titre personnel):
Comment faire mieux que le témoin qui vient de me précéder?
J'aimerais vous entretenir de l'attribution des tâches.
Je vous ai présenté un mémoire qui a été préparé au début des
années 80 par le commandant de la station des Forces canadiennes
Alert. Pour ceux qui ne le savent pas, la station des Forces
canadiennes Alert est la localité canadienne la plus au nord du
Canada qui compte une population permanente. Il n'y a rien de plus
au nord au monde.
Depuis 50 ans, nous affectons des militaires à Alert pendant
six mois d'affilée.
On affecte aussi des militaires dans des stations comme Cold
Lake qui sont semi-isolées. On s'attend à ce que je vienne
m'installer ici avec ma famille et que je la laisse pour aller
m'isoler complètement pendant six mois sans que cela ne me rapporte
quoi que ce soit.
Le ministère de l'Environnement compte des employés à l'heure
actuelle à Alert. Il y a toujours quelqu'un du ministère là-bas,
mais le séjour est de trois mois.
Un vol fait la navette entre Alert et Trenton chaque semaine.
Il y a des militaires dans tout le pays qui peuvent faire ce que je
fais à Alert. Je ne comprends pas pourquoi, puisque les
lieutenants-colonels et les psychologues le recommandent, on ne
peut pas ramener les affectations à Alert à trois mois.
• 2345
J'aimerais aussi vous parler de la prime versée pour une
affectation dans un poste isolé. La prime d'isolement mensuelle
pour un militaire marié qui est envoyé à Alert est de 344$ moins
l'impôt. Un militaire marié, et seulement s'il est marié, reçoit
120$ de plus par mois.
La prime totale par mois est donc de 464$. Une fois qu'on a
déduit l'impôt, on se retrouve avec environ 310$. Cette somme
s'ajoute ensuite à notre revenu pour l'année. Si on se retrouve
ainsi dans une tranche d'impôt plus élevée, on paie deux fois.
Les primes qui sont accordées pour le service à l'extérieur du
Canada, comme en Bosnie et à Haïti, sont généreuses. Je me suis
renseigné ce matin auprès du bureau de la solde. Selon le nombre
d'affectations à l'étranger qu'on a eues... quelqu'un dont c'est le
premier tour de service en Bosnie reçoit 900$ par mois exonérés
d'impôt.
On vous accorde aussi un congé des Nations Unies de deux
semaines, on peut alors se servir de son indemnité de transport en
congé pour aller visiter sa famille ou on peut se servir de cette
même indemnité pour faire venir son épouse à l'étranger dans l'un
des secteurs de congé des Nations Unies.
On a aussi droit à un congé de trois jours sur place.
Malheureusement, un congé de trois jours ne servirait pas à grand-chose à
Alert. On ne peut pas aller nulle part. Il faut rester sur
place. Je vous demande pourquoi?
Le président: Je vous remercie.
Le caporal Derek Chopowick.
Le caporal Derek Chopowick (témoignage à titre personnel):
Bonsoir. Je vous remercie d'être venus.
Je voulais simplement répondre à certaines questions que vous
posiez au sujet du choix des affectations. Lorsque j'ai joint les
forces armées, il y a longtemps, j'ai été affecté au programme des
armes nucléaires et j'ai donc subi toutes sortes de tests. Pour
Cold Lake, il a suffi que je passe un examen médical à deux étapes.
Pour l'affectation en Allemagne, j'ai dû subir un examen médical en
deux étapes et j'ai dû voir un travailleur social. S'il y avait un
problème à l'une ou l'autre de ces étapes, nous ne pouvions pas
aller en Allemagne.
Pour revenir à l'Allemagne, le gestionnaire de carrières, qui
est le maillon faible dans cette longue chaîne, a dit que peu
importait si on ne réussissait pas le test, on serait envoyé de
toute façon à Cold Lake. Je lui ai répondu que de toute façon je
voulais y aller.
Cela répond peut-être à certaines de vos questions au sujet de
l'affectation à Cold Lake. Peu importe donc qu'on réponde ou non
aux critères, on vous enverra à Cold Lake.
Je suis un peu le produit des DMPS, les différents modes de
prestation des services, parce que j'ai fait ma formation en
électronique à l'Institut technique de la Saskatchewan aux frais de
l'armée. J'ai donc un diplôme qui a de la valeur. Ce n 'est pas
comme les petits certificats qu'on vous décerne dans l'armée et que
vous pouvez afficher dans votre salle de bain parce qu'ils ne
signifient rien.
