STANDING COMMITTEE ON NATIONAL
DEFENCE AND VETERANS AFFAIRS
COMITÉ PERMANENT DE LA DÉFENSE
NATIONALE ET DES ANCIENS COMBATTANTS
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le jeudi 18 mars 1999
• 0900
[Traduction]
Le président (M. Pat O'Brien (London—Franshawe, Lib.)):
J'aimerais ouvrir la séance du Comité permanent de la défense
nationale et des anciens combattants.
Mes collègues se souviendront que nous allons maintenant
passer à une question très importante, celle de l'indemnisation des
membres de la marine marchande. Mme Wayne a présenté une motion
tout à l'heure, qui a été déposée pour fins de discussion.
Plusieurs témoins aimeraient comparaître devant le comité et nous
les entendrons au cours des prochaines semaines, je crois, pour que
chacun ait l'occasion de se présenter.
Le but du comité, et mon but en tant que président, est de
veiller à ce que puissent s'exprimer librement tous ceux qui ont un
témoignage pertinent à présenter à ce comité permanent, le Comité
permanent de la défense nationale et des anciens combattants, à
propos de cette question importante. Une fois que toutes les
parties intéressées auront pu dire tout ce qu'elles avaient à dire,
le comité sera saisi de cette question ainsi que d'au moins une
motion qui a déjà été déposée.
Comme je l'ai dit, il y a plusieurs groupes qui aimeraient
comparaître. Nous avons d'autres travaux à effectuer aussi, ce qui
pourrait brièvement interrompre ces audiences, par exemple le
budget du comité. Comme nous avons très peu de temps pour étudier
le budget, il est possible qu'au cours des prochains jours, nos
réunions ne portent pas exclusivement là-dessus, mais c'est la
question dont nous sommes vraiment saisis actuellement, et à moins
d'être obligés d'étudier d'autres questions pour des raisons
d'échéances, nous étudierons exclusivement cette question jusqu'à
ce que nous en ayons terminé.
J'aimerais souhaiter la bienvenue aux témoins aujourd'hui.
Nous allons écouter deux groupes, le premier étant la Légion royale
canadienne.
Aviez-vous un rappel au Règlement, monsieur Goldring?
M. Peter Goldring (Edmonton-Est, Réf.): Oui, j'ai un rappel au
Règlement. J'aurais un commentaire et une question. J'aimerais
savoir s'il y a eu des changements depuis qu'une motion a été
présentée devant le comité à l'effet que ces travaux soient
effectués et qu'un rapport soit présenté avant le congé d'été.
Il y a eu récemment des articles dans le journal disant que si
certaines choses ne se passaient pas d'ici un mois et demi, la
grève de la faim continuerait, et j'aimerais donc savoir si notre
programme de travail a changé par rapport au congé d'été; je
croyais que nous étions tous d'accord là-dessus. Si ce programme
n'a pas été modifié, quelle est la raison de la grève de la faim?
Quel rapport sera présenté d'ici un mois et demi?
Le président: D'abord, le comité n'a aucun contrôle sur la
grève de la faim. Nous sommes désolés. Franchement, nous ne croyons
pas que ce soit une tactique nécessaire. Je peux vous assurer en
tant que président, que tout groupe qui souhaite comparaître devant
ce comité pourra le faire. Que l'on fasse une grève de la faim ou
non, on a le droit de comparaître.
Permettez-moi répondre à votre question. Ce n'est pas au
comité de discuter de la grève de la faim.
Quant à notre programme de travail, il n'y a eu aucun
changement; j'en aurais parlé. Notre but est d'entendre tous ceux
qui souhaitent comparaître devant ce comité et de présenter un
rapport avant le congé d'été de la Chambre. Voilà ce qu'il en est.
Poursuivons maintenant avec le premier...
Un rappel au Règlement, madame Wayne.
Mme Elsie Wayne (Saint John, PC): J'avais demandé au ministre
s'il pouvait accélérer le processus pour que cela se fasse avant le
congé d'été, et je l'ai demandé à la Chambre des communes. Il a
répondu qu'ils ont une procédure à suivre. Et je crois que
maintenant tout le monde comprend que nous leur demandons, avant le
congé au mois de juin, si c'est possible, de terminer notre rapport
et d'obtenir des recommandations en retour.
Le président: Je vois.
Mme Elsie Wayne: C'est ce que nous avons demandé.
Le président: Merci, madame Wayne.
Je n'étais pas au courant de cela, et je vous remercie de
cette précision.
Mme Elsie Wayne: Je vous en prie.
Le président: Le but de notre programme de travail est
d'entendre tout le monde, de permettre à tous de s'exprimer.
J'espère que nous allons pouvoir terminer au mois de mai, peut-être
à la fin du mois d'avril. Il est difficile de savoir aujourd'hui
comment les choses vont évoluer et quelles questions vont être
soulevées, mais il est très clair que notre but est d'entendre tous
les témoins et, comme Mme Wayne vient de dire, d'achever notre
rapport avant le congé d'été, et c'est ce que j'ai dit aussi.
• 0905
Sur cette introduction et cette mise au point, j'aimerais
maintenant passer aux témoins.
Messieurs, M. Allan Parks et M. Jim Rycroft de la Légion
royale canadienne, qui va commencer?
M. Allan Parks (président du Comité des services aux anciens
combattants, Légion royale canadienne): Je commencerai.
Le président: Oui, monsieur Laurin, avez-vous un rappel au
Règlement?
[Français]
M. René Laurin (Joliette, BQ):
Monsieur le président, on m'a dit qu'un seul
membre du comité avait reçu une copie du texte que vont nous
présenter ce matin nos témoins. J'aimerais savoir
s'il est exact qu'une seule copie en a été
remise à un membre du Parti réformiste, en anglais,
parce que la traduction du document n'a pas faite,
contrairement aux règles de notre comité.
Je ne vais pas
retarder les travaux du comité pour cette raison,
mais j'apprécierais que le membre du comité qui en
a reçu une copie en
anglais, s'il est vraiment le seul à en avoir reçu une,
remette son texte au greffier. Il en
recevra une copie en même temps que tous les autres,
lorsque la traduction aura été faite.
[Traduction]
Le président: Merci, monsieur Laurin. Voici ce qu'il en est.
Ce comité, comme la plupart des comités de la Chambre, fonctionne
dans les deux langues officielles, et nous demandons à nos témoins
de soumettre tout mémoire écrit qu'ils aimeraient faire distribuer
au greffier du comité—monsieur Morawski, dans ce
cas-ci—suffisamment à l'avance pour qu'il ou elle puisse faire
traduire le document et le distribuer aux membres du comité dans
les deux langues officielles, conformément aux règlements du comité
et de la Chambre.
Le greffier me dit que les témoins ici présents ont en effet
soumis leur mémoire mais qu'il y a eu un problème au bureau du
greffier. Donc, les témoins ont bien répondu à notre demande et aux
conditions, mais malheureusement il y a eu une erreur et le
document n'a pas été traduit. M. Goldring a un exemplaire en
anglais et les autres membres du comité recevront le même document
en anglais dans quelques instants, mais nous devons présenter nos
excuses aux deux côtés de la table car, en réalité, il ne s'agit
pas seulement de M. Laurin mais de d'autres membres du comité des
deux côtés de la table pour qui le français est la langue
maternelle et qui sont plus à l'aise en français.
Monsieur le greffier, si je comprends bien, il y a eu un
problème au bureau du greffier, et les témoins n'y sont pour rien.
Le greffier du Comité: Le document a été égaré.
Le président: Donc, monsieur Laurin, comme les témoins ont
fait ce qui leur était demandé, nous allons devoir permettre que le
document soit distribué et, comme vous l'avez demandé, nous
obtiendrons un exemplaire pour vous et nous demanderons aux
interprètes de vous aider le plus possible.
Monsieur Bertrand.
[Français]
M. Robert Bertrand (Pontiac—Gatineau—Labelle, Lib.):
Monsieur le président, j'ai une copie
de la traduction du document.
Est-ce la présentation de M. Parks qui n'est pas
traduite? J'ai une copie de la
présentation de M. Ferlatte; elle est
traduite.
[Traduction]
Le président: Il s'agit du mémoire de la Légion.
Je ne veux pas prendre tout le temps des témoins et de notre
période des questions pour discuter de questions de procédure. J'ai
expliqué quel était le problème. Il s'agit de notre problème et non
d'un problème des témoins. Des exemplaires en anglais seront
distribués. Un exemplaire sera fourni aux interprètes pour qu'ils
puissent aider ceux qui seraient plus à l'aise en français, et nous
fournirons au moins un exemplaire en anglais à tous les membres du
comité.
• 0910
J'aimerais continuer. Pouvons-nous continuer sans passer
beaucoup plus de temps à discuter des questions de procédure?
Monsieur Goldring.
M. Peter Goldring: J'aimerais savoir s'il serait possible
d'obtenir nos copies un peu plus tôt. Est-ce le plus tôt que nous
pouvons obtenir un exemplaire du mémoire ou serait-il possible que
les copies du mémoire soient livrées à nos bureaux plus tôt pour
que nous puissions les étudier?
Le président: Je suis ici depuis près de six ans, et je peux
vous dire que souvent les témoins arrivent avec plusieurs documents
qu'ils apportent avec eux. Je suppose que c'est difficile pour eux
d'effectuer tout ce travail et de nous envoyer les documents plus
tôt parfois, mais j'ai dit aux témoins dans le passé qu'à ma
connaissance, tous les députés peuvent lire. Je ne plaisante pas,
c'est dans leur intérêt de nous fournir ces documents le plus tôt
possible.
Nous avons reçu les documents il y a une dizaine de jours.
