STANDING COMMITTEE ON NATIONAL
DEFENCE AND VETERANS AFFAIRS
COMITÉ PERMANENT DE LA DÉFENSE
NATIONALE ET DES ANCIENS COMBATTANTS
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le lundi 9 février 1998
• 1916
[Français]
Le président (M. Robert Bertrand (Pontiac—Gatineau—Labelle,
Lib.)): Mesdames et messieurs, j'aimerais vous souhaiter la
bienvenue à notre séance d'information de ce soir.
Vous connaissez sans doute la raison d'être de
notre comité: le ministre nous a donné le mandat de
visiter les militaires sur les bases et de formuler
des recommandations en vue d'améliorer leurs
conditions de vie.
Il est très important de souligner à nouveau que notre
comité n'est pas un comité du ministère de la Défense
nationale. Nous sommes un comité de parlementaires
qui est très différent et complètement indépendant du
système militaire.
Comme vous pourrez le constater plus tard, lorsque je
demanderai aux différents participants
de se présenter, nous représentons presque tous les
partis politiques.
J'invite ceux qui désirent utiliser des appareils
de traduction à se les procurer à
l'arrière de la salle.
Notre liste des témoins compte actuellement trois noms.
Chaque témoin se présentera au micro et fera une
présentation, après quoi les parlementaires poseront des
questions.
Si d'autres intervenants veulent faire des
interventions par la suite, je les invite à
donner leur nom à Eric.
Je demanderai maintenant aux
parlementaires de se présenter. Si vous me le
permettez, je débuterai. Je m'appelle
Robert Bertrand et je suis président du comité. Je
représente le comté de Pontiac—Gatineau—Labelle dans
l'Outaouais.
[Traduction]
Veuillez vous identifier.
M. David Pratt (Nepean—Carleton, Lib.): Mon nom est David
Pratt. Je suis le député qui représente la circonscription de
Nepean—Carleton, juste à l'extérieur d'Ottawa.
Mme Judi Longfield (Whitby—Ajax, Lib.): Je m'appelle Judi
Longfield. Je représente la circonscription de Whitby—Ajax, juste
à l'est du grand Toronto.
M. Leon Benoit (Lakeland, Réf.): Je suis Leon Benoit, député
du Parlement du centre-est de l'Alberta et porte-parole du Parti
réformiste pour la défense.
[Français]
M. Pierre de Savoye (Portneuf, BQ): Pierre de
Savoye, député de Portneuf. Pour
vous qui habitez Val-Bélair, Sainte-Catherine et Shannon,
je suis votre député.
Mme Pierrette Venne (Saint-Bruno—Saint-Hubert, BQ):
Pierrette Venne, députée du Bloc québécois et
porte-parole du Bloc en matière de défense nationale.
Je représente le comté de Saint-Bruno—Saint-Hubert.
Le président: Merci beaucoup. Sans plus tarder,
nous allons entendre notre premier témoin. Capitaine
Rodrigue.
Capitaine Suzie Rodrigue (chef, Services
psycho-sociaux, BFC Valcartier): Je ne prendrai pas
longtemps la parole ce soir
pour donner aux gens de la communauté militaire la
chance de s'exprimer eux-mêmes.
J'aimerais toutefois faire un court résumé de
ce qu'on a vu un peu aujourd'hui et vous donner une
idée de ce qu'on constate du côté familial.
• 1920
Comme on l'a vu aujourd'hui,
l'institution des Forces armées canadiennes a vécu
beaucoup de changements au cours des dernières années.
Ces changements ont grandement affecté
les militaires, leurs familles, leurs enfants et tous ceux
qui leur sont liés. Oui, il est vrai qu'en tant
qu'institution, on a vu beaucoup de changements.
Puisque le sujet de la rencontre de ce soir est la
famille, j'aimerais
qu'on reconnaisse aussi la famille comme une institution.
En tant qu'institution, dans le contexte canadien,
la famille a elle aussi connu beaucoup de
changements au cours des 10 dernières années.
Notamment, la définition de la famille a changé.
Auparavant, on voyait la famille dans un cadre
traditionnel: l'homme, la femme, l'enfant et le chien.
Depuis 10 ans, cette définition s'est grandement
élargie. On voit beaucoup plus de
divorces, non seulement chez les militaires, mais
aussi chez les civils. On voit beaucoup plus de familles
reconstituées, de familles
monoparentales. Cela nous touche. À la tête d'une
famille monoparentale, on peut retrouver autant un
homme qu'une femme.
De nombreuses familles ont été reconstituées.
Ces éléments constituent des facteurs
stressants qui affectent beaucoup la famille.
Dans les Forces armées
canadiennes, quand on pense à la famille, on
la perçoit peut-être encore comme la
famille traditionnelle d'il y a 20 ans,
où l'épouse suivait son époux partout où
il allait. La nécessité de travailler n'était pas
ce qu'elle est actuellement. Tout se passait dans un
cadre plus traditionnel.
Tous les Canadiens et Canadiennes ont
été témoins des nombreux changements qui se sont
produits à l'intérieur de la famille. Les
structures ont changé et maintenant tout est davantage
partagé au niveau de la structure familiale et des
besoins familiaux. On s'attend à ce que l'époux fasse
plus et, de plus en plus, les épouses retournent sur le
marché du travail. Dans certains cas, elle ne le font
pas par choix mais parce qu'elles y sont
obligées en raison des conditions socioéconomiques
actuelles.
Pour résumer le contexte qui
prévaut en 1998, on peut dire que
l'institution militaire et celle de la famille vivent
beaucoup de changements. Beaucoup de choses sont à
revoir au niveau des structures familiales. Comment
gère-t-on les conflits familiaux? Comment gère-t-on les
besoins des familles? Comment gère-t-on les exigences
de notre système militaire?
Ces situations
génèrent des conflits à l'intérieur des familles et créent des
problèmes. Il est vrai que les gens d'ici sont souvent
appelés à être mutés, ce qui exige des familles
qui restent en arrière qu'elles travaillent
encore beaucoup plus en termes d'organisation. Bien
que ces personnes soient souvent capables de
s'organiser, les services qui
sont en arrière, dont les garderies et les activités
sportives, sont importants. Plutôt que d'énumérer
tous ces services, je laisserai les gens vous en
parler.
Ce qu'il faut principalement retenir,
c'est qu'il y a eu beaucoup de changements à
l'intérieur des structures familiales et qu'ont surgi
beaucoup de conflits à l'intérieur, entre l'institution familiale et
l'institution militaire. C'est pourquoi nous disons
avoir besoin d'une politique familiale pour nous aider
à trouver des moyens de gérer ces conflits qui sachent
convenir aux familles et au système.
Je termine ainsi mon intervention. J'aimerais
inviter les gens à parler des situations qu'ils ont
vécues au cours des 10 dernières années et à appuyer
ce que j'ai dit jusqu'ici. Merci.
Le président: Merci.
• 1925
Certains députés auraient peut-être
des questions à vous poser.
Monsieur de Savoye.
M. Pierre de Savoye: Vous nous parlez de gérer
les besoins familiaux et ceux
de l'organisation militaire. Il est évident,
et vous le mentionnez, que la société a
évolué, tandis que les structures en place sont
figées. Elles sont ce qu'elles étaient il y a 20 ans ou
peut-être même plus.
D'après vous, si on voulait identifier une seule
priorité—on va sûrement
en identifier davantage—, qu'est-ce qui
serait le plus important?
Capt Suzie Rodrigue: Si on veut faire un changement
éminent, on peut sans doute envisager
une augmentation salariale. À cet égard, il ne s'est absolument
rien passé au cours des cinq dernières années.
Il faut se pencher de façon prioritaire sur l'aspect
économique.
Un autre aspect important est celui des mutations.
Certains militaires dont la femme poursuit une carrière
intéressante ne veulent pas être mutés. Il y a une
multitude d'exemples de cela. C'est un aspect qu'il nous faut
étudier quand on tente de jumeler les besoins et
de trouver un juste milieu pour les deux parties.
Un militaire peut refuser une promotion au grade
de sergent et une progression de carrière parce qu'il
juge plus important de donner une chance
à son épouse, qui l'a déjà suivi lors de ses trois mutations
et qui s'est jusqu'alors vue obligée de tout recommencer.
Pourquoi n'offre-t-on pas de possibilités à cette
personne?
Nous devons trouver une forme de compensation. Comme je
le disais, la famille n'est plus ce qu'elle était et il
faut tenir compte de cette réalité,
la comprendre, la digérer et
arriver à quelque chose. Je n'ai pas toutes
les réponses.
Certaines gens pourront peut-être vous proposer de
meilleures solutions, mais il est sûr qu'en tant
qu'institution, on doit songer à faire les choses différemment.
Il est évident que des politiques sont nécessaires,
mais qu'est-ce que ces politiques signifient vraiment?
Je n'ai pas toutes les réponses. Il est sûr
qu'on doit commencer par se pencher sur les choses où ça
accroche beaucoup, surtout au niveau familial.
Est-ce vraiment important? C'est aussi cela qu'il faut
se demander.
M. Pierre de Savoye: Merci.
[Traduction]
Le président: Monsieur Benoit.
M. Leon Benoit: Bonsoir.
Vous avez exprimé certaines des préoccupations
que d'autres ont exprimées ici aujourd'hui et ailleurs au pays.
Vous avez parlé de la nécessité de réduire les conflits entre le
service militaire et la famille. Pour leur part, les autorités
militaires qui ont comparu devant nous nous ont dit qu'elles
étaient très sensibles aux besoins des familles. Pourtant, vous
dites qu'il y a beaucoup à faire et énormément de changements à
apporter.
Y a-t-il eu un changement au cours des cinq dernières années?
Avez-vous constaté une amélioration depuis cinq ans ou les choses
sont-elles toujours aussi difficiles qu'elles l'étaient il y a cinq
ans. Les autorités militaires se soucient-elles davantage des
familles?
Capt Suzie Rodrigue: Pourriez-vous reformuler votre question?
M. Leon Benoit: Je voulais simplement savoir s'il y a eu une
amélioration depuis cinq ans.
Capt Suzie Rodrigue: Je pense qu'il y a eu une amélioration à
un certain niveau, et je ne dis pas que sur chaque base, comme ici,
il n'y a pas de gens sensibles à ce problème. À mon avis, le
problème vient de plus haut.
Pour ce qui est de notre base, il y a eu énormément
d'amélioration quant aux services qui sont offerts. Mais parfois,
il faudrait s'interroger sur ce que nous faisons et pourquoi et
voir s'il n'y aurait pas lieu d'améliorer les choses. Il faut se
demander quel est le véritable problème.
• 1930
Comme je l'ai dit, je n'ai pas toutes les réponses, mais je
constate qu'à un certain niveau, il y a eu une amélioration dans
les services fournis aux familles. J'ignore comment on peut mesurer
cette amélioration à une échelle plus vaste.
M. Leon Benoit: Pensez-vous que les autorités militaires ont
fait davantage pour répondre aux besoins des couples dont les deux
conjoints sont dans les forces armées, particulièrement lorsqu'ils
ont des enfants? Fait-on des efforts pour qu'ils ne soient pas
séparés plus souvent qu'il n'est nécessaire à la suite de
déploiements à l'étranger? Y a-t-il eu une amélioration dans ce
domaine? Nous avons entendu énormément de plaintes à ce sujet.
Capt Suzie Rodrigue: C'est un domaine où il y a un problème
surtout, comme je l'ai dit, parce que la famille a changé.
Lorsqu'on parle de nouvelles structures, c'en est une qui risque de
causer des problèmes. Comment les forces armées peuvent-elles
composer avec des couples dont les deux conjoints doivent être
déployés, surtout s'ils ont des enfants?
Comme je l'ai dit, dans une certaine mesure, le système essaie
de venir en aide à ses membres du mieux qu'il peut, mais parfois
nous avons aussi les mains liées. Voilà pourquoi je pose la
question, comment s'y prendre pour changer de système? Quelle est
la solution?
Don vient de me poser une question. Je ne veux pas monopoliser
la tribune car il y a beaucoup de monde ici. Les autres
intervenants ont sans doute de nombreux exemples à vous fournir et
pourront sans doute vous proposer de meilleures solutions. Ils
pourront faire état de scénarios qu'ils ont vécus au sein de leurs
couples et avec leurs enfants également.
M. Leon Benoit: Merci.
[Français]
Le président: Madame Venne.
Mme Pierrette Venne: J'aimerais tout simplement
vous demander si vous savez combien de femmes
militaires sont mariées à des militaires. Si on veut faire
des recommandations sur une politique pour les couples
militaires, il faut savoir si le nombre
le justifie, ou du moins en avoir une idée.
Capt Suzie Rodrigue: Je n'ai pas le nombre.
Mme Pierrette Venne: Serait-il possible
de l'obtenir, monsieur le président? Il
serait important qu'on le sache pour formuler
nos recommandations.
Le président: Oui.
Capt Suzie Rodrigue: Nos services des statistiques à
Ottawa devraient pouvoir vous procurer ces chiffres.
Il ne faudrait pas se limiter aux couples
militaires, mais aussi tenir compte des familles monoparentales.
Mme Pierrette Venne: Je le sais. J'ai en effet
parlé à des couples militaires cet après-midi des
problèmes très
spécifiques qu'ils vivent quand ils sont tous deux
mutés à l'extérieur et qu'ils ont des enfants. Il y a
aussi des familles
monoparentales, mais je voulais qu'on me renseigne particulièrement
sur les couples militaires.
Capt Suzie Rodrigue: Personnellement, je
souhaiterais qu'une commission se penche sur
cette problématique pour qu'on puisse formuler une
politique et établir les directives nécessaires.
Il faudrait qu'on consulte des gens qui sont
impliqués dans le domaine même.
Mme Pierrette Venne: Merci.
Le président: Une dernière question de ma part,
capitaine. Ce matin, le général Couture nous disait
que le comité devrait peut-être recommander qu'on
formule une politique familiale. Partagez-vous cet
avis et, si oui, qu'est-ce que cette politique
pourrait inclure? On a entendu parler tout à l'heure de
certains aspects, mais j'aimerais que vous en proposiez
d'autres à notre étude.
Capt Suzie Rodrigue: Comme je le disais à
ceux qui sont venus visiter l'hôpital, nos
travailleurs sociaux ont constaté, lors de visites de
screening, une problématique de
plus en plus fréquente qui survient quand,
au cours du même mois, on mute une famille, par
exemple de l'Ontario à ici, et on envoie le militaire
participer à une mission de six mois.
• 1935
Nous avons rencontré des difficultés à cet égard.
Après une évaluation des problèmes potentiels, nous
avons conclu
que la personne n'était pas apte à être envoyée en
mission immédiatement, invoquant des raisons telles que
le fait que le couple
n'avait pas eu le temps de s'adapter à son nouvel
environnement.
Lorsque nous faisons de telles évaluations, nous ne
pouvons qu'émettre des recommandations. Nous
n'avons pas de
politique familiale qui stipulerait qu'en certaines
circonstances, les gens mutés à de nouveaux endroits
ne devraient pas être envoyés en mission pendant six mois, à moins
d'une dérogation ou d'une évaluation confirmant qu'ils y sont
aptes. Présentement, notre pouvoir d'action en vue de
diminuer les facteurs stressants chez les familles est
limité.
Cette situation est très exigeante pour les membres d'une
famille qui reste en arrière. Dès leur arrivée
dans un endroit opérationnel comme celui-ci,
avant qu'ils aient eu le temps de s'ajuster, de
s'adapter à la communauté et de trouver les ressources
dont ils ont besoin, le militaire part en
mission.
Nous demandons que la famille dispose d'au moins six
mois lorsqu'elle arrive à un nouvel endroit avant que le
militaire fasse
pas l'objet d'une mutation parte
suivre des cours. On souhaite que la famille ait le temps de se
créer un réseau, de s'acclimater à la région et
de bien s'installer. Si les enfants ont
des besoins quelconques ou qu'ils éprouvent des problèmes
particuliers, on doit s'assurer que les
ressources nécessaires soient mises à leur disposition.
C'est là un exemple, et je suis assurée que vous en
entendrez d'autres. Comme je le disais, j'aimerais
laisser les gens vous en parler.
Le président: Merci beaucoup, capitaine.
Monsieur Raymond Carrier.
M. Raymond Carrier (directeur, Centre de la
famille): Monsieur le président,
mesdames et messieurs, membres du comité, je serai
très bref, préférant de beaucoup laisser la
parole aux messieurs et dames qui sont ici.
Des représentants de nos 130 bénévoles
qui travaillent au Centre de la famille sont ici
présents et j'aimerais qu'ils nous disent ce qu'ils
pensent des services du Centre et de son appui dans
leur travail de partenariat.
J'aimerais également que ces dames et messieurs vous
disent s'ils jugent que ce centre n'a pas assez d'argent pour
appuyer les femmes et les aider à réintégrer le
milieu du travail, malgré la subvention qu'il
reçoit du fédéral. Une foule de femmes et d'hommes qui
auraient besoin de tels services sont exclus
ou presque de ce programme d'aide à
l'emploi parce qu'on n'a pas assez
d'argent pour engager des personnes.
J'aimerais aussi que les parents d'ados vous disent
s'ils sont satisfaits du fait qu'on n'ouvre
le club de jeunesse de la base que deux soirs
par semaine et qu'il est fermé pendant l'été, faute
d'argent pour payer les animateurs.
J'aimerais que les conjointes des militaires viennent nous dire
si elles apprécient les services qui leur sont rendus lorsque leur
conjoint est en mission à l'étranger. J'aimerais aussi
qu'elles nous disent quelle sorte de services elles
souhaitent obtenir, y compris lorsqu'elles éprouvent
des problèmes avec leurs enfants.
Bref, ces messieurs et ces dames ont beaucoup de
messages à vous livrer ce soir. J'espère
personnellement, comme directeur du Centre de la
famille, que votre comité transmettra leur message au
directorat d'Ottawa qui s'occupe du soutien aux
familles des militaires et que ce message indiquera
clairement à ces personnes qu'elles doivent nous laisser
assez d'autonomie ici, au Centre de la famille, pour qu'on
puisse adapter nos services à nos problèmes et non
à ceux des autres provinces.
Le cadre opérationnel nous oblige actuellement à
offrir les mêmes services d'un océan à l'autre, ce qui, à
mon avis, ne répond pas à nos besoins. On aimerait bien
avoir un peu plus de latitude pour pouvoir desservir
nos familles comme elles le souhaitent elles-mêmes.
Je suis convaincu qu'il y a beaucoup de
personnes ici qui ont des choses à dire et je
souhaiterais qu'elles les expriment spontanément et en toute
liberté, parce qu'elles sont ici pour parler des
problèmes qu'elles vivent concrètement. Croyez-moi,
ces personnes vivent beaucoup plus de problèmes
qu'on ne le pense.
Donc, j'espère qu'elles prendront la parole en toute
liberté. Je suis convaincu que ce sera le cas.
• 1940
Le président: Merci beaucoup, monsieur Carrier. Je
demanderais maintenant à M. Yves Labonté de venir
s'adresser à nous.
Adjudant-maître Yves Labonté (représentant du
personnel du quartier général et escadron des
transmissions):
Monsieur le président, membres du comité, on a déjà
discuté à l'heure du midi du mémoire
que je vais présenter,
mais j'aimerais le présenter
d'une autre façon, pour le bénéfice de la
communauté. Il traite de problèmes qui
viennent d'être mentionnés et qui sont vraiment
importants. Il traite justement de
l'impact des mutations sur le personnel.
Je vais parler de la politique de mutation dans les
Forces, identifier les lacunes et proposer certaines
solutions.
Il n'y a pas eu de changement majeur dans la politique
de mutation du personnel depuis plusieurs années. Cette
politique était peut-être adéquate il y a une
vingtaine ou une trentaine d'années, mais aujourd'hui, elle ne
répond pas aux besoins de nos membres.
Au contraire, la politique de mutation actuelle est
une source de stress auquel notre personnel doit
faire face, tant du point de vue familial et social
qu'économique. Dans bien des cas, une mutation est
ordonnée simplement parce que le temps d'affectation
normal est écoulé. En quelque sorte, on mute
quelqu'un pour la seule et unique raison qu'il est
au même endroit depuis six ou huit ans.
De plus, ces mutations sont régulièrement annoncées
quelques mois à peine avant la date du changement.
Cela ne permet pas toujours à la famille
de se préparer adéquatement. Il n'est pas rare de
recevoir des messages quelques mois ou même
quelques jours avant qu'on soit appelé à se
déplacer. C'est vraiment inadéquat quand on pense à
l'impact que cela peut avoir sur une famille. La gérance de
carrière doit être faite à beaucoup plus long terme.
Cette façon de procéder met souvent notre personnel
dans des situations familiales, personnelles et
économiques difficiles. Cela est vécu par beaucoup de
nos membres. Il y a plusieurs années, lorsque la plupart des
règlements que nous gouvernent ont été mis en vigueur,
le revenu familial était principalement constitué du
salaire de l'homme. La réalité d'aujourd'hui, autant
dans la société que dans les Forces, est que la
survie économique d'une famille dépend du revenu
des deux parents, des deux conjoints. De plus en plus,
les deux conjoints ont des revenus comparables, et les
conjoints de militaires possèdent des carrières bien
établies, avec des avantages sociaux et autres
conditions qu'il serait impossible de transférer au
nouveau lieu d'affectation. L'un des conjoints est
donc confronté à l'abandon possible de son
emploi et, souvent, de sa carrière pour accommoder
l'autre.
Il n'est pas rare que le conjoint du militaire
doive quitter son emploi à la suite d'une mutation.
Habituellement, il est impossible de retrouver un
emploi comparable ou assorti des mêmes conditions au
nouveau lieu d'affectation. Il n'existe actuellement
aucune compensation ou aide disponible pour faciliter
le retour au travail.
Il y a quelques années, une mutation
se traduisait souvent par un gain financier réalisé
lors de la vente d'une maison, ce qui contribuait à alléger le
fardeau financier que devait assumer la famille.
De nos jours, il est fréquent de perdre de l'argent
lors d'une telle transaction. Bien qu'il existe des
programmes de remboursement ou de rachat, ils sont
inflexibles et ce ne sont pas tous les militaires
qui ont subi des pertes qui peuvent en profiter.
L'éducation des enfants est souvent un problème lors
d'une mutation. Les programmes sont souvent différents
selon les provinces, et il n'est pas rare
qu'un enfant doive reprendre une année scolaire à la suite
d'une mutation.
C'est surtout durant la période de l'adolescence que
les enfants développent leurs propres valeurs
personnelles. Il est important qu'ils puissent se
développer dans un environnement stable. À certaines
périodes, une mutation peut avoir un effet dévastateur
et provoquer des effets indésirables tels que la
diminution de la performance scolaire. Cela peut aller
jusqu'à la délinquance.
• 1945
Il est important de comprendre que, lors d'une mutation, à
certains moments, les parents devraient avoir beaucoup
à dire. Ils sont les seuls à savoir quand et dans
quelles circonstances une mutation peut être acceptable
pour leur famille.
À la suite d'une mutation, le filet social d'une famille est
à son minimum. À ce moment-là, les membres de la famille
sont très vulnérables, particulièrement si le conjoint
militaire doit s'absenter pour une période prolongée,
par exemple pour une mission des Nations unies ou
un long exercice. C'est une nouvelle source d'énormes
tensions et cela requiert les services d'une arrière-garde
élaborée, d'agences et de personnel spécialisés, ce
qui a déjà été dit.
Lorsqu'une famille emménage dans une nouvelle maison,
certains travaux de rénovation sont souvent nécessaires
pour que la famille puisse jouir
d'une qualité de vie comparable à celle que
procurait la demeure familiale perdue. Actuellement,
les indemnités de relocalisation ne permettent pas de
couvrir adéquatement les frais réels associés à
l'insertion de la famille dans son nouveau milieu.
Cela ajoute au fardeau financier que doivent assumer
nos membres. Les voyages pour une recherche de domicile
sont généralement d'une durée d'une semaine. Cela n'est pas
suffisant pour trouver un domicile,
un travail pour le conjoint, une école pour les
enfants et un quartier qui corresponde aux besoins de la
famille.
Il faut faire tout cela en cinq ou six jours.
C'est impossible. Cela ne permet pas non plus au
militaire de se familiariser avec les conditions du
marché immobilier local et peut l'amener à commettre
des erreurs qu'il devra assumer lors de la revente.
Il est évident que la façon actuelle de gérer les
mutations ne correspond plus aux besoins de notre
personnel et lui cause trop souvent des préjudices.
Nous proposons certaines modifications afin
d'améliorer les procédures de mutation et de les rendre
compatibles avec la réalité d'aujourd'hui.
On propose que les périodes de mutation soient
prolongées afin de minimiser le nombre
de déplacements au cours d'une carrière. Les mutations
devraient être offertes seulement pour combler les
besoins du service; muter quelqu'un seulement parce
qu'il est à un endroit depuis six ans n'est pas
toujours sensé, et c'est très coûteux.
Les mutations devraient être annoncées au moins une
année à l'avance afin de permettre aux membres et à
leurs familles de se préparer adéquatement. Dans
certains cas, cela veut dire que chaque membre de la
famille doit apprendre la deuxième langue officielle.
Quand on est parachuté dans un nouvel environnement et
qu'on ne connaît pas la langue, l'intégration est
beaucoup plus difficile. Si on pouvait le savoir une
année à l'avance, cela permettrait aux gens de
mieux se préparer et éviterait beaucoup de problèmes.