Vous avez visité l'école ici. Vous avez vu le hangar de
formation, les aides de formation et les ordinateurs. Avez-vous vu
ce qu'il y a à l'intérieur des ordinateurs? Ce qui s'y trouve est
vieux de cinq à dix ans dans l'ensemble. Lorsque j'ai suivi mon
cours il y a deux ans, j'ai remis aux moniteurs huit pages de
divergences entre ce qui se trouve dans les manuels que nous
utilisons au travail et ce qu'on nous enseigne à l'école. Il y a
trois mois, quelqu'un qui a suivi le cours m'a dit qu'on n'avait
pas corrigé la situation.
J'aimerais qu'une institution technique compétente comme le
NAIT prenne la formation en main. Nous recevrions alors une
formation technique de pointe et les diplômes qu'on nous remettrait
seraient reconnus à l'extérieur. Je voulais attirer votre attention
là-dessus.
• 2350
Tout n'est pas mauvais au sujet des DMPS. À titre d'exemple,
dans deux bases de l'Est—je crois que c'est à Trenton et à
Shearwater—, une installation qui est réservée au lavage des
avions est exploitée par des civils.
Le service d'entretien des aéronefs manque de personnel. Nous
avons le strict minimum.
Lorsque le gérant de caserne a besoin de faire déplacer des
meubles, j'aimerais bien qu'il n'ait pas à me le demander à moi et
que je ne sois pas obligé d'arrêter de ravitailler ou d'armer un
avion. Lorsqu'il veut déplacer des meubles, il devrait téléphoner
à Atlas Van Lines ou à quelqu'un d'autre pour faire le travail. Ce
genre de choses me dérange vraiment.
De bonnes raisons expliquent pourquoi beaucoup d'unités
n'aiment pas beaucoup les DMPS. Je comprends ce qu'il en est pour
les tâches vraiment militaires. Non seulement on perd des gens très
qualifiés, mais il y aura moins de gens pour payer les cotisations
du mess, et moins de gens pour constituer la force de défense de la
base. Tout à coup, on augmente simplement les tâches qui vous sont
confiées.
Je suis très fier de ce que je fais. Je pense très bien faire
mon travail.
Chaque fois que quelque chose se produit et que nous disons
que la charge de travail est trop grande, les officiers supérieurs
nous disent de nous arrêter. Nous ne pouvons pas le faire. Nous
devons continuer et prendre des risques. Nous devons travailler
plus fort et travailler huit, neuf ou dix heures par jour parce que
si nous ne terminons pas le travail, nous devrons revenir le week-end. Et
personne ne veut travailler le week-end.
Si nous arrêtons le travail et si nous ne prenons pas des
raccourcis ou des risques, nous allons devoir travailler le week-end.
Nous travaillons de 35 à 40 heures par semaine ou peut-être
moins selon l'horaire des vols. On nous dit: si cela ne vous plaît
pas, vous pouvez partir ou on vous remplacera par un civil. Aucun
civil ne fera ce que je fais pour 39$ et quelques sous.
Nous avons commencé cette amalgamation et cette réorganisation
pour que nous ressemblions davantage aux entreprises. D'après moi,
cela veut dire simplement que les gratte-papier sont maintenant aux
commandes.
Nous n'avons plus de réserve de matériel. Si quelque chose
brise, il faut commander la pièce de remplacement. Nous n'avons
plus une ou deux pièces de rechange qu'on pourrait utiliser tout de
suite. Si vous enlevez une pièce brisée pour l'envoyer faire
réparer et si elle revient pour faire partie des stocks... Cela ne
se fait plus. Nous n'avons que des tablettes vides. Nous devons
commander les nouvelles pièces ou les prendre à d'autres appareils.
On nous dit constamment qu'il s'agit de la structure de
l'entreprise. J'ignore sur quel modèle d'entreprise on se fonde
parce que le patron est en même temps le client, l'administrateur,
l'agent chargé de la discipline et tout le reste.
Si on veut parler d'entreprise, ayons une véritable
entreprise. Invitons les syndicats. Syndiquons ceux qui travaillent
dans nos ateliers et peut-être que nous pourrons avoir des
négociations collectives qui nous permettront d'avoir des salaires
équivalents à ceux qui vérifient les pneus et font le plein à Air
Canada et à CP Air. Je fais beaucoup plus que cela et je le fais
pour beaucoup moins d'argent et je voudrais bien qu'il y ait une
certaine parité.
Merci beaucoup.
Le président: Merci.
Caporal Garry Goodspeed.
• 2355
Le caporal Garry Goodspeed (témoignage à titre personnel): En
ce qui concerne la politique qui interdit de boire, certains de mes
amis sur le terrain m'ont dit que c'était la même chose dans le
secteur de formation à Wainwright. La consommation d'alcool est
interdite dans le secteur de formation à Wainwright. J'imagine que
cela veut dire qu'on va d'abord former les gens à ne pas boire et
qu'on les enverra outre-mer pour qu'ils apprennent à le faire.