Nous allons faire notre possible pour que les documents soient
distribués aussi vite que possible une fois que le greffier les a
reçus. Voilà. Je suis désolé que ce document n'est pas disponible,
M. Morawski a dit que le problème s'est produit à son bureau.
J'aimerais maintenant commencer. Monsieur Rycroft, allez-vous
commencer?
M. Allan Parks: Non, je vais commencer.
Le président: Bienvenue. Allez-y, s'il vous plaît.
[Français]
M. René Laurin: Monsieur le président, je
regrette, mais s'il y a des membres du comité qui ont une copie
du texte entre les mains, je considère que je suis
désavantagé pour interroger les témoins.
Si le député qui a une copie entre les
mains n'accepte pas, par courtoisie, de remettre sa
copie au greffier afin
qu'on puisse tous travailler sur le même pied,
je me retirerai du comité.
[Traduction]
Le président: Je l'ai déjà dit, mais vous ne m'avez peut-être
pas entendu. Tous les membres du comité vont recevoir un exemplaire
du mémoire d'ici une minute ou deux, car le greffier fait des
photocopies pour tous les membres. Nous aurons tous un exemplaire
du mémoire, mais, malheureusement, seulement en anglais. Nous ne
l'avons pas en français. Je ne peux pas dire aux témoins que même
s'ils ont répondu aux critères, nous ne pouvons les entendre. Je
comprends votre déception, monsieur Laurin, mais je crois que vous
devrez en parler au greffier, parce qu'il a dit que le problème
s'est produit à son bureau.
[Français]
M. René Laurin: Monsieur le président, je
ne vous demande pas de ne pas entendre les
témoins. Ces gens-là méritent le
respect du comité. Je demande simplement aux
membres du comité qui ont une copie du mémoire
entre les mains de
la remettre au greffier pour que nous puissions
tous travailler sur le même pied. C'est ce que je demande.
Si les membres du comité ne sont pas prêts à faire
cela, je considère que je ne suis pas un membre du
comité à part égale et je devrai me retirer pendant
l'audition de ces témoins.
[Traduction]
Le président: Oui, je comprends maintenant. Les interprètes
ont un exemplaire en anglais et pourront donc nous aider. On est en
train de faire des photocopies. Puis-je demander pourquoi des
copies en anglais n'ont pas été distribuées aux députés plus tôt?
Le greffier: Nous les distribuons seulement quand nous les
avons dans les deux langues.
Le président: D'accord, je vois quel est le problème. Les
documents sont distribués seulement une fois que nous les avons
dans les deux langues officielles. La Légion a fourni un exemplaire
suffisamment à l'avance, mais un problème s'est produit au bureau
du greffier. On n'a pas pu le faire. Le mémoire n'a pas été traduit
en français. Le greffier est en train de faire des photocopies en
ce moment. Aussitôt qu'elles seront disponibles, nous les
fournirons aux membres du comité.
Nous allons écouter les témoins, et tous les députés auront
leur exemplaire dans un instant. Je confirme que les témoins ont
satisfait aux conditions. Je présente mes excuses aux députés pour
cette erreur au nom du bureau du greffier, et je vais maintenant
continuer avec cette réunion, en commençant avec la Légion et M.
Parks.
M. Allan Parks: Merci, monsieur le président, mesdames et
messieurs les membres du comité. La Légion royale canadienne est
heureuse de cette occasion de répondre aux commentaires formulés
par...
M. Robert Bertrand: J'invoque le Règlement, monsieur le
président.
Le président: Monsieur Bertrand.
M. Robert Bertrand: Dans ce cas-ci, je crois que M. Laurin a
raison. Je ne crois pas que ce soit acceptable qu'un membre du
comité ait le document tandis que, si j'ai bien compris, les autres
ne l'ont pas. Que l'on suspende les travaux deux ou trois minutes
pour que tout le monde puisse recevoir un exemplaire du mémoire.
Le président: D'accord. Les autres membres du comité sont-ils
d'accord? Très bien, la séance est suspendue pour quelques minutes.
M. Robert Bertrand: Je ne sais pas quel membre du comité l'a
entre ses mains, mais si ce député pourrait donner son exemplaire
au greffier, nous pourrions commencer.
• 0915
Le président: Si vous me le permettez, je ne crois pas que
M. Goldring soit obligé de donner un document qu'il est... Je sais
que vous voulez intervenir, monsieur Earle, mais je vais finir mon
commentaire. Ça me fait penser aux étudiants, vous savez. Les
députés sont nerveux aujourd'hui. Je suis comme le professeur de
classe qui essaie de dire quelque chose et qui a cinq jeunes
auxquels il veut donner la parole aussi. Il va pouvoir leur donner
parole, mais il doit pouvoir parler aussi.
Je crois qu'on vous a très bien compris. Je ne voulais pas
manquer de considération pour M. Laurin, mais il faut être juste
envers les témoins qui ont respecté les critères, et très
franchement, ils ne sont pas responsables du bureau du greffier.
Une erreur a été commise. Voici les exemplaires, et pendant qu'on
les distribue, je donne la parole à mon collègue et ami, M. Earle.
M. Gordon Earle (Halifax-Ouest, NPD): Si j'ai bien compris le
problème, ce n'est pas vraiment qu'on n'a pas tous reçu une copie
en anglais. Je crois que M. Laurin essayait de dire qu'il aurait dû
recevoir une copie en français.
Le président: Oui, c'est cela.
M. Gordon Earle: Au lieu de m'opposer à cela, je proposerais
qu'aucun membre n'ait de copie et que nous demandions aux témoins
de faire leurs exposés. De cette manière, nous serons tous sur un
pied d'égalité. Nous pourrions écouter l'exposé et en discuter. Une
fois le document traduit, tout le monde pourrait en recevoir un
exemplaire dans l'une ou l'autre langue.
Le président: Eh bien, je suis ouvert à vos suggestions. En
tant que président, j'ai l'impression que M. Goldring a le droit
d'avoir une copie du document. Le fait qu'il l'a ne pose pas de
problème, entendons-nous bien. Les autres membres du comité et moi-même
recevrons tout de suite une copie en anglais au moins. On a
fait une erreur, qui ne touche pas seulement M. Laurin. J'ai des
collègues de ce côté-ci pour qui le français est aussi la langue
maternelle, et je suis certain qu'ils préféreraient avoir le
document en français, mais en raison d'une erreur commise ici, cela
n'est pas possible. Je dirais que si nous avions tout le document
en anglais et qu'avec l'aide des interprètes, nous pourrions plus
facilement prendre en considération les points soulevés par les
témoins que si on faisait comme vous proposez, monsieur Earle. Mais
si les membres ne sont vraiment pas d'accord, j'accueillerai une
motion dans un instant.
M. Goldring veut faire un autre rappel au Règlement. Je ne m'y
attendais pas, je suis désolé.
M. Peter Goldring: J'espère que les témoins n'auront pas
l'impression qu'ils ont manqué à leur devoir en nous donnant un
exemplaire du document. Nous sommes arrivés tôt et nous leur avons
demandé un exemplaire, et nous avons été très heureux de le
recevoir. Nous n'avions pas la moindre idée que cela pourrait créer
des difficultés. Je tiens donc à rassurer les témoins qu'ils n'ont
commis aucune faute en nous remettant une copie du document. Nous
sommes tout simplement arrivés un peu avant les autres. Je voulais
apporter cette précision.
Merci.
Le président: Très bien.
[Français]
M. René Laurin: Monsieur le président,
en permettant au greffier de
distribuer à tous les membres du comité une copie en anglais
seulement, vous ne réglez pas le problème. Au
contraire,
vous l'aggravez parce que je serai le seul à
ne pas en avoir une copie dans sa langue.
Il me semble qu'il serait plus juste que
le membre du comité qui en a une copie entre les
mains accepte, par courtoisie pour les autres membres
du comité, de remettre au greffier la copie qu'il a reçue. Je
sais qu'il n'est pas obligé de le faire. Il a reçu
le document et il peut bien le garder. Cependant, pour
que tous puissent travailler
sur le même pied, j'apprécierais que ce geste de
courtoisie soit posé.
Si, en plus, monsieur le président, vous
distribuez à tous les autres membres du comité
une copie dans leur langue alors que
je n'en ai pas une dans ma langue,
vous aggravez le problème au lieu de l'atténuer.
[Traduction]
Mme Elsie Wayne: Est-ce que je peux faire un rappel au
Règlement à ce sujet?
Le président: Oui, madame Wayne.
Mme Elsie Wayne: Avec tout le respect que je dois à mon
collègue du Bloc, l'exposé qui sera présenté ce matin sera traduit
pour tout le monde. Je tiens pour acquis que les témoins ne vont
pas lire le document. Vous allez nous faire un exposé, en passant
certaines choses sous silence, en résumant certains points et en
abordant seulement certaines questions. Allez-vous lire le
document?
M. Allan Parks: Je vais lire un rapport de cinq pages.
Mme Elsie Wayne: Le document contient cinq pages et il sera
traduit pour tous les membres. Entre temps, je crois qu'on pourra
vous fournir aussi une traduction écrite.
Le président: Je comprends très bien le point soulevé par
M. Laurin, mais j'aimerais y apporter une petite précision. Si je
ne m'abuse, le français est aussi la langue maternelle de notre
collègue M. Bertrand, et peut-être d'autres. Dans le cas de M.
Cloutier, je ne suis pas sûr. Il parle très bien les deux langues,
mais je ne sais pas laquelle est sa langue maternelle. Ce n'est
donc pas seulement M. Laurin pour qui le français est la langue
maternelle et la langue de préférence. Soyons clairs là-dessus.
Je vous rappelle encore une fois que la Légion a bien respecté
nos exigences concernant la documentation. Comme je l'ai dit à
maintes reprises, il y a eu un problème au bureau du greffier, et
le problème ne se reproduira pas. Sinon, nous devrons faire enquête
sur la situation pour savoir qui a commis l'erreur et comment
corriger le problème. Je voudrais m'excuser auprès des témoins pour
toute cette discussion sur la procédure.