Nous avons un autre reproche à formuler. Nos gérants de
carrière font maintenant de l'administration de
carrière. On ne fait pas de gestion à ce
niveau-là. On réagit. On planifie à la dernière
minute et le fardeau est assumé par nos membres, par
nous. C'est nous qui subissons les conséquences et qui
payons les coûts des erreurs de gestion de nos
administrateurs.
Si on avait une année pour se
préparer à une mutation, on serait mieux en mesure de passer à
travers cette pénible expérience. Il est essentiel
de garantir qu'un militaire muté ne subira jamais de
pertes financières simplement parce qu'il a répondu aux
besoins du service. C'est un gros cauchemar.
Actuellement, à peu près tous ceux qui
sont mutés et qui sont propriétaires d'une maison
perdent de l'argent, et il n'est
pas toujours possible de se faire rembourser, parce
qu'il y a souvent une petite condition qu'on ne remplit
pas et qui fait en sorte que le système ne nous
rembourse pas. Cela a un effet dévastateur. C'est
incroyable.
Il est essentiel de tenir compte de la situation
familiale lorsqu'on envisage une mutation, et c'est
spécialement important lorsqu'il s'agit de déménager
une famille avec des enfants. On parlait plus tôt d'une
politique familiale. Il est essentiel qu'on
développe une politique de ce genre quand on mute des
gens. Il faut s'occuper de tout l'impact que cela
a sur les individus. Une personne qui arrive dans
un nouveau lieu d'affectation et qui a toute sortes de
tracas financiers, personnels ou familiaux ne sera pas
une personne productive.
Elle ne pourra être utile au système si elle a tous ces
ennuis-là, peu importe la position qu'elle occupera. On
va créer un problème au lieu
d'avoir les services d'une personne pleinement compétente et en
pleine possession de ses moyens.
Les frais réels de
relocalisation devraient être remboursés.
Actuellement, on ne parle que d'environ 800 $ pour
emménager dans une nouvelle maison; cela ne défraie que
le coût des rideaux; c'est à peu près tout. Le reste
est à nos frais. Tout est à recommencer lors de chaque
déménagement. Il faut tout recommencer: mettre de l'asphalte,
faire un patio, un cabanon, le paysagement, peindre la
maison, changer les rideaux, et c'est seulement cela
qui est remboursé.
• 1950
Un programme d'aide à l'emploi sérieux pour les
conjoints de militaires est nécessaire pour faciliter
leur réinsertion sur le marché du travail.
Actuellement, on n'offre que de l'aide pour la
rédaction d'un curriculum vitae. Croyez-moi, l'impact
de cela est assez minime.
Mon épouse est hygiéniste dentaire. On a déménagé en Ontario.
Elle n'a pu travailler immédiatement parce qu'elle n'avait
qu'une certification au Québec. En Ontario, il a fallu
qu'elle subisse des examens et cela a pris un certain
temps. Il a fallu qu'elle apprenne l'anglais. Il a
fallu qu'elle suive des cours. Elle a subi l'examen avec
des gens qui venaient du Japon, de l'Europe et de l'Amérique du Sud.
Avant qu'elle ne puisse travailler dans sa
profession—et
elle était pleinement compétente—, elle a été traitée comme
quelqu'un qui arrivait d'un autre pays.
Un voyage de recherche de domicile d'une durée
plus longue devrait être accordé afin que les gens
puissent faire face aux
exigences réelles d'une relocalisation. L'impact de
cela est énorme quand arrive le moment de vendre.
Si on fait un mauvais choix au cours des deux ou
trois jours qu'on a pour se décider à faire
l'acquisition d'une demeure, on va en payer le prix
quand on va partir. À ce moment-là, le système va nous
dire: Écoute, tu ne remplis pas telle condition
et on ne peut donc pas
te rembourser ou t'aider.
C'est difficile, lorsqu'on arrive dans un nouveau
quartier, dans une nouvelle province, de
saisir toutes les subtilités du marché
immobilier local. C'est extrêmement difficile de faire
cela en deux ou trois jours. Dans les faits,
c'est ce qu'on a. C'était adéquat il y a 20 ans, quand
on faisait des profits de 10, 15 et 20 p. 100
chaque fois qu'on vendait une maison. Aujourd'hui, ce
n'est plus le cas: on perd 10, 15 et 20
p. 100 quand on vend une maison. On perd cet
argent-là.
C'est un sujet qui mérite une attention
particulière. Les mutations sont une
source d'ennuis pour beaucoup de gens. C'est à la
base du déclin des gens. Ensuite,
cela devient des fardeaux, des problèmes administratifs,
etc. Merci.
Des voix: Bravo!
Le président: Merci beaucoup, monsieur Labonté.
[Traduction]
Monsieur Benoit, vous avez une question?
M. Leon Benoit: Merci.
Je vous remercie de votre mémoire. J'ai particulièrement
apprécié que vous proposiez certaines solutions. Je pense avoir
déjà entendu à maintes reprises cet après-midi et ailleurs les
commentaires que vous venez d'exprimer. Vous n'êtes donc pas le
seul à penser de cette façon.
J'ai deux questions à vous poser. Vous avez suggéré un préavis
d'un an pour les affectations. Est-ce réaliste? L'armée
pourra-t-elle fonctionner si elle doit donner un avis d'un an pour
les affectations?
Adjum Yves Labonté: À mon avis, oui. Si les gestionnaires de
carrière étaient autorisés à vraiment gérer au lieu de simplement
administrer, ce serait possible. On ne réussira peut-être pas à
tout coup, mais si on peut réussir dans 70 ou 80 p. 100 des cas,
cela représenterait une amélioration sensible par rapport à la
situation actuelle. Ce sera sans doute impossible de réussir à tout
coup, mais plus le préavis sera long, mieux les gens seront
préparés et moins ils auront de problèmes à vivre l'expérience.
M. Leon Benoit: Il y a plusieurs années, j'ai eu une
secrétaire qui me disait que le manque de planification de ma part
ne constituait pas une urgence pour elle.
Il y a sûrement des moyens de donner un préavis beaucoup plus
long qu'à l'heure actuelle. J'ai entendu dire que dans certains
cas, le préavis n'était littéralement que de quelques jours.
Adjum Yves Labonté: Absolument. L'année dernière, de nombreux
messages ont été envoyés en mai et en juin. C'est ridicule. Je dois
partir en affectation cette année. Dans mon coin, les gens ont déjà
vendu leur maison. Il y a déjà des maisons vendues sur le marché
domiciliaire. Moi, ma maison n'est même pas encore sur le marché.
Je ne sais pas ce qui va se passer. Je sais qu'il y a une
possibilité... Je le saurai peut-être en mars ou en mai. Il se peut
que je parte seul. Je l'ignore. Cette année, les gestionnaires de
carrière ne sont pas autorisés à envoyer de lettres avant la fin de
février. C'est une obligation qui leur est imposée cette année.
Ce n'est pas la meilleure gestion possible. C'est une
administration de comptables. Cela n'a rien à voir avec la gestion.
M. Leon Benoit: Si j'ai bien compris, malgré les beaux
discours où l'on dit se soucier du personnel, ce qui est important,
bien entendu, pour assurer le bon fonctionnement d'une organisation
ou des forces militaires, vous êtes d'avis qu'à tout le moins dans
certains cas, ces propos ne se traduisent pas par des mesures
concrètes.
• 1955
Adjum Yves Labonté: À l'échelon inférieur, au sein de la
brigade ici, on est très sensible à ce problème. On manifeste
beaucoup de compassion et de compréhension. Mais plus on monte dans
la hiérarchie, plus les décisions sont prises froidement, pour des
motifs administratifs. Elles ne reflètent pas les besoins ou la
réalité de la situation. Ce sont des décisions strictement
administratives, et c'est nous qui écopons.
J'ai l'impression qu'aux échelons supérieurs, on a reçu
l'ordre de faire des économies et, trop souvent, cet exercice se
fait à nos dépens. Chaque fois que l'armée fait des économies,
c'est moi qui paie. Ce ne sont pas de bonnes économies. Les
répercussions sont phénoménales.
M. Leon Benoit: Oui, et dans bien des cas, il n'y a sans doute
pas d'économie du tout.
Dans les cas où un conjoint est déployé et où des enfants sont
en cause, cela se traduit par la séparation d'un couple... Dans
certains cas dont j'ai entendu parler, une autre personne ayant les
compétences voulues pour assumer les fonctions requises s'était
portée volontaire pour le déploiement et pourtant, cette solution
n'a même pas été envisagée.
Adjum Yves Labonté: Pour une raison quelconque, on entend
beaucoup d'histoires de ce genre. Voilà pourquoi il faut élaborer
une politique sur laquelle nous pouvons compter, que nous pourrions
appliquer et aux termes de laquelle nous pourrions exiger
protection.
J'aimerais aussi signaler le fait que nous ne sommes pas
syndiqués. Tous les membres des forces armées y ont adhéré
volontairement et sont prêts à être déployés n'importe où dans le
monde à bref préavis. D'ailleurs, nous avons vu un exemple de cela
récemment. En l'espace de 12 heures, la brigade toute entière est
partie à Montréal. Il n'y a pas eu une seule plainte. Personne ne
s'est récusé en disant qu'il ne voulait pas y aller. Personne
n'était contre. Il n'y a pas eu un murmure de contestation parce
que nous sommes tous prêts à accepter ce genre de défi. À mon sens,
nous avons sacrifié la protection d'un syndicat à cause des
exigences opérationnelles des forces militaires. Les forces ne
peuvent fonctionner sans pouvoir compter sur cette souplesse. Mais
ce faisant, nous avons également perdu la possibilité de nous
défendre adéquatement.
À l'heure actuelle, je suis partie prenante au processus de
règlement d'un grief concernant ma dernière affectation, qui
remonte à cinq ans. J'ai consacré deux ans à un processus
administratif, deux ans à une procédure de règlement de grief, et
ce n'est toujours pas fini. Je ne suis pas un avocat; je ne suis
pas un écrivain. Vous devriez voir la tonne de paperasse que j'ai
dû remplir pour mener à bien ce processus. C'est incroyable, et je
dois faire tout cela sans aide. Comme je l'ai dit, je ne peux
compter sur un délégué syndical pour m'aider. Je dois assumer ce
fardeau individuellement et la pression est parfois écrasante. Les
obstacles sont tellement nombreux. On se sent dépassé.
M. Leon Benoit: Je n'ai qu'une autre question.
Vous avez dit qu'il faudrait accorder une considération
spéciale aux familles. Faut-il croire que ce n'est pas le cas à
l'heure actuelle? Avez-vous l'impression qu'on n'accorde pas
d'attention particulière au cas où une famille est en jeu par
rapport à un autre où ce serait différent?
Adjum Yves Labonté: Je reviens à ce qui se passe aux échelons
inférieurs. Au sein de l'organisation ici, je suis sûr qu'on en
tient compte, qu'il y a des gens à qui nous pouvons parler et de
qui nous pouvons obtenir de l'aide, mais on ne peut les consulter
pour réparer les pots cassés. Il n'y a pas de mécanisme de
prévention pour empêcher ces séparations, pour empêcher qu'une
famille traverse des moments difficiles. On ne peut empêcher cela
à l'avance. Dans la plupart des cas, il y a un train de mesures
disparates qu'on prend ultérieurement. C'est très utile, mais cela
ne constitue pas de la prévention. On essaie de réparer les torts
par après. Je suis très heureux qu'on le fasse, mais bien souvent,
on aurait pu prévenir le problème en ayant simplement une politique
familiale, une directive qui précise qu'on doit tenir compte de la
situation des gens avant de prendre des décisions qui les
concernent.
Souvent, les membres des forces armées sont prêts à sacrifier
leur avancement pour répondre aux besoins de leur famille, et cela
n'est pas accepté normalement. Les gens doivent aller de l'avant.
• 2000
M. Leon Benoit: Je suis encouragé par le fait qu'aujourd'hui
j'ai entendu plusieurs personnes dire que sur cette base, on tient
compte de ce facteur. Le problème est lié aux décisions prises à
Ottawa.
Adjum Yves Labonté: Je pense que cela reflète le sentiment de
la collectivité ici, oui.
M. Leon Benoit: Oui. Il est donc encourageant qu'il y ait ici
sur cette base des gens qui travaillent fort pour vous. Nous ferons
tout notre possible pour faire bouger les choses à Ottawa.
Merci beaucoup.
[Français]
Le président: Monsieur de Savoye.
M. Pierre de Savoye: Monsieur Labonté, je veux vous
féliciter pour la
présentation que vous avez faite. Je veux également
vous féliciter pour les neuf recommandations que vous
communiquez au comité; ce sont des recommandations qui
touchent directement les points que vous avez soulevés,
et ils les touchent d'une façon opérationnalisable.
Je comprends, de ce que vous nous dites,
que lorsqu'une mutation arrive, il y a des coûts
familiaux et financiers, et vous avez l'impression que,
des deux côtés, vous payez la facture de toute manière.
Vous aviez accumulé un petit capital pour vous acheter
une maison, vous vendez la maison à perte et vous vous
retrouvez peut-être sans le moyen de vous
acheter une nouvelle maison sur
l'autre base.
Adjm Yves Labonté: Et il faut
expliquer tout cela à notre conjointe.
M. Pierre de Savoye: Et il faut expliquer tout cela
à la conjointe.
Oui, les conjointes méritent d'être applaudies.
Des voix: Bravo!
M. Pierre de Savoye: Je me suis laissé dire
aujourd'hui que, pour être conjointe de militaire, il
fallait être une personne bien spéciale.
Des voix: Bravo!
M. Pierre de Savoye: Mais je dois vous dire
que pour être militaire, il faut aussi être une fille
ou un gars
bien spécial. Vous êtes très
vaillants et très travaillants.
Cela dit, vous dites que s'il doit y avoir des
mutations, elles devraient avoir lieu seulement pour
répondre aux besoins du service. Vous avez
tous été mutés et vous
avez parfois l'impression que les mutations ne sont pas
faites pour répondre aux besoins du service, mais parce
que c'est écrit dans le règlement et que c'est une
vieille habitude qu'on traîne et qu'on devrait
peut-être cesser de traîner.
Adjm Yves Labonté: Quand on change quatre
«trente sous» pour «une piastre», qu'est-ce qu'on
accomplit? Il y a
des personnes qui ont été formées, qui sont qualifiées,
qui sont compétentes dans leur travail et un jour, pour une
raison ou une autre, il leur arrive un message de mutation.
Cette personne part et quelqu'un d'autre du même grade
vient la remplacer. Qu'est-ce qu'on a accompli?
M. Pierre de Savoye: On a déplacé deux familles et
on a rendu deux militaires moins heureux.
Adjm Yves Labonté: Exactement.
M. Pierre de Savoye: Selon vous, combien
de mutations sont réellement utiles pour le
service et combien d'entre elles, proportionnellement,
sont simplement
la conséquence d'un règlement qui s'applique depuis
longtemps?
Adjm Yves Labonté: Généralement, quand
il y a un vide à combler parce qu'il y a
eu une promotion, il est évident que la
mutation est nécessaire. Habituellement, elle est
accompagnée d'une promotion. À ce moment-là, il y a un certain
avantage pour la personne qui est
mutée.
Il y a certains autres postes pour lesquels il faut
obligatoirement faire des rotations après un certain
temps. Certains postes sont isolés. Il y a des
postes qui ne sont pas tellement agréables. Dans ces
cas-là, on est obligé de faire des rotations de
personnel. Mais il arrive très souvent
qu'on mute des gens sans savoir pourquoi. Les gens ne
veulent pas bouger. La personne qui remplace
celui qui ne veut pas partir, ne veut pas partir d'où
elle est. On se retrouve dans un cercle vicieux.
On déplace deux, trois ou cinq personnes, et
aucune d'entre elle n'en est heureuse.
M. Pierre de Savoye: Vous dites qu'une
mutation devrait être assortie de certains incitatifs.
Vous dites également qu'il y a des personnes qui
préfèrent sacrifier un morceau de carrière
pour maintenir la stabilité familiale. Quel
genre d'incitatif voyez-vous? Quelles seraient les
conséquences pour la carrière de quelqu'un
qui préfère conserver sa stabilité familiale?
Adjm Yves Labonté:
Cela affecterait sa
progression de carrière. Actuellement, la
seule façon d'obtenir des augmentations de salaire,
c'est par ces promotions. Il arrive que des personnes
décident de renoncer à leur progression
de carrière et à leurs augmentations de
salaire pour permettre à leur conjoint ou à leur conjointe
de poursuivre aussi une carrière.
On compte sur le fait qu'on a de la stabilité
et qu'on peut payer sa maison pour arriver
finalement à la retraite avec des acquis. Ce sont des
avantages. C'est le prix que des gens peuvent payer.
• 2005
Quelle était la première partie de votre question?
M. Pierre de Savoye: Dans votre recommandation,
vous dites qu'une mutation devrait être assortie
d'incitatifs. À quoi songez-vous?
Adjm Yves Labonté: Par exemple, la politique
de mutation devrait être basée seulement sur le besoin.
Au lieu de muter les gens, on afficherait un certain nombre de
postes disponibles. On inviterait les militaires à
poser leur candidature et on choisirait la
personne la plus compétente, la plus apte à occuper le
poste. Les gens qui auraient posé leur candidature
seraient ceux qui sont prêts à effectuer le déménagement; ils se
seraient préparés et ils le feraient dans le but
d'acquérir quelque chose: aller à l'endroit où
ils veulent ou obtenir la promotion qui vient avec le
poste.
Il me semble que ce serait facile de gérer les choses
comme cela. En tout cas, ce ne serait pas impossible.
Les corps de police
provinciaux et fédéral fonctionnent un peu selon ce
principe-là.
M. Pierre de Savoye: Merci beaucoup, monsieur
Labonté.
Le président: Merci beaucoup, Pierre.
Madame Venne.
Mme Pierrette Venne: Monsieur Labonté, vous avez
tous, d'après ce que j'ai compris aujourd'hui, des
gérants de carrière. Ce gérant de carrière
vous consulte-t-il pour savoir si vous êtes intéressés
à être mutés?
Adjm Yves Labonté: Je
parle très régulièrement avec notre gérant carrière.
Si je pars d'ici cet été, ce sera pour aller
dans un poste de gérant de carrière.
Je vais possiblement sauter dans cette marmite-là
s'il arrive à se brancher. Je parle
fréquemment avec le gérant de carrière de mon métier.
Je constate qu'il a les mains liées. Il suit des
directives et il est contraint de prendre les décisions
qu'il prend. Il ne fait pas de la gestion. Il fait de
l'administration. C'est ce que je constate.
Mme Pierrette Venne: Vous parlez des
frais de relocalisation qui devraient être remboursés
et vous dites que le montant remboursé actuellement aux
militaires ne correspond pas du tout à la réalité.
Quel est ce montant?
Adjm Yves Labonté: On pourra me corriger là-dessus, mais je vous
affirme qu'avec 850 $,
on n'achète que des rideaux. Le reste est à
nos frais. À chaque déménagement, c'est à recommencer.
Certaines personnes peuvent entrer dans une maison,
l'habiter et n'y rien faire. Malheureusement, je
fais partie de ceux qui, en entrant dans une maison,
la repeignent, font du paysagement, etc.
On parle toujours de quelques milliers de
dollars. C'est inévitable si on veut obtenir une qualité de
vie comparable à celle qu'on avait auparavant.
Déménager, c'est bien beau,
mais on ne veut pas avoir
pire. On veut avoir une maison confortable
et chaleureuse.
Mme Pierrette Venne: Vous m'avez dit plus tôt,
si je ne me trompe, que vous
n'êtes pas syndiqués et que vous ne pouvez
compter que sur vous-mêmes; enfin,
vous laissiez entendre cela. Entre vous et votre
supérieur, ne doit-il pas exister un lien de confiance qui
serait censé vous aider?
Adjm Yves Labonté: Très certainement. Comme
je vous le disais plus tôt, je parle d'une expérience
personnelle que je suis encore en train de vivre. J'ai
reçu beaucoup d'appuis au niveau de mon unité. J'ai
reçu un appui au niveau de la brigade, mais plus on
s'éloigne, moins cet appui est évident. Dans un
processus de réparation d'injustices, on peut obtenir
les services d'un individu pour nous aider à passer à
travers ce travail. J'ai choisi de le faire par
moi-même, mais cela représente une quantité de travail
énorme: de la préparation, de l'écriture, de la
confrontation avec des autorités supérieures, etc. Ça n'en
finit plus.
On se fait recaler sur des détails
techniques. Les gens, dans les bureaux supérieurs,
étudient tout ce qu'on peut écrire. Ils
notent le moindre accroc afin de pouvoir refuser notre demande.
• 2010
S'ils consacraient autant d'énergie à regarder de quelle
façon les règlements actuels peuvent nous aider, cela
nous aiderait considérablement.
Ces gens-là, de leur propre aveu, sont là
tout simplement pour économiser de l'argent. Quant à moi,
ils devraient aussi être là pour nous
donner ce à quoi on a droit.
Oui, les règlements peuvent être interprétés, mais
l'interprétation est habituellement restrictive.
On ne cherche pas à nous aider.
Par exemple, actuellement, le seul règlement qui permet
d'obtenir
un remboursement de tous les frais encourus s'applique
seulement à la perte immobilière.
Mais on trouve le moyen, même dans ces cas-là, de
nous refuser le remboursement à cause de détails techniques.
C'est vraiment décevant. Malgré tout cela, nous devons
continuer à bien faire le travail,
à être motivés et, dans des postes de
leadership, il faut aussi former les autres et les
motiver. Ce n'est pas toujours facile. Il
faut répondre aussi à l'être suprême, le sergent-major
local à la maison.
Des voix: Ah, ah!
Mme Pierrette Venne: C'est comme cela que vous
l'appelez, vous?
Adjm Yves Labonté: Cela non plus n'est
pas facile.
Mme Pierrette Venne: Merci, monsieur Labonté.
Des voix: Bravo!
[Traduction]
Le président: Monsieur Pratt, et ensuite une petite question
de M. Benoit.
M. David Pratt: Merci, monsieur le président.
Monsieur Labonté, je ne sais pas exactement comment vous avez
formulé cela, mais vous avez dit quelque chose qui allait en ce
sens: si les gens sont malheureux, ils ne s'acquittent pas de leurs
fonctions de façon optimale. Ils ne donnent pas le maximum s'ils
sont préoccupés par d'autres questions que leur travail. Pensez-vous que
l'ensemble des problèmes auxquels se heurtent les membres
des forces canadiennes à l'heure actuelle a nui à l'efficacité
opérationnelle des forces dans leur ensemble? En guise de
corollaire à cette question, comment jaugez-vous le moral de votre
unité, de votre base et des Forces armées canadiennes en général?
Adjum Yves Labonté: Pour ce qui est de l'incidence sur les
opérations, il m'est difficile de répondre à cette question. Les
problèmes ne sont certes pas sans répercussion, mais par ailleurs
je suis très fier des membres de cette organisation. J'estime que
les soldats sont très professionnels et même s'ils se heurtent à
d'énormes difficultés dans leur vie personnelle, ils s'acquittent
toujours de leur travail. C'est une tradition dans les forces
militaires canadiennes depuis de nombreuses années. Comme on peut
le constater dans les théâtres d'opération où il est déployé, le
soldat canadien est très respecté et son professionnalisme est
reconnu par la communauté internationale.
Il y a certainement un effet qui se fait sentir sur les
opérations, mais je suis convaincu que le soldat canadien a
suffisamment de professionnalisme pour surmonter la situation. Mais
cela se fait aux dépens de sa vie personnelle, et on ne peut
quantifier cela. C'est grâce à son professionnalisme qu'il peut
surmonter ces obstacles.
Pouvez-vous répéter la deuxième partie de votre question?
M. David Pratt: La deuxième partie portait sur le moral des
troupes. Comment décririez-vous le moral dans votre propre unité,
votre base et dans l'ensemble des forces armées?
Adjum Yves Labonté: Je dirais que le moral est excellent. Il
est très bon. Encore une fois, c'est le fruit d'un travail
d'équipe. Il arrive parfois que les gens qui traversent des
situations difficiles s'unissent, se serrent les coudes. Ce n'est
pas nécessairement parce que tout va tellement bien, c'est plutôt
que l'adversité a tendance à inciter les gens à se regrouper. À ce
moment-là, le moral est bon.
• 2015
Dans mon unité, les gens sont généralement heureux d'être là,
ils se sentent unis. En janvier 1997, toute l'unité est revenue
d'une tournée en Bosnie. Il s'agit donc d'un groupe de personnes
très uni et c'est pourquoi le moral est élevé. Ce n'est pas
nécessairement parce que la situation est idéale. Mais nous avons
des liens étroits et cela influe sur le moral.
M. David Pratt: Oui. Si j'ai posé la question, c'est que sur
d'autres bases on nous a dit que le moral était bon au niveau de
l'unité, mais mauvais dans l'ensemble des forces armées. Êtes-vous
en accord ou en désaccord avec cette affirmation?
Adjum Yves Labonté: Encore une fois, à l'échelon inférieur, si
l'on reste au niveau de la brigade, le moral est élevé. Mais ce
sont les décisions prises en haut lieu qui ne sont pas tellement
satisfaisantes. Encore une fois, j'ai le sentiment qu'à l'échelle
de la brigade, nous avons affaire à des dirigeants qui se soucient
de leurs effectifs. Tout le monde partage le sentiment de faire
partie d'une communauté. Mais dès qu'on quitte ce niveau, il semble
qu'on traite davantage avec des administrateurs qui prennent leurs
décisions froidement et cela peut expliquer ce sentiment
d'insatisfaction.