Je voulais simplement ajouter cela à ce que le sergent disait.
Adjudant-chef Scott, je tiens à vous remercier personnellement
de ce que vous avez dit aujourd'hui. Au nom de tous mes compagnons
d'armes, je tiens vraiment à vous remercier pour tout ce que vous
avez dit aujourd'hui.
La seule chose que je voudrais ajouter à ce que j'ai entendu
aujourd'hui, et je m'excuse si j'ai manqué certains intervenants,
c'est que les membres du comité qui sont avec nous ici, soit la
dame et les messieurs ici présents, ne sont pas les seuls à
représenter leur pays et à devoir travailler tous les jours avec
des séparatistes. Je suis fier d'être Canadien et fier d'être un
soldat canadien, mais je dois malheureusement passer une partie de
mon temps en uniforme à travailler aux cotés de personnes qui
pensent faire mieux en servant leurs propres petits intérêts.
Je voudrais savoir ce que chacun de vous pense pouvoir faire
ou ce que nous pouvons faire ensemble à propos des séparatistes qui
portent l'uniforme canadien dans les forces armées.
Merci.
Le président: Monsieur Benoit.
M. Leon Benoit: Caporal, si vous voulez bien revenir au micro,
je voudrais que vous nous donniez un peu plus de détails. Voulez-vous dire
qu'il pourrait y avoir un problème dans les opérations
militaires parce qu'il y a des séparatistes dans les forces armées?
Que dites-vous exactement?
Cpl Garry Goodspeed: Je suis à Cold Lake depuis deux ans et,
comme nous sommes assez loin dans l'ouest, je n'ai pas eu la
malchance de faire affaire avec des séparatistes. J'ai cependant
passé quatre ans à Ottawa et j'ai essayé d'assister au défilé à
Montréal le 27 octobre 1995, je pense. J'ai dû endurer toutes
sortes de choses de la part de sous-officiers et d'officiers qui
avaient les mêmes opinions que bon nombre de nos politiciens
malavisés et le moins qu'on puisse dire, c'est que cela m'a
vraiment frustré.
M. Leon Benoit: Vous dites donc qu'il y avait et qu'il y a
encore des séparatistes parmi les militaires qui appuieraient le
Québec plutôt que les Forces armées canadiennes s'ils avaient à
choisir.
Cpl Garry Goodspeed: Je n'ai pas le moindre doute qu'il y a
bien des membres des Forces armées canadiennes qui appuient de tout
coeur l'option séparatiste. J'en suis convaincu.
M. Leon Benoit: Avez-vous entendu des militaires dire...
Cpl Garry Goodspeed: Oui.
M. Leon Benoit: ...que s'il fallait en venir là, ils
abandonneraient les forces armées, que leur allégeance irait au
Québec si celui-ci choisissait de se séparer?
Cpl Garry Goodspeed: Peut-être pas en ces termes-là, monsieur.
Mais lorsqu'il y a un référendum et que des gens en uniforme disent
qu'ils sont en faveur du oui et qu'ils espèrent que les choses
suivront leur cours... Ils n'ont pas nécessairement présenté une
plate-forme personnelle, mais leur opinion est désormais connue et
c'est toléré. Ce n'est pas nécessairement encouragé, certainement
pas, mais on semble traiter la chose avec prudence.
Je respecte tout à fait le processus démocratique de notre
pays. C'est le meilleur pays au monde et s'il doit y avoir des
séparatistes au Parlement, tant pis. Ces gens ont été élus
démocratiquement. Mais lorsqu'on est en uniforme, monsieur...
Ils sont là; je vous mets au défi de le nier. Peut-être
qu'ici, en Alberta, on ne le voit pas. J'ai passé sept ans à
Calgary et j'en ai vu très peu. Mais allez à Ottawa ou passez
quelque temps sur le terrain avec le 22e et je peux vous garantir
que vous le verrez.
M. Leon Benoit: C'est une question tout à fait théorique, je
présume, mais comment pouvons-nous avoir des militaires sur
lesquels nous pouvons compter si certains d'entre eux n'ont pas
d'allégeance envers le Canada? Je le répète, je ne m'attends pas à
ce que vous me répondiez, c'est une question théorique.
Le président: Merci.
Capitaine Dan Constable.
• 0000
Le capitaine Dan Constable (témoignage à titre personnel):
Monsieur le président, honorables membres du comité, colonel
Guidinger et autres membres de ce forum, avant de commencer
j'aimerais simplement vous féliciter d'avoir donné la possibilité
de s'exprimer aux militaires du rang qui sont prêts à prendre un
risque pour être entendus. En tant qu'officier, j'en suis très
fier.