• 0920
J'aimerais signaler que M. Goldring vient de nous aider à
trouver une solution en remettant son exemplaire au greffier. Il
n'était pas obligé de le faire et nous apprécions son geste.
Merci, monsieur Laurin. Je comprends très bien votre point de
vue. Je regrette que nous ayons commencé la réunion par une longue
discussion de procédure. Passons à l'essentiel, c'est-à-dire M.
Parks et la Légion.
M. Allan Parks: Merci encore une fois, monsieur le président.
La Légion royale canadienne accueille favorablement cette
occasion de répondre aux commentaires formulés par le Comité le
1er décembre 1998. Mon nom est Allan Parks, et je suis président du
Veterans' Service and Seniors Committee. Je suis accompagné du
sénateur Jack Marshall, grand président de la Légion royale
canadienne, et de M. Jim Rycroft, directeur du Service Bureau
Dominion Command.
En ce qui a trait à l'indemnisation des anciens combattants de
la marine marchande, la direction nationale de la Légion royale
canadienne a endossé le principe d'indemniser les anciens
combattants de la marine marchande à sa réunion des 27 et
28 février 1999 à Ottawa.
La direction nationale est l'organe qui dirige la Légion,
lorsque sa convention nationale, qui a lieu aux deux ans, ne siège
pas. Elle se réunit deux fois par année afin de traiter des
affaires courantes de la Légion et des problèmes qui surviennent
entre les congrès.
La Légion royale canadienne représente les intérêts de tous
les anciens combattants au Canada. Elle tient à ce que le comité
utilise une formule équitable pour indemniser les anciens
combattants de la marine marchande qui ont été lésés dans le passé.
Quelle que soit la méthode retenue, la Légion souhaite sincèrement
qu'elle réponde également aux besoins des autres groupes d'anciens
combattants laissés pour compte, comme les pilotes du transport
aérien, afin que la contribution d'aucun ancien combattant ne soit
négligée.
La Légion demande que tous les organismes d'aide aux anciens
combattants veillent ensemble à l'application de mesures justes à
l'endroit des anciens combattants de la marine marchande. Nous
sommes convaincus que la même approche fera en sorte que d'autres
groupes qui ont souffert d'injustices dans l'application des lois
d'indemnisation soient traités équitablement.
M. Jim Rycroft (directeur, Bureau d'entraide, Légion royale
canadienne): Trouver une méthode qui rétablisse la justice 55 ans
après le fait n'est pas chose facile. Du point de vue de la Légion
royale canadienne, il y a deux aspects à considérer. Le premier,
c'est l'indemnisation pour les occasions perdues. La Loi sur les
terres destinées aux anciens combattants et l'aide financière aux
études sont deux avantages qu'on a refusés à certains anciens
combattants de la marine marchande.
Nous avons appris qu'une certaine aide financière a été mise
à la disposition de la marine marchande en 1949, tout comme les
avantages de la Loi sur les terres destinées aux anciens
combattants, quand l'ancien combattant visé touchait une pension
d'invalidité. Le ministère des Anciens combattants révèle que
seulement 13 p. 100 des anciens combattants de l'armée se sont
prévalus de l'un de ces avantages, auxquels ils étaient
admissibles. Le ministère des Anciens combattants a d'ailleurs fait
savoir récemment qu'environ 5 p. 100 seulement des anciens
combattants qui étaient admissibles ont demandé les avantages
prévus par la Loi sur les terres destinées aux anciens combattants
entre 1945 et le début de la guerre de Corée. Après la guerre de
Corée, les chiffres ne sont pas répartis, mais il serait peut-être
possible de demander au ministère des précisions à ce sujet.
Pour des questions comme la priorité d'emploi dans la fonction
publique, peut-on prétendre que cet avantage était compensé par
l'admissibilité des anciens combattants de la marine marchande à
l'assurance-chômage, y compris aux allocations de chômage?
Étant donné la complexité des problèmes, il est à peu près
impossible de voir rétrospectivement qui était admissible à quoi et
de déterminer ce que quelqu'un aurait fait il y a plus de cinquante
ans. Selon nous, une certaine indemnisation s'impose pour redresser
l'injustice créée par les occasions perdues, mais elle doit être
pondérée par le fait que les anciens combattants de la marine
marchande ne se seraient pas tous prévalus des avantages et que
certains d'entre eux ont pu en profiter dans la mesure restreinte
où ces avantages étaient disponibles. Nous souhaitons vivement
connaître l'avis des autres groupes sur cette question.
Le deuxième aspect est celui de l'injustice créée par les
critères appliqués aux anciens combattants de la marine marchande
avant qu'ils deviennent admissibles à une pension d'invalidité, en
1992. Le principe de l'assurance était acquis aux anciens
combattants de l'armée, de la marine et de l'aviation, tandis que
pour un ancien combattant de la marine marchande, la pension devait
découler d'une situation de combat. Ainsi un ancien combattant de
la marine marchande n'aurait pas eu droit à pension pour une
invalidité causée par une chute due à une mer houleuse, tandis
qu'un marin de l'armée y aurait eu droit.
• 0925
Tout cela a changé en 1992, mais il faut considérer les cas
non couverts par le principe de l'assurance avant cette date. Si,
comme le ministère le laisse entendre, plus de 75 p. 100 des
anciens combattants de la marine marchande reçoivent aujourd'hui
des prestations, il n'est pas trop difficile d'établir ceux parmi
les autres qui se sont vu refuser la pension avant 1992 parce que
le principe de l'assurance ne s'appliquait pas.
Le gouvernement tente de donner une valeur rétroactive à la
loi, et nous lui en savons gré. Par conséquent, la Légion royale
canadienne recommande le versement à titre gracieux—c'est-à-dire
fondé sur une obligation morale—d'un montant égal à la pension que
l'ancien combattant de la marine marchande ou ses héritiers aurait
reçu si le principe de l'assurance s'était appliqué avant 1992.
M. Allan Parks: Les anciens combattants de la marine marchande
sont admis à la Légion royale canadienne comme membres à part
entière depuis 1926. La Légion royale canadienne a longtemps
réclamé la reconnaissance des anciens combattants de la marine
marchande, jusqu'à ce que cela soit reconnu par la Loi sur les
avantages liés à la guerre pour les anciens combattants de la
marine marchande et les civils. La résolution 11 adoptée à notre
congrès de 1990 réclamait cette reconnaissance entière, et l'accès
des anciens combattants de la marine marchande au programme
d'autonomie des anciens combattants.
Le comité devrait maintenant trouver une façon équitable de
corriger les injustices du passé. Ce ne sera pas facile. Il faudra
tenir compte des circonstances exceptionnelles qui s'appliquent aux
prisonniers de guerre détenus à Hong Kong et à Buchenwald, qui ont
récemment reçu un montant forfaitaire. Ces deux groupes ont vécu
des épreuves particulièrement pénibles.
Comme nous l'avons dit au début du mémoire, la question, pour
les anciens combattants de la marine marchande, est de savoir
comment obtenir la parité avec les anciens combattants de l'armée,
de la marine et de l'aviation avant 1992. Cela doit se faire
d'après divers facteurs appliqués au service qu'ils ont rendu à
leur pays. Quoi qu'il en soit, les anciens combattants arrivent à
un âge où leurs besoins se confondent, et il est temps de les
indemniser équitablement pour corriger les injustices du passé.
Nous espérons que le témoignage de la Légion royale canadienne
aidera le comité à atteindre ce but.
Le président: Vous avez terminé votre exposé? Très bien, merci
beaucoup. Vos remarques étaient succinctes.
Nous passons maintenant à un tour de questions de 10 minutes,
en commençant par M. Goldring, du Parti réformiste.
M. Peter Goldring: Merci pour votre exposé, messieurs.
J'ai deux ou trois questions à vous poser. Vous avez parlé du
versement forfaitaire à titre gracieux. Est-il censé tout
comprendre ou est-il censé être distinct du calcul aux fins du
principe de l'assurance? Vous pourriez peut-être nous expliquer
comment ce calcul se ferait. Se ferait-il au cas par cas, selon les
états de service de chacun? Tient-on compte dans le calcul du fait
que les états de service des anciens combattants sont aussi plus ou
moins longs? Autrement dit, le versement à titre gracieux
viendrait-il se substituer complètement au principe de l'assurance
ou viendrait-il plutôt s'y ajouter?
M. Jim Rycroft: Merci, monsieur Goldring.
Il y a deux volets à notre proposition. Le premier vise le
versement d'une somme globale à titre gracieux pour tenir compte
des éléments intangibles, de ce qu'il est impossible de mesurer de
façon exacte 55 ans après le fait. L'autre est plus facile à
calculer de façon exacte. Le montant correspondrait aux prestations
d'invalidité qui auraient été versées aux anciens combattants de la
marine marchande si le principe de l'assurance s'était appliqué à
eux tout comme leurs homologues en uniforme. Le calcul serait fait
de façon individuelle pour ceux qui souffriraient d'une invalidité
en raison de leur service dans la marine marchande.
M. Peter Goldring: Le calcul se ferait donc à partir de la
guerre jusqu'à ce jour?
• 0930
M. Jim Rycroft: Ce serait effectivement le cas, d'après nous,
à condition que l'ancien combattant en ait fait la demande. Dans le
cas des anciens combattants en uniforme, le calcul se fait à partir
du moment où la demande a été faite. Il en serait de même pour les
anciens combattants de la marine marchande. Ceux qui en auraient
fait la demande auraient bien entendu été refusés parce que le
principe de l'assurance ne s'appliquait pas à eux. Il y en a
cependant parmi eux qui ont présenté une demande qui a été rejetée,
et il serait assez facile de retrouver la trace de leur demande
dans les dossiers.