À une ou deux reprises, j'ai eu connaissance de gens qui ont
demandé... Leur contrat d'un an était presque arrivé à échéance. À
deux occasions, il s'agissait de soldats revenant d'une mission de
l'ONU qui avaient demandé une prolongation d'un an pour organiser
leur vie. Nous avons présenté en leur nom une demande qui a été
envoyée à Ottawa et la réponse est revenue sous forme de message
lapidaire: «Non».
C'est à moi qu'il appartient de dire à ces personnes face à
face que nous ne pourrons les accueillir. Quelqu'un, au siège
social, a pris une décision en se fondant sur les statistiques.
Après avoir ouvert quelques manuels, il s'est prononcé: «D'après
les règles et règlements, c'est non; par conséquent, c'est
impossible.» Mais moi, je dois communiquer cela directement à la
personne. Ce n'est pas une situation agréable.
Je suis sans doute insuffisamment payé pour m'acquitter de ce
genre de mission très souvent.
M. David Pratt: Merci.
Le président: Merci, David.
Monsieur Benoit, une très brève question.
M. Leon Benoit: Je pense qu'à deux reprises, vous avez dit que
les gestionnaires de carrière se bornaient à administrer plutôt
qu'à gérer. Je vais maintenant vous affecter à Valcartier à titre
de gestionnaire de carrière. Comment feriez-vous les choses
différemment?
Adjum Yves Labonté: Je ne sais pas si je pourrais entrer dans
le moule. Je durerais au plus six mois et ensuite, ce serait la
fin.
M. Leon Benoit: Mais comment feriez-vous les choses
différemment? Comment vous y prendriez-vous pour gérer plutôt
qu'administrer?
Adjum Yves Labonté: Je ne pense pas qu'une personne puisse y
arriver seule. Je connais des gens très compétents qui assument ces
fonctions, de très bons amis, des gens que je respecte beaucoup,
mais je ne pense pas qu'ils aient pu surmonter les obstacles
systémiques. Je ne pense pas qu'en allant là-bas moi-même, je
pourrais redresser la situation, à moins que les règles changent.
M. Leon Benoit: Ce sont donc les règles auxquelles ils sont
assujettis qui font problème.
Adjum Yves Labonté: Oui.
M. Leon Benoit: Merci.
[Français]
Le président: Merci beaucoup, monsieur Labonté.
Adjm Yves Labonté: Merci.
Le président: Madame Ginette Tremblay, s'il vous
plaît.
Mme Ginette Tremblay (témoigne à titre personnel):
Bonsoir. J'aimerais parler avec vous de quelques
sujets. M. Labonté a parlé de mutations.
J'habite ici depuis un an et demi. J'arrive de
l'Outaouais. Je sais donc ce que c'est que de perdre de
l'argent. J'ai perdu 25 000 $ en vendant ma maison. Elle a
été mise en vente à la dernière minute. J'ai un enfant
handicapé. Cela a été très compliqué
de trouver en une semaine un endroit pour se loger, une
école et des services.
Il a fallu que je vienne vivre dans les PMQ
parce que je n'ai pas trouvé de maison. Ayant perdu
beaucoup d'argent, je n'en avais plus pour acheter
une autre maison. J'ai alors compris que cela
pouvait être très très difficile pour une famille.
J'ai perdu tout ce que j'avais investi
dans ma maison pendant cinq ans.
• 2020
Je fais partie du
Centre de la famille depuis que je suis ici, soit depuis un
an et demi. Les
compressions budgétaires ont fait que les services aux
familles ne sont pas ce qu'ils devraient être. Le
message transmis aux familles par les hauts
dirigeants n'est pas ce qu'il devrait être. Beaucoup de familles
qui sont sur la base depuis très longtemps
ne savent même pas ce que le Centre peut leur offrir.
La communication ne se fait
pas. Je ne sais pas où la coupure se fait à un moment donné,
mais cette information ne se rend pas aux militaires.
Ou bien il y a des rumeurs: on dit des choses fausses,
ce qui fait que le Centre de la famille n'est pas représenté
à sa juste valeur.
Pour l'arrière-garde, ce qui est un autre point très
chaud, j'ai vu certaines choses. Heureusement pour moi,
depuis que j'habite la base, mon mari n'est pas allé
ailleurs. Cependant, quand j'habitais l'Outaouais, à
Gatineau, mon mari est parti deux fois, chaque fois pour six
mois.
Quand ton mari est soldat à Ottawa, il part seul.
Il n'y avait pas de centre de la famille près de chez moi.
Il n'y avait pas d'arrière-garde. Le comité de
conjoints, c'était moi, moi et moi. Quand on avait des
problèmes, on se remontait le moral comme on le
pouvait. Jamais quelqu'un ne m'a appelée pour savoir si j'allais
bien. J'ai perdu mon emploi. Je
travaillais dans l'hôtellerie comme réceptionniste
jusqu'à minuit et je ne pouvais faire
garder mon petit garçon. Je n'avais donc pas le choix: il a
fallu que je quitte mon emploi.
J'ai subi une opération, de même que mon fils, mais il
n'y avait personne, et mon mari était loin.
Sur une grande base comme celle-ci, ce sont
des choses importantes. On fait beaucoup même s'il y a de
grosses lacunes. Mais les familles de militaires
qui vivent à l'extérieur, par exemple à Ottawa ou à
Montréal—je viens de Montréal et j'ai vu Longue-Pointe
aussi—, ne sont pas aidées. Qu'il
y ait une femme ou qu'il y en ait 125,
le problème est aussi grave.
Je soulève un troisième sujet. Sur la petite
liste de questions que vous nous avez remise, vous
demandez ce que le gouvernement pourrait faire pour les
personnes qui demeurent dans des logements familiaux.
Aujourd'hui, je suis restée à la maison. Je
n'ai pas fait de bénévolat parce que j'avais des
tâches ménagères à effectuer. Je ris parce qu'il y a
beaucoup de gens qui savent de quoi je parle. Il y
a un important problème d'eau sur la base. L'eau que vous avez
sur les tables n'est pas l'eau que nous avions quand
je suis arrivée ici. L'eau a été changée depuis que je
suis entrée dans la salle, parce que j'ai sorti mon eau
à moi, trop vite peut-être. Une de mes voisines
est ici avec moi. Il y a beaucoup de gens ici
qui demeurent sur la base et je suis certaine qu'ils
ont les mêmes problèmes que moi.
On a fait plusieurs plaintes, mais cela ne se règle
pas. Les moyens de pression, quand on habite les
logements familiaux, ne sont pas les mêmes que quand on
demeure en ville. J'avais ma propre maison et j'ai
demeuré dans des édifices à appartements. Lorsque
tu veux faire une plainte, tu t'adresses au propriétaire
et il faut que cela se règle. Si on était des
civils, cela ne
traînerait pas comme cela. Cela fait plusieurs mois que
les choses traînent.
Je ne sais pas ce qui se passe, car on n'est pas avertis.
J'ai quelque chose à vous montrer.
Pour ceux qui ne m'ont pas entendue, voici mon eau de
15 heures, cet après-midi, et voici l'eau de 17 heures
pour faire cuire les patates. Heureusement, c'est
de l'eau de source que je suis allée acheter parce que
je n'étais pas capable de me servir de l'autre.
• 2025
Ça, c'est l'eau de ma voisine. Il y en a peut-être qui
voudront venir voir ce qu'il y a dans le fond.
Celle-là, c'est l'eau que mon fils pourrait boire
sans que je m'en rende compte quand il monte à l'étage pour aller
à la toilette.
Et celle-là, c'est l'eau de ma deuxième voisine.
Cela, c'est le fond. Je ne veux pas savoir ce qu'il y a
là-dedans.
Voici le chandail UN de mon mari, que j'ai lavé
ce matin. Il est très beau. C'est le chandail
que j'ai lavé à 15 heures aujourd'hui. C'est le
sien. Il n'était pas content quand il est arrivé de
son travail. Les deux chandails sont identiques. Ils ont
été achetés tous les deux en Israël, mais ils n'ont
pas été lavés dans la même brassée.
Des voix: Bravo!
Le président: Merci beaucoup, Ginette.
Je suis convaincu que certains députés auront
des questions à vous poser, M. de Savoye le
premier.
M. Pierre de Savoye: Madame Tremblay, vous avez le
sens du théâtre et vous avez raison!
Madame Tremblay, depuis combien de temps est-ce que cela dure?
Mme Ginette Tremblay: Cela fait un an et demi
que je suis ici. Au début, ce n'était pas si mal.
Maintenant, les choses empirent.
J'ai appelé le service de logements familiaux. J'ai
appelé aujourd'hui parce qu'auparavant, je n'étais pas
souvent là le jour. La plupart du temps,
cela se produit le jour. Depuis combien
de temps est-ce que cela dure? Depuis très longtemps.
Cet été, on a été branchés sur des tuyaux extérieurs qui
nous fournissaient notre eau potable. J'ai vu des
enfants ouvrir les tuyaux. J'ai vu les tuyaux qui
étaient là et l'eau qui parvenait à nos
maisons. Ils ne pourront pas me faire croire que
cette eau-là ne contient aucun microbe.
J'ai appelé au service de logements familiaux
et ils m'ont dit: «Cela fait
une heure que je reçois des appels de gens me disant
que l'eau n'est pas bonne. Je ne comprends pas
cela.» L'eau est brune.
M. Pierre de Savoye: Vous dites que déjà, cet
été, le problème existait.
Mme Ginette Tremblay: Oui.
M. Pierre de Savoye: Et l'année d'avant?
Sergent Marc Desfossés (témoigne à titre personnel): On peut
reculer au moins jusqu'à 1991. Je suis arrivé
en poste en 1991 et on avait les mêmes problèmes.
Donc, le problème existe au moins depuis ce temps-là.
Mme Ginette Tremblay: Je
sais qu'ils sont en train de faire des réparations.
S'ils me le disaient, cela ne me dérangerait pas; on
pourrait peut-être s'organiser. L'eau de source
que j'achète, c'est moi qui la paie. Je paie
actuellement un loyer. En passant, toutes les fois qu'on a une
augmentation de salaire, on a une augmentation de
loyer. Donc, on n'en parlera pas.
Je paie mon loyer. Je ne peux exercer aucun moyen de
pression. Je ne peux dire: «Je ne te paierai pas
si tu n'arranges pas mon eau» parce qu'ils prennent
le loyer directement de la paie de mon mari.
Mon gars prend son bain dans cela. Et même s'ils
installaient un filtre, je ne suis pas sûre que les
vêtements que je porte redeviendraient comme avant. Je
n'installerai pas un filtre et je ne commencerai pas
à laver mon linge dans l'eau de source.
M. Pierre de Savoye: Madame Tremblay, je ne sais
pas quelle est la cause de ce problème, mais je sais
que je vais la trouver.
Mme Ginette Tremblay: Merci.
M. Pierre de Savoye: Je ne suis pas un expert
en aqueduc et je ne peux donc vous dire ce que je vais
faire pour régler le problème, mais je peux vous dire que je vais
vous tenir au courant. Après la séance, vous viendrez me
voir, vous me donnerez votre numéro de téléphone, je
vous donnerai la réponse et vous la publierez au
bénéfice de tout le monde.
Mme Ginette Tremblay: Au moins, ils pourraient
nous le dire. Ils pourraient nous donner un avis
disant: «Écoutez, cette journée-là, l'eau ne sera pas
potable.» Aujourd'hui, quand j'ai appelé au service de
logements, ils le savaient, eux, mais nous, nous ne le
savions pas.
M. Pierre de Savoye: Vous avez tout à fait raison.
C'est la moindre des choses que de tenir les gens
informés.
Mme Ginette Tremblay: Les enfants boivent cette
eau-là, monsieur, et ce n'est pas correct.
M. Pierre de Savoye: Je vais changer de sujet;
celui-ci était prévisible.
Vous dites que les services aux familles ne sont pas
adéquats et vous avez mentionné certains événements
que vous avez vécus vous-même. Que vous faudrait-il de
plus? Par
exemple, disons que votre conjoint est parti en mission
pour six mois. Quels sont les problèmes auxquels vous
devez faire face et qu'est-ce que vous aimeriez
avoir comme soutien?
• 2030
Mme Ginette Tremblay: Je peux me baser sur
l'expérience que j'ai vécue à Ottawa. Il n'y a pas
seulement les missions de six mois. Il y a aussi les cours
qui peuvent durer jusqu'à
huit ou neuf mois. Il y a toutes sortes de choses.
Lorsque les gars partent, ils sont obligés de faire
l'objet d'une clearance. Pourquoi n'y aurait-il pas un
bureau précis où l'homme ou
la femme serait obligé de se rendre pour faire
signer sa carte et pour s'assurer qu'on ait l'adresse et le
numéro de téléphone de la conjointe afin
qu'on puisse communiquer avec cette dernière à chaque
semaine, par la poste ou par téléphone?
J'étais toute seule et j'aurais aimé que
quelqu'un me dise qu'on pense à moi et me demande si
tout allait bien. J'avais
ma propre maison et j'ai eu des problèmes de paie. Quand
j'ai perdu mon emploi, j'aurais aimé parler avec
quelqu'un. Il y avait un décalage horaire de sept heures
entre mon mari et moi. Je ne pouvais pas le contacter comme je le
voulais. Le service téléphonique entre Israël et ici
n'est pas toujours bon.
Je souhaiterais qu'il y ait un endroit spécifique
autre que l'arrière-garde, mais qui ferait affaire
avec elle. L'arrière-garde devrait compter un groupe
de personnes formées pour s'occuper des conjointes et
comprendre les femmes. Les groupes d'arrière-garde
que j'ai vus étaient constitués d'hommes. Tout le monde
sait que les femmes connaissent des hausses et des baisses
d'hormones. Qu'est-ce qu'un homme peut comprendre à
cela? Je ne le sais pas.
Il y a des problèmes qui sont spécifiques aux femmes;
j'en suis une et je le sais. Je peux vous
dire que s'il avait fallu que je parle à un homme,
parfois cela n'aurait pas été facile. J'aurais aimé
parler avec une femme. Peut-être aurais-je aussi aimé
parler avec un homme. Mais dans mon
cas, j'aurais aimé parler avec n'importe qui.
Il devrait y avoir un système obligeant les gars à se
présenter à un bureau afin que quelqu'un
sache que la femme est toute seule, qu'on l'appelle ou
lui envoie une formule à toutes les semaines pour lui
rappeler tous les numéros de téléphone qui pourraient
lui être utiles. Certaines personnes hésitent à se
rendre dans les centres de la
famille et je les comprends. Plusieurs semblent croire
qu'ici on ne fait que du placotage
et des choses comme ça. Ce n'est pas ce que je fais
depuis que je suis ici.
Il faudrait aller chercher ces personnes qui ont peur de
se rendre dans les centres de la famille. Elles
entendent tout ce qui se passe autour d'elles et ce ne
sont pas toujours de bonnes choses. Si j'avais écouté
cela, je ne serais pas ici. Quand j'y suis venue,
j'étais contente. Quand j'ai commencé à voir comment
fonctionnait l'arrière-garde, je me suis dit que
j'aurais peut-être été mieux toute seule.
M. Pierre de Savoye: Madame Tremblay, j'aurais
d'autres questions, mais je vais en laisser à mes
collègues. C'est un très beau témoignage que vous nous
donnez. Je dirais même que c'est un témoignage
coloré.
Le président: Merci beaucoup, monsieur de Savoye.
Une question très rapide, madame Tremblay. Est-ce que
vous savez où la base s'approvisionne
en eau? Est-ce que ce sont des puits artésiens?
Mme Ginette Tremblay: Je crois que l'eau vient
directement de la base.
Le président: Oui, mais vient-elle de la
ville de Québec? Est-elle puisée dans une
rivière?
Mme Ginette Tremblay: Elle vient de la base et est
directement fournie par la base de Valcartier.
Une voix: Elle vient d'un puits artésien.
Le président: Monsieur Benoît.
[Traduction]
M. Leon Benoit: En fait, on a répondu à mes questions. Je
voulais simplement dire que lorsque j'avais deux ans, ma mère m'a
dit de ne pas manger de la neige jaunie ni de boire de l'eau de
couleur jaune.
Le président: Merci beaucoup, monsieur Benoit.
Judi.
Mme Judi Longfield: Merci. Je vais laisser l'eau. Je ne peux
me résoudre à la boire.
Vous avez dit être la mère d'un enfant ayant des besoins
particuliers, un enfant handicapé. Offrons-nous—et j'utilise le
nous au sens général—des services spéciaux aux familles qui ont
des enfants ayant des besoins particuliers ou handicapés?
Mme Ginette Tremblay: J'ai de la chance parce que mon mari
s'est fait des amis dans un bon endroit. D'habitude, non. J'ai
entendu bien des choses, mais nous avons été chanceux. Nous avons
pu choisir une base francophone. Mon fils est déficient mental et
je devais trouver un endroit où l'on parle français. J'ai déjà vécu
à Halifax et c'est pour cette raison, pour le français, que nous
sommes déménagés à Gatineau. Après, au moment de nos affectations,
nous avons eu le choix de la base où nous voulions aller, et j'ai
choisi Valcartier. Si j'avais su au sujet de l'eau, je ne serais
pas venue.
• 2035
Mais d'habitude, non, on ne tient pas compte de nos besoins.
Comme tout le monde, je n'ai eu que cinq jours de préavis, et j'ai
besoin d'un psychologue, d'un orthophoniste, du CLSC, etc. J'ai dû
tout trouver au préalable car j'ai appris à travers les branches
que nous déménagerions alors que mon mari est en Israël. L'un de
ses amis m'a appris pour me dire qu'il avait entendu une rumeur
selon laquelle mon mari allait être affecté ailleurs. J'ai commencé
à chercher par moi-même des endroits, de l'information pour ceci ou
cela. Si je n'avais pas eu ce coup de fil, je n'aurais été avertie
qu'à la fin de mars, lorsque mon mari est rentré d'Israël.
La réponse est non. Lorsque je suis arrivée ici, j'avais cinq
jours pour trouver toutes les ressources dont j'avais besoin. Nous
avons tous une assurance groupe, et je peux vous dire que la
nouvelle ne vaut pas grand-chose. J'ai besoin d'un orthophoniste
pour mon fils car il ne parle pas. Il utilise le langage gestuel.
Parce que je n'ai pas consulté de médecin avant de retenir les
services de l'orthophoniste—tout simplement parce que je ne savais
pas que c'était ainsi qu'il fallait procéder—, cela m'a coûté
100 $. Il fallait que je voie l'orthophoniste parce que l'école me
réclamait un rapport précisant qu'il avait besoin d'interprétation
gestuelle. Les assureurs m'ont dit que parce que je n'avais pas
consulté de médecin et que je n'avais pas d'ordonnance, je ne
serais pas remboursée.
Comme je l'ai dit, mon fils est handicapé. On a décelé un
problème à l'âge de trois ans. Je ne suis pas allée voir
l'orthophoniste pour le simple plaisir de la chose. L'assureur m'a
dit que c'était dommage, mais qu'on n'allait pas me rembourser, et
je ne l'ai pas été.
Par conséquent, non, on ne tient pas vraiment compte du fait
que nous avons un enfant ayant des besoins particuliers.
Le président: Monsieur Pratt.
M. David Pratt: Merci, monsieur le président. Même si
j'aimerais revenir sur le sujet de l'eau pendant un instant, je
vais laisser tomber.
Mme Ginette Tremblay: Si vous avez de l'eau claire maintenant,
vous pouvez me remercier.
M. David Pratt: Monsieur le président, je me demandais s'il ne
serait pas possible d'obtenir certaines photos de l'eau qui ont été
prises, pour notre rapport. D'après ce que nous avons entendu de
l'auditoire, le problème de l'eau semble assez répandu.
Mme Ginette Tremblay: Pratiquement tous les logements
familiaux de la base ici ont eu ou ont encore un problème d'eau
depuis longtemps. Les écoles sont situées sur la base, ainsi que le
centre familial, de sorte que tout le monde autour d'ici boit la
même eau. Mon fils a besoin d'une attention spéciale et lorsqu'il
boit de l'eau, je ne suis pas toujours là pour vérifier. Je suis
sûre que si de nombreux enfants boivent cette eau... Vous ne
voudriez pas que vos enfants en boivent. Lorsqu'on lave ses
vêtements, il arrive souvent qu'on les détruise car ils ne
survivent pas au lavage.
M. David Pratt: Êtes-vous au courant de cas de maladies
résultant de la consommation d'eau?
Mme Ginette Tremblay: Peut-être. Nous avons des amis qui sont
très malades, et c'est peut-être attribuable à l'eau. Mais nous ne
pouvons le prouver.
M. David Pratt: Monsieur le président, le comité devrait
peut-être envisager de rapporter cette petite bouteille d'eau à
Ottawa et de faire faire des tests indépendants.
Le président: Monsieur Pratt, je suis certain que si l'on fait
faire une analyse à Ottawa, elle montrera que la jument est grosse.
[Français]
Madame Tremblay, connaissez-vous le nom de
la personne responsable du service
de logement?
Mme Ginette Tremblay: Je n'en ai aucune idée.
Le président: Je vais être honnête avec vous: ça
ne peut pas durer.
• 2040
Mme Ginette Tremblay: S'il n'y a pas de réponse
quand on appelle aux services de logement
ici, on compose le numéro 1-800 à
Ottawa.
Un témoin: Mme Savard est une des personnes
responsables.
Mme Ginette Tremblay: Elle est une des personnes qui
nous répondent lorsqu'on téléphone. Aujourd'hui, on
m'a dit que l'eau était potable.
Le président: Madame Tremblay, je vous remercie
de votre témoignage. Je vous encourage à venir
chercher la bonne bouteille; vous en aurez besoin.
Monsieur Christian Simard.
Caporal Christian Simard (témoigne à titre
personnel): Bonjour, membres du
comité. Je viens appuyer les dires des témoins qui
sont intervenus avant moi.
Puisqu'on parle
de mutations, je vous raconterai ce qui m'est arrivé
pas plus tard qu'en fin de semaine dernière. Mon
épouse et moi venons de vivre un peu de stress parce
que nous sommes en plein renouvellement de notre prêt
hypothécaire.
Les taux hypothécaires sont présentement bas et nous
voudrions donc nous engager pour un long terme. Ce n'est pas un
problème et nous voudrions signer un renouvellement de cinq
ans. Mais j'ai appris une
chose la semaine passée: si jamais j'étais muté dans
un an, ce n'est pas trois mois d'intérêt que je
devrais rembourser à la banque, mais le taux différentiel. J'ai
fait sans tarder de petits calculs sur mon ordinateur:
2 000 $ de pénalité. Et ça, messieurs, les Forces ne
le remboursent pas.
En fin de semaine, on se demandait: signe-t-on un
renouvellement d'un an, de trois ans ou de cinq ans?
Si nous signons un renouvellement d'un an et que je ne
suis pas muté, c'est
encore nous qui serons pénalisés si les
taux d'intérêt grimpent à 8, 9 ou 10
p. 100 l'année prochaine. Je ne le sais pas. Je n'ai
pas de boule de cristal. On ne peut pas le savoir.
Mais on perdra encore de l'argent.
Comme on le mentionnait plus tôt, nous perdons souvent
beaucoup d'argent lors de l'acquisition de nos résidences. La
plupart du temps, cela représente pour nous notre plus important
investissement. Nous essayons de négocier notre prêt
hypothécaire de sorte qu'il soit
entièrement remboursé au moment où nous quittons les
Forces. Mais ce n'est pas facile dans de telles
situations. Je ne devrais débourser que 2 000 $
parce que j'ai contracté une petite hypothèque. J'ai
parlé avec des gens qui ont payé des pénalités allant jusqu'à
4 000 $, ce qui représente un montant énorme pour des
salariés comme nous. Cela devrait au moins être
révisé.
Les Forces peuvent rembourser des pénalités allant jusqu'à six
mois. Dans plusieurs cas, ces pénalités
sont plus coûteuses pour les Forces que ne le serait
le paiement du taux différentiel qu'elle refusent de
payer. Parfois, certains s'arrangent avec le gérant de banque,
parce que c'est un jeu de mots, et risquent
de se faire prendre à ce jeu parce que cela constitue
alors une fraude.
Un autre point: les augmentations de salaire, si
minimes soient-elles présentement. Au lieu d'être
accordées selon un pourcentage,
les augmentations de salaire devraient l'être selon un
taux fixe. On nous a accordé une petite augmentation
de 0,6 p. 100 et, peu de temps auparavant, une petite
augmentation de 2,2 p. 100. Pour le soldat et
le caporal qui sont présentement les plus
serrés, ces 2,2 p. 100 représentent peu. Par contre,
pour l'adjudant-maître et l'adjudant-chef, ces 2,2 p. 100 commencent à
être plus intéressants.
Une majoration basée sur un pourcentage ne fait
qu'augmenter la différence
salariale entre les grades. Plusieurs
compagnies civiles ont maintenant réglé ce
problème en appliquant un taux fixe et en accordant par
exemple une augmentation de 200 $ à tout le monde.
• 2045
Ma famille et moi ne craignons pas d'être mutés; ça ne
nous dérange pas d'être mutés n'importe où au Canada et
même à l'étranger. Par contre, en tant que caporal et père de deux
enfants dont l'épouse ne travaille pas, j'ai peur d'être obligé d'aller
faire la file au bureau du bien-être social de Vancouver parce que
mon salaire n'est pas assez élevé pour que nous
puissions nous loger là-bas.
Le salaire devrait être ajusté selon les régions. Je
n'éprouverais aucun problème si j'étais
muté à Bagotville demain matin. Par contre, si on
décidait de me muter à Ottawa ou à Vancouver, je
ferais mieux de sortir de l'armée parce que je
refuse de faire vivre à mes deux enfants une telle
misère. Ce n'est pas parce que je n'aime pas
Vancouver, bien au contraire. J'y suis allé avant les Fêtes
pour un devoir militaire et j'ai adoré Vancouver. Je
ne suis toutefois pas prêt à aller crever de faim
là-bas.