En outre, je tiens à dire que je suis fier de vous apprendre
que tout le bruit d'avion qu'on entend et qui dérange cette séance
vient probablement des aéronefs de mon escadron, parce qu'en ce
moment même, des camarades de mon escadron tombent du ciel et en
pleine obscurité à environ 500 noeuds, dans des avions de
40 millions de dollars, pour se préparer au nouveau rôle d'attaque
nocturne que les Forces armées canadiennes nous ont confié, à
l'escadron 441 et à l'escadre 4. Nous avons donc de nouveaux rôles.
Nous acceptons de nouvelles responsabilités. Je pense qu'il est
important d'en parler dans une réunion comme celle-ci.
J'espère simplement qu'on entendra encore plus souvent ces
bruits, que les militaires appellent affectueusement les bruits de
la liberté et que les gens de la collectivité appellent tout
simplement du bruit.
J'espère que ça servira à rappeler à tous pourquoi nous sommes
là. Je pense que nous sommes tous là, en bout de ligne, du moins
dans mon escadre, comme vous-mêmes, pour améliorer un système
conçu, dans son rôle opérationnel et de soutien, pour veiller à ce
que le Canada puisse déployer les meilleurs équipages d'aéronef et
les aéronefs les mieux entretenus du monde libre.
J'aimerais parler de trois questions qui, je crois, regroupent
les préoccupations au sein des forces armées. À mon avis, il s'agit
des différences de vie, de qualité de vie et de salaire entre les
militaires et les civils. On a déjà beaucoup parlé des différences
entre les militaires et les civils, aujourd'hui, et je ne pense pas
vous raconter rien de nouveau.
À première vue, il n'y a pas beaucoup de différences.
Fondamentalement, nous sommes des citoyens canadiens. Nous étions
des civils avant. Je crois que nous sommes des civils en uniforme,
actuellement, et que nous redeviendrons des civils plus tard dans
notre vie. Mais nous avons choisi de passer une bonne partie de
notre vie au service de notre pays et c'est là que les choses
diffèrent. Nous avons consenti à sacrifier nos vies, au besoin pour
notre pays, pour défendre la liberté du Canada.
Quelles sont les différences? Je voudrais poser quelques
questions.
Est-ce qu'un civil sera affecté à des postes isolés comme
Alert pendant six mois sans congé et sans solde supplémentaire pour
ainsi dire?
Est-ce qu'un conjoint civil doit se résigner à ne jamais avoir
l'occasion d'avoir une véritable carrière à cause des affectations
à des endroits isolés ou semi-isolés qui ont lieu à tous les deux
ou huit ans?
Est-ce que les civils réagissent face à la discrimination par
exemple? On leur dit qu'ils ne peuvent pas être promus au rang de
lieutenant-colonel maintenant à cause de la politique officielle du
bilinguisme dans notre pays.
Est-ce que le civil moyen traverse des champs de mine, est-ce
qu'il s'en va tous les jours pour lancer des fusées, des bombes
incendiaires, est-ce qu'il se rapproche à 1 000 pieds de distance
et habituellement à environ 1 000 noeuds de vitesse dans un terrain
de manoeuvre de combat aérien?
Je ne pense pas que le civil moyen ait à endurer ce genre de
choses.
En ce qui concerne la qualité de vie, il y a deux questions
ici: la qualité des personnes et la qualité de vie.
Quant à la qualité des personnes, au fond je crois qu'on a la
qualité que l'on a payé pour. Nous sommes devenus comme les
militaires des États-Unis des années 60 et 70. Des cas bien
documentés prouvent qu'ils ont perdu et que nous avons perdu de vue
les bonnes pratiques de leadership, dont la plus fondamentale de
toutes consiste à veiller au bien-être de nos gens. Ceci ne
commence pas aux hauts échelons des quartiers généraux avec l'état
major ou qui que ce soit dans la hiérarchie militaire. Je pense que
cela commence avec les politiciens et la population du Canada.
Vous, en tant que représentants élus et la population
canadienne, devez montrer résolument que les Forces canadiennes ont
de l'importance pour le Canada. Au fond, si nous devons faire le
travail, faisons-le comme il faut.
L'une des façons principales de le faire consiste à fournir un
financement suffisant pour nous donner des ressources en capital
qui nous permettent de mener à bien nos tâches selon les normes
professionnelles très élevées dont nous sommes capables. Mais la
qualité de l'équipement ne vaut rien si nous n'avons pas du
personnel de qualité, et en définitive si vous voulez du personnel
de qualité vous devez lui payer le salaire qu'il mérite.
• 0005
La qualité de vie: je vais simplifier la chose. Elle n'est pas
la même pour tout le monde. La qualité de vie que moi je recherche
sera totalement différente de la qualité recherchée par le sergent
X ou par le caporal Y. Voici à quoi ça se résume d'après moi:
donnez-nous l'argent et nous allons veiller nous-mêmes à la qualité
de notre propre vie. N'essayez pas de le faire à notre place.