M. Peter Goldring: Ainsi, il vous faudrait obtenir la
confirmation que la demande aurait été faite à une date précoce.
C'est comme cela que le processus serait déclenché?
M. Jim Rycroft: Il faudrait effectivement qu'il y ait des
éléments de preuve. Il pourrait s'agir, non pas d'une demande
officielle, mais de lettres, qu'il s'agisse de lettres adressées à
des ministres ou de demandes de renseignements adressées à des
ministères. Il faudrait toutefois qu'il y ait des éléments de
preuve pour montrer que des démarches ont été entreprises en vue
d'obtenir des prestations d'invalidité. Nous proposons de procéder
ainsi afin d'éviter d'ouvrir la porte à tout un chacun et de porter
ainsi préjudice à tous les anciens combattants en uniforme, qui
pourraient soutenir que leurs prestations devraient aussi remonter
à 1945, et non pas à 1950 ou 1955, par exemple, ou à la date à
laquelle ils ont finalement présenté une demande.
M. Peter Goldring: N'était-il toutefois pas de notoriété
publique dans la marine marchande que les demandes ne seraient pas
examinées ni acceptées de toute façon? Il y en a peut-être parmi
les anciens combattants qui n'ont tout simplement présenté de
demande parce qu'ils savaient que cela ne servirait à rien puisque
leur demande ne serait pas acceptée. Y aurait-il de ces cas-là?
M. Jim Rycroft: Il se pourrait très bien qu'il y en ait, et
vous voudrez peut-être prévoir un critère plus souple pour ce qui
est de ce qui serait considéré comme des éléments de preuve
acceptables; vous pourriez même aller jusqu'à inclure, par exemple,
une plainte, une lettre à la rédaction de la part d'un ancien
combattant dans laquelle il aurait indiqué qu'il présenterait bien
une demande, mais qu'il ne serait pas admissible aux prestations.
Ce serait là des éléments de preuve qui pourraient montrer que
l'ancien combattant en question avait voulu faire valoir ses
droits.
M. Peter Goldring: Il s'agirait donc, dans votre optique,
d'anciens combattants qui pourraient documenter une blessure de
guerre qui leur donnerait droit à une pension. Peu importe qu'ils
aient présenté une demande en bonne et due forme, il se pourrait
néanmoins que leur cas mérite d'être étudié s'ils peuvent fournir
la preuve qu'il s'agissait d'une blessure qui leur aurait donné
droit à une pension.
M. Jim Rycroft: C'est effectivement dans cette optique que
nous envisageons la chose, mais nous ne voudrions pas léser les
anciens combattants en uniforme qui n'auraient présenté une demande
que 10 ou 15 ans après la guerre. Nous ne voudrions pas non plus
obliger le comité ou le Parlement à réexaminer le cas de tous les
prestataires d'une pension d'invalidité si l'on n'arrive pas à
s'entendre ici sur une formule convenable.
M. Peter Goldring: Bon, alors, comment se ferait le calcul
finalement? Vous dites que c'est une question liée au principe de
l'assurance. Comment feriez-vous le calcul et comment arrondiriez-vous le
montant en dollars d'aujourd'hui, tout en tenant compte de
l'augmentation du coût de la vie et des 40 ou 50 ans pendant
lesquels les intéressés auraient pu toucher une pension? Ce doit
être un véritable cauchemar que de devoir en arriver à une formule
qui permette de calculer tout cela. Avez-vous une idée de ce qui
pourrait être utilisé comme formule?
M. Jim Rycroft: Tout d'abord, monsieur Goldring, nous ne
pensons pas que le nombre de ceux qui ont effectivement levé la
main à un moment donné et dit qu'ils avaient été lésés sera
excessif. Ils seront peut-être au nombre de 500, ou peut-être de
1 000. Les cas de ces personnes pourront alors être examinés. Ce
sera un fardeau pour le ministère des Anciens combattants—qui est
l'organisme responsable selon nous—mais la tâche ne sera pas
impossible. Le ministère des Anciens combattants doit déjà
s'occuper de calculs rétroactifs, si bien qu'il a sûrement des
mécanismes et des formules pour déterminer le montant de la pension
à laquelle ces personnes n'ont pas eu droit, même si ces calculs ne
dépassent pas trois ans à l'heure actuelle.
M. Peter Goldring: Avez-vous une idée du montant qui devrait
être versé en dollars et cents d'aujourd'hui en remplacement d'une
pleine pension à laquelle l'ancien combattant n'aurait pas eu
droit?
M. Jim Rycroft: Non, je ne pourrais qu'y aller de mes
conjectures. S'il s'agissait de quelqu'un qui était handicapé à
100 p. 100 en 1945, l'indemnisation pour la période allant de 1945
à 1992 irait certainement chercher dans les centaines de milliers
de dollars. Il s'agirait toutefois là de cas exceptionnels. Par
ailleurs, il y avait des régimes d'indemnisation pour la marine
marchande, même s'ils n'étaient pas équivalents à ceux des
militaires en uniforme, mais quelqu'un qui serait déjà handicapé à
100 p. 100 aurait obtenu une forme quelconque d'aide de la société.
Ainsi, ce montant de centaines de milliers de dollars serait un
montant théorique, mais je serais très surpris qu'il s'applique à
une personne en particulier.
M. Peter Goldring: Par déduction donc, quelqu'un qui serait
handicapé à 10 p. 100 irait chercher dans les dizaines de milliers
de dollars.
M. Jim Rycroft: C'est juste, mais nous tenons toutefois à bien
préciser ceci. Au lieu de dire simplement que c'est trop difficile,
qu'il faudrait simplement donner un montant forfaitaire à tout le
monde et inclure dans ce montant une indemnisation qui engloberait
l'invalidité, nous vous proposons de traiter la question de
l'invalidité de façon distincte. C'est là l'essentiel de notre
témoignage ici aujourd'hui, l'instauration d'un régime à deux
volets, l'un pour l'invalidité et l'autre pour les occasions
perdues. Nous estimons qu'il vaut sans doute mieux s'en remettre
aux fonctionnaires du ministère des Anciens combattants pour
déterminer la formule à utiliser, mais nous aimerions travailler
avec eux afin de les aider à atteindre la perfection.
• 0935
M. Peter Goldring: Si on vous demandait d'attribuer un montant
au premier volet, au versement forfaitaire à titre gracieux, en
auriez-vous à proposer?
M. Jim Rycroft: Tout ce que nous pouvons dire à ce sujet—et
ce, avant d'avoir entendu les autres témoignages—c'est que le
montant serait nominal et qu'il se situerait aux alentours de
5 000 $. Nous ne voulons pas que ces 5 000 $ soient considérés
comme un montant auquel nous tenons absolument, mais quand on les
compare aux 20 000 $ et plus qui ont été donnés aux prisonniers de
guerre ou de Hong Kong ou de Buchenwald, nous voulons nous assurer
de ne pas créer d'injustice ici non plus.
M. Peter Goldring: Bien entendu, Hong Kong, c'est autre chose,
il s'agit là d'un pays étranger qui n'a pas respecté ses
obligations et qui, en toute franchise, n'a pas pris l'initiative
de payer pour ce travail de forçat. On a comparé les deux
situations, mais je ne crois pas qu'elles puissent vraiment être
comparées, si ce n'est en raison simplement du terme «à titre
gracieux».
Ainsi, le montant, selon vous, devrait être d'environ 5 000 $.
M. Jim Rycroft: En termes simples, quand on sait que 13 p. 100
seulement des militaires en uniforme se sont prévalus de certains
avantages, il y a lieu de faire un certain rajustement à la baisse.
Nous ne voulons pas nous prononcer catégoriquement en faveur d'un
montant en particulier—il faudrait retourner en arrière et faire
le calcul—mais nous croyons qu'il devrait être inférieur au
montant de la valeur des avantages relatifs aux études et des
avantages accordés en vertu de la Loi sur les terres destinées aux
anciens combattants, et ce, pour les 55 dernières années.
M. Peter Goldring: Il semble donc, d'après votre témoignage,
que votre organisation soit bien décidée à obtenir le règlement de
ce dossier et qu'elle appuie entièrement l'idée d'un régime
d'indemnisation. Ai-je bien compris? Appuyez-vous entièrement
l'idée d'un régime d'indemnisation et reconnaissez-vous pleinement
qu'il y a des raisons tout à fait valables d'indemniser les
personnes qui ont souffert de ces injustices depuis la guerre
jusqu'à ce jour?
M. Jim Rycroft: Oui, monsieur Goldring, cela ne fait aucun
doute. Nous avons simplement voulu proposer qu'il y ait deux volets
à ce régime d'indemnisation, pour que les deux volets soient
examinés par votre comité.
M. Peter Goldring: Bon, alors, nous avons cet autre projet de
loi concernant les autres sujets de préoccupation de la marine
marchande qui fait son chemin à la Chambre. J'aimerais savoir si,
d'après vous, le dossier dont nous discutons s'inscrit dans le
cadre de ce projet de loi et si l'indemnisation aurait dû être
prévue dans le projet de loi en tant que tel. Ou pensez-vous que ce
que vous proposez ici comme indemnisation constitue une façon
équitable de régler le dossier?
M. Jim Rycroft: Selon nous, c'est cette façon de procéder qui
était la bonne. Les dispositions du projet de loi C-61 sont très
importantes. Dans certains cas les veuves et les héritiers des
anciens combattants ne pourront recevoir de prestations tant que le
projet de loi n'aura pas été adopté, si bien que nous ne voulions
pas en retarder l'adoption le temps d'examiner ces autres
questions. Dans la mesure où votre comité fera maintenant un examen
équitable de ces questions, justice aura été faite.
M. Peter Goldring: Très bien, merci.
Le président: Merci, monsieur Goldring. Vous avez pris
exactement dix minutes.