On parle de mutations et de réclamations. Les
politiques devraient être plus claires.
Elles varient d'une base à l'autre. On part
d'une base où l'on nous dit qu'on a droit à ceci
et à cela, et quand on arrive à une autre base, on nous
dit le contraire et on nous demande qui a bien pu nous
dire cela. On invoque le fait que c'est une base de la force
aérienne et que ce n'est pas pareil. C'est extrêmement
frustrant.
Les politiques devraient être non seulement plus claires,
mais davantage uniformisées pour tous. Au niveau de
la clarté, il y a un grand problème: un manque de
communication. Les politiques sont souvent
interprétées de façons
très différentes parce qu'elles ne sont pas claires.
Tout le monde les interprète à sa façon. Je serais curieux
de prendre un livre qu'on utilise à la base de
Valcartier et de le comparer au même livre qu'on
utilise à tous les autres bureaux
d'administration. D'une part, il est très rare que les
livres soient à jour et, d'autre part, très peu seraient
pareils. Je trouve cela déplorable.
Même pour nous qui travaillons
en administration, il y a un gros problème de communication.
Toutes sortes de renseignements sont communiqués: il y a
les TRPOL et des messages divers. On doit vérifier si on
a reçu tel renseignement ou mise à jour.
J'aimerais qu'on publie des politiques claires et
qu'on mette à la poubelle les livres périmés. Publiez
de vrais livres qui soient bien faits et pareils pour tout
le monde.
Étant encore jeune, je n'ai pas vraiment eu affaire
aux gérants de carrière dont on parlait plus tôt.
Je crois toutefois qu'un problème existe parce que dans
nos rapports avec nos patrons,
trop de sentiments personnels entrent en ligne de
compte. Je ne parle pas uniquement des gérants de carrière,
mais de la personne à qui l'on présente un problème
personnel qui pourra, au lieu d'être réceptive, observer
que celui qui se confie à elle n'est rien
qu'un caporal et se demander pour qui il se prend pour
demander une telle chose. Par contre, si un
gars prend la peine d'aller voir son
supérieur et de lui en parler, c'est parce que c'est
important pour lui. En tant que
supérieur, le patron peut ne pas être d'accord, mais il
n'est pas obligé de le dire tout de suite. Il peut
prendre en note le problème, prendre un moment
de réflexion et aller en discuter avec
plusieurs autres personnes
afin de connaître leur avis. Il ne devrait pas se
faire une opinion en se basant sur son seul jugement et
dire à son subalterne de prendre son trou et
de ne pas arriver avec de telles niaiseries. Quand un
gars a un problème, pour lui, ce
n'est pas une niaiserie.
Agir ainsi démontre un manque de professionnalisme. On
voit ça à tous les niveaux. On parlait plus tôt de
gérants de carrière, et je crois que c'est parfois le
même problème qui se produit. À mon avis, un seul
individu ne devrait pas décider tout le temps. On
devrait pouvoir consulter trois ou quatre individus
au sujet de ces questions personnelles.
Mais on n'a pas tout le temps les
ressources nécessaires à notre disposition.
• 2050
Par contre, cela a commencé à changer, et nous avons
entre autres maintenant des procédures pour les cas de
harcèlement. Nous avons peut-être plus de ressources, mais
elles demeurent insuffisantes. À qui peut-on
s'adresser si son superviseur immédiat juge que la
demande qu'on lui présente est ridicule? On reste
alors sans parler et on supporte sa frustration, bien
que je ne sois pas sûr qu'on puisse alors être
efficace à 100 p. 100.
Une autre question inquiète les militaires de ma
génération: nous sommes ceux qui ont
subi toutes les réductions budgétaires. Je taquine
parfois les militaires plus âgés qui nous disent que
nous, les jeunes, sommes bien dans l'armée, qu'on
ne fait plus rien dans l'armée et ainsi de suite. Je
rétorque qu'ils ont profité
des augmentations de salaires au maximum et
de longs contrats de service de 25,
30 et 35 ans. Nous n'avons plus cela
maintenant: c'est 20 ans. Ces militaires ont aussi
profité du PRF et de toutes les autres primes. Ils
ont eu tout le gâteau avant de partir, et c'est tant mieux
pour eux.
Je m'inquiète quand je songe qu'après 20 ans de
service, je
pourrai me retrouver avec rien, avec
une pension insuffisante pour vivre. N'oubliez pas que
lorsque j'aurai complété 20 années de service,
ma fille aînée aura 12 ou 13
ans, sans compter la plus jeune. C'est l'âge où elle
entrera au secondaire, et j'ai l'intention, si je puis
me le permettre, de l'envoyer à l'école privée. Ce
sera à condition que je continue de toucher un salaire
et de travailler dans les Forces. Dans le contexte
économique actuel, il est difficile de commencer
une autre carrière à 40 ans.
J'aimerais avoir l'assurance de pouvoir rester.
J'aime l'armée, cela malgré les petites lacunes
qu'on y trouve parfois. Je ne voudrais pas faire autre
chose. Je veux rester plus longtemps.
Merci beaucoup.
Le président: Merci beaucoup, monsieur Simard.
Votre exposé a été très clair. Il n'y a aucune question.
Adjudant Richard Gosselin.
Adjudant Richard Gosselin (témoigne à titre
personnel): Bonsoir, messieurs,
bonsoir, mesdames.
Je vais vous parler d'un problème que j'ai vécu, tout comme beaucoup
d'autres gens qui ont parlé plus tôt.
Je vous parlerai de trois programmes qui existent
dans les Forces à l'intention des militaires qui sont
mutés, mais qui
ne s'avèrent pas toujours bons pour tout le monde.
Dans le cadre du PVHG, le Programme de vente
d'habitation garantie, des évaluateurs se présentent à
votre résidence et préparent une évaluation de votre
maison. Par exemple, si votre maison est évaluée à
84 000 $, on vous offre 76 000 $.
Dans le cadre du programme GRIP, si le
marché immobilier de votre région chute de 10 p. 100,
vous avez droit à 90 p. 100 de vos pertes.
Le troisième programme porte sur la double résidence
et vous octroie 600 $ par mois pendant 12
mois, donc 7 200 $ par an.
Je vais vous expliquer un peu le problème que j'ai
vécu. À l'été 1993, j'ai été muté de
Valcartier à Sherbrooke avec les
miliciens. J'y suis allé seul, étant incapable de
vendre ma maison de Val-Bélair et j'y ai vécu seul
pendant 15 mois. J'ai finalement vendu ma maison. On
n'a pas eu trop de problèmes et on a su s'accommoder de
la situation.
Ma conjointe et mes deux enfants sont venus me rejoindre à
Sherbrooke, où nous avons acheté une
maison. À l'été 1996, puisque j'appartenais au 3e bataillon qui
arrivait ici, à Valcartier, j'ai été à nouveau muté.
En avril 1996, quand j'ai su que je serais muté, le
Conseil du Trésor mettait en oeuvre un projet-pilote,
le PVHG. Bien que ce projet ait été mis en oeuvre
en avril, on ne nous en a informés que le 13 mai. Vous
voyez un peu comment se font nos mutations. On reçoit nos
messages au mois de mars et on doit songer à prendre des
décisions relativement à la vente de notre maison et à la
possibilité, selon ce que les Forces peuvent nous
offrir, de venir s'installer dans les logements familiaux
ici. Ce programme visait à éliminer l'angoisse que
vivent les militaires.
• 2055
À partir de là, j'ai déposé une demande dans le cadre
du programme
PVHG. J'avais tout ce qu'il fallait pour adhérer à
ce programme-là. Les évaluateurs sont venus chez moi
à Sherbrooke. Comme je vous l'ai dit, j'avais
payé la maison 84 000 $. On m'a fait une offre de
76 000 $; je perdais donc 8 000 $. J'ai trouvé que
ce n'était pas raisonnable et nous avons décidé, ma
femme et moi, d'essayer de vendre la maison nous-mêmes
afin de perdre le moins d'argent possible.
Avant que je ne refuse l'offre que les Forces me
faisaient, j'avais essayé d'avoir un autre programme, le
GRIP, que j'ai finalement refusé. Ensuite, j'ai fait une
demande pour un logement familial, que j'ai obtenu. Je
suis donc entré dans un logement familial avec ma famille.
Comme je l'ai déjà mentionné, j'ai été séparé de ma
femme et de mes enfants pendant 15 mois, et nous ne
voulions plus être séparés.
Quand je suis arrivé ici, j'ai adhéré au
programme de double résidence. Mais du fait que
j'avais refusé le PVHG, j'ai été pénalisé et n'ai
obtenu que 9 mois d'indemnisation au lieu de 12.
Cela veut dire qu'au lieu d'avoir 7 200 $ par
an pour ma double résidence, je n'ai eu que 5 400 $.
Tout cela nous rendait encore plus angoissés.
Ensuite, je suis allé à Haïti. Je suis parti le
1er
avril et j'ai vendu ma maison, mais en subissant une
perte de 8 500 $. J'ai perdu plus que je n'aurais dû.
Si les Forces m'avaient donné les 7 200 $ du
programme GRIP, cela aurait réglé tout le
problème. En effet, je perdais 8 000 $ avec l'offre initiale
des Forces, mais avec les 7 200 $ qu'ils m'auraient
donné—puisqu'ils auraient couvert 90 p. 100 de ma
perte—, je n'aurais pas trop perdu.
Au vu de tout cela, il est certain que l'on peut
apporter quelques améliorations.
Je vous donnerai un autre exemple.
Nous étions trois membres du bataillon qui avions
perdu un total de 29 000 $. J'ai frappé à beaucoup de
portes, envoyé beaucoup de lettres, et tout le monde
me disait que j'avais raison et qu'il
n'y avait pas de problèmes. Mais pendant mon enquête,
j'ai découvert un militaire très chanceux qui avait
subi une perte de 60 000 $ mais qui avait bénéficié du
programme GRIP et avait été remboursé de 54 000 $.
Quant à nous trois, qui présentions une perte totale de
29 000 $, nous ne pouvions bénéficier du même
programme.
Même si cette personne a été mutée pour une raison
opérationnelle ou pour le bien du service, je pense que
je suis militaire comme elle et que j'y ai droit tout comme
elle. Pour ma part, je pense que la seule solution serait
d'abolir le GRIP. On ne devrait pas avoir à demander
la compensation pour la baisse de 10 p. 100 du marché
immobilier; on devrait l'obtenir automatiquement.
D'autre part, il est certain qu'on ressent de
l'angoisse
et que les messages qui ont été envoyés dans le but de
diminuer cette angoisse l'ont au contraire fait augmenter.
Pour la double résidence, ils donnent 7 200 $. Je pense
qu'il faudrait aussi y repenser, parce que ce sont des
programmes parallèles. Il me semble que les Forces
économiseraient de l'argent et que cela diminuerait
notre angoisse. Il ne faut pas oublier qu'il y a des gens
qui sont mutés en fin de carrière et qui ne veulent
pas vendre leur maison. Ceux-là laissent leur famille
en arrière. C'est une question de choix.
Je crois donc qu'il faudrait être un peu plus flexible
et modifier ces programmes afin
d'aider les militaires.
Les fonctionnaires fédéraux bénéficient de programmes
qui sont bien meilleurs que les nôtres et je
pense que nous devrions bénéficier des mêmes
programmes. Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Monsieur de Savoye.
M. Pierre de Savoye: Monsieur Gosselin, je vous
remercie pour votre témoignage. Vous n'êtes pas la
seule personne à avoir des problèmes à cause de ces
programmes. En tant que député de ce comté, j'ai entendu de
nombreuses récriminations, non seulement de la part de
militaires mais également de courtiers qui ont des
problèmes avec l'immobilier, Royal Lepage par exemple.
• 2100
C'est, je crois, une question qui va retenir
l'attention du comité; d'ailleurs, elle retient
déjà mon attention. Je vous remercie beaucoup de votre
témoignage.
Le président: Merci beaucoup.
Adjudant-maître Paul Leblanc (témoigne à titre
personnel): Bonjour, messieurs et
mesdames. Ce matin et cet après-midi, des militaires,
des généraux et le personnel des différents services vous
ont présenté les problèmes qui existaient dans les
bases militaires et dans l'armée en général.
Je sais bien qu'il y a des problèmes majeurs et que vous
cherchez des solutions. Comme vous avez déjà entendu
beaucoup d'histoires ce soir, je ne vais pas vous
raconter en détail tous mes problèmes. Je suis quand
même de ceux qui ont perdu 50 000 $ sur une
maison parce que, malheureusement, je l'ai vendue 15
jours avant que le programme ne commence. Mais depuis,
l'eau a coulé sous le pont.
En ce qui concerne le problème des salaires, il y a des
primes dans l'armée. Chaque grade, que ce soit caporal,
caporal-chef, sergent ou adjudant-chef, a des mesures
incitatives. Quelqu'un vous a dit tout à l'heure qu'il
n'y aurait pas de promotions à moins qu'un autobus plein
de majors ne tombe d'une falaise ce matin.
Personnellement, j'ai 24 ans de service et j'ai fait
le tour de tous les endroits. J'ai fait cinq tours avec
les troupes des Nations unies. Les mesures incitatives,
je les ai vu passer; elles ont été gelées.
Les augmentations de salaire ont également été
coupées. Moi, je n'en ai
pas eu du tout.
Maintenant, on va avoir des caporaux de carrière, des
adjudants-maîtres de carrière, des majors, des capitaines
de carrière, et ainsi de suite. On a des techniciens,
des gens qui sont très compétents dans leur métier.
Je crois qu'ils doivent aussi bénéficier de mesures
incitatives.
Lorsque je suis entré dans les Forces, il y a 25
ans, on disait qu'on allait réviser cela. Il serait
peut-être temps de le faire maintenant et de réviser les
mesures incitatives. Offrez-moi 10 primes en tant
qu'adjudant-maître, et je vais aller partout où on aura
besoin de moi. Je participerai à toutes les missions des
Nations unies. Mais après avoir accepté quatre primes,
j'aimerais obtenir une promotion, car c'est ce dont j'ai
besoin pour faire vivre ma famille. On devrait y
penser.
Je sais bien qu'il n'y a pas d'argent.
Il est inutile de se leurrer:
vous n'avez pas d'argent à nous donner.
Mais vous pouvez très bien trouver des moyens de nous
faire bénéficier des mesures incitatives d'une façon
progressive.
Il faut chercher des moyens pour ce faire et il n'est
peut-être pas utile de mettre tout de suite la somme
de 1,4 milliard de dollars dans le budget. Le programme de
mesures incitatives va avoir pour effet de garder des
personnes dans les différents grades pendant 10, 12,
13 et 14 ans.
Un capitaine avec sa huitième prime gagne plus
qu'un adjudant-chef avec ses quatre primes.
Pour avoir un salaire égal à celui de cet adjudant-chef avec ses
quatre primes, il me faudrait 28 ou 29 ans de service.
Il est donc évident qu'on devrait peut-être considérer
toutes les possibilités de mieux payer nos soldats si
on veut les garder.
Une des possibilités est d'augmenter les mesures
incitatives pour chaque grade afin de
garder les gens un peu plus longtemps au même grade, puisqu'on ne
peut espérer aucune promotion. Vous allez probablement
encore faire des coupures dans le personnel des Forces.
Quand je suis entré dans l'armée, nous étions 100 000
et, comme le général vous l'a dit, nous ne sommes plus
que 60 000. De plus, on coupe dans les budgets.
Malheureusement, vous nous avez fourni de l'équipement,
comme les LAV-25, dont l'utilisation coûte 40 p. 100 de
plus que celle des véhicules qu'on a en ce moment. Le général
vous a dit que le budget, d'ici l'an 2000, devra subir
des coupures de 40 p. 100. Où va-t-on prendre l'argent
dont nous aurons besoin?
Par conséquent, je pense qu'il faut faire une croix
sur les mesures incitatives et les promotions.
Les mesures incitatives seraient pourtant une manière de
régler le problème des salaires. On ne demande pas de
grosses augmentations de salaire, mais simplement une
augmentation correspondant au coût de la vie.
Depuis 15 ou 16 ans, le coût de la vie a
augmenté d'environ 38 p. 100. Les salaires et les
mesures incitatives—il faut le dire vite parce
qu'on les a coupées à un moment donné—ont augmenté
de 17 p. 100. Cela veut dire qu'à un moment donné, on
ne suit plus la valeur de notre dollar.
• 2105
Pourtant, il faut reconnaître que l'armée fait marcher
l'économie quand elle arrive quelque part. Val-Bélair
va bien du point de vue économique du fait de la
présence de l'armée. Il en est de même pour Shannon et
Sainte-Catherine. Par conséquent, il serait peut-être
bon de nous mettre à niveau.
D'autre part, je peux vous dire qu'il n'est pas facile
pour un militaire faisant partie d'une mission des
Nations unies de se comparer à un membre de la GRC
posté au même endroit. Croyez-moi, j'ai vécu cette
situation. En 1993, j'étais en Bosnie; en
1995, j'étais en Croatie, et j'arrive d'Haïti. Le
gars de la GRC, de la Sûreté du Québec, qui était à
Srebrenica avec moi, lorsque je déclouais des bébés
sur les portes, gagnait 30 000 $ non imposables tandis
que moi, je gagnais à peine 1 100 $ par mois, pendant six
mois. Il a fallu que je sorte de l'argent de ma poche pour
revenir voir ma famille. Il m'a fallu six jours et demi
pour me rendre de Srebrenica jusqu'à chez nous. Et c'était
pris sur mon congé.
Il y a une section à Ottawa qui s'occupe du bien-être
des soldats et qui est dirigée par un major à la retraite
avec trois ou quatre personnes qui travaillent pour lui.
Il s'occupe d'une partie de notre bien-être, d'une partie
de l'argent qui nous est donné pour rentrer voir nos
familles. Il n'y a pas assez de personnel pour
s'occuper de nos déplacements. Il y avait justement 2 200 ou
2 500 soldats de la base de Valcartier qui étaient déployés.
Ce major doit s'occuper de tout le personnel militaire
canadien qui est déployé dans le monde. Il n'y a donc pas
assez de personnel. Il faut trouver des solutions.
Assurément, il n'y a pas assez d'argent. Assurément,
il n'y a pas assez de personnel. Assurément, et je le
répète, on paie de notre poche.
Donc, si vous voulez jouer avec les grands
garçons, il va peut-être falloir payer ces gars-là ou
lui donner les outils pour le faire. On sait ce dont
le major a besoin parce qu'on est sur le terrain. On peut
l'aider, mais ça va vous coûter un peu d'argent.
Quand j'étais en Bosnie, j'avais droit à 10 minutes par
semaine pour téléphoner à ma femme et mon tour ne
venait qu'à trois heures du matin parce que je suis
sergent-major et que mes hommes passent avant moi. Je
pense qu'on aurait pu avoir assez de téléphones pour que
tout le monde appelle au moins une fois par jour.
En Croatie, c'était pareil, et en Haïti aussi.
Si vous voulez donner une indemnité ou si vous voulez
aider le soldat sans que cela ne vous coûte quoi que ce
soit, vous
pourriez peut-être, lorsque le soldat est déployé
pendant six mois ou un an, faire en sorte qu'il soit exempt
d'impôts pendant cette période. Il faudrait qu'on lui dise:
Cette année, vous ne paierez pas d'impôts parce que vous
êtes allé servir votre pays.
Des voix: Bravo!
Adjm Paul Leblanc: Je suis dans l'infanterie et
je ne suis pas comptable, mais je pense que ce
serait faisable. Ça aiderait la famille à payer la
gardienne, à payer le soutien dont madame a besoin lorsque
son mari est parti. Il ne faut pas se leurrer: le
mari est absent pendant pratiquement neuf
mois de l'année à cause de l'entraînement que nous
devons faire. Nous allons nous entraîner à Gagetown
avec mon bataillon qui est venu de Montréal s'entraîner ici, à
Québec pendant quatre mois, et ensuite on va être
déployés.
Je pense que ce serait une solution qui ne coûterait
rien au gouvernement. D'un côté, cela nous aiderait et
de l'autre, on n'aurait pas besoin de mettre 1,4 milliard
de dollars encore une fois au budget.
Une dame a parlé de l'aide à la famille. Je ne suis pas
aussi compétent que le capitaine Rodrigue, mais je connais
certaines méthodes pour lutter contre le stress afin d'aider
les soldats qui se trouvent dans des situations de
crise, comme piler sur une mine ou
ramasser des morts. Le
capitaine Rodrigue, je la vois aller et venir dans
trois missions des Nations unies. C'est la même qui entre
et c'est la même qui sort. Malheureusement, elle ne
fait qu'éteindre des feux. C'est uniquement cela qu'elle
fait parce qu'elle n'a pas les ressources nécessaires.
Malheureusement, on ne lui donne pas les ressources
qu'il lui faut pour aider les troupes.
• 2110
Ce service d'aide à la famille d'un membre d'une unité
est fait pour s'occuper de nos familles. Je suis tout
à fait d'accord sur ce que vous dites. Il faudrait
avoir une service d'aide à la famille sur la base pour aider
toutes nos familles. Lorsque quelqu'un est déployé dans
mon unité, c'est le bataillon de service qui s'occupe de
lui ou l'arrière-garde du bataillon de service. Je prends
juste cet exemple, mais il y en a d'autres.
Tout le monde pourrait être servi par la base, mais
pour faire cela, il faudrait que vous donniez les
moyens au général commandant. Il faudrait que vous lui
donniez un peu plus de monde pour faire ce travail, pour créer la
cellule ou le peloton, la compagnie, ou le nombre de
personnes nécessaires pour le faire. Cela veut
peut-être dire qu'il faudra augmenter les unités majeures
d'une dizaine de personnes et cela créera des emplois
par la même occasion. On est prêts à s'entraider, mais si on
n'a pas les outils pour le faire, ce n'est pas
possible.
Je voudrais parler maintenant des indemnités.
Nombreux sont ceux qui ont un travail très dur
physiquement, ceux qui font partie du Régiment
aéroporté, par exemple, et qui sautent en parachute.
Au bout de 20 ans, tous ces gens-là sont finis. Ils ont
le dos et les genoux en bouillie, malheureusement.
Comme M. Simard l'a dit, après 20 ans, on leur dit à
peine bonjour. On n'a rien pour ces gars-là. Au bout
de 20 ans, c'est fini. Je pense que c'est un problème
sérieux et qu'il va falloir y penser.
Un gars comme celui-ci ne voudra pas travailler pour
vous pendant les cinq dernières années de sa carrière
parce que c'est presque la fin et que cela n'ajoutera
rien à son curriculum vitae. Il faut créer d'autres
programmes pour aider ce gars-là, car c'est
très sérieux.
Je voudrais mentionner un dernier point. Lorsque l'on
revient des missions des Nations unies et d'autres
endroits, ce n'est qu'au bout de trois, quatre, cinq ou
six mois que les problèmes sérieux,
c'est-à-dire les divorces ou les séparations, se
développent. C'est un
problème très sérieux également.
J'ai entendu à la télévision, dernièrement, quelqu'un
dire que ce genre de choses arrivait autant chez les
militaires que chez les civils. Je peux vous
dire que dans le 2e bataillon, lorsque j'étais
en Bosnie, il y a eu 77 séparations et divorces.
Quand je suis retourné en Croatie, on en était rendu à 87.
En ce moment, dans mon bataillon en partance pour Haïti, je
ne sais pas combien il y en a, mais je sais qu'il y en
a un bon nombre et je suis sûr que cela va augmenter
d'ici l'été. Tous ont peur d'aller voir leurs supérieurs
pour leur parler de leurs problèmes parce qu'ils ne savent
pas ce qui peut arriver à leur carrière. Ce sont des
problèmes dont il faut absolument s'occuper.
Si on veut que notre soldat donne sa vie pour son
pays, il faut le respecter. Malheureusement, en ce
moment, une bonne partie des soldats des Forces
armées canadiennes qui partent pour des missions des
Nations unies ou qui se déploient ailleurs n'ont
aucune confiance dans notre hiérarchie. Tout ceci
fait que l'on est contre le système, que l'on commence à
manquer de loyauté envers le système. Ceci est
inacceptable si on veut être capable d'agir sur un terrain
opérationnel, car quelqu'un peut mourir!
Ces points-là sont très importants. J'ai essayé de vous
donner quelques solutions aux problèmes, mais je peux vous
dire que nous avons plusieurs solutions aux problèmes
parce qu'on a plusieurs problèmes. Pour revenir
à ce qu'a dit l'adjudant
Gosselin au sujet des maisons, je voudrais vous faire
remarquer que dans les autres sections du
gouvernement fédéral, ceux qui font partie du même
gouvernement que moi achètent leur maison et
ça s'arrête là. Moi, je suis prêt à donner ma vie pour
vous autres et vous n'êtes pas prêts à faire la même
chose pour moi que pour le gars de la GRC, le ministre ou le
politicien. Je suis prêt à mourir pour vous autres!
S'il vous plaît, aidez-nous! Merci beaucoup.
• 2115
Le président: Monsieur de Savoye, vous avez une
courte question à poser.
M. Pierre de Savoye: Ne mourez pas tout de suite,
je vous en prie! Votre témoignage a été très éloquent
et vibrant. Nous avons eu l'occasion, nous membres du
Comité, de rencontrer aujourd'hui bon nombre de
militaires qui nous ont tenu de semblables propos. Nous
étions en groupe, mais les
échanges ont été aussi
intimes que les propos que vous venez de tenir.