En ce qui concerne la solde, nous cherchons constamment à
gérer les forces militaires comme une entreprise commerciale. Je
crois que nous faisons une mauvaise affaire avec cette stratégie,
parce que les forces militaires n'ont rien à vendre, autre que leur
personnel en cas de nécessité. Ce n'est pas une entreprise à but
lucratif. On sera toujours dans le trou. Pourtant, si nous nous
efforçons d'être bons gestionnaires financiers—et j'estime que
c'est important—alors je crois qu'il y a certaines initiatives que
nous pouvons faire pour faciliter ce processus.
Une chose dont nous avons parlé et qui inquiète énormément les
militaires du rang c'est le salaire latéral. Comment est-ce qu'on
peut dire d'une part aux gens «Je regrette, votre salaire est
déterminé par vos promotions, mais voyez-vous, les promotions sont
toutes gelées, donc vous n'aurez plus d'augmentations désormais»?
Et cela s'applique universellement. Si nous reconnaissons que
quelqu'un est capitaine ou caporal et qu'il fait du travail qui
appartient au palier supérieur de la hiérarchie, pourquoi n'est-il
pas possible pour les gens responsables de la solde dans les forces
militaires de commencer à rémunérer cette personne pour le travail
qu'elle fait? Elle doit assumer des responsabilités nouvelles,
prendre soin d'autres personnes. Elle occupe maintenant un poste où
elle doit rédiger des rapports tandis qu'elle ne le faisait pas
auparavant. Il y a toutes sortes de responsabilités
supplémentaires. Elle travaillera probablement une heure ou deux de
plus par jour, ce qui occasionne du stress pour la famille.
Voici ce que je vous propose.
J'espère que l'on me reconnaîtra un certain courage pour
soulever la question suivante dans le contexte de la solde. C'est
peut-être un peu égoïste, mais je représente une petite fraternité,
les pilotes. Je sais que c'est une question très délicate, parce
que les pilotes militaires font l'objet en ce moment d'un examen
minutieux. On est en train de faire des démarches pour chercher à
régler la crise des pilotes, et je dirai que c'est une crise qui
affectera la capacité opérationnelle des Forces canadiennes.
À quoi sert la force aérienne? Elle sert en fin de compte à
faire voler les avions et le personnel naviguant, avec la
technologie actuelle, doit faire voler ces aéronefs. Ces gens sont
un atout très précieux, et je dirais que la plupart d'entre eux
sont des gens extrêmement spécialisés, instruits, et qu'ils
mériteraient d'être beaucoup mieux rémunérés qu'ils ne le sont à
l'heure actuelle.
Nous n'avons pas de syndicats dans les forces armées. Nous
n'avons aucune façon de faire adopter quoi que ce soit d'autre.
Nous avons fait de notre mieux pour faire connaître nos
préoccupations. La seule façon pour nous de faire connaître ces
préoccupations, c'est de voter avec nos pieds, et c'est ce qui se
passe. Les gens en ont assez de travailler 16 heures par jour, les
week-ends, d'être déployés, de perdre leur conjoint, de perdre leur
contact avec leur famille, et c'est pour cette raison qu'ils
quittent les forces armées. Ils vous disent qu'Air Canada est prêt
à les rémunérer à leur juste valeur dès qu'ils vont partir. Je suis
certain que personne ici dans cette pièce ne peut regarder tout
cela et dire que ce n'est pas justifié.
J'aimerais éclaircir quelques points. Aujourd'hui, on nous dit
que les forces armées examinent la possibilité d'accorder aux
pilotes une prime. Aux fins du compte rendu, j'aimerais que les
gens qui sont ici aujourd'hui et qui se préoccupent de cette
question sachent que tout au moins ici à l'escadre 4, l'idée d'une
prime n'est pas très bien vue par la plupart du personnel navigant.
La raison pour laquelle c'est le cas, c'est que cette prime vise
essentiellement deux objectifs: d'abord, encourager le capitaine,
qui a entre 8 et 15 ans d'expérience, et qui a reçu une formation
qui vaut des millions de dollars, qui veut partir ailleurs avec
cette formation... Ils ne veulent pas perdre cette formation; ils
ont donc décidé de lui donner un petit montant supplémentaire pour
essayer de le garder.