Comme je l'ai dit au début, monsieur, je peux vous donner
l'assurance que quiconque souhaite venir s'exprimer devant notre
comité pourra le faire.
Cela dit, je donne maintenant la parole à notre collègue du
Bloc.
[Français]
Monsieur Laurin, dix minutes, s'il vous plaît.
M. René Laurin:
Je ne sais pas si ma question s'adresse à M.
Parks ou à M. Rycroft, mais enfin, vous verrez.
Pour ce qui est de l'établissement des personnes ayant droit à une
indemnité, vous faites allusion à une demande qui
aurait été présentée dans le passé. Cela me paraît
difficile d'application et cela me paraît
aussi être une source d'injustice pour certains anciens
combattants. Par exemple,
expliquez-moi comment vous
feriez pour traiter une demande qui aurait été faite
à l'époque par un marin de la marine marchande,
aujourd'hui décédé,
et à laquelle, évidemment, on n'aurait pas donné de réponse positive
puisqu'il n'y avait pas de programme.
Est-ce que sa veuve
aurait droit à cette indemnité? Comment pourrait-on établir la somme
de la pension d'invalidité à laquelle la personne
a droit puisqu'elle
n'est plus là?
Il faudrait probablement essayer de trouver d'anciens dossiers
médicaux pour voir quelle somme
devrait lui revenir. Comment
nous suggérez-vous de régler ces problèmes?
• 0940
M. Jim Rycroft: Premièrement, monsieur Laurin,
cette indemnité sera certainement donnée aux marins de la
marine marchande ou à leurs survivants.
Cela doit être un critère. Le montant
n'est jamais facile à déterminer. Même de nos jours,
il est
difficile de calculer le degré d'invalidité. Dans le
cas de quelqu'un qui est décédé depuis des années,
il s'agit de tenter de décrire la
situation qui prévalait juste
avant le décès. Cela peut être
fait par le médecin de famille ou on peut consulter
des dossiers civils.
Dans d'autres cas, on doit se fier uniquement
au témoignage des
survivants, qui décrivent la situation de la personne
avant son décès.
Ce n'est jamais facile, mais le
ministère a l'expérience de ce
type de calculs.
M. René Laurin: Est-ce que, dans votre esprit, les
droits s'arrêteraient à la veuve? Si la veuve était
elle aussi décédée, les autres ayants droit
seraient-ils
considérés dans la demande?
M. Jim Rycroft: Non.
La situation serait la même que celle
qui existe pour les membres actuels.
Une fois que la veuve est décédée, c'est
terminé, sauf quand il y a une personne à charge, mais
ce n'est pas une situation normale 55 ans après
la fin de la guerre.
M. René Laurin: Vous êtes sans doute au courant
des demandes qui ont été faites par
les marins la marine marchande.
Êtes-vous pleinement d'accord sur toutes
ces demandes? Avez-vous des
divergences d'opinions?
M. Jim Rycroft: Il y a toujours de
petites divergences d'opinions, mais
la Légion royale canadienne appuie
les marins de la marine marchande dans leur tentative
pour obtenir justice. Nous ne sommes peut-être pas
d'accord sur tous les détails,
et même sur le montant,
qui n'est pas encore fixé. Nous
voulons maintenant entendre
les autres groupes et faire part au comité de tous
les faits afin que
justice soit faite.
M. René Laurin: M. Ferlatte nous présentera
tout à l'heure un document
à titre de témoin. Êtes-vous au
courant des demandes qui seront présentées par
M. Ferlatte?
M. Jim Rycroft: Je n'ai pas vu le document de
M. Ferlatte.
M. René Laurin: Ils ont établi des
montants qui pourraient être réclamés. Vous n'en
avez jamais discuté ensemble. Vous n'êtes pas au
courant et vous ne pouvez donc pas me dire si vous êtes
d'accord ou pas sur les chiffres qu'ils ont présentés.
M. Jim Rycroft: Non, car je ne les ai pas vus.
M. René Laurin: Vous ne les avez pas vus.
Quel est le meilleur moyen, selon vous, de
régler le problème? Est-ce qu'il serait plus facile
de le régler en donnant simplement
un montant forfaitaire aux gens
qui font la preuve qu'ils ont été membres de la
marine marchande? Est-ce que ce serait une solution
plus simple
que de dépenser des
centaines de milliers de dollars pour tâcher d'établir
un dossier sur la situation exacte de chaque personne?
Tout cet argent qu'on dépenserait en paperasse et en
enquêtes n'irait pas aux
anciens combattants ou aux marins de la marine
marchande. Est-ce qu'il ne serait pas plus simple
de calculer un montant forfaitaire qui serait
donné à tous ceux qui feraient la preuve
qu'ils ont fait du service pendant la période
indiquée?
M. Jim Rycroft: Monsieur Laurin, ce serait
peut-être
plus simple, mais pas nécessairement plus équitable.
Le problème est toujours que les autres groupes ont
reçu des bénéfices pendant
de nombreuses années. Si on donnait un
montant forfaitaire sans étudier les situations
individuelles de tous les marins de la marine
marchande, ce serait injuste
envers les autres groupes. Nous voulons
éviter cette situation.
M. René Laurin: Pouvez-vous nous donner un
exemple de ce qui pourrait arriver dans les autres
groupes? Je suppose que vous pensez à l'armée de l'air
ou à l'armée de terre. Pouvez-vous me donner
un exemple d'une
situation inéquitable
qui pourrait être créée ou de demandes qui pourraient
venir d'autres
groupes afin que leur situation soit
ajustée à celle-ci?
Je vois mal comment cela
pourrait entraîner des demandes des autres groupes.
Pouvez-vous me donner un exemple?
• 0945
M. Jim Rycroft: Prenons l'exemple
de quelqu'un qui, après la guerre, n'a pas fait une
demande de prestations d'éducation ou une demande en
vertu de la Loi sur les terres destinées aux anciens
combattants.
M. René Laurin: Vous parlez de l'armée de terre.
M. Jim Rycroft: Cette personne se dit aujourd'hui
que si elle avait su qu'elle
avait droit à ces choses, elle aurait été indemnisée
il y a
longtemps. Il y a des milliers d'anciens
combattants dans cette situation. Ce ne serait pas
juste qu'on dise que tous les membres de la
marine marchande peuvent recevoir un montant, mais pas
les membres de l'armée de l'air ou de la marine. Tel
est notre problème.
M. René Laurin: On sait qu'à la fin de
la guerre, on a offert des cours de formation
professionnelle aux militaires, mais
pas aux gens de la marine marchande parce qu'on
croyait qu'ils allaient pouvoir continuer à gagner leur
vie dans la marine.
Malheureusement, cela n'a pas été le cas.
Si on cherchait à déterminer qui a pu recevoir des cours
de formation professionnelle, qui n'a pas pu en
recevoir ou qui aurait pu en recevoir
mais les a refusés, on n'en
finirait plus.
M. Jim Rycroft: Oui, et c'est la raison pour
laquelle nous suggérons un montant global pour tous les
membres de la marine marchande ou leurs survivants
en raison des bénéfices perdus. Pour l'autre
aspect, qui est celui des pensions, il faut
réviser les dossiers et ainsi de suite.
M. René Laurin: Est-ce que votre association
serait prête à s'engager à ne pas faire d'autres
réclamations,
quel que soit le traitement accordé aux anciens
combattants de la marine marchande?
[Traduction]
M. Allan Parks: Pour répondre à votre question, en ce qui a
trait à l'indemnisation et à tout le reste, notre principal souci
à la Légion est de veiller à ce que tout le monde ait droit à un
traitement équitable.
Vous nous demandez si nous nous engagerions à ne pas faire
d'autres réclamations. Je dirais simplement, au nom de la Légion et
de la marine marchande, que si nous étions d'avis que le traitement
n'était pas équitable, nous nous battrions sans doute pour défendre
leurs intérêts.
C'est la meilleure réponse que je puisse vous faire à ce
moment-ci.
[Français]
M. René Laurin: Oui, mais ce n'est pas tout à fait
le sens de la question que j'ai posée, monsieur
Parks. Je me dis que le comité fera
sûrement des recommandations
au ministère après avoir entendu
les témoins et que le ministre prendra une
décision quant aux gens de la marine
marchande.
Ma question est la suivante. Quel que soit le
traitement accordé aux gens de la marine
marchande, est-ce que vous êtes prêts à dire
que vous ne cherchez pas aujourd'hui à protéger nos
arrières au cas où ces gens en recevraient plus que
pensiez qu'ils auraient dû recevoir, mais tout simplement
à leur donner votre appui afin que leur
situation soit régularisée
et qu'ils obtiennent un peu plus de justice?
Si, par la suite, votre groupe revenait à la
charge, on tomberait alors dans un cercle
vicieux qui risquerait de ne pas avoir de fin.
Est-ce que votre
association, la Légion canadienne, serait prête à
s'engager à ne pas faire de réclamations
subséquentes, quelle que soit la décision qui sera
prise dans le cas des marins de la marine marchande?
[Traduction]
M. Allan Parks: Je crois que la Légion serait effectivement
prête à s'engager en ce sens.
[Français]
Le président: Merci, monsieur Laurin.
[Traduction]
Pour le côté ministériel maintenant, ou le côté de la
majorité, c'est le secrétaire parlementaire qui sera le premier
intervenant. Monsieur Wood.
M. Bob Wood (Nipissing, Lib.): Merci, monsieur le président.
Monsieur Rycroft, au début du mois de décembre dernier, vous
avez dit, en réponse à la question de M. Proud qui vous demandait
si vous appuyiez les demandes d'indemnisation rétroactive de la
marine marchande, que vous ne pouviez pas donner votre aval à ce
que demandait la marine marchande parce que vous n'aviez rien vu
qui puisse étayer ces demandes.