Or, il est important pour nous d'entendre de tels
témoignages, parce que le commandant de la base et le
général Forand, qui, bien sûr, voient davantage les
grandes lignes des problèmes, nous ont présenté des
mémoires démontrant qu'ils perçoivent les problèmes
exactement comme vous.
Pour que nous comprenions bien de quoi il s'agit,
il est nécessaire de connaître votre façon de vivre les
situations, votre vécu. Je veux donc vous remercier de
nous l'avoir livré avec autant de
simplicité et de naturel que vous l'avez fait. Merci.
Adjm Paul Leblanc: Merci, monsieur.
Caporal Sébastian Couture (témoigne à titre
personnel):
[Note de la rédaction: Inaudible].
Le président: Monsieur, est-ce que vous pouvez
vous identifier, s'il vous plaît?
Capl Sébastian Couture: Caporal Couture,
milicien. Vous savez, nos gens se mettent en quatre en
Croatie. En 1995, je suis allé en
Croatie en tant qu'ingénieur. La tâche, en
1995, était ardue; il fallait construire 25 postes
d'observation pour protéger une zone démilitarisée.
Je n'ai pas une grande résistance physique;
je n'ai pas reçu l'entraînement que les militaires de
l'armée régulière subissent quotidiennement. Je suis
parti et je me suis blessé là-bas. J'ai eu un papier
de retour qui mentionnait que j'étais blessé.
Quand je suis revenu au Canada, mon dossier militaire
s'est égaré pendant cinq ou six mois. Après qu'il soit
réapparu comme par miracle, dans mon unité, on a
entrepris une enquête. Elle dure toujours. Nous
étions en 1995. Nous sommes maintenant en 1998 et mon
dossier n'est pas encore réglé. J'ai eu une réponse
d'Ottawa qui disait: «Excusez-nous, mais nous n'avons
pas de preuves.» Pourtant, j'ai ici le papier qui dit
que le 23 août 1995, j'ai subi un examen médical. Et
sur ce papier, il est bien écrit qu'à la palpation,
j'ai des douleurs dans la zone lombaire latérale
gauche.
Puis quand j'ai fait une demande au civil parce
que dans le temps, cela traînait trop, on m'a fait
passer une écho qui a révélé que j'avais une hernie
discale centro-latérale gauche entre L4 et L5. C'est
bien beau de se briser le dos quand on est dans l'armée
depuis 20 ans. Toutefois, on peut aussi se le briser
après six années de service. Ce qui est déplorable,
c'est que les réguliers, ceux qui n'ont pas beaucoup de
service ou bien ceux qui sont un peu croches ont
quelque chose, alors que nous, les miliciens, on n'a
absolument rien.
On se fie à l'image que nous avons de l'armée régulière;
c'est comme un idéal pour nous. On se dit qu'eux
représentent la norme. Mais si ses membres ne l'ont
même pas, comment voulez-vous que nous obtenions
quelque chose?
Le point que je veux défendre aussi, c'est de ne pas
seulement vous occuper des membres de l'armée
régulière, mais aussi des miliciens. Merci.
Le président: Un instant, je crois que M. de
Savoye a une courte question à poser.
M. Pierre de Savoye: Ce n'est pas une question
mais plutôt un commentaire. Je veux d'abord vous
remercier de votre témoignage qui illustre bien un
problème supplémentaire, celui des réservistes. Je
sais qu'aux États-Unis, les réservistes ont une sécurité
considérable. Ici, manifestement, la sécurité est
inexistante. Si on a besoin de réservistes, il me
semble qu'il serait raisonnable de leur donner des
assurances convenables.
Cela dit, en ce qui a trait au problème qui vous
affecte plus particulièrement, peut-être pourriez-vous,
après la rencontre, m'en saisir directement. On verra
alors si on peut faire avancer les choses d'une façon
ou d'une autre. Je ne connais pas précisément votre
cas. Il faudra donc s'en parler et je suis disposé à le
faire.
Capl Sébastian Couture: Parfait, merci bien.
M. Pierre de Savoye: Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Mesdames et messieurs, il est 21 h 20, et je propose une
pause d'une dizaine de minutes.
• 2120
• 2139
Le président: Je demanderais à Mme Micheline
Laurencelle de faire sa présentation.
Mme Micheline Laurencelle (témoigne à titre
personnel): Bonsoir. Je m'appelle
Micheline Laurencelle. Je suis
bénévole au Centre de la famille de Valcartier.
Je suis très impliquée. Cela
fait maintenant deux ans que je suis à la BFC de Valcartier
et je pourrais vous raconter beaucoup
d'histoires d'horreur au sujet des PMQ,
peut-être pas
aussi éloquentes que d'autres parce que je n'ai pas apporté
d'exemples, mais j'en aurais un, entre autres: mon
chauffe-eau a sauté en plein milieu de la nuit.
Un chauffe-eau qui saute, c'est comme une bombe. Les
systèmes d'alarme partent. On ne sait pas d'où cela vient.
C'est la panique générale, en fin de compte. Tu cherches le
numéro des PMQ, un numéro 1-800. On répond à Ottawa
et la dame te demande: «C'est où, la base de
Valcartier?» Tu tombes en bas de ta chaise.
Vraiment, je n'ai pas cru ce qu'elle me disait. Elle m'a demandé
quelle était la ville la plus proche de Valcartier.
• 2140
Cela est véridique. J'ai fait une plainte, et là on
bégayait: «Voyons, quelle ville est près de la base de
Valcartier?
Je sais qu'à Québec, il y a une base.» Ça, c'est
véridique. Ça m'est arrivé.
En fin de compte, il a fallu que j'appelle moi-même le
911, au moins pour qu'on me sécurise
au sujet du chauffe-eau, parce qu'on n'a pas le droit
de réparer quoi que ce soit. Et on n'est pas remboursés.
Il faut attendre qu'ils veuillent bien venir faire les
réparations. Le problème, c'est qu'ils se lancent la balle.
Tu composes
un numéro et ce n'est pas eux. Tu composes
l'autre numéro, et ce n'est pas leur quart. Tu n'en finis plus. À un
moment donné, il faut que tu fasses appeler le mari.
Maintenant les choses bougent un peu. Ils te rappellent
pour te dire que ta femme est hystérique, qu'elle fait une plainte
parce que l'eau est jaune ou parce que les fenêtres
tombent. L'année passée, on a eu des problèmes de
neige qu'on n'a pas cette année. Moi, je ne peux pas
monter sur les toitures.
J'ai trois enfants, et on a des logements collés les uns sur
les autres. Elle m'a demandé combien de pouces de neige
il y avait sur la toiture. Je lui ai demandé à partir de
combien de pouces ils venaient. Elle m'a donné un
chiffre et je lui ai dit que j'en avais un pouce de
plus. Cela aussi, c'est véridique.
Un autre sujet m'amène ici. Je
suis impliquée au niveau de FORT, Formation en
orientation au retour au travail, un programme
qui a été inauguré le
mois dernier. C'est bien beau. Développement des
ressources humaines Canada a accordé une subvention au
Centre de la famille de Valcartier pour offrir des
services d'aide à l'emploi aux conjoints des
militaires.
Cette subvention doit servir en priorité aux
conjoints qui sont actuellement
prestataires de l'assurance-emploi ou qui l'ont été
durant les cinq dernières années. Toutefois,
pour une bonne proportion des conjoints
qui sont ici, à Valcartier, ce n'est pas le
cas. Ce sont des femmes qui n'ont pas travaillé
au cours des trois ou
quatre dernières années. Souvent, elles ont
ont eu deux ou trois bébés et n'ont pas
travaillé au cours des cinq dernières années. Souvent, elles
ont été mutées. Cela entre aussi en ligne de compte.
Comme elles ne sont pas admissibles à ce programme, la
subvention ne leur sert pas à grand-chose pour le moment,
parce que cela revient encore aux personnes qui ont
déjà ce privilège, soit par SPRINT, soit
par d'autres services que le gouvernement offre.
Il n'y a pas que cela. Ce programme-là sert d'encadrement
pour effectuer un
retour au travail grâce à une formation continue ou à une
nouvelle formation. C'est toujours le problème des
femmes de militaires: on se trouve toujours du
travail au niveau des services, dans la restauration ou
le commerce, parce que c'est ce qui est le plus rapide.
Comment pouvons-nous avoir un
soutien de qualité si nous ne sommes pas considérées
comme prioritaires par les bailleurs de fonds, en
particulier dans ce programme qui est offert aux femmes
des familles de Valcartier? J'ai
l'impression de ne faire partie d'aucune minorité,
qu'elle soit visible ou pas. Je suis juste
femme de militaire, et cela ne cadre nulle part dans le
système.
Une voix: On est dépendants.
Mme Micheline Laurencelle: On est dépendants. Oui, on a un
titre: on est dépendants. C'est notre titre officiel dans
l'armée. La solution est qu'ils nous donnent des
subventions, mais qu'ils les rendent accessibles et
les donnent en priorité aux femmes de militaires qui
veulent avoir une formation pour s'en sortir dans
la vie. Cela fait 16 ans que je fais le
régime militaire avec mon mari. Dans quatre ans, il va
se retirer. S'il ne peut se recycler, c'est moi qui
devrai le faire. Et je ne suis pas la seule dans
cette situation. Il y en a beaucoup qui s'y
retrouvent.
Je parlerai maintenant de la garderie du Centre de la famille.
Il faut la subventionner, car le
taux horaire est trop élevé. Les tarifs qui sont en vigueur
actuellement amènent une diminution de la
fréquentation. Ils sont trop élevés et les gens
ne sont pas intéressés à faire garder leurs enfants
ici. À la fin, on risque de fermer ce service-là,
parce que c'est régi par l'armée. Comme
administration, ce n'est pas rentable.
Une autre chose est assez aberrante: on n'a
aucun accès à la garderie de 5 $ par jour qui
doit ouvrir. La garderie se trouve sur le
territoire fédéral et sous la gouverne de l'armée et on
n'a pas droit à ce service-là. Expliquez-moi ça, car je ne
comprends pas.
Compte tenu des
revenus des familles de militaires, nous avons
besoin de ce service; il est primordial et essentiel
pour nous. Mais le nombre de places est insuffisant.
Il n'y a que 51 places de disponibles à la base de
Valcartier alors qu'il y a 900 logements familiaux.
On peut dire qu'il y a en moyenne
un enfant par logement, et il n'y a que 51 places
de disponibles à la garderie. Le calcul n'est pas
difficile à faire.
• 2145
Récemment, trois militaires sont partis
en même temps pour Montréal. Huit places, cela ne
suffit pas. On est débordé de partout. Pour ma
part, cela a duré presque un mois. À huit places, il
faut qu'il y ait une liste d'attente pour savoir qui en
aura besoin dans deux semaines. S'il faut aller chez
le médecin avec le deuxième bébé... Huit places, c'est insuffisant.
C'est pour cela qu'on en est venus à la conclusion qu'il
devait y avoir un service de garderie ponctuel à tout
déploiement. Mon mari est parti pendant neuf mois pour
suivre un cours.
Quand l'absence dure moins d'un an, la femme et la famille ne
suivent pas le mari. C'est neuf mois quand même. Ce
n'est pas une mission des Nations unies.
Ce n'est pas «glamour», et on passe
neuf mois toute seule à attendre que le mari revienne.
Il serait important d'envisager
un service de garderie qui
privilégierait la famille qui subit un
déploiement, si minime soit-il.
Ce n'est pas que les
services ne veulent pas nous le donner. Ils ne
le peuvent pas. Ils n'ont ni l'autorisation ni
l'autorité de le faire parce qu'ils
dépendent du comité d'administration, qui est l'armée.
De plus, les heures d'ouverture sont
fonction de l'horaire du militaire.
En général, l'horaire est de 8 heures
à 16 h 30. Quand les maris sont partis pour deux mois,
c'est la femme qui vient chercher l'enfant. Si
elle travaille au centre-ville, elle ne peut
terminer son travail à 17 heures et être ici à 17
heures, surtout si elle travaille
dans un commerce. Dans un tel cas, elle ne termine pas
à 16 h 30, mais à 19 heures, 20 heures ou 21 heures.
Supposons que vous finissez à 16 h 30. À la garderie, après 17
heures, chaque tranche de 15
minutes de retard coûte 5 $.
Cela coûte à peu près le
salaire minimum juste pour 15 minutes de retard.
C'est une autre chose qui, avec une subvention,
serait peut-être payée. Ce serait plus juste.
Au moins, qu'ils prolongent les heures d'ouverture
jusqu'à 18 heures, parce que la
plupart des autres garderies normales sont ouvertes jusqu'à 18
heures.
Comme je vous le dis, comme nous n'avons pas droit aux
places à 5 $,
ce sont les garderies de Val-Bélair
et des alentours qui prennent les gens d'ici, mais cela
pénalise encore ceux qui n'ont pas deux autos. Que je sache, ici,
les familles n'ont pas deux autos, et les familles
n'habitent pas toutes à deux minutes...
Quant à moi, je dois faire
deux heures et demie de route pour voir ma famille.
Donc, je ne peux compter sur ma famille. C'est
pour cela que le Centre de la famille est vital.
Quand la garderie ferme à 18 heures, cela te donne le temps
d'aller chercher les autres et
de revenir. Ce sont tous ces petits détails qui
nous rendent la vie misérable quand on est deux mois
et plus sans son mari.
Évidemment, il y a toujours le système D mais,
comme je vous dis, la voisine, avec toute sa bonne
volonté, a les siens. S'il faut qu'elle prenne
les miens en plus, c'est plus qu'essouflant. On
commence un marathon chaque fois qu'il y a un
déploiement.
C'est ce que je tenais le plus à dire, sans parler
de l'école. L'année passée, je faisais partie du
comité de parents, et la
directrice nous expliquait qu'il y avait au moins un
roulement de 30 p. 100
dans une classe chaque année à cause
des déploiements et des changements de base. Cela
désoriente un enfant.
Je sais que cela a été dit, mais je tiens à dire que ce
sont toutes des choses qui sont rattachées
au fait qu'on subit trop de déploiements.
On ne parlera pas du
pelletage, du gazon, etc. On peut appeler le Centre de la
famille, qui peut nous donner des noms, mais ce sont
encore des gens de la base qui essaient de donner un
service. Les gens s'épuisent au bout de
quelques mois. La tempête de
verglas est le meilleur exemple qu'on puisse donner.
En plus, avec l'Irak qui nous tombe sur la tête, je ne suis
pas encore rassurée.
Merci.
Le président: Madame Laurencelle, je crois qu'il y
a une question de M. Pierre de Savoye.
M. Pierre de Savoye: Ce n'est
pas vraiment une question. Vous soulevez des problèmes auxquels
j'ai déjà été sensibilisé, entre autres la question de
la garderie.
J'ai eu l'occasion de parler avec la
présidente de votre organisme, Mme Dubreuil. C'est elle
qui m'a indiqué qu'il y avait apparemment un problème entre les
avocats du Québec et ceux d'Ottawa. Quand on
aborde ces problèmes avec les avocats, cela dure
longtemps car eux
sont payés à l'heure.
Alors, on va essayer de casser cela et de sortir
de ce cercle vicieux.
• 2150
Je me suis engagé auprès de Mme Dubreuil à prendre
connaissance du dossier et à communiquer avec Raymond
Brouillet, votre député dans la circonscription de
Chauveau à l'Assemblée nationale. Comme
on s'entend bien, lui et moi, j'ai l'impression
qu'on va trouver une solution pour que la garderie soit
subventionnée.
Maintenant, pour le reste des heures, cela dépend
évidemment de l'organisation interne de la garderie,
mais on va au moins faire le bout de chemin qu'il faut
faire.
Mme Micheline Laurencelle: J'aurais une question à
vous poser: allez-vous en faire un cheval de bataille
pour votre réélection?
Une voix: Pour les élections, car on ne sait
pas encore s'il va se présenter.
Mme Micheline Laurencelle: Parce que je voterais
pour vous.
M. Pierre de Savoye: Non, je n'en ferai pas un
cheval de bataille pour ma réélection parce que,
voyez-vous, on vient tout juste d'être élus et vous ne
voulez pas attendre quatre ans.
Mme Ginette Tremblay: De tout façon, Micheline a
dit qu'on pouvait se trouver en situation de dépendance.
Je n'aime pas le mot, mais c'est vrai qu'on l'est.
L'an dernier, j'ai dû être évacuée de chez moi
parce que le plafond craquait et les murs pliaient.
Lorsque tu appelles pour rapporter un problème de ce
genre et que tu mentionnes que ton mari est absent,
qu'il est parti suivre un cours à Borden, tu te fais
demander comment il se fait que tu ne t'en sois pas
aperçu avant, quel est le nom de ton mari, etc.
Qu'est-ce que le nom du mari vient faire là-dedans?
Sommes-nous dépendantes? Non? Mais oui, nous le sommes
car si nous ne donnons pas le nom de notre mari, nous
n'avons pas de service. Cela, je ne le comprends pas non
plus.
M. Pierre de Savoye: J'aurais envie de répondre à
cela que je n'ai jamais été pour la dépendance; je suis
davantage pour l'indépendance.
Le président: Merci.
Madame, est-ce qu'il y avait d'autres questions?
Madame Monique Éthier.
Mme Monique Éthier (témoigne à titre personnel):
Bonsoir. Je suis bénévole au Centre de la
famille, ici. Je travaille principalement dans le
cadre du programme Carrousel. Donc, je vais vous
parler de ce qui me tient à coeur, soit les conditions de
vie des femmes.
Il ne faut pas se leurrer: être femme de militaire
est une carrière à temps plein. Essayer de
travailler en dehors, c'est assez compliqué quand on a
des enfants et que nos maris partent, comme le mien qui
a participé à trois missions des Nations unies en
quatre ans et demi. Si on ajoute à cela les cours, les
exercices préparatoires et tout le reste, sur quatre
ans et demi, il en a passé peut-être deux chez nous.
J'estime que ce que nous avons à faire, c'est vraiment
du plein temps.
Il y a plusieurs choses qu'il faudrait peut-être
améliorer pendant l'absence de nos maris. Certains en
ont parlé: augmenter et améliorer les communications
entre les membres de la famille quand les maris sont au
loin. Vous vous en doutez peut-être, mais 10 minutes
par semaine pour parler au téléphone, c'est plutôt
court quand on a deux petits bouts de chou qui veulent
parler à papa aussi. Ils parlent à papa chacun trois
ou quatre minutes, il reste environ une minute ou une
minute et demi à la maman pour dire l'essentiel et la
ligne est coupée. On n'a pas le temps de finir sa
phrase, de se dire bonjour et à la semaine prochaine,
je t'aime, ou salut. La ligne est coupée et il faut
attendre une autre semaine.
C'est une chose qui est difficile à accepter parce que
l'important pour réussir une vie de couple, c'est bien
la communication. N'importe qui vous le dira. Or,
elle nous est parfois rendue impossible.
Il y a aussi le point qui porte sur les
arrière-gardes. C'est compliqué. Ce devrait être
uniformisé dans toutes les bases. Comme quelqu'un le
disait tout à l'heure, il devrait y avoir un peloton ou
une compagnie, à leur choix, des gens qui soient au
service de la famille.
De notre côté, nous sommes au service de
notre pays en restant à l'arrière, prêtes à appuyer
nos maris. Il faudrait également que les services
offerts soient les mêmes pour tous, qu'ils soient
offerts équitablement à tout le monde et non en
rapport avec le rang et le grade du mari.
Ce que je veux dire, c'est que la femme d'un petit
caporal, lorsqu'elle est enceinte et qu'il tombe trois
pieds de neige, a peut-être besoin de davantage d'aide que
la femme du major qui n'a pas d'enfants. Il est tombé
trois pieds de neige chez cette dernière aussi, mais le
déneigement est sûrement plus urgent dans le cas de la
première. De plus, les salaires ne sont pas
les mêmes pour défrayer ces coûts.
Quant à l'information transmise aux familles lorsque
les maris partent, il n'y en a pas. Ce n'est pas
compliqué, il n'y en a pas! Tu essaies de savoir quand
l'avion qui ramène ton mari va arriver et il faut appeler
la ligne 1-800 à Ottawa. Ce n'est pas l'arrière-garde
d'ici qui est en mesure de vous le dire. Je le sais,
parce que c'est moi qui, déjà, ai informé
l'arrière-garde du retour des avions.
Il y a une autre chose. Le Centre de la famille nous
aide beaucoup, grâce au programme Carrousel justement, à
nous préparer, surtout sur le plan émotionnel et sur le
plan moral, à gérer la durée de l'absence.
• 2155
Un mois et demi avant et un mois et demi après les
six mois ou plutôt les neuf mois
d'absence, la première chose qu'on nous dit
toujours—c'est un peu comique, un peu ironique—,
c'est de ne pas essayer d'être une superwoman. Pourquoi
cela? Parce qu'aujourd'hui, pour avoir un style de vie
décent sur le plan économique, il faut que les deux
travaillent. Militaires millionnaires, ce n'est plus
vrai. Or, ne pas être une superwoman quand on a deux
enfants et que l'auto lâche lorsque le mari part, quand
ce n'est pas la tuyauterie, c'est assez difficile.
Donc, s'occuper des enfants, leur donner les soins
supplémentaires qu'ils demandent évidemment—parce
qu'ils demandent plus d'attention quand les pères sont
partis—, voir à leurs activités, aux tâches ménagères,
à l'auto qui a cassé, au chauffe-eau qui a lâché, cela
fait beaucoup à digérer. Mais, à un moment donné, une
personne ne peut faire plus qu'une personne. C'est
pourquoi je dis qu'être conjointe de militaire, c'est
un job à temps plein et qu'il ne faut pas demander aux
femmes d'aller travailler à l'extérieur du foyer quand
elles ont des enfants tout jeunes. Il faudrait
peut-être penser à ajuster les salaires en fonction
de cela. Je sais que c'est demander beaucoup
aujourd'hui, mais en tout cas, on essaie quand même.
Une petite pensée: c'est que notre vie à nous, les
femmes de militaires, est réglée par le rythme des
Forces armées canadiennes. Quelqu'un a dit en fin de
semaine que la condition de vie des femmes de
militaires faisait un peu penser à la condition de vie
d'Émilie Bordeleau dans Les filles de Caleb. J'ai
trouvé cela un peu drôle, mais, toute réflexion faite,
oui, c'est vrai. Nous sommes dépendantes. Nous
n'avons pas un mot à dire, parce que, paraît-il, cela
pourrait nuire à la carrière de notre mari si nous
parlions trop fort. Quand nous tentons d'obtenir des
services, il nous faut donner le nom, le grade, l'unité
et tout le pedigree de notre mari. Nous sommes
vraiment des...
Une voix:
[Note de la rédaction:
Inaudible].
Mme Monique Éthier: C'est le cas même à la clinique. C'est
partout pareil. Nous sommes dépendantes. Nos
conditions de vie sont celles des années 1930.
Malheureusement, nous sommes en 1998.
Une autre chose a été discutée de long en large. Mais
j'ai quelques chiffres ici. Les militaires disent
toujours qu'ils sont payés 24 heures par jour. Ce
n'est pas pire! Mon mari, qui est sergent, après 18 ans
dans l'armée, touche donc 4,68 $ l'heure. Vous devez
savoir que le salaire minimum au Québec est de 6,85 $.
Un caporal, après 10 ans, n'a que 4,05 $. Il est aussi
bien de s'en aller au Biafra où il vivrait aussi bien.
Pour finir, il y a une pensée, écrite par une copine
au cours d'une mission de son mari, que j'aimerais vous
lire parce qu'elle représente bien ce que nous avons à
vivre.
Le quotidien de mère est la principale source de stress,
parce que nous devons voir à tout, des questions
ménagères à l'entretien de l'auto en passant par les
besoins des enfants.
Bien sûr, l'auto aurait besoin d'un changement
d'huile même si notre conjoint était en ville. Les
enfants s'égratigneraient les genoux de toute façon.
Mais de ne pas avoir un autre adulte le soir ou la fin
de semaine pour partager le fardeau mine les énergies
de tout parent, même le plus fort. La résistance
diminue proportionnellement avec l'usure.
Merci.
Le président: Madame Venne.
Mme Pierrette Venne: Vous parlez
d'arrière-garde. Comme nous ne connaissons pas tous
les termes, j'aimerais que vous me disiez ce que c'est.
Mme Monique Éthier: C'est difficile à définir.
C'est un groupe de militaires qui
reste en arrière pour aider les familles lorsqu'il y a
des déploiements massifs, comme des missions
des Nations unies.
Mme Pierrette Venne: Ils restent ici pour aider
les familles qui sont sur place.
Mme Monique Éthier: Qui sont restées en arrière.
Mme Pierrette Venne: Ils vous aident comment? Ils
sont censés vous aider comment?
Mme Monique Éthier: Les sorties, ce sont des
comités de conjoints qui s'en occupent. Ils sont là
pour aider des femmes qui ont des urgences. J'essaie
de trouver des exemples. Ils peuvent déneiger
des toitures quand il a trop de neige. Quand une femme se
casse une jambe, ils l'amènent à l'hôpital.
Mme Pierrette Venne: Bon.
Caporal Pierre Villeneuve (témoigne à titre
personnel): L'arrière-garde
aide premièrement les personnes malades.
• 2200
C'est pour les gens qui sont malades, qui sont
dans un état qui les empêche de participer à une
mission des Nations unies ou à un déploiement comme
celui qu'on a
fait pour Montréal, qui ont une restriction quelconque. En fin de
compte, la personne est malade. Comment voulez-vous
qu'elle aille aider une autre personne qui est malade?
Elle peut avoir un bras ou une jambe cassé.
Va-t-elle essayer de relever quelqu'un qui a une jambe
cassée?