Le problème, c'est qu'on se retrouve dans une situation où
quiconque a plus de 15 ans de service—qui a consacré toute sa
carrière aux forces armées et qui a sans doute le grade de major ou
de lieutenant-colonel, et je dirais sans doute même le grade de
colonel—regarde tout cela et se dit: «Eh bien, ce n'est pas très
intéressant; le capitaine qui a entre 9 et 15 ans de service
gagnera sans doute beaucoup plus que moi.» Je pense que c'est une
situation terriblement malheureuse. Je pense que si nos hommes et
nos femmes politiques optent pour ce genre de solution, c'est
qu'ils y voient une solution rapide, facile, qu'il suffit de leur
donner de l'argent pour régler le problème maintenant et qu'ils
pourront le retirer plus tard lorsque la ligne aérienne
n'embauchera plus.
• 0010
Je dis que si vous voulez de bons dirigeants pour diriger le
pays, et nous avons constaté dans l'affaire de la Somalie et dans
de nombreux... et vous l'avez constaté toute la journée. Les gens
à la base réclament de bons dirigeants. Le fait est que si l'on
veut avoir des gens de qualité pour diriger la force aérienne, et
plus particulièrement les chasseurs, il faudra les rémunérer pour
qu'ils restent et leur donner la solde qu'ils méritent; il faudra
les rémunérer pour qu'ils soient responsables et il faudra ensuite
les tenir responsables.
Je considère que c'est une très mauvaise option pour nous que
de payer nos pilotes... je pense que la solution consiste à
augmenter la solde de tout le monde. Les pilotes sont un autre
problème au sein du système, et il nous faudra résoudre ce
problème. Cependant, la solution ne peut pas être une solution
symbolique temporaire, comme mettre le doigt dans la digue; mettons
fin à cela de façon permanente. Il faut démontrer qu'il s'agit
d'une carrière viable et que si l'on choisit cette carrière, ce
n'est pas pour devenir le merveilleux commandant de l'escadre 4 de
Cold Lake pour s'apercevoir qu'on songe à rémunérer vos capitaines
plus que vous.
Qu'est-ce qui pourrait bien me motiver, à titre de capitaine,
à vraiment vouloir un jour me retrouver à la place de cet officier?
Non merci. J'irai offrir mes services là où je sais que je serai
rémunéré en fonction de mes talents et compétences et où je sais
que les gens au-dessus de moi qui sont encore plus compétents et
qui ont plus de scolarité, chose à laquelle je peux aspirer, sont
mieux rémunérés.
Il y a de nombreuses autres questions que j'aimerais beaucoup
aborder avec vous. Vous avez été très courtois de nous écouter
tous. J'espère qu'un jour nous pourrons poursuivre ce débat. Merci
beaucoup.
M. Art Hanger: Capitaine, il y a une chose que vous avez dite
qui pique ma curiosité—une question, si on peut dire, de
discrimination en ce qui concerne la politique officielle de
bilinguisme relativement aux promotions. Où est-ce que cela
s'arrête et où est-ce que cela commence?
Capt Dan Constable: Je suppose que l'autre aspect de la
question est de savoir s'il s'agit réellement de discrimination,
car l'officier francophone fait lui aussi objet de la même
discrimination. Il doit également devenir bilingue. Est-ce donc
vraiment de la discrimination?
Eh bien, techniquement, à première vue on pourrait dire que
non. Cependant, étant donné la réalité du monde dans lequel on vit,
c'est quelque chose que l'on oublie souvent... J'en suis un exemple
parfait. J'ai passé 17 ans dans les forces armées, et presque
toujours dans des unités anglophones. J'ai tenté de maintenir mon
français; cependant, je sais que malgré le fait que je sois diplômé
d'un collège militaire et que j'aie d'autres compétences, le fait
est que je ne pourrai pas être promu lieutenant-colonel ou
commandant d'une unité de vol si je ne parle pas français.
M. Art Hanger: Si on pousse un petit peu plus loin concernant
la promotion, comment évalueriez-vous le concept du mérite en ce
qui concerne la politique de bilinguisme? Les deux concepts sont-ils
compatibles?
Capt Dan Constable: Si j'ai bien compris votre question,
monsieur, vous me demandez si je pense qu'un officier bilingue fait
un meilleur chef.
M. Art Hanger: Non, est-ce que le fait d'être bilingue ou non
supplante tout le concept du mérite?
Capt Dan Constable: Dans de nombreux cas, oui. Je n'ai pas les
statistiques devant moi et je pense qu'il vaudrait sans doute mieux
poser la question à quelqu'un qui pourrait vous donner des chiffres
précis. Si vous me demandez quelle est mon opinion personnelle, je
crois... Écoutez: j'ai entendu des gens affirmer qu'ils n'avaient
pas obtenu une promotion parce que quelqu'un d'autre était
bilingue, ou un francophone n'avait pas eu la promotion qui avait
été accordée à un anglophone ou vice-versa à cause d'une question
de langue.