Je voudrais savoir comment vous en êtes venus à ce revirement
complet qui fait que vous appuyez maintenant ces demandes.
• 0950
M. Jim Rycroft: Notre position n'a pas vraiment changé du tout
au tout. L'objection que nous avions se fondait sur le fait qu'on
nous avait dit que tout le monde recevrait le même montant, sans
qu'il y ait de rajustement à la baisse ou de défalcation pour tenir
compte du fait que ce n'est pas tout le monde qui aurait été
admissible et d'autres facteurs aussi. C'est pourquoi, comme vous
pourrez le voir dans le mémoire que nous avons déposé aujourd'hui,
nous avons essayé de bien faire la distinction entre les deux
principes, celui de la pension d'invalidité et celui de l'équité et
des occasions ou avantages perdus.
La position fondamentale de la Légion n'a pas changé. En 1992,
au moment où la loi a été adoptée, la Légion était là pour veiller
à ce que les anciens combattants de la marine marchande reçoivent
un traitement égal au chapitre des pensions d'invalidité. Ce dont
nous parlons aujourd'hui, maintenant que cette étape a été
franchie, ce sont les autres injustices qui restent. Il se peut
bien que vos audiences vous amènent à conclure que le montant
devrait être de beaucoup supérieur à la somme modeste que nous
avons proposée. Il faudra simplement attendre de voir, afin que la
formule qui sera retenue par le comité ne crée pas des injustices
pour les autres groupes avec lesquels on traite depuis plus de 55
ans.
Je vous dirai cependant, monsieur Wood, que nous n'avons
finalement rien fait d'autre que de raffiner un petit peu plus la
position que nous avions et que nous voulons poursuivre le
processus engagé par la loi de 1992.
M. Bob Wood: Je voudrais revenir à la question de mon
collègue, M. Laurin, au sujet de l'indemnisation. Vous avez vous-même
admis, monsieur, que ce ne sont pas tous les anciens
combattants qui se sont prévalus des programmes d'après-guerre du
gouvernement. Si donc le comité, dans sa sagesse, décide
d'indemniser les anciens combattants de la marine marchande pour le
fait qu'ils n'aient pas eu accès aux programmes d'après-guerre, il
nous faudra de toute évidence et en toute bonne foi, indemniser
ceux qui n'ont pas eu l'occasion—les autres anciens combattants
qui ne se sont pas prévalus de ces programmes. J'aimerais avoir
votre opinion là-dessus.
Avez-vous une idée du nombre de ceux qui ne se sont pas
prévalus de ces programmes d'après-guerre? Je crois que, quand vous
avez témoigné devant nous auparavant, vous nous avez donné des
nombres—je les ai sans doute ici—pour ce qui est de ceux qui
auraient raté la date limite et qui maintenant... Comme vous l'avez
dit, nous ne voulons pas donner un avantage injuste à un groupe par
rapport à l'autre. De combien de personnes est-il question ici?
Cela pourrait finir par nous coûter très cher.
M. Jim Rycroft: C'est justement ce qui fait problème, et c'est
pourquoi la perspective d'un montant forfaitaire nous préoccupe.
D'après les estimations, il y aurait 400 000 anciens combattants.
Au ministère des Anciens combattants, on dit que 13 p. 100
seulement des anciens combattants se sont prévalus après la guerre
des avantages accordés soit pour les études soit en vertu de la Loi
sur les terres destinées aux anciens combattants. Il y aurait donc
la possibilité que tous les autres viennent frapper à la porte.
M. Bob Wood: Vous avez aussi fait une autre affirmation quand
vous avez témoigné devant notre comité, monsieur. Il s'agissait
d'équité et de besoins. Vous avez dit que vous vouliez aussi
discuter de la question de savoir s'il était juste que
l'indemnisation soit calculée en fonction de la longueur des états
de service, et je vous cite encore une fois:
Le ministère des Affaires des anciens combattants s'efforce autant
que possible de veiller à ce que ses programmes soient axés sur le
besoin, et c'est là un principe auquel la Légion souscrit
entièrement. Il y a peut-être lieu d'aborder avec beaucoup de
circonscription le principe selon lequel la personne qui aurait des
états de service de six mois recevrait un certain montant et que
celle qui aurait des états de service de six ans recevrait plus. Si
l'on appliquait cela aux anciens combattants, la personne qui
n'aurait que quelques semaines de service n'aurait-elle droit qu'à
trois mois du programme d'autonomie pour les anciens combattants?
Il faut que l'indemnisation soit calculée en fonction du besoin.
C'est ce que vous avez vous-même dit. Ainsi, d'après ce que
vous avez dit en décembre dernier, puis-je conclure ce matin que la
Légion serait tout à fait d'accord pour qu'on adopte un régime
d'indemnisation qui se fonderait sur le même principe, c'est-à-dire
que l'argent serait donné à ceux qui en auraient le plus besoin, au
lieu de calculer un montant en fonction de la longueur des états de
service?
M. Jim Rycroft: C'est ce que l'on devrait pouvoir déduire
logiquement, mais la question est très distincte de celle des
occasions et des avantages perdus. Dans le cas des occasions ou des
avantages perdus au cours des 55 dernières années, il ne s'agit
manifestement pas de faire un calcul fondé sur le besoin, et je
suppose que c'est une des raisons pour lesquelles notre comité
directeur a choisi de proposer un montant nominal à titre
d'indemnisation.
Dans le cas de programmes qui entraînent des dépenses
considérables, comme le programme d'autonomie pour les anciens
combattants, c'est l'avenir et non pas le passé qui compte. Ce
programme doit donc se fonder sur le besoin et doit être équitable
pour tous les groupes d'anciens combattants. Il faut d'ailleurs
faire remarquer à son honneur que le ministère des Anciens
combattants y est presque déjà. Il reste encore certains
rajustements à apporter.
Il s'agit donc ici d'une petite part de l'injustice qui est
attribuable aux occasions perdues et de l'injustice inhérente de la
Loi sur les pensions qui n'appliquait pas le principe de
l'assurance avant 1992. Le principe du calcul selon le besoin
s'applique donc à l'avenir. Les propositions que nous avons
présentées ici s'appliquent au passé.
• 0955
Quand il s'agit du passé, il va presque de soi qu'il n'est pas
question de besoin. Les besoins ont d'une façon ou d'une autre été
comblés jusqu'à ce jour—peut-être pas de façon suffisante, mais
ils ont été comblés d'une façon quelconque.
M. Bob Wood: Vous avez aussi dit en décembre, monsieur, en
réponse à la question de mon collègue, M. Goldring, que vous
pensiez que les pilotes du transport aérien mériteraient peut-être
aussi d'être indemnisés:
Je dirais que les pilotes du transport aérien sont dans la même
situation; ils ont piloté des aéronefs outre-mer dans des
circonstances très dangereuses. Ils ne se font peut-être pas
entendre aussi haut que leurs collègues de la marine marchande,
mais ils ont été tout aussi défavorisés.
Êtes-vous toujours de cet avis, à savoir que le cas des
pilotes devrait aussi être examiné et qu'ils devraient être inclus
dans l'étude de notre comité? Y a-t-il aussi d'autres groupes
auxquels on peut penser, comme les forestiers de Terre-Neuve, dont
il faudrait examiner le cas? Je crois que, comme nous faisons cette
étude, il faudrait examiner le cas de tous ces groupes qui se sont
peut-être heurtés aux mêmes problèmes.
M. Jim Rycroft: Je ne voudrais pas faire détourner l'attention
que mérite la marine marchande, car il est évident que c'est grâce
à elle que le comité est saisi de ces questions, mais je tiens à
dire que la Légion appuie fortement tous les groupes qui ont été
défavorisés. C'est pour cette raison que nous avons fait référence
plus particulièrement aux pilotes de transport aérien. Mais la
deuxième partie de la Loi sur les avantages liés à la guerre pour
les anciens combattants de la marine marchande et des civils porte
sur tous les groupes de civils qui ont participé à l'effort de
guerre, et eux aussi, ils ont subi des injustices. Nous espérons
que la formule que vous choisirez aujourd'hui sera équitable pour
tous ces groupes.
Les pilotes de transport aérien sont peut-être le groupe le
plus remarquable, car il n'en reste que 75 membres, et il est un
peu plus facile d'établir une analogie entre les activités de ce
groupe et de la marine marchande que celles de certains autres
groupes de civils qui ont participé à l'effort de guerre.
Mais vous avez tout à fait raison. La Légion estime que tous
les groupes qui ont participé à l'effort de guerre doivent être
traités de façon équitable, peu importe la formule que choisira le
comité.
M. Bob Wood: Merci, monsieur le président.
Le président: Merci, monsieur Wood.
Nous avons encore deux minutes. Est-ce que d'autres collègues
de ce côté désirent poser des questions? Sinon, je donne la parole
à M. Earle du... Ah, désolé, monsieur Richardson.
M. John Richardson (Perth—Middlesex, Lib.): J'essaie de
comprendre la démarche que vous recommandez, qui est basée sur les
besoins, ainsi que l'argument que vous avancez maintenant.
La marine marchande a subi des pertes plus lourdes que toute
autre arme et tout autre groupe pendant la guerre, et il est
question maintenant des pilotes de transport aérien. Ils ont été
rémunérés généreusement pour leurs services, à la différence des
membres de la marine marchande. À l'époque, on trouvait que la
rémunération pécuniaire était considérable. J'avais des amis plus
âgés que moi qui ont fait le transport aérien, et après la guerre,
ils ont commencé leur vie sur une base assez solide.