Mme Ginette Tremblay: Ce que monsieur essaie de
dire, c'est que malheureusement, les femmes doivent
toujours avoir recours au système D.
Mme Pierrette Venne: Je comprends maintenant ce qu'est
l'arrière-garde.
Mme Ginette Tremblay: Comment quelqu'un peut-il
se mettre à notre place
alors que ce sont actuellement des militaires qui font
l'arrière-garde? Je ne suis pas contre cela, mais
comment peuvent-ils se mettre à notre place? Ils ne
savent pas ce qu'on vit. Mon mari n'est jamais resté
seul avec mon garçon pendant six mois.
Sgt Marc Desfossés: J'aimerais ajouter un point.
Il ne faut pas penser que ceux qui
restent en arrière sont tous des éclopés.
Vous semblez percevoir les choses ainsi, madame Venne, en disant que
les gens en arrière sont incapables de
fournir un service. Il y en a plusieurs qui restent en
arrière, quel que soit le déploiement, que ce soit les
Nations unies ou quoi que ce soit d'autre, qui sont aptes à faire
n'importe quel travail et qui vont essayer d'aider le
plus possible les gens qui en ont besoin.
Il y a une priorité qui est établie par
chacun des commandants d'arrière-garde. Chaque cas est
évalué à son mérite. Il ne faut pas dire qu'il y a
là seulement des gens handicapés.
Il y a des gens qui sont
aptes à travailler et il y en a d'autres qui ne le sont
pas.
Mme Pierrette Venne: Je vous remercie de la
précision. Vous parlez des missions des Nations
unies. On m'a dit que c'était fait sur une base
volontaire. Est-ce vrai?
Mme Monique Éthier: Absolument pas. Pour qu'un
gars ne soit pas tenu de participer à
une mission des Nations unies, il faut qu'il passe par
le travailleur social et le médecin de sa femme, si
c'est pour une raison médicale; parfois ils
essaient même d'aller fouiller dans le dossier médical de la
femme. Ce n'est pas volontaire. Il ne faut pas
croire cela. Même si la femme ne le veut pas, il
arrive que le
gars parte quand même. Même si la femme est enceinte
et sur le point d'accoucher, le gars part quand même.
Mme Pierrette Venne: Quand je dis que c'est volontaire, je
parle du militaire lui-même.
Mme Monique Éthier: Non.
Sgt Marc Desfossés: J'aimerais préciser une
autre chose. On parle du niveau opérationnel. Il
y a souvent des gens qui ont fait deux missions
et qui ne sont pas intéressés à en faire une autre pour quelque raison
que ce soit, mais qui, à cause de la situation
opérationnelle, sont obligés d'y participer quand
même. Même s'il y a ailleurs des volontaires qui
veulent y aller, cette personne-là
va partir quand même étant donné les besoins
opérationnels.
Elle n'a pas le choix: elle doit y aller.
Mme Pierrette Venne: D'accord. Merci, c'est tout.
Le président: Merci beaucoup.
Capitaine Lessard.
Capitaine Robin Lessard (témoigne à titre
personnel): Bonsoir. J'ai deux
points à soulever. Le premier concerne les indemnités de
campagne. On revient d'une opération qu'on a appelée
l'Opération récupération. Au cours des dernières
années, à Montréal, nous sommes allés au Manitoba. À
court préavis, nous sommes allés au Saguenay et à Oka, il
y a quelques années.
Comme militaires, on reçoit ce qu'on appelle une
indemnité de campagne, un FOA. Je me trompe
peut-être de terme, mais c'est l'équivalent d'environ
7,50 $ nets par jour.
De toute façon, ce sont des «peanuts» et il
ne vaut vraiment pas la peine d'en discuter.
• 2205
Je voulais simplement souligner que lorsque les militaires
participent à des opérations intérieures comme celle de Montréal
et qu'il n'ont que quelques heures de préavis, ils
n'ont pas le temps de bien se préparer.
Par contre, lorsqu'ils partent pour un mois en exercice à Gagetown
au Nouveau-Brunswick, les militaires ont le temps de se
préparer, de demander à leur famille de prendre
soin du chien et de retenir les services de la
gardienne pendant leur absence. Lorsqu'on a un
préavis, on est en mesure de prévenir beaucoup de ces
frais.
Malheureusement, lorsqu'on part après court préavis
comme ce fut le cas, on doit se virer de bord et
compter sur le téléphone
pour tenter de s'organiser, ce qui
ne fonctionne pas toujours. Par exemple, lorsque
les célibataires reviennent chez eux
après trois semaines, le réfrigérateur sent
un peu mauvais et ils doivent subir certaines pertes.
Il ne s'agit pas nécessairement de montants énormes, mais
ce ne sont pas les seuls montants. L'animal
domestique, le chien ou le chat, doit être soigné et,
encore une fois,
à court préavis comme cela, on n'a pas le temps de se
virer de bord.
Dans la réalité de la vie
d'aujourd'hui, si les deux conjoints travaillent, ils
devront prévoir des frais de garde accrus en
raison justement de ce trop court préavis.
Je ne suis pas nécessairement au courant de tous les
frais encourus, mais je pense que l'indemnité FOA qu'on
verse aux militaires n'est pas adéquate.
Normalement, lorsqu'un militaire part en mission, on
a tendance à croire qu'il engagera moins de dépenses
puisque sa famille aura une
bouche de moins à nourrir. Bien que nous n'ayons pas encore reçu
tout le feedback quant aux coûts de la récente mission,
ces derniers demeureront difficiles à mesurer. Je
crois que certains militaires qui y ont participé
se retrouveront avec moins
d'argent que s'ils étaient restés à la maison.
C'était là une facette du FOA.
Lorsqu'on met en parallèle l'indemnité FOA et des journées de
travail de 16 à 20 heures, on
se dit que cette journée de travail ne se compare pas
nécessairement à une journée qu'on passerait
raisonnablement en garnison ou dans un
autre théâtre. On ne récompense peut-être pas
le militaire à sa juste valeur,
d'autant plus qu'il se comparera souvent
aux travailleurs des autres organismes qui sont sur place.
Il est difficile de travailler et de côtoyer les
policiers à Oka ou les travailleurs d'Hydro-Québec.
Ils font raisonnablement bien leur travail et je ne
saurais le critiquer. Je sais toutefois qu'ils vont
dormir dans des
hôtels et manger dans des restaurants, alors que nous
endurons des conditions
différentes. Nous sommes même très fiers de le faire.
Les militaires sont
très contents d'accomplir un travail pareil. Mais le
fait de côtoyer ces gens a souvent
des répercussions sur le moral des troupes.
Je n'oserais pas me prononcer sur l'importance de cette
argumentation, mais je sais que c'est important pour
le moral des soldats.
Il est peut-être possible de se pencher
sur cette indemnité et d'évaluer si elle
comble bien les besoins réels des militaires qui sont
envoyés en mission, souvent à court préavis.
Je consulte mes notes pour m'assurer de ne rien
oublier. J'aimerais ajouter qu'il est facile
d'argumenter sur la question de la solde que l'on reçoit
en la comparant aux salaires que touchent les
travailleurs d'autres organismes, dont les policiers
de la SQ et les cols bleus de
Montréal. On nous dit qu'on est payés 24
heures sur 24 et on est tous prêts à le reconnaître.
Cependant, dans ce
genre de contexte, il serait peut-être nécessaire d'expliquer
aux militaires pourquoi ils ne reçoivent pas plus
d'argent ou pourquoi ils ne reçoivent pas
d'indemnités plus élevées. Si c'est inclus dans
notre solde annuel, il faudrait nous
l'expliquer. On a soulevé la question du
pourcentage, mais le pourcentage n'explique
pas toujours bien la solde.
• 2210
C'est ce que je voulais dire concernant
les indemnités.
Deuxièmement, je voudrais parler du
personnel réserviste. Je sais qu'il n'y en a pas
beaucoup ici, mais j'ai travaillé deux ans avec le
personnel de la réserve et j'ai vu quelques enquêtes
sommaires sur des personnes qui sont allées en théâtre
opérationnel et qui, après avoir été blessées, ont fait
une demande d'indemnité. Cette demande est acheminée
par la chaîne de commandement, se rend jusqu'à
Ottawa et est ensuite transmise au ministère des
Anciens combattants.
Je regardais le major pour voir
s'il pouvait m'aider,
mais ce que je sais, c'est que les
miliciens attendent souvent pendant
six mois à un an, et ça, c'est quand le
délai est raisonnable. Souvent il faut attendre
deux ou trois ans avant de recevoir une
indemnité.
Les montants ne sont peut-être pas toujours
importants. Cependant, s'il faut deux ou trois ans
pour verser une indemnité à un soldat, il ne se sent
pas nécessairement appuyé. Peut-être
qu'il y aurait moyen d'examiner cet aspect
des enquêtes sommaires et des indemnités pour les
réservistes. Je pense que c'est un peu
trop long. C'est tout ce que j'avais à
dire. Je ne sais pas si vous avez des questions.
Le président: Merci beaucoup.
Vous avez un commentaire?
Capl Sébastian Couture: Oui, j'en ai un.
En parlant des enquêtes sommaires,
j'ai fait l'objet d'une enquête sommaire au sujet de ma
blessure. C'est une personne à temps partiel de la réserve
qui fait l'enquête sommaire.
C'est censé être une personne à temps
plein qui fait l'enquête sommaire pour que le dossier se
règle rapidement. Le problème qu'on a en tant que
miliciens, c'est que
c'est un réserviste que travaille le mardi soir et une
fin de semaine sur deux qui fait
l'enquête sommaire. C'est donc normal que les choses
prennent autant de temps.
Non, ce n'est pas normal, mais c'est eux qui le font,
et ce ne devrait pas être eux. On devrait assigner à cela
au moins une personne de l'armée régulière qui travaille
à temps plein à cela et qui y mette tout
l'effort nécessaire. Ce n'est pas en travaillant le mardi
soir et une fin de semaine sur deux qu'on va être en
mesure de mener à bien
une enquête sommaire. En cas de blessure,
c'est assez important. Merci.
Le président: Sergent Marc
Desfossés.
Sgt Marc Desfossés: Bonjour, mesdames, messieurs.
Je voudrais soulever deux ou trois petits points.
Je voudrais d'abord justifier ce que M.
Labonté a dit à un moment donné sur les
postings. Il arrive régulièrement que le
conjoint est muté et a le temps de
s'installer dans son PMQ. Ses meubles et ses boîtes
arrivent, mais il repart le lendemain matin à cause des
besoins opérationnels. Il s'en va parfois juste en
exercice, puis il doit partir parce qu'il est
indispensable. À ce moment-là, on voit
que la famille est vraiment prise en ligne de
compte. Je ne vise aucune unité spécifique, mais ça
arrive régulièrement. Ce sont des choses qui nuisent
beaucoup au statut familial. Une femme a des
enfants, et son mari s'en va en laissant toutes ses boîtes
là-bas. Cela affecte la famille et
le moral du militaire.
Monsieur Pratt, on parlait tantôt de moral.
Personnellement, je peux voir que le moral des gens
avec qui je travaille est affecté. On parle
des soldats, qui sont à un niveau plus bas.
• 2215
Il arrive régulièrement que des soldats sortent de
l'armée après leur contrat initial de trois ans.
Premièrement, ils voient
que la rémunération n'est pas adéquate. Ensuite, ils voient
la façon dont le système fonctionne et ils décident
d'aller dans le civil car ce sera meilleur pour eux.
Cela arrive régulièrement. J'ai
passé 18 ans dans les Forces et
j'ai vu des gens ayant passé 15 ou 20 ans dans l'armée
faire cela. Ces gens sont fatigués de
ce système des années 1930 et
1940 et veulent en sortir.
On a parlé plus tôt des gérants de carrière.
Il est à noter que nous,
personnellement, de la troupe en descendant, on ne
travaille pas avec les gérants de carrière. On a la
chance de les rencontrer une fois par année.
On nous dit que nous sommes
notre propre gérant de carrière. On a la possibilité
de le rencontrer une
fois par année pour lui
poser différentes questions ayant trait à notre
carrière ou à des choix de mutation.
Des choix de mutation, il y en a trois. C'est inscrit
dans les dossiers et il arrive souvent que les trois
choix ne sont pas pris en considération. On va donc à
un quatrième endroit. Cela arrive.
Je ne veux pas critiquer le premier ministre, car
je sais que ce sont des questions politiques. Je ne
touche pas à la politique. Je ne lis même pas les
articles sur la politique dans les journaux parce que je déteste la
politique. Je me permettrai cependant de faire un
commentaire.
Le ministère de la Défense avait l'intention d'acheter des
hélicoptères. Le gouvernement a donné 500 millions de dollars à la
compagnie parce qu'il annulait la commande et
il va peut-être acheter les mêmes hélicoptères sous un
autre nom. Il aurait pu offrir à la compagnie de lui
racheter les hélicoptères à condition qu'elle
enlève ces 500 de dollars de sa facture.
Cela n'a pas été fait. On a donné 500 millions de
dollars à une compagnie civile, qui est probablement
aux États-Unis. Ces 500 millions de dollars, on
aurait pu les donner aux militaires canadiens, à leurs
personnes à charge, aux centres de service, etc.
On parle d'équipement.
J'ai assisté à une conférence au mois de novembre
pendant un de mes cours et on m'a dit que
quand on achetait de l'équipement, c'était politique.
La politique, c'est vous autres; ce n'est pas
moi.
On nous a dit que la décision concernant l'équipement
était déjà prise, la plupart du temps, avant
l'enclenchement du processus d'achat.
C'est ce qu'on nous dit
à notre niveau. C'est ce qu'on dit au petit
bonhomme en bas.
Cependant, par la suite, ceux qui se servent du
système qu'on a le trouvent
inadéquat et sont obligés de vivre avec pendant
plusieurs années. Cela a été décidé
au niveau politique et cela reste là. Ce n'est pas nous
qui décidons d'acheter les véhicules.
On peut les essayer et faire des tas de choses.
C'est nous qui nous en
servons, mais c'est vous qui les achetez.
Il arrive souvent
qu'une compagnie fasse un essai pendant deux semaines à
un endroit et pendant trois autres semaines à un autre
endroit. Cela ne justifie pas
qu'on achète 80 000 ou 60 000 pièces, qu'on dise
ensuite que c'est de la «scrap» et qu'on en achète
d'autres trois ou quatre ans plus tard.
Mais cela n'est pas à mon niveau à moi; c'est à votre
niveau à vous.
On parle de différents équipements. Que ce soit pour
l'armée de terre, l'armée de mer ou l'armée de la marine,
le problème est le
même. Nous, on n'a rien à dire. On n'a qu'à utiliser
cet équipement qui est acheté, et c'est tout
ce qu'on a à dire. On n'a rien à dire à la compagnie;
la compagnie va le faire. On sait que c'est fait par
appel d'offres. Celui qui fait la meilleure offre
obtient le contrat
et une fois que c'est acheté, la qualité
baisse.
Je vais prendre l'exemple du gortex. On avait
des vareuses et des parkas en gortex, mais il
n'y en avait pas pour tout le monde. Il y en avait six
conteneurs en Yougoslavie qui ont moisi et ils les
ont tous brûlés. C'est de l'argent qu'on a brûlé.
Ce n'est ni mon
argent personnel ni le vôtre, mais on n'a pas encore notre
gortex. Ça va venir cette année, paraît-il.
Il y a une autre chose. Il arrive souvent que les épouses,
parce que leurs maris sont militaires, aient
de la difficulté à trouver un emploi dans le civil.
Cela arrive régulièrement. Vous arrivez là-bas, vous
êtes mariée et on vous demande ce que fait votre mari.
Il est militaire?
D'accord, pas de problème, on va vous appeler quand ce
sera le temps. Ils ne rappellent jamais parce qu'ils
savent qu'on est susceptibles de bouger d'un bord et de
l'autre. Si on était plus stables, comme
l'adjudant-maître Leblanc ou d'autres l'ont
mentionné, ce
serait peut-être plus simple pour les conjointes et
conjoints de se trouver un emploi et de le garder plus
longtemps. Ça réglerait le problème des salaires.
• 2220
Les familles monoparentales, hommes ou femmes avec
enfants, sont dédommagées quand elles sont déployées en
exercice ou en opération. Quel que soit l'endroit,
elles sont remboursées. Quand les deux
personnes d'un couple de militaires, l'homme et la femme,
sont déployées, elles ne sont pas remboursées. C'est
vrai qu'elles ont deux salaires,
mais elles partent quand même toutes les deux. Ils sont allés
à l'Opération récupération à Montréal. Ils avait le même
problème que le gars qui est chef de famille monoparentale.
Les frais de gardiennage sont remboursés à l'une des deux
personnes, pour la personne qui est gardée,
et non pas à chacune des deux. Pourquoi n'est-ce pas
accepté? On se fait dire que ce n'est pas normal. Un
chef de famille monoparentale et deux gens mariés militaires qui
partent, quant à moi, c'est la même chose.
Je ne sais pas si vous le comprenez de la même façon que
moi.
On parlait tout à l'heure de l'Opération récupération.
On parlait de rémunération et ainsi de suite. Je vous
donne un exemple. On travaillait avec les
gars de l'Hydro. Ils étaient bien heureux. Ils
faisaient deux
pylônes en une journée et nous, on en faisait 10. Ils nous disaient
qu'ils étaient payés à temps et demi,
à temps double, 80 $ l'heure de plus pour nous
regarder. Ils se promenaient en motoneige.
Je ne critique personne, mais je voudrais dire
qu'on était là pour aider les gens et que notre but était de
donner le maximum aux gens pour qu'ils aient
l'électricité. Je ne critique pas la façon dont on
travaille. Je ne critique pas les gens de l'Hydro non
plus. Le travail, on le fait avec
coeur.
On parle de l'Opération récupération. En Haïti,
c'est la même chose. On se compare toujours avec les
gens de la GRC, les policiers,
etc. Les gens de la GRC et ceux de la
Sûreté du Québec et des corps policiers municipaux
reçoivent leur salaire en plus d'être exemptés d'impôt.
Si je ne me
trompe pas, on leur donne aussi 100 $ US par jour pour vivre
là-bas parce qu'ils doivent payer leur hôtel et leur
nourriture.
Comme n'importe quelle famille, ils vont s'installer
à trois, quatre ou cinq ensemble au même endroit; ils
paient 150 $ US chacun et ils ont le même
argent. Le travail n'est pas pareil, que ce soit en
Yougoslavie ou en Haïti. Par exemple, en Haïti,
le militaire est ambulancier, pompier,
travailleur social, policier, etc. Ça ne valorise pas
le travail des gars. C'est ce que j'avais à
dire personnellement. C'est mon point de vue. Merci.
Le président: Un commentaire de M. de Savoye.
M. Pierre de Savoye: Vous dites que vous ne vous
occupez pas vraiment de politique, que vous ne lisez même pas les
journaux à ce sujet. Il y a des tas de gens comme
vous, et ce n'est pas anormal. Je vous dirai
franchement que pendant un bout de temps, moi non plus je
ne m'en occupais pas, mais un bon jour j'ai eu la réaction
que vous venez d'avoir. Je me suis dit: Si les
décisions se prennent là, il faudrait peut-être que j'y
aille. Depuis ce temps-là, je m'en occupe beaucoup. Je
voulais vous dire que je partage vos préoccupations.
Sgt Marc Desfossés: J'aimerais soulever rapidement
un autre point. On
parle d'une augmentation pour les députés. C'est une
chose qui
me tient à coeur. Les députés ont eu une
augmentation, ou ils vont peut-être en avoir une, de quelque
60 000 $ à 106 000 $. Je n'ai rien contre les
augmentations. Je n'ai rien contre le fait qu'il leur
faut seulement six ans de service pour avoir une pension
alors qu'il nous en faut 20 ou 25 pour avoir un
certain pourcentage de notre pension. Je pense
qu'avant d'en donner aux députés,
il faudrait peut-être regarder le
travail des militaires, et non pas seulement celui
des politiciens.
M. Pierre de Savoye: J'aurais le goût de
dire qu'il y a des mythes. Par exemple, après 20
ans, vous avez une pension.
Sgt Marc Desfossés: On a 40 p. 100.
M. Pierre de Savoye: Vous avez seulement 40 p. 100.
Dans notre cas, après six ans, la pension serait de 24 p. 100.
Vous n'avez jamais vu de députés
défaits vivre très richement. Je pense à celui qui m'a
précédé. C'était un conservateur, Marc Ferland. Il
avait été là huit ou neuf ans. Il est parti avec une
maigre pension. Évidemment, il avait travaillé... Je
dis des choses parce qu'on se parle coeur à coeur.
Vous partez en mission. Eh bien, moi, je
pars demain matin pour Ottawa et je vais revenir
vendredi. Je fais cela
semaine après semaine. Ça brise certaines vies
familiales.
• 2225
Pour ce qui est de Marc Ferland, ce n'est un secret pour
personne. Je ne révèle pas sa vie privée, car tout le monde
est au courant. Il a perdu sa femme et sa
maison. Il était dessinateur quand il est entré en
politique en 1983. Quand il est revenu à la vie privée
en 1993, son
métier se faisait par ordinateur. Il n'avait
aucune formation dans ce domaine et il s'est retrouvé
au chômage.
Il y a des mythes sur bien des choses. Cette
augmentation dont vous faites mention n'est
pas une augmentation en réalité. C'est quatre «trente
sous» pour une
«piastre». On a 64 000 $ plus un budget de 21 000 $ pour
payer nos dépenses qui n'est pas imposable. Maintenant
on dit qu'on va nous donner le double mais qu'on va
l'imposer. On en paie la moitié en impôt. Quand on
additionne 64 000 $ et
deux fois 21 000 $, cela fait 106 000 $. C'est
quatre «trente sous» pour
une «piastre». Mais je ne me plains pas.
Je ne veux pas un cent de plus et je suis certain que tous
mes collègues pensent exactement comme cela. On
ne demanderait pas aux gens de faire des sacrifices alors
que nous ne serions pas prêts à faire les
mêmes sacrifices, je vous en donne ma
parole. Je suis convaincu que tous mes collègues partagent ce point de
vue. Merci.
Le président: J'aimerais ajouter un commentaire
concernant les salaires. Il est prévu dans la Loi
électorale qu'après chaque élection, un comité
est formé pour étudier la rémunération des
parlementaires. Ce comité a déposé un rapport la
semaine dernière. Cela ne veut pas nécessairement dire
que ce qui est dans le rapport va être accepté. Cela
fait partie de la loi. Je voulais juste
apporter cette précision.
Sgt Marc Desfossés: Je comprends. C'est
comme nos augmentations: c'est décrété et ce n'est pas
accepté, puis à un moment donné, c'est décidé ou pas.
Je comprends cela, sauf qu'on procède plus rapidement
dans votre cas que dans le nôtre.
On pourrait peut-être travailler là-dessus.
Le président: Madame Venne, avez-vous quelque
chose à ajouter?
Mme Pierrette Venne: Oui, j'aimerais ajouter
que les députés du Bloc ont bien dit qu'ils ne
voulaient pas d'augmentation,
Nous avons accepté les conditions telles qu'elles sont.
En plus, je voudrais vous faire remarquer
que je suis députée depuis 1988 et que ça fait sept
ans que les députés n'ont pas eu d'augmentation non plus.
Merci.
Sgt Marc Desfossés: Pas de problème. Merci.
Adjm Paul Leblanc: J'aurais un petit
commentaire à ajouter. On parlait tantôt des
militaires quand ils sont déployés. On parle
de l'Opération récupération et de tout cela. Voici
pourquoi on éprouve parfois de la
frustration quand on travaille avec des gens
d'organismes comme Hydro-Québec ou la Sûreté
du Québec. Le soldat sait qu'il
n'est pas envoyé là parce que l'armée est
opérationnelle, parce que les
soldats sont de bons travailleurs. Il sait qu'il est envoyé là
parce que ça coûte moins cher. C'est exactement ça que les
soldats pensent.
On parlait tantôt d'équipement. Je vais vous donner
l'exemple du sac alpin. C'est le sac à dos
qu'on a. Je parle
surtout du domaine de l'infanterie parce que je viens
de quitter l'infanterie. Il y a des gars dans le domaine
de l'infanterie dont la passion est le
plein air. Ils sont tout le temps en train de faire du plein air.
Quand on fait des achats d'équipement, pourquoi ne
va-t-on pas dans les bataillons d'infanterie? Pourquoi
ne va-t-on pas chercher les gens qui vont travailler avec
l'équipement? Le
gars qui fait du plein air sait quel sac il lui
faut. Je puis vous assurer que vous
allez de cette façon payer deux fois moins que ce que vous avez
payé pour les sacs qui nous défont le dos et
qui vous coûtent cher en pensions.
Autre chose. Je suis moi-même un maniaque du
plein air. Je me promène dans les
magasins de sport et je vois les bottes de marche qu'il
y a dans les magasins de sport. Est-ce qu'il y en a
des sortes de bottes de marche? Salomon, Adidas, Nike,
etc. Qu'est-ce qu'on fait avec nos bottes de combat?
Je suis un gars en forme. Je m'entraîne beaucoup. Je
cours 20 ou 21 kilomètres tout seul.
Curieusement, quand je cours, je n'ai pas
d'ampoules. Quand je vais faire mon 13
kilomètres—c'est un test annuel qu'il faut passer
avec je ne sais plus combien de livres sur le
dos—, j'ai de grosses
boules en-dessous des pieds quand j'ai fini ma marche.
Ce sont des ampoules. Ce
n'est pas normal.