• 0015
M. Art Hanger: La seule raison pour laquelle je pose la
question, c'est que j'ai déjà entendu quelqu'un affirmer une telle
chose. J'ai remarqué que d'autres faisaient signe que oui lorsque
vous en avez parlé tout à l'heure, si bien qu'il est évident que
d'autres partagent votre point de vue. Je voulais tout simplement
le préciser, et je vous remercie de votre franchise.
Capt Dan Constable: Monsieur, j'ai dit ce que j'avais à dire.
Il y a maintes questions que je voulais aborder, mais une que je
n'ai pas mentionnée... Vous avez entendu de nombreuses histoires de
malchance et j'ai pensé vous raconter une petite anecdote
personnelle à cause des questions comme celles de la solde. Ils ont
parlé de faire une analyse de rentabilisation, et je ne sais pas
jusqu'à quel point c'est une priorité... Une autre chose au sujet
d'une analyse de rentabilisation, c'est un fait connu—du moins
chez le personnel navigant—si on empêche quatre ou cinq pilotes de
quitter les forces armées en les rémunérant à leur juste valeur, on
aura sans doute économisé ainsi suffisamment pour accorder une
augmentation générale. Je suis convaincue que les 250 pilotes qui
nous manquent à l'heure actuelle—si on tient compte des millions
et des millions de dollars que le Canada a jetés par les fenêtres
en créant une situation où ces gens quittent les forces armées, on
aura sans doute économisé ainsi suffisamment d'argent pour pouvoir
accorder une augmentation générale à tous les membres des Forces
canadiennes. En d'autres termes, je crois que nous sommes en train
de jeter de l'argent par les fenêtres.
Ma dernière observation au sujet de la solde est personnelle.
Je n'ai pas été pilote pendant toute ma carrière. Je fais partie
d'un autre groupe professionnel militaire et j'ai fait une
formation de pilote, et à ce moment-là il y avait un certain
incitatif pour moi sur le plan de la rémunération. La rémunération
de base des pilotes est légèrement plus élevée, de telle sorte que
j'ai commencé à recevoir l'équivalent de la rémunération pour le
temps que j'avais passé dans cet autre grade. En d'autres termes,
j'avais cinq ans d'ancienneté comme capitaine lorsque j'ai fait ma
formation polyvalente, si bien que j'ai commencé à recevoir le
salaire d'un capitaine ayant cinq années d'expérience avec les
augmentations d'échelon. Ensuite nos augmentations d'échelon ont
été gelées. Après avoir reçu ce salaire pendant trois ans, ils sont
venus me voir le 1er janvier pour me dire qu'ils m'avaient payé deux
catégories de solde au rendement plus élevé que ce à quoi j'avais
droit et que je leur devais 11 000$.
L'Ordonnance administrative des Forces canadiennes contient en
fait toutes les subtilités de ces détails. Tout cela est loin
d'être clair. J'ai présenté certaines demandes initiales de
renseignements et j'ai appris que ce qui s'était passé, c'est que
l'un des capitaines qui était passé de navigateur à pilote était
revenu... Lorsqu'il a obtenu son brevet de pilote il a essayé de
demander les mêmes avantages que tous les autres mais on lui a
répondu que le règlement stipulait qu'il ne devrait pas être dans
cette catégorie. On a vérifié, et on s'est aperçu que cela se
faisait depuis 10 ou 15 ans. On est donc revenu en arrière pour
récupérer tout cet argent des capitaines. Les capitaines ont
commencé à se plaindre et rien n'a été fait—absolument rien n'a
été fait. En fait, des officiers plus hauts placés que moi ont dit
qu'ils préféraient ne pas m'aider parce qu'ils étaient dans la même
situation que moi et qu'ils ne voulaient pas attirer l'attention
sur leur cas.
Enfin, les lieutenants colonels, les colonels et quelques
officiers supérieurs à la retraite ont commencé à se rendre compte
de ce qui se passait et qu'ils se faisaient eux-mêmes pincés. On a
cessé de demander le remboursement au titre de ce programme. À
l'heure actuelle, j'ai toujours 4 000$ qu'il me faudra peut-être
rembourser. Depuis trois ans personne n'a fait quoi que ce soit
pour résoudre ce problème, même si on nous assure à tous les six
mois que cela ira devant le Conseil du Trésor et que le problème
sera résolu.
Voilà donc un exemple spécifique. Je ne veux pas vous assommer
avec cela. Je ne m'attends pas à ce que votre comité fasse grand
chose pour résoudre le problème. Cependant, si vous voulez savoir
pourquoi des gars qui travaillent vraiment fort en ont ras le bol,
voilà un parfait exemple.
Je pourrais sans doute continuer. J'ai des notes de caporaux
et de sergents qui donnent pleins de détails au sujet de cas comme
celui-ci.