Si l'on commence à inclure tous ces groupes, je vois déjà les
gens commencer à faire la queue. La rémunération que ces personnes
ont touchée à l'époque était beaucoup plus élevée. Une portion de
cette rémunération était pour le service dans des circonstances
menaçantes. Ce n'était certainement pas facile pour ces pilotes de
passer par le Nord. Mais c'était certainement beaucoup plus
dangereux d'être à bord de ces navires marchands, la proie des
sous-marins allemands et sans défense.
À mon avis, nous ne devrions pas prétendre que tous ces
groupes ont servi de la même façon. Ils ont tous servi leur pays,
mais les avantages variaient considérablement. Je le dis
publiquement.
M. Jim Rycroft: Si vous me permettez, je dirais que c'est une
observation très valable. Il est difficile de faire une analyse 55
ans après les événements pour déterminer la sévérité des conditions
de service. Voilà pourquoi une démarche en fonction des besoins est
la meilleure façon d'envisager l'avenir. À un certain moment de
l'histoire, et peut-être est-il maintenant arrivé, il faut prévoir
qui aura besoin du programme pour l'autonomie des anciens
combattants, qui aura besoin de l'aide de son pays. Il est très
facile d'établir des parallèles au niveau des besoins. Voilà
pourquoi nous proposons une indemnisation un peu symbolique pour
ces injustices du passé pour que nous n'ayons pas à mesurer
exactement qui a servi dans des conditions plus sévères et pour
combien de temps.
J'ai quelques brèves observations sur la question des états de
service. Le danger, c'est que si l'on se met à essayer de mesurer
l'indemnisation sous toutes ses formes, il est pratiquement
impossible de parvenir à quelque chose de juste. Si la personne a
servi pendant trois mois, il faut tenir compte des conditions de
service. A-t-elle passé trois mois à affronter l'ennemi? A-t-elle
passé presque trois mois au Canada, et seulement deux semaines
devant l'ennemi? Sur le plan pratique, il est impossible de tenir
compte de ces éléments. Donc, le critère de base pour la Légion est
de savoir si la personne est un ancien combattant. Est-ce que la
personne a servi dans des conditions semblables à celles que les
anciens combattants ont endurées? Aujourd'hui, plus de 55 ans après
les événements, c'est peut-être la meilleure façon de procéder—on
fixe un critère de base assez élémentaire et ensuite on fait des
prévisions en fonction des besoins. Pour ce qui est du passé, on
offre une indemnisation symbolique ou on fixe des formules qui
tiennent compte des injustices du passé selon les deux principes
que nous avons adoptés. Ces deux principes sont les suivants: un
paiement forfaitaire symbolique pour les études que l'on n'a pas pu
faire, ou pour des prestations en vertu de la Loi sur les terres
destinées aux anciens combattants, mais une somme calculée avec
exactitude dans le cas des pensions d'invalidité, parce que si la
personne a souffert en raison de son service pendant la guerre, et
si quelqu'un a aujourd'hui un handicap à cause de son service
pendant la guerre, nous suggérons qu'il soit traité de la même
façon que les autres.
• 1000
Le président: Merci.
Monsieur Earle, vous avez la parole pour dix minutes, puis ce
sera le tour de Mme Wayne, pour dix minutes également.
M. Gordon Earle: Merci, monsieur le président.
Je vous remercie beaucoup de votre exposé. Je ne suis pas
certain de la formule que vous proposez là où vous faites un grand
effort pour faire preuve d'équité envers les hommes en uniforme. Je
comprends vos motifs, je les apprécie, car l'équité est un principe
très important, mais je pense que nous oublions que les hommes en
uniforme auraient pu profiter de ces occasions. Qu'ils en aient
profité ou non, c'est une autre question. Mais je crois comprendre
que les anciens combattants de la marine marchande n'avaient pas
ces occasions. Donc, ils n'ont pas pu profiter de ces avantages,
comme les mêmes pensions d'invalidité que les autres ou les
possibilités de faire des études et ainsi de suite. Voilà la grande
différence entre les deux groupes.
Nous pouvons tous regarder vers le passé et nous dire que nous
aurions fait telle ou telle chose si nous avions profité de telle
ou telle occasion, mais dans ce cas-ci, l'occasion existait bel et
bien. Lorsque quelqu'un est exclu, ce n'est pas la même chose. À
mon avis, nous devons adopter cette perspective et nous ne devrions
pas compter tellement juste que nous nous inquiétons trop de
défavoriser les hommes en uniforme, parce que les hommes en
uniforme n'ont pas été défavorisés, ils ont profité de divers
avantages.
Pourriez-vous m'expliquer davantage pourquoi vous avez établi
cette distinction? On a clairement démontré que les anciens
combattants de la marine marchande ont subi des injustices. Le
comité essaie de trouver un moyen de réparer ces injustices d'une
façon équitable. J'admets qu'il ne faut pas oublier les autres
groupes, mais si les autres groupes n'ont pas servi dans les mêmes
circonstances, je dirais que nous n'avons pas à nous en faire. À
mon avis, nous devrions nous concentrer sur les gens de la marine
marchande et nous devrions essayer de régler ce problème.
Pourquoi avez-vous établi cette distinction subtile?
M. Jim Rycroft: Je vous donne un exemple précis pour expliquer
pourquoi nous avons établi cette distinction.
Dans certaines circonstances, les anciens combattants de la
marine marchande étaient admissibles aux avantages prévus dans la
Loi sur les terres destinées aux anciens combattants. Un ancien
combattant de la marine marchande qui a été blessé en affrontant
l'ennemi et qui touchait une pension d'invalidité était admissible.
Certains anciens combattants de la marine marchande étaient donc
admissibles, même si les critères étaient plus sévères, et ces
personnes auraient pu faire une demande pour bénéficier de ces
avantages. Il est possible que certains d'entre eux ne l'ont pas
fait. Donc, sans penser à «qui aurait fait quoi si seulement ils
auraient su», on constate toujours des injustices même des
iniquités même à l'intérieur de ce groupe d'anciens combattants de
la marine marchande.
M. Gordon Earle: Quant à moi, je pense que nous allons ouvrir
une boîte de Pandore si nous nous posons de telles questions, parce
que, comme vous l'avez fait remarquer, il s'agit d'événements qui
ont eu lieu il y a 55 ans. On a déjà clairement démontré les
injustices ainsi que l'inertie du gouvernement dans ce dossier. À
mon avis, le moment est venu de passer aux actes et nous devrions
cesser de nous perdre en conjectures, parce que nous allons ouvrir
toute une boîte de Pandore, ce qui engendrera encore des injustices
à l'égard des gens qui devraient être admissibles.
Si nous adoptons une démarche globale et si nous admettons que
les anciens combattants de la marine marchande ont subi des
injustices, et si nous essayons de corriger la situation en prenant
des mesures positives, il est possible qu'une personne ou deux
bénéficient d'un avantage qu'elles n'auraient pas dû avoir.
Toutefois, je pense que ces personnes seraient beaucoup moins
nombreuses que les personnes qui seraient exclues si nous
commençons à chercher des dossiers et si nous prenons la voie que
vous proposez.
M. Jim Rycroft: Monsieur Earle, nous disons exactement la même
chose pour ce qui est de l'indemnisation globale. On ne peut pas
revenir en arrière et fignoler pour déterminer qui aurait fait quoi
et qui aurait demandé quoi. Donc, une partie de l'indemnisation
serait basée sur un montant global qui serait versé à chaque ancien
combattant de la marine marchande ou sa survivante, et ce montant
serait calculé d'une manière équitable, compte tenu du fait que
certains n'auraient pas fait une demande pour ces avantages. Donc,
on ne pourrait pas tout simplement prendre le montant de tous les
avantages possibles, ajouter des augmentations selon l'indice des
prix à la consommation au fil des ans, et ensuite calculer une
somme pour chaque personne. On ne pourrait pas procéder de cette
façon. Mais il s'agirait d'un montant global, on ne ferait pas de
fignolage.
C'est le deuxième aspect, le principe de l'assurance pour les
pensions d'invalidité, qui n'est pas trop complexe à nos yeux,
parce que très peu de gens seront touchés par ce principe. Si vous
ne tenez pas compte de ce principe, ceux qui sont invalides du fait
d'avoir servi le pays en temps de guerre, seront laissés pour
compte et ne recevront pas un dédommagement équitable, ce qui, a
nos yeux, serait une injustice.
M. Gordon Earle: Quand vous parlez de ceux qui ne seront pas
dédommagés équitablement, voulez-vous parler des anciens
combattants de la marine marchande ou d'autres groupes?
• 1005
M. Rycroft: Il s'agirait de groupes autres que les anciens
combattants de la marine marchande pour ce qui est des pensions
d'invalidité, parce que vous pouvez mesurer ces injustices
individuellement.
M. Gordon Earle: Voilà pourquoi j'ai dit que la situation
était différente pour les groupes autres que les membres de la
marine marchande parce qu'ils ont pu bénéficier de certains
avantages, même des prestations d'invalidité, à la différence des
membres de la marine marchande. C'est pour cette raison que
j'estime que votre conception de la compensation globale
s'appliquerait également aux pensions d'invalidité, à tout
l'ensemble.
Vous avez dit que très peu d'anciens combattants de la marine
marchande seraient admissibles. Donc, les sommes en question ne
sont pas énormes, et des gens ne vont pas tout d'un coup bénéficier
de toutes sortes d'avantages qu'ils n'auraient pas eus avant. Je
trouve qu'à un moment donné, il faut laisser le bénéfice du doute
à ceux qui ont été désavantagés. C'est ça que j'essaie de dire.
M. Jim Rycroft: Eh bien, monsieur Earle, très peu de gens dans
les autres groupes seraient admissibles à des pensions bonifiées.
Mais si vous décidez de traiter les anciens combattants de la
marine marchande de cette façon, d'après la même logique, vous
devez traiter les pilotes de traversier en service commandé de la
même façon, parce qu'il s'agit d'invalidité dont ils ont été
victimes pendant leur service de guerre; il faut tenir compte de
cet aspect.