• 2230
Ce n'est pas normal d'avoir des bottes comme
celles-là dans une armée qu'on dit moderne. Ce n'est pas
normal. Il y a tant de bonnes bottes de marche
aujourd'hui sur le marché. S'il vous plaît,
monsieur, j'aimerais bien avoir une paire de
Salomon ou une paire d'Adidas. Je me demande pourquoi
on a encore des bottes hautes comme cela. Quand je
regarde toutes les bottes de marche qu'il y a sur le
marché, elles sont courtes comme les miennes. Ce
ne sont pas de bonnes bottes, en passant.
J'aurais peut-être un petit dernier point à soulever. Je vais en
profiter pendant que j'ai le micro. C'est concernant
l'entraînement physique dans les Forces canadiennes.
Quand on est dans une unité d'infanterie, normalement,
il n'y a pas de problème. On a du temps pour
s'entraîner. Cependant, quand on arrive dans un métier
de soutien, les charges sont tellement élevées que le
personnel n'a pas le temps de faire son travail de
militaire. Il y en a qui me disent: Oui, mais
si tu étais dans le civil, tu ne t'entraînerais pas.
Je suis d'accord, mais si j'étais dans le civil,
je n'aurais probablement pas demain matin un
coup de téléphone me demandant de partir pour le Koweït ou
ailleurs. Dans le civil, mon
patron ne me dirait pas demain matin: Prépare ton
sac parce que tu vas faire le test des 13
kilomètres.
Je suis capable de vivre avec cela. Je suis militaire.
Cela ne me dérange pas. Mais je veux qu'on ait du
temps pour se préparer et pour s'entraîner. C'est
cela, la vie d'un militaire. Tu es censé être prêt.
Mais les gens n'ont plus le temps de se préparer parce qu'ils
sont chargés de trop de
dossiers. On manque de
personnel.
Dans l'armée, on devrait avoir
du temps pour s'entraîner, quel que soit le
métier qu'on exerce. Les gens de n'importe
quel métier devraient être en forme et
avoir du temps pour s'entraîner.
Il faudrait aussi penser à changer les programmes
d'entraînement. La mentalité veut que tout le monde
soit pareil, que tout le monde se mette en peloton
pour aller courir. Il
faudrait peut-être commencer à penser à changer les
choses et à faire des systèmes d'entraînement pour que
les gens...
Il y en a qui arrivent du
commando. Ils ont le dos et les genoux finis.
Le problème de base, c'est un
problème d'entraînement. Ces gars-là ont été
mal entraînés.
Je termine là-dessus. Merci.
Le président: Merci beaucoup. Monsieur Jean-Marc
Provost.
Caporal Jean-Marc Provost (témoigne à titre
personnel): Bonsoir. J'aimerais
vous parler des problèmes des familles éclatées, des
familles reconstituées. Je vis
présentement le problème. Je suis divorcé. Mon
ex-femme a la garde des deux plus jeunes enfants, qui
ont 8 et 10 ans. Moi, j'ai la garde du plus vieux,
qui a 12 ans. Je suis remarié avec une femme qui a
deux enfants et un emploi stable.
L'année dernière, tout allait bien parce que
j'étais à Montréal. On était établis. On s'était acheté
une maison et tout. Tout était parfait. Tout était
merveilleux. Puis là, ils avaient besoin d'un
transfert. Ils ont dit: «Provost, tu t'en
vas à Valcartier.» Bon militaire, j'accepte la
situation. Je me prépare à venir ici. Ah, mon fils veut
venir avec moi. Il ne veut pas vivre avec sa
belle-mère. C'est compréhensible. Il y a juste un an
qu'on vit ensemble, Il n'est pas
habitué. Je lui ai dit: «D'accord, je vais t'emmener avec
moi.»
Mais, soudainement, quand je me présente aux arrivées et
départs pour gérer mon déménagement, j'apprends que je
n'ai droit à
rien. Ma femme a un emploi depuis 23 ans.
Elle ne peut pas quitter son emploi. Elle perdrait sa
pension et tous ses avantages.
Il me reste quatre ans à faire. Voyons, ce serait
illogique!
Alors, je m'en viens ici seul avec mon fils.
Je déménage mon fils. C'est un
déménagement partiel. En arrivant ici avec mon enfant,
je n'ai droit à aucune aide financière. Si j'étais
arrivé ici tout seul, j'aurais eu droit au quartier, aux
rations gratuites garanties pendant un an, à 4 $
par jour et à un interurbain par semaine.
J'arrive ici avec mon enfant. Je dois payer un loyer.
J'ai une
hypothèque et un loyer à payer. Je dois payer l'hydro à deux
endroits. Je dois payer toutes les factures
qui vont avec les deux
appartements et les deux autos. Je n'ai plus d'aide
financière. Il me semble qu'il y a un manque du côté
du gouvernement. Je n'avais pas besoin d'être
posté. La personne qui a pris ma place à Montréal
arrivait justement d'ici. On s'est croisés sur
l'autoroute 20. C'est un peu ridicule.
C'est un stress financier pour ma famille. Avec deux
salaires et une seule maison à payer, on vivait bien. On
pouvait se permettre de petits voyages. Je voyais mes
deux autres enfants régulièrement. Je suis un père
responsable. Du moins, j'essaie de l'être. On essaie d'être
de bons parents peu importe les situations. Dans les
Forces, malheureusement, on déménage ou on ne
déménage pas. On a peut-être le choix de
déménager, mais aujourd'hui j'en paie les conséquences.
• 2235
En arrivant ici, on fait des demandes. Je me suis dit
qu'à Ottawa, il y avait peut-être un endroit où on
étudierait mon dossier et où on me dirait qu'on me
donnerait quand même 4 $ par jour.
Ce n'est pas beaucoup, mais cela paie au moins
l'essence dont j'ai besoin pour
aller voir mes enfants et ma femme en fin de
semaine. Cela ne s'est même pas rendu au commandant de
l'unité. On m'a répondu que ma situation familiale, ce
n'était pas de leurs affaires. On m'a dit que je m'étais
remarié et que ma femme
devait prendre soin de mes enfants, les
considérer comme les siens et
s'en occuper, et que je devais venir ici
seul. Ce n'est pas notre problème, ont-ils dit.
Il me semble qu'il y a un manque d'humanité et qu'on
privilégie le célibat mais non la
famille. Un célibataire qui part en mission des
Nations unies peut réclamer des frais de
garde de maison, mais moi, chef de famille
monoparentale, qui
viens de passer trois semaines à Saint-Hyacinthe à
aider nos citoyens, je ne peux même pas réclamer les 300 $
de frais de gardienne que cela m'a coûté.
Quand je suis arrivé ici, au mois d'août de l'année
dernière, je n'ai eu qu'une semaine pour trouver école,
dentiste, médecin et tout ce qu'il faut trouver pour les
soins de son enfant quand on vit en situation
monoparentale. Ce n'est pas facile et je ne peux pas
dire que les Forces sont là pour nous soutenir.
J'aimerais aussi parler de la façon dont
on est rémunéré dans les Forces armées. On est payés au
mois. Il y en a qui sont payés régulièrement à toutes les deux
semaines. Nous, on budgète mensuellement et on doit
étirer notre paie sur 31 jours. Le seul mois qui se gère
bien, c'est le mois de février.
Si vous nous payiez aux deux semaines, on pourrait gérer
pour deux semaines.
Deux fois par année, on aurait une paie supplémentaire
qui nous servirait à payer des petits extras à
notre famille. Quand on fait de 30 000 à 35 000 $ par année,
ces deux petites paies supplémentaires sont les bienvenues. Ce
sont celles-là qui permettent d'amener les enfants au
Village des sports, à la Ronde et ainsi de suite.
Je vous rappelle un petit fait qui est arrivé. Une
fille est venue nous interpeller l'automne dernier, dans un
Dunkin' Donuts, pour nous dire: «Je fais partie des Jeunes
voyageurs du Québec et je vous demanderais de m'aider à
financer mon voyage en Europe.» Je lui ai répondu:
«Nous, on fait partie des jeunes familles reconstituées
du Québec; voudrais-tu financer notre voyage au Village
des sports?» Aujourd'hui, la situation fait que tout le
monde quête de l'argent aux autres. Enfin, je
voulais dire que la paie aux deux semaines serait, pour
les militaires, une
façon d'éviter les problèmes financiers qu'ils
vivent.
Actuellement, avec la paie au mois, on vit des
situations qui font qu'à deux ou trois reprises par année, on
passe trois fins de semaines consécutives sans être
rémunérés. La troisième fin de semaine est dure à vivre
quand on gagne 30 000 $ par année. Quand on gagne
entre 60 000 et 65 000 $ par année, ça s'absorbe peut-être mieux.
Mais à 30 000 $ par année, ce n'est pas toujours
facile.
Je vous remercie.
[Traduction]
Le président: Monsieur Benoit.
M. Leon Benoit: J'aimerais faire préciser une ou deux choses,
pour être certain d'avoir bien compris ce que vous avez dit.
D'abord, vous avez dit que vous êtes père célibataire et que votre
fils est avec vous. Êtes-vous en train de nous dire que vous êtes
traité différemment d'une mère célibataire comme père célibataire
ou est-ce que les circonstances qui vous ont fait décider de garder
votre fils quand vous aviez votre conjointe ailleurs signifie que
vous êtes traité différemment?
[Français]
Capl Jean-Marc Provost:
La note que j'ai reçue me disant: «Caporal
Provost, votre situation familiale, c'est vous qui
l'avez choisie; vivez-la tout seul car on n'est pas là pour
vous faire la charité», je l'ai noir sur blanc. Je ne
demande pas qu'on me traite
différemment d'une mère célibataire.
Cette dernière vit les mêmes problèmes que
moi, peut-être dans des circonstances différentes. Quand les patrons
me demandent si je suis prêt à être déployé
n'importe quand, mon coeur me dit d'y
aller, mais mon portefeuille me dit de ne pas
faire cela.
• 2240
Quand je vais en mission des Nations unies,
je ne fais pas d'argent. C'est vraiment pour aider
les autres, puisque je peux en bénéficier comme être
humain. On est quand
même dans un pays capitaliste. Si on veut me faire
bouger et me séparer de ma
famille, qu'on me donne quelque chose pour compenser.
Qu'est-ce que je dois présenter à ma femme? Je m'en vais pour
six mois. Au moins, qu'on me donne quelque chose pour que je
puisse dire en revenant que l'hypothèque de 2 000 $ sera à moitié
payée.
[Traduction]
M. Leon Benoit: Encore une fois, je ne suis pas certain
d'avoir bien compris ce que vous avez dit. Avez-vous dit que
lorsque vous avez été muté de Montréal à Valcartier, votre
remplaçant venait de Valcartier?
Cpl Jean-Marc Provost: Oui.
M. Leon Benoit: D'accord, je voulais que ce soit clair. Merci.
Le président: Monsieur Pratt.
M. David Pratt: J'ai une question toute courte, monsieur le
président.
Votre chèque de paye est-il déposé directement dans un compte
de banque?
Cpl Jean-Marc Provost: Oui, et si c'est un samedi, un dimanche
ou un congé férié, on est payé le vendredi. C'est pour ça que trois
fins de semaine par année, on n'a pas notre paye. Nous avons une
paye le vendredi, et trois fins de semaine plus tard, la paye tombe
un lundi ou un mardi.
M. David Pratt: Ça semble un peu curieux que la fonction
publique soit payée toutes les deux semaines et que...
Cpl Jean-Marc Provost: Je sais, je sais.
Ce serait environ 0,9 p. 100, de diviser en deux notre mois de
paye. Si on nous payait tous les 14 jours, cela nous donnerait une
augmentation d'environ 0,9 p. 100. Ce serait une bonne chose.
M. David Pratt: Merci.
[Français]
Le président: Merci beaucoup.
Major Gilles Harbec.
Major Gilles Harbec (officier de direction du
personnel pour Valcartier et pour les unités des Forces
terrestres, BFC Valcartier): Monsieur le président,
mesdames, messieurs du comité, l'heure se fait de plus
en plus tardive, et je vais donc essayer d'être bref.
En ma qualité d'officier de direction du personnel
pour Valcartier et pour les unités des Forces
terrestres, je vais aborder ce soir la question du
Service de préparation de seconde carrière. Vous
avez eu l'occasion d'entendre des commentaires de gens
qui ont parlé des difficultés qui sont
rencontrées par les militaires en vue de se préparer à
une seconde carrière au moment où ils doivent quitter
les Forces canadiennes, généralement lorsqu'ils
atteignent l'âge de 40 ans ou encore après 20 années de
service continu dans les Forces canadiennes. Le
Service de
préparation de seconde carrière a été mis sur pied il y
a une vingtaine d'année. Il vise essentiellement la
planification, la préparation et l'aide aux gens dans
leur réinsertion à la vie civile sur le plan personnel,
mais aussi sur le plan professionnel.
J'insiste sur ces deux points, parce qu'il y a des
préparations à faire en cours de carrière, ou à tout le
moins vers la fin de la carrière, pour s'assurer que
quelqu'un soit en mesure de se
trouver un autre emploi sur le marché du
travail civil, mais aussi de faire des ajustements qui
s'imposent sur le plan personnel en ce qui a trait à la
famille, parce qu'il quitte
une organisation dont il a fait partie
pendant 20, 25, 30 ou 35 ans à titre de
militaire.
Je suis en mesure de vous dire aujourd'hui, comme
responsable de ce programme pour Valcartier et la
région de Québec, que nous sommes en mesure d'évaluer
qu'au plan de la transition à la vie civile, l'objectif
du programme n'est pas atteint et que nombre de
retraités éprouvent des
difficultés de réinsertion, d'adaptation et de recherche
d'emploi une fois qu'ils ont quitté les Forces armées
canadiennes.
Soit dit en passant, monsieur le président, vous avez
une copie du mémoire qui a été déposé ce matin.
Il y a lieu de revoir trois
points essentiels du programme.
Il y a d'abord l'équité. On a
soulevé des exemples. Les deux autres sont les avantages
financiers y afférents et le suivi après la libération.
• 2245
Dans un premier temps, sur le plan de l'équité, à
mon sens, il est fondamental que la population
militaire puisse bénéficier équitablement des services
liés au Service de préparation de seconde
carrière. À ce titre, les services doivent être
harmonisés. On a soulevé ce point à plusieurs reprises
et on a mentionné, sans être en mesure de préciser la
nature des motifs, qu'il y avait des
différences notables entre les bases, entre les
différents organismes et entre les différentes sections au
sein de l'organisation militaire pour un même service
donné.
Le service dont je vous parle est clairement
défini au sein d'un ordre administratif et, pourtant, si
vous si vous allez à Shiloh, à
Bagotville ou à Ottawa, vous allez trouver que sur le
plan pratique, les services ne sont pas nécessairement
disponibles, ne sont pas nécessairement abordés de
la même manière ou ne sont pas nécessairement offerts,
pour toutes sortes de raisons qui seront
mentionnées à cet endroit.
Les procédures diffèrent, ce qui fait que quand un
militaire qui quitte une base et a déjà amorcé une certaine
préparation arrive a un autre endroit,
il se rend compte que certaines procédures ont changé, etc. Donc,
il est important que les services soient harmonisés et accessibles à tous,
nonobstant le lieu de service et la nature des emplois
exercés.
La préparation
professionnelle implique, bien entendu, une forme de
recyclage ou des cours de perfectionnement en cours de
carrière, pour qu'un militaire puisse se trouver un
emploi civil par la suite.
Compte tenu de ce qui a été
dit aujourd'hui, notamment, les militaires
sont incapables de s'acquitter à la fois
de leurs obligations militaires et
de cours du soir dans le but de
préparer leur seconde carrière. C'est ce qui leur
est actuellement suggéré dans le cadre du programme, mais
dans les faits, on s'aperçoit qu'ils ne sont pas en
mesure de le faire. Ils vont le tenter, ils vont
s'inscrire mais, pour toutes sortes de raisons, ils
devront abandonner en cours de route.
Évidemment, on les rembourse si la formation est
complétée, à moins qu'il puissent justifier leur
abandon. Je reviendrai sur la question des coûts.
Les cours par correspondance, par
exemple, ne sont pas à la portée de tous. Ils ne
peuvent pas
aider toutes les personnes qui veulent
se perfectionner ou améliorer leur formation
académique en vue d'un second emploi.
On a parlé ce matin à plusieurs
reprises, et j'en ai également parlé dans mon mémoire,
des militaires libérés pour des raisons médicales, à la
suite de blessures subies en mission ou à
l'entraînement. Il n'y a rien d'autre que les
services actuellement offerts dans le cadre du Service
de préparation de seconde carrière qui sont
disponibles pour tout le monde. Donc, à toutes fins
pratiques, pour eux, c'est très souvent la catastrophe.
On le voyait dans notre travail, parce qu'on
avait à rencontrer ces gens et à écouter un
peu leurs doléances. En bout de ligne, on devait leur dire qu'il n'y
avait pas grand-chose qu'on pouvait faire pour les
aider.
Il serait légitime de penser que
des avantages particuliers devraient être disponibles afin de
répondre adéquatement aux besoins des militaires
éprouvés lors de ces situations.
Finalement, et c'est un point qui intéresse certainement
les conjoints et conjointes de militaires, les
particularités du service militaire entraînent, comme
vous le savez, des restrictions sur le plan de la
poursuite et du développement de la carrière des
conjoints. Cela a été soulevé à plusieurs reprises.
Conséquemment, selon moi, il
serait approprié de rendre les services et les
avantages financiers liés au programme de préparation
à une seconde carrière accessibles au conjoint ou à la
conjointe du militaire. Voilà pour l'équité.
En ce qui a trait aux avantages financiers,
depuis 20 ans, le programme prévoit une somme totale
de 2 500 $ en carrière, moins les impôts. On n'y
échappe pas.
Selon la rémunération que vous avez,
l'impôt joue avantageusement ou désavantageusement.
De toute manière, le résultat final est que vous
n'aurez pas le bénéfice auquel on prétend que vous avez
droit, soit 2 500 $ en carrière. Le remboursement se
fait sur le principe des dépenses encourues dans une
même année scolaire, sur la base de 280 $ par année ou
50 p. 100 de la totalité des frais encourus.
• 2250
Si quelqu'un dépassait 5 000 $ au cours d'une
année, on lui verserait 2 500 $ moins les impôts et il
toucherait la somme totale à laquelle il a droit
pour se préparer à sa seconde
carrière. Depuis 20 ans, cette somme a été très peu
ajustée. Elle
n'est certainement pas le reflet de la réalité sur le plan
des coûts liés à l'éducation, à la
scolarité et au perfectionnement. Donc,
une révision de la politique de
remboursement à cet égard s'impose.
En dernier lieu, je vais parler du suivi après la libération.
Je vous ai dit au départ que l'objectif principal
du programme, quand il a été mis sur pied, et il demeure
le même, était d'aider le militaire dans sa
transition vers la vie civile. Je ne connais pas
beaucoup d'individus qui vivent une transition au
moment où ils sont en train de faire quelque chose. La
transition, c'est après que cela se vit. Dans nos
contacts réguliers ou quotidiens avec des militaires qui
sont sur le point de
quitter l'organisation, on se rend compte qu'ils ont peine à
identifier les difficultés auxquelles ils seront
confrontés une fois qu'ils auront quitté
l'organisation.
On rencontre, dans les quelques mois qui suivent
leur départ, des gens pour qui c'est l'euphorie. Ils
sont encore très, très bien. Ils viennent de quitter
et c'est un peu comme s'ils étaient en vacances. Ils
ne sont pas encore conscients qu'au tournant, ils vont rencontrer
des difficultés sur le plan personnel et sur le plan
professionnel. Ils quittent en pensant qu'ils n'auront
pas à se chercher un emploi et qu'ils pourront se
reposer sur l'argent de leur
pension.
Cependant, au bout de six mois ou un an, les
problèmes d'identité reprennent le dessus et, à un
moment donné, ils se disent: «Eh bien, je vais essayer de
me trouver quelque chose, etc.»
Ce que je
propose, c'est évidemment une
prolongation de la période donnant droit aux bénéfices de
préparation à une seconde carrière pour nous permettre de
faire un suivi plus serré de ces gens-là ainsi qu'un
accompagnement. On serait alors en mesure
de faire le pont entre les individus qui ont des
problèmes et un
représentant militaire qui, lui, pourrait
trouver la solution ou acheminer le problème en haut
lieu.
Très souvent, une fois qu'ils sont libérés,
les gens ont un numéro 1-800, comme pour les
PMQ: si vous parlez français, faites
le 1; si vous parlez anglais, faites le 2; pour autre
chose, faites le 3.
Finalement, on n'a pas de service.
C'est une réalité qui est difficile à vivre.
Je termine par les recommandations. Il y en a cinq.
Il faudrait harmoniser les services offerts dans le cadre du
Service de préparation de seconde carrière afin
que tous les militaires aient accès
à des prestations et à des services harmonisés sur l'ensemble du territoire.
Il s'agirait de s'assurer que tout le monde ait la même boîte à
outils, que tous soient équipés de la même façon. On
a l'expertise nécessaire, mais on manque évidemment de ressources
en termes de personnel, etc. Il devrait y avoir
moyen d'injecter des sommes pour
s'assurer que les services soient disponibles et
harmonisés.
Il faudrait élaborer des mesures additionnelles
adaptées aux besoins des militaires libérés pour
une raison médicale, à la suite de blessures subies en
mission ou en entraînement.
Il faudrait offrir l'option d'inclure le conjoint ou la conjointe
du militaire comme cobénéficiaire des services offerts
dans le cadre du Service de préparation de seconde
carrières et des avantages financiers.
Il faudrait hausser les
avantages financiers liés au remboursement des
frais de cours de formation à 500 $ par année—j'avais mentionné
280 $—ou à 80 p. 100 des frais totaux
encourus—le plus élevé des deux—dans une année
scolaire donnée jusqu'à concurrence de 5 000 $ en
carrière. Cela veut dire que si un militaire considère
qu'il n'a pas nécessairement besoin, pour toutes sortes
de raisons, de ces sommes
d'argent pour préparer sa seconde carrière,
sa conjointe pourrait en bénéficier.
Étant donné la nature des
restrictions qu'elle a rencontrées, je pense qu'il
serait tout à fait normal qu'elle puisse tirer avantage
de cela.
Je pense qu'il serait aussi tout à fait normal qu'elle
puisse assister aux différentes séances qu'on
peut offrir, entre autres sur le c.v. Il y
a toute une gamme de services qui vont s'élaborer, et
je ne vois absolument pas ce qui empêcherait
les conjoints et les conjointes de profiter
de l'ensemble des services qu'on offre à la
population militaire. Je ne vois pas de différence
entre monsieur et madame. On est capable d'offrir exactement
le même service.
• 2255
Finalement, il faudrait prolonger de deux ans, après la
libération, la période ouvrant droit aux services
offerts dans le cadre du SPSC, ce qui serait suivi d'une année
additionnelle pour tous les détails techniques
administratifs, de remboursement de dépenses, etc.
Pendant cette période-là, on serait
nettement en mesure de suivre l'individu et de
l'aider à mieux vivre sa
transition en l'aidant sur le plan du placement.
Cela termine ma présentation.
Le président: Merci beaucoup, major.
Monsieur Ricardo Gagné.
Caporal Ricardo Gagné (témoigne à titre personnel):
Bonjour messieurs,
mesdames. J'ai deux ou trois petits points
à soulever.
En tant que caporaux dans l'infanterie, on participe souvent
à des missions des Nations unies. On est déployés ailleurs et
on a souvent besoin d'une langue seconde. Je suis
seulement caporal dans l'infanterie et j'ai demandé à
suivre un cours en langue seconde. On m'a répondu que
j'étais juste caporal, que je n'en avais
pas besoin et que c'était juste à partir du grade de sergent
qu'on en avait besoin. Pourtant, c'est
nous qui étions au front en Yougoslavie, à Chypre,
où il y a des conflits. On est les premiers arrivés et
on pourrait régler certaines situations dans
les cinq minutes suivant notre arrivée, mais on ne le peut pas
parce qu'il faut dire à notre patron de venir parce qu'il y a un
problème qu'on n'est pas capables de régler parce
qu'ils ne parlent que l'anglais et qu'on ne comprend pas un mot
de ce qu'ils disent.
Cela pourrait peut-être aussi nous aider
en tant que militaires. Faisant partie de
l'infanterie, je pourrais aller à
Edmonton, mais ils demandent qu'on soit complètement
bilingues. Je ne peux être muté à cet endroit parce
que je ne parle que le français et qu'il faut attendre
d'être sergent pour avoir accès au cours d'anglais.
C'est un des points que je voulais soulever.
En ce qui a trait aux missions des Nations unies, six
mois, c'est long pour certaines personnes. Pourquoi
ne pas avoir la possibilité de participer aux missions
des Nations unies pendant
seulement trois mois? Cela pourrait aider les
familles. Les conjointes trouvent cela long.
Elles ont des problèmes avec leurs enfants ou parfois
des enfants handicapés. Une mission de seulement trois
mois serait plus avantageuse pour ces gens-là.
On a aussi parlé des garderies à 5 $. J'ai
trois enfants et ma conjointe travaille en garderie.
Si elle veut aller travailler, il faut qu'elle
paie 20 $ par semaine juste pour qu'on puisse garder les petits.
Je trouve que la garderie à 5 $ a beaucoup d'allure. C'est
tout ce que j'avais à dire.
Le président: Merci beaucoup. Monsieur King
Kiley.
[Traduction]
M. King Kiley (témoignage à titre personnel): Bonsoir,
mesdames et messieurs.