M. Art Hanger: Combien de membres du personnel seraient
touchés par ce remboursement, monsieur?
Capt Dan Constable: Je ne sais pas si mes chiffres sont
exacts, mais je dirais entre 45 et 70 membres de divers grades, à
partir de capitaine... Je connais un capitaine qui, au moment où
ils ont essayé de récupérer les 22 000$ qu'il devait, était
adjoint exécutif du commandant d'escadre à Trenton.
• 0020
Essentiellement, si vous ne connaissez pas la structure
militaire et la façon dont elle fonctionne, les catégories de solde
au rendement—et j'ai une directive qui a été envoyée directement
et signée par le CDEM—sont accordées pour le service et le grade.
Je crois que ces politiques sont injustes en ce sens qu'elles
stipulent que malgré le fait que vous soyez capitaine avec cinq ans
d'expérience, dès que vous devenez pilote, vous ne recevez pas
l'équivalent pour un capitaine ayant cinq ans de service, et toute
cette expérience que vous avez acquise, votre diplôme et tout le
reste ne comptent plus. Vous ne valez plus que deux catégories de
solde de rendement de moins qu'auparavant.
Le président: Merci.
Le caporal Kirk Harrison.
Le caporal Kirk Harrison (témoignage à titre personnel): Merci
d'être venus nous rencontrer, messieurs.
Je suis dans les forces armées depuis 15 ans. J'ai passé deux
ans et demi en formation pour apprendre mon métier qui est celui de
technicien en communication et en système de radar. J'ai été touché
par la restructuration des groupes professionnels militaires et je
suis maintenant technicien ADS. Je n'ai reçu aucune rémunération
supplémentaire pour être technicien ADS, et il n'y avait aucune
rémunération supplémentaire pour être technicien CRS. C'est tout
simplement un métier de spécialiste 1. Nous travaillons sur
l'avion. C'est très bien; je m'attends à cela.
Ma première affectation a été Shearwater. J'ai passé du temps
sur les bateaux. Il ne me manque que deux semaines pour avoir cinq
ans en mer. J'ai passé plus de temps comme technicien des forces
aériennes sur les bateaux que certains, ce qui a été très agréable.
C'est très difficile pour la famille si vous êtes marié.
Personnellement, en 1989 je suis parti de Shearwater pour Victoria
et au cours des deux années suivantes, j'ai passé 42 jours au
Canada. J'étais célibataire; cela n'était pas difficile.
Je suis maintenant ici à Cold Lake. J'avais le choix entre
Bagotville et Cold Lake. J'ai choisi Cold Lake parce que je ne
parle pas français. J'ai fait un bon choix. Cette base est sans
doute la meilleure où je sois allé pour ce qui est des
installations, et le commandant d'escadre a été très bien, en ce
sens qu'il a amélioré la façon dont les gens sont traités ici.
L'Escadron 410 est un très bon escadron. Nous faisons beaucoup de
travail ici, peut-être plus qu'il n'est nécessaire, mais c'est
l'escadron de formation. C'est là où tout le monde va. Tous les
pilotes sont formés ici sur le F-18. C'est une base qui déborde
d'activité.
La façon dont on traite les gens de l'Escadre 4 s'est
améliorée, et j'espère que cela va continuer. Les familles trouvent
toujours cela difficile ici. Notre salaire n'est pas très élevé par
rapport à ce qu'on pourrait obtenir dans le civil. L'une des
solutions serait peut-être d'améliorer l'économat. Si vous allez
dans une base américaine, les prix sont bons; si vous allez à un
économat, vous devez vous attendre à payer un peu plus cher qu'en
ville. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais c'est ainsi.
Une autre solution serait peut-être de tout simplement abaissé
les impôts que nous payons. C'est un peu difficile, mais le
personnel militaire américain bénéficie de certains incitatifs. Par
exemple, ils peuvent faire un emprunt à un faible taux d'intérêt
pour acheter une maison. Ce n'est pas le cas pour nous, mais ce
serait bien.
À part cela, j'ai bien hâte à prendre ma retraite dans cinq
ans. Je passerai alors à la force civile. À moins que les choses ne
changent, c'est ce qui va se passer.
Je suis heureux que vous soyez venus nous rencontrer et tout
au moins nous écouter. Merci.
Le président: Merci beaucoup.
• 0025
C'était notre dernier témoin. Je tiens tout simplement à vous
remercier tous d'être venus nous rencontrer pour nous faire part de
vos points de vue et je vous remercie de votre patience. Certains
d'entre vous êtes ici depuis cet après-midi. La journée a été très
longue pour nous. Encore une fois, au nom du comité, je vous
remercie de nous avoir aidés avec la rédaction de notre rapport. Je
crois que c'est tout. Merci.
La séance est levée.