Je ne suis pas un militaire. Depuis 30 ans, je suis un civil
qui enseigne ici à la base des forces canadiennes. J'ai écouté
toute la soirée et j'ai entendu des témoignages éloquents des
problèmes que rencontrent les militaires et leurs femmes ainsi que
la garderie lorsque les hommes sont partis. Pour ma part, je
voudrais parler au nom des adolescents.
Depuis 10 ans, j'ai vu énormément de changements; encore plus
au cours des cinq dernières années. Nous commençons à voir dans nos
écoles les effets de ce qui arrive aux militaires, hommes et
femmes.
Il y a cinq ans environ, le gouvernement fédéral a cessé de
s'occuper de l'enseignement. Avant, on pouvait compter sur l'aide
militaire et sur les autobus militaires; il y avait toutes sortes
de matériel. Aujourd'hui, nous sommes exactement sur le même pied
que les commissions scolaires provinciales, qui font tout ce
qu'elles peuvent pour comprimer les budgets.
Les adolescents qui sont à la charge des militaires ont des
problèmes supplémentaires. Il y a bien un centre de ressources pour
les familles, mais les adolescents n'y vont pas. Peut-être les
enfants qui vont à la garderie et les épouses, mais pas les
adolescents. Ils ont besoin d'un coup de pouce supplémentaire, et
nous ne sommes pas là pour le leur donner.
• 2300
À l'école secondaire, je vois aujourd'hui des élèves qui
souffrent de migraine. Il y a 10 ans, ça n'existait pas. Je vois
des enfants anorexiques, beaucoup qui sont boulimiques, des cas de
familles dysfonctionnelles, de déficit de la capacité d'attention,
des enfants hyperactifs. J'enseigne les mathématiques, et je peux
vous dire que les cas d'enfants venant de familles militaires
dysfonctionnelles est au moins 10 à 20 fois plus grand qu'il y a
10 ans.
Est-ce qu'il y a une solution? Eh bien, il est impossible que
le gouvernement fédéral reprenne en main l'enseignement, mais
peut-être pourrait-on recommencer à se servir des installations
fédérales. Ici, sur la base, il y a une pente de ski. Nos écoles
peuvent s'en servir, mais au même prix que les autres écoles de
Québec. Nous avons des patinoires et des piscines sur la base, mais
elles ne sont pas accessibles aux écoles.
Il faut que l'armée recommence à s'occuper de notre école.
Nous sommes pénalisés. Non seulement on nous traite comme les
autres écoles de la province, mais contrairement aux autres écoles
qui reçoivent de l'aide des anciens élèves, il n'y a personne pour
faire un don de 30 000 $ pour acheter un tableau d'affichage, comme
c'est arrivé dans une autre école de langue anglaise ici. Nos
anciens élèves ne restent pas.
Sur tous les autres élèves militaires de la base, je pense
qu'il en est resté trois. L'un d'eux, M. Leblanc, est intervenu
tout à l'heure. C'était un élève à moi. L'an dernier, son fils a
terminé ses études secondaires sur la base et fréquente aujourd'hui
le CEGEP. S'il déménage l'an prochain, le système d'enseignement
sera tout à fait différent.
Il nous arrive en secondaire 4 des élèves de 10e année en
Alberta. Ils doivent être fonctionnellement bilingues, sans quoi
ils ne peuvent pas recevoir leur diplôme. Ils ont beau avoir
90 p. 100 en mathématiques ou en chimie, s'ils n'ont que 40 p. 100
en français, ils échouent. Ils ne reçoivent pas leur diplôme
d'études secondaires, ce qui leur interdit l'accès à l'université.
Ils ne peuvent même pas entrer au CEGEP au Québec. Bien sûr, on
peut envoyer un militaire suivre un cours de français, mais ce
n'est pas possible avec un adolescent.
Il y a donc une multitude de problèmes de plus à l'école
secondaire ici parce qu'elle dessert les militaires.
Les solutions? Peut-être que les autobus qui sont là-bas—souvent, on
peut s'en servir. On pourrait peut-être aussi avoir des
heures fixes à la piscine de la base. On vient de construire un
nouvel aréna; il pourrait peut-être y avoir des périodes réservées
pour les écoles. Il faut faire quelque chose pour ces adolescents.
On nous dit qu'il n'y a pas d'argent ou qu'on n'en a pas les
moyens. Moi, ma crainte, c'est que l'on va faire de nos jeunes des
adolescents et de jeunes adultes problème. On n'a pas les moyens de
ne pas le faire. Il le faut.
Merci.
Des voix: Bravo!
Le président: Vouliez-vous ajouter quelque chose?
M. King Kiley: Seulement que lorsque je suis venu ce soir...
J'ai sûrement oublié beaucoup de ce que j'avais à dire. Je n'avais
pas l'intention d'intervenir; j'étais venu pour écouter. Mais quand
j'ai constaté que de tous ceux qui sont intervenus, personne ne
parlait au nom des adolescents... Il y a beaucoup d'autres choses
qui vont me revenir plus tard et que j'aurais dû dire, mais je ne
m'étais pas préparé. Si ça semblait un peu décousu, c'est parce que
je consultais mes petites notes.
Le président: Je pense que Judi veut vous poser une question.
Mme Judi Longfield: Êtes-vous en train de nous dire que les
enfants des militaires n'ont pas de traitement préférentiel aux
installations militaires?
M. King Kiley: Non. Nous sommes traités exactement comme
n'importe quelle école de Québec.
Mme Judi Longfield: Qui décide?
M. King Kiley: C'est que, voyez-vous, jusqu'à il y a cinq ans,
nous avions une commission scolaire fédérale et nous étions pour
ainsi dire dans le giron de l'armée. Ce n'est plus le cas
maintenant. Nous faisons partie du réseau d'enseignement
provincial, et on dirait que l'armée s'est lavé les mains et que
nous n'existons plus. Avant, on avait accès aux autobus et à toutes
sortes d'avantages, ce qui rendait moins difficile la situation des
enfants.
Vous savez, l'école doit devenir leur deuxième chez-soi. Il y
a des enfants qui arrivent à l'école une heure avant le début des
classes et qui attendent dehors que je les fasse entrer parce que
le père est parti et que la mère est au travail ou qu'ils n'ont
qu'un seul parent ou qui ont d'autres problèmes. Pour que ce soit
un deuxième chez-soi, il leur faut des installations. Nous n'en
avons plus.
• 2305
Mme Judi Longfield: Encore une fois, je ne comprends pas
pourquoi les installations militaires inutilisées ne sont pas mises
à la disposition des membres de la famille.
M. King Kiley: Très souvent, elles le sont, et il est vrai
qu'ils n'ont pas les moyens de nous y donner accès. Je suis certain
que l'aréna qui est là-bas est utilisé en permanence. Lorsque la
nouvelle ouvrira, j'espère qu'ils penseront à nous.
Il y a des choses qui sont prévues, mais ils ne tiennent pas
compte... Vous voyez, c'est comme la soirée ici. Les gens ont parlé
de leurs épouses et de la garderie et de leurs maris et de la
retraite, mais personne n'a parlé des adolescents. Dans les
familles militaires, ce sont eux qui ont les gros problèmes.
Mme Judi Longfield: Je ne veux pas trop insister là-dessus,
mais si un groupe d'adolescents, enfants de militaires, voulaient
se servir du gymnase, y a-t-il un mécanisme qui leur permette de le
faire gratuitement ou à peu de frais?
M. King Kiley: Non, pas à l'heure actuelle.
À notre école—nous sommes la deuxième là-bas—nous n'avons
pas les moyens d'acheter des mini-paniers pour le gymnase. Le
gouvernement provincial refuse de les acheter. Nous allons à
l'école Alexander-Wolff. Nos élèves du primaire vont là pour jouer
au mini-basket-ball parce que nous n'avons pas les moyens
d'installer des filets de basket-ball abaissables pour que les
bouts de chou puissent s'en servir, comme les plus grands. Nous
n'avons pas d'argent.
Mme Judi Longfield: Merci.
[Français]
Le président: Monsieur de Savoye.
[Traduction]
M. Pierre de Savoye: Je comprends ce que vous dites, parce que
j'ai moi-même déjà été enseignant.
Plus tôt aujourd'hui on nous a dit qu'il y avait un club pour
les jeunes sur la base. Ça s'appelle Repaire, je crois.
M. King Kiley: Oui.
M. Pierre de Savoye: Pendant à peu près huit heures par
semaine, il y a des animateurs rémunérés sur place. On m'a dit que
ça vaut 15 000 $ par année, mais que cet argent ne sera plus là
l'an prochain. C'est vrai?
M. King Kiley: À ce que je sache, oui, c'est vrai, le Repaire
a réglé les besoins de certains élèves. Ils ont besoin de se
regrouper. Le plus dur pour les adolescents dans l'armée, c'est
qu'ils ne peuvent pas se faire un ami à qui se confier. On ne peut
pas trop se rapprocher parce que c'est l'armée qui s'occupe de
vous. Vous ne voulez pas être trop proche de votre ami parce qu'il
peut déménager du jour au lendemain. Ils ne forment donc pas les
mêmes liens que les autres adolescents.
Il est certain que le Repaire sert à quelque chose. C'est là
où les jeunes vont passer leur temps. Les jeunes ont besoin de cela
aussi. Mais ce n'est pas ouvert assez souvent. Il faut que l'école
devienne un deuxième lieu de rencontre et c'est de moins en moins
le cas parce que nous avons de moins en moins d'argent.
On peut toujours dire que l'enseignement relève du
gouvernement provincial. C'est vrai, mais il y a sur la base des
problèmes particuliers. Il suffit d'écouter tout ce qu'ont dit les
militaires et les membres de leurs familles. Il nous faut les
moyens financiers de régler le problème.
M. Pierre de Savoye: Vous avez bien fait d'intervenir. Ce que
vous avez dit est très important. Merci.
M. King Kiley: Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Adjum Paul Leblanc: Excusez-moi, monsieur. Est-ce que je
pourrais ajouter quelque chose? C'est vrai qu'il a été mon
instituteur il y a une vingtaine d'années.
Lorsque l'armée s'occupait des écoles, les principales unités,
comme la mienne, se voyaient attribuer une école. Lorsque j'étais
à Petawawa et qu'il y avait des écoles, on nous attribuait une
école et on l'aidait.
M. King a parlé des filets de basket-ball et des améliorations
à apporter. C'est le commandant de l'unité qui improvisait,
adaptait et réglait le problème et les choses s'arrangeaient parce
que c'était nos écoles et nos enfants qui étaient en jeu.
Lorsque la Défense nationale a perdu tout ça et que nous
sommes passés sous le contrôle des commissions scolaires civiles,
le commandant d'unité s'est retrouvé les mains liées. Aujourd'hui,
on ne donne plus un coup de main aux écoles parce qu'on n'a plus de
liens avec elles. Je ne sais pas si ça nous serait possible. Je ne
sais pas si le commandant de la base pourrait affecter des unités
aux écoles pour les aider, mais c'est ce qui se faisait avant.
M. King Kiley: J'aimerais ajouter une dernière chose à propos
des parents militaires. Les autres commissions scolaires peuvent
compter sur les comités de parents. C'est très difficile ici. Je
dirais que 90 p. 100 de ceux qui commencent leurs études
secondaires ici ne les finissent pas ici. Comment voulez-vous qu'un
parent s'intéresse à l'école—Paul est l'exception—, donne un coup
de main, qu'il s'agisse d'une vente de pâtisseries ou de déjeuners
communautaires, s'il sait que l'élève ne sera là que trois ou
quatre ans?
• 2310
La participation des parents à la vie scolaire, comme elle
existe ailleurs au Québec, nous manque beaucoup parce que les
militaires ne sont ici que pour deux ou trois ans. Nous ne pouvons
donc pas compter sur l'appui des parents, enfin pas tous, parce
qu'il y a d'excellents parents qui nous aident pendant qu'ils sont
ici. Mais après deux ans ils partent.
Le président: Merci.
[Français]
Madame Danielle Longpré.
Mme Danielle Longpré (témoigne à titre
personnel): Je veux appuyer ce qui a été
dit, mais tout de même ajouter quelque chose au sujet
du programme FORT et des subventions du programme FIRH
à l'intention de Micheline Laurencelle. Elle
disait que la subvention était accordée pour les cinq
dernières années à ceux qui ont eu des enfants et
qu'aux autres, elle était accordée pour trois ans.
Or, moi, je n'y suis pas admissible et je vais vous
dire pourquoi.
En 1993, quand je suis arrivée ici, je suis retournée
aux études. Quand le trimestre a été terminé, au mois
de mai, je n'ai pas trouvé de travail. En 1993, quand
je suis revenue d'Europe, j'ai eu droit à un peu moins
qu'une année de chômage. À cause de
cela, je ne suis pas admissible aux subventions du
FIRH.
À propos des politiques familiales,
j'aimerais dire qu'il serait bon de renforcer les
autres services. On sait que pour le gouvernement,
dans la conjoncture actuelle, tout est en
restructuration, même dans les hôpitaux. Les services aussi
ont été diminués.
Peut-être serait-il bon qu'on examine aussi les services
offerts actuellement. Cela ouvrirait peut-être les
yeux des employeurs, et des militaires aussi. Nous
avons en effet besoin que les services s'ajustent
à nos besoins, à la réalité de ce qu'on vit.
En ce qui concerne le programme FORT, j'y
travaille comme intervenante et bénévole. Je suis
prête à me battre pour conserver ce programme-là, parce
qu'on en a vraiment besoin, de même que les conjoints et
conjointes, lorsqu'ils laisseront l'armée pour
entreprendre une deuxième carrière.
Mon troisième point porte sur la façon de savoir
comment les propositions faites aujourd'hui seront
concrétisées, par quelles actions, et comment
nous serons informés de l'évolution des choses.
Le président: Madame Longpré,
tout ce qu'on aura
entendu ce soir va être rapporté à Ottawa. Nous allons
essayer de tout insérer cela dans notre rapport pour
ensuite le présenter au ministre. Je ne sais pas si
nous pourrons y inclure tout ce qu'on a entendu, parce
qu'on a entendu beaucoup de choses dans les diverses
bases. Ce sont parfois des problèmes à saveur locale.
Mais, en tout cas, j'espère que nous serons capables de
bien cerner les problèmes qui touchent tout le monde.
À partir de cela, nous les insérerons dans notre
rapport pour le présenter à la Chambre des communes,
pour qu'il soit acheminé au ministre.
• 2315
Mme Danielle Longpré: Merci beaucoup.
Mme Ginette Tremblay: Mme Longpré a parlé des
hôpitaux. J'aimerais savoir pourquoi les
dépendants—je n'aime pas le mot—n'ont pas le
droit, en cas d'urgence, d'aller à l'hôpital militaire.
Il faut aller à Loretteville. S'il arrive une
urgence, on n'a pas le droit d'aller à l'hôpital situé
à la base. J'aimerais savoir s'il serait possible
qu'éventuellement, partout au Canada, on puisse, en cas
d'urgence, utiliser les installations de la base où il
se trouve un hôpital. Quand il arrive une urgence, que
tu es toute seule, que ton mari est parti, aller à
Loretteville avec ton enfant, c'est loin.
Le président: Merci beaucoup de cette suggestion.
On arrive à notre dernier témoin, M. Louis Buteau.
Caporal Louis Buteau (témoigne à titre personnel):
Mon premier point va porter sur les
adolescents. Il touchera aussi un petit peu plus à
l'armée. En fin de compte, la famille finit
toujours par payer. Quand le militaire paie, toute la
famille suit par derrière.
Le premier de mes griefs, sans entrer dans le détail
de ma vie personnelle, c'est qu'un grief peut prendre
jusqu'à cinq ans à se régler. Quelques autres
personnes en ont glissé un mot. Dans une carrière de 20
ans, cinq ans, c'est long. Dans certains cas, un gars
aura travaillé plus longtemps à son grief qu'à sa
carrière. Je pense qu'il y a un problème sur ce plan.
C'est un exemple qui a été donné. On en a déjà parlé.
Un grief peut durer cinq ans.
Contrairement à mon collègue, je suis un peu la
politique. J'écoute ce qui se dit à propos de la
CPAC. On a déjà parlé de créer un
ombudsman. Je me trompe peut-être de terme, mais en tout
cas, je pense que cela sera connu.
On n'a pas besoin d'un syndicat dans l'armée. Je ne
pense pas qu'on en soit là. Mais si on a une
personne de l'extérieur pour juger des situations, peu
importe l'individu, si elle trouve que quelque chose ne va
pas, elle sera hors du système. Elle ne regardera pas dans
le livre vert de l'armée. Si le commis de ma
compagnie m'a répondu que je n'ai pas le droit de faire
quelque chose, quand
même je ferais un grief qui se rende jusqu'à Ottawa, le
commis d'Ottawa va ouvrir le même livre et cela ne
changera pas grand-chose. Cela peut prendre du temps,
mais cela ne peut pas changer grand-chose.
Si une interrogation est posée, cela veut dire que
la réponse n'est pas tout à fait claire ou
satisfaisante pour l'individu. Si on sortait la question
du système, sans pour cela la mettre entre les mains du
secteur privé ou dans celles des juges, il faudrait que
ce soit quand même rapide et simple. Ce serait
intéressant, à ce moment-là, de créer un tel système
pour aérer un peu le problème et obtenir une réponse
plus franche, plus directe. Si la réponse n'existe pas
dans ce fameux livre-là, il faudrait qu'on puisse créer une
réponse. Trop souvent, on s'arrête à ce que dit le
livre, alors qu'on devrait aller un peu plus loin.
Mon autre point concerne encore une fois les salaires.
Tout le monde en veut toujours davantage et nous ne
sommes pas différents des autres. Ce qu'on m'a
expliqué—je ne sais pas jusqu'à quel point c'est
vrai, mais peu importe—, c'est que pour déterminer
mon salaire, on fait la comparaison avec
les employés de la fonction publique. Par exemple, on
me compare avec une personne qui travaille au bureau de
poste, qui est en charge de quatre ou cinq personnes et
qui gagne par exemple 35 000 $. Donc, on établit le
salaire du caporal-chef Buteau à 35 000 $.
On ne tient pas compte du fait que moi, je
dois parfois coucher dehors, ce qui n'arrive pas souvent à
l'employé du bureau de poste. Je ne veux pas entrer
dans tous ces détails. Il est vrai que depuis
environ 10 ou 15 ans, en tout cas depuis quelques
années, on tolère une légère différence. On a toléré
que les salaires dans l'armée prennent un léger
retard. Avec les années, on l'a toléré de plus en plus
et de plus en plus.
Est-ce bien ainsi
qu'on calcule les salaires? Je vous demande, à vous
qui êtes députés pour la plupart, si vous toléreriez
qu'un député de l'Ontario gagne moins cher ou plus cher
qu'un député de Terre-Neuve. Je ne pense pas que vous
répondiez oui. Cela serait intolérable.
Ce qui fait que tout le monde se sent frustré, c'est de
voir des gens être payés temps double pour des heures
supplémentaires alors que nous gagnons 12 $ et
quelques sous. Je ne veux pas entrer dans les détails.
Ce que nous demandons, ce n'est pas nécessairement une
augmentation, mais que cette tolérance qui a prévalu et
que je ne trouve pas acceptable, que peu de gens
trouvent acceptable,... On ne quête pas.
Si notre salaire se compare à celui d'un employé du
bureau de poste, eh bien, qu'au moins on ait un salaire
égal. Selon moi, je devrais peut-être avoir plus parce
que moi, je couche dehors et je vais à Haïti.
Qu'on me donne au moins un
salaire égal.
• 2320
J'estime que je devrais peut-être recevoir
plus parce que justement, je couche dehors, je suis
appelé à travailler à Haïti, etc. Je souhaite qu'on me
donne au moins un salaire égal. Je ne penserais même
pas à demander une augmentation. Je ne pense pas
devoir quêter, mais je pense qu'on devrait nous donner
ce qui nous revient.
À tous les mois, lorsque je reçois ma paie,
j'ai l'impression qu'on m'a enlevé 200 $ ou 300 $
et qu'il me manque quelque chose,
que quelqu'un ne me donne pas ce qui m'est dû. Je
ne l'ai pas volé, ce n'est pas de la pitié, mais il y a
quelqu'un qui a dit que c'est cela que ça vaut. Alors,
donnez-nous notre dû. C'est mon point de vue.
Comme dernier point, je parlerai des congés.
On peut ici aussi se comparer aux employés des Postes
au fédéral, à qui on accorde je ne sais trop combien de
congés. Les Forces ont émis une politique nous
interdisant désormais d'accumuler nos congés
parce que cela coûtait trop cher à la longue, etc.
Je suis d'accord à ce qu'on prenne nos congés—25
jours par année dans mon cas—, si cela est possible,
bien entendu. Cela a l'air plus facile. Ce n'est pas
beaucoup, 25 jours, mais parfois c'est quasiment trop. On ne
réussit pas toujours à les prendre.
Je me demande pourquoi et
comment on peut obliger quelqu'un à prendre
des congés. Quand on se penche sur la politique
familiale, on constate que le militaire doit prendre
ses congés, sinon il risque de se brûler et,
après 20 ans, il sera
écoeuré au lieu d'être plein de pep. En prenant congé 25
jours à tous les ans, il est bon pour endurer une
carrière de 30 ou 40 ans dans l'armée sans problème.
Il aimera cela tout au long.
Je me demande comment on peut être en congé et
réussir à apprécier pleinement ces moments en compagnie de
sa famille et de ses enfants. Lorsqu'un
militaire est brassé un peu, toute sa parenté s'en
ressent. Comment peut-il être en congé avec sa
famille, se reposer, se détendre, se changer les
idées et déconnecter un petit peu quand il peut
recevoir un préavis de deux, trois ou quatre heures lui
demandant de revenir au travail? Moi, j'ai de la
misère à faire cela.
J'ai de la difficulté quand on m'accorde
huit de mes 25 jours de congé et
qu'on m'appelle et me demande de rentrer au travail
dans deux heures.
Je ne suis pas capable de déconnecter et de prétendre
pour un instant que je ne suis plus dans l'armée.
Lorsque je me promène aux Galeries de la Capitale avec mes
enfants, j'apporte ma pagette. Si je l'ai oubliée, j'appelle au bureau de
service à toutes les deux heures. Je ne suis pas tout
à fait en congé, n'est-ce pas?
Si vous affirmez que nous sommes égaux, il faut
que vous nous offriez au moins des conditions égales.
Sinon, arrêtons de le dire. Disons que
l'armée, c'est cela et n'en parlons plus.
Comparez des pommes avec des pommes.
C'est tout.
[Traduction]
Le président: Monsieur Benoit, vous aviez une question.
M. Leon Benoit: Vous parlez de différence de salaire. Je ne
suis pas certain de comprendre là où vous voulez en venir. Vous
parliez de la différence entre ce que vous touchez et ce que vous
valez? C'est de ça que vous parlez?
[Français]
Capl Louis Buteau:
À mon avis, on devrait pouvoir comparer le salaire d'un
caporal-chef qui dirige cinq ou
six personnes à celui d'un employé des Postes qui
supervise lui aussi cinq ou six
personnes. Si cet employé gagne 35 000 $, je devrais gagner
35 000 $. Si je couche dans
le bois et tout cela, qu'on en tienne compte ou pas
dans le calcul de ma prime,
cela ne me dérange pas. Je ne veux pas toucher un salaire
de 60 000 $ non plus.
Mais si on part du fait qu'un employé des Postes
gagne 35 000 $ et que je devrais gagner 35 000 $,
on constate qu'au cours des quelque huit dernières
années, on a toléré un écart qui, au lieu de se
résorber, est allé en s'agrandissant.
Je ne connais pas les chiffres exacts, bien que
d'autres les connaissent sûrement. Je crois me souvenir
qu'il s'agit d'un écart de l'ordre de quelque 16 p. 100
pour les officiers et de 6 ou 8 p. 100 pour les
militaires du rang.
Cet écart est inacceptable. Il s'agit pour moi d'un manque
à gagner de 6 p. 100, tandis que pour d'autres, c'est
encore plus.
[Traduction]
M. Leon Benoit: Entendu. Maintenant, vous avez dit que si
quelqu'un ne veut pas 25 jours de congé, il ne devrait pas y être
forcé. J'imagine que vous voulez dire qu'il devrait pouvoir
travailler et être rémunéré s'il ne veut pas prendre congé?
[Français]
Capl Louis Buteau: Je crois qu'il y a
environ quatre ans, on nous donnait droit à
25 jours de congés annuels payés et que si, au 31 mars, nous n'en
avions utilisé que 12 parce que nous suivions des cours
ou pour toute autre raison, il nous restait huit journées
dites «accumulées». Depuis que la nouvelle politique
est en vigueur, on ne permet plus à un militaire
d'accumuler 100 jours au cours d'une période de 20 ans.
• 2325
On affirme que cela coûtait trop cher et que les
motifs importent peu. On insiste pour qu'on utilise
nos 25 journées de congé. Par contre, il peut arriver
qu'un militaire qui est instructeur
ne puisse pas utiliser ses 25 jours. S'il lui reste
trois ou quatre jours, on peut lui dire:
«Too bad, tu pars en congé quand même; c'est dommage
que ce soit en mars.» Le
premier bataillon peut être appelé à participer
à une intervention immédiate et, comme cela s'est
produit la semaine passée, on ne nous donne que deux
heures d'avis. Il est difficile
de prendre congé et de se reposer quand on nous
enjoint de ne pas aller trop loin. Je trouve cela un
peu dur.
[Traduction]
M. Leon Benoit: Merci.
[Français]
Le président: Merci beaucoup.
Mesdames et messieurs, merci beaucoup. La journée a
été très longue, mais elle a été très intéressante pour
nous. Je vous remercie encore pour vos suggestions et
vos commentaires. Merci et bonsoir.
La séance est levée.