Quant à l'autre aspect, il s'agit d'un montant global. On
pourrait fixer un montant pour la marine marchande; on pourrait
fixer un montant différent pour les pilotes de traversier en
service commandé parce qu'ils étaient mieux rémunérés, mais le même
principe s'appliquerait aux deux cas. Le premier principe serait de
reconnaître qu'il y a eu une équité par le passé et de fixer un
montant pour dédommager les gens de cette iniquité. Le second
principe serait de reconnaître les iniquités en matière de pension
d'invalidité, et de trouver un moyen de les dédommager.
M. Gordon Earle: Permettez-moi de faire deux observations
rapidement. Vous avez mentionné d'autres groupes, comme les pilotes
de traversier en service commandé et... Si je ne me trompe, le
mandat de ce comité est d'étudier la situation des anciens
combattants de la marine marchande. Je me rends compte qu'il nous
faut traiter les autres groupes équitablement, comme par exemple
les anciens combattants autochtones, qui ont également subi des
torts, mais je pense que nous ne devrions pas nous attarder sur
leur cas aujourd'hui. Il nous faut nous concentrer sur le cas des
anciens combattants de la marine marchande et régler ce problème.
Nous pourrons étudier les autres problèmes en temps et lieu.
Vous avez aussi parlé dans votre témoignage du fait que les
anciens combattants de Buchenwald et de Hong Kong auraient reçu
20 000 $... Je tiens à rétablir les faits et à préciser que les
survivants de Buchenwald n'ont pas reçu 20 000 $. La formule qui a
été utilisée était la même que pour les anciens combattants de Hong
Kong, mais ceux de Buchenwald se sont retrouvés avec un montant
dérisoire d'environ 1 000 $. Je tenais simplement à rétablir les
faits pour qu'on n'ait pas l'impression que les survivants de
Buchenwald ont reçu un montant qui pourrait peut-être tenir compte
de tout ce qu'ils ont subi.
C'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet pour l'instant.
Merci.
Le président: Merci, monsieur Earle.
Pour le Parti progressiste-conservateur, madame Wayne, 10
minutes.
Mme Elsie Wayne: Merci beaucoup, monsieur le président.
Tout d'abord, je ne sais pas si nos témoins ont vu la vidéo
que Cliff Chadderton a produite récemment et qui s'intitule Sail or
Jail. Je crois que, quand on regarde cette vidéo, on ne peut pas ne
pas tenir compte du fait que les membres de la marine marchande ont
subi le plus fort pourcentage de perte de vies. Un sur huit d'entre
eux a été tué.
Je ne sais pas si cette information est exacte, monsieur le
président, mais on me dit que les pêcheurs à qui on a demandé de
surveiller les mouvements des navires allemands dans la région de
l'Atlantique et du Pacifique ont reçu tous les avantages au bout du
compte; ils ont été traités comme les autres et ont eu droit à tous
les avantages. Les pêcheurs, comme tout le monde d'ailleurs,
gagnent leur vie à pêcher, mais les membres de notre marine
marchande n'ont pas eu droit à tous les avantages.
Les États-Unis et la Grande-Bretagne... la Grande-Bretagne les
a mis sur un pied d'égalité en 1941. Ils sont devenus le quatrième
corps des Forces armées. Vous savez que les États-Unis ont
récemment déclaré qu'il y avait eu injustice dans le cas de la
marine marchande et ont aussi décidé d'indemniser les marins, mais
ils ont choisi de le faire en achetant pour chacun d'eux une police
d'assurance; voilà comment ils ont décidé de le faire.
Je ne sais pas ce que vous pensez de la répartition que nous
a proposée Cliff Chadderton. Vous avez parlé de 5 000 $. Cliff
était d'avis qu'il conviendrait de donner 5 000 $ à celui qui
aurait fait l'aller-retour outre-mer. Quand on tient compte des
avantages que tous nos anciens combattants ont reçus—qu'ils ont
reçus à juste titre; on les leur a offerts même s'ils ne les ont
pas tous pris; il n'en reste pas moins qu'on les leur a offerts, et
à juste titre—mais ces hommes ont risqué leur vie pour nous et
n'ont pas eu droit à ces avantages.
• 1010
Quand on sait quel est le montant proposé, et quand on remonte
à 1940 ou à 1941... finalement, ces gars-là ne demandent même pas
qu'on remonte jusque-là. Ils demandent une forme quelconque
d'indemnisation et que nous acceptions, enfin, de les inclure dans
la Loi sur les allocations aux anciens combattants, pour qu'ils
aient droit aux avantages que prévoit cette loi. Mais, Seigneur,
nous avons 55 ans de retard.
Ils nous disent, donnez-nous cette indemnité minime et nous ne
demanderons plus rien; nous aurons le sentiment que vous appréciez
vraiment ce que nous avons fait pendant la Seconde Guerre mondiale.
Je n'arrive pas à croire que la Légion royale canadienne ne donne
pas son aval à cela. Je n'arrive pas à le croire.
M. Jim Rycroft: Je ne sais pas trop, madame Wayne, ce que
c'est au juste que la Légion royale canadienne refuse d'avaliser
selon vous. Il n'y a sans doute pas moyen d'en arriver à une somme
précise qui mesurerait l'importance du sacrifice en dollars. Que ce
soit 20 000 $, 50 000 $ ou 100 000 $, le montant reste symbolique.
Nous représentons la marine marchande, les anciens combattants
en uniforme et leurs survivants pour tout ce qui touche aux
pensions d'invalidité. Beaucoup d'entre eux sont maintenant au
stade de leur vie où ils ont besoin du programme d'autonomie pour
les anciens combattants et d'autres formes d'aide offerte par le
pays, et nous voulons veiller à ce que le gouvernement fasse ce
qu'il doit faire pour tous les anciens combattants et qu'il les
traite tous également.
Mme Elsie Wayne: Je peux comprendre ces propos étant donné
qu'ils viennent de la Légion royale canadienne. Je dirais
toutefois, monsieur le président, que nous sommes ici pour parler
de la marine marchande. Vous reviendrez devant nous—cela ne fait
aucun doute—et nous serons là pour écouter, du moins je l'espère,
tous les autres groupes avec un esprit aussi ouvert. Nous sommes
toutefois là aujourd'hui pour parler de la marine marchande.
Quand vous me dites qu'il y aura un régime d'indemnisation et
que tous ceux qui sont invalides devraient toucher une pension
d'invalidité et que les autres auraient droit à 5 000 $, je trouve
cela très difficile à accepter.
Je dois vous dire, ayant moi-même eu deux frères qui sont
allés là-bas et qui ne seraient pas rentrés s'ils n'avaient pas eu
de quoi se nourrir... Pour l'amour de Dieu, la Grande-Bretagne
n'aurait pas survécu si ce n'avait été de ce que les marins ont
transporté là-bas, et nous aurions sans doute perdu la foutue
guerre. Il est temps que nous le reconnaissions et que nous nous
entendions tous pour dire: C'est ainsi que nous voulons maintenant
reconnaître pleinement ce que vous avez fait; nous reconnaissons le
taux de mortalité que vous avec subie; nous reconnaissons tout ce
que vous avez fait. C'est là une conviction profonde chez moi.
Je sais que diverses propositions ont été faites, mais celle
de Cliff Chadderton... Seigneur, quand on voit combien il y en a
qui reste, cela ne nous coûterait pas grand-chose et ne coûterait
pas grand-chose au gouvernement non plus. Pour l'amour du ciel,
nous avons assez d'argent, monsieur le président. L'argent est allé
dans le Trésor public, Dieu vous garde. Quoi qu'il en soit, nous
allons l'en retirer, nous allons conclure l'entente et leur serrer
la main pour les remercier au nom de tous les Canadiens. J'ose
espérer que la Légion royale canadienne va nous appuyer.
M. Jim Rycroft: Permettez-moi de dissiper un malentendu. Nulle
part nous n'avons dit que le montant comme tel devrait être le même
pour chacun des groupes. Nous avons proposé l'adoption de deux
principes: une indemnisation globale et une pension d'invalidité
calculée selon le principe de l'assurance. Ces deux principes—et
c'est finalement tout ce que nous sommes venus dire ici
aujourd'hui—devraient s'appliquer. Il se peut que les montants
soient différents, ce à quoi nous ne nous opposerions pas, puisque
les montants seront calculés en fonction des circonstances
individuelles.
Nous ne sommes pas ici aujourd'hui pour défendre l'intérêt des
autres groupes. Vous avez parfaitement raison. C'est au tour de la
marine marchande cette fois-ci. Quand nous reviendrons la prochaine
fois, nous ne voudrions pas que vous nous disiez que nous n'avons
pas parlé de ces autres groupes. Nous voulons donc être sûrs que
ces autres groupes soient mentionnés. Vous avez toutefois raison de
dire que nous sommes là aujourd'hui pour nous concentrer sur la
marine marchande.
Mme Elsie Wayne: Merci beaucoup.
Merci, monsieur le président.
Le président: Merci, madame Wayne.
Chers collègues, nous entreprenons maintenant le deuxième tour
de questions. Chaque intervenant aura cinq minutes et c'est M.
Goldring qui, encore une fois, sera le premier à prendre la parole
pour le Parti réformiste.
M. Peter Goldring: Merci beaucoup. Je veux revenir à ce que
nous disions, pour que nous comprenions tous très clairement, à
savoir que le cas de l'indemnisation de la marine marchande ne doit
pas être confondu ni comparé à d'autres cas, car ce serait comme de
comparer des pommes et des oranges. Les situations sont
différentes. À tel point que la similitude s'arrête peut-être,
comme je l'ai déjà dit, aux simples termes «à titre gracieux». Cela
dit, ce que nous tentons de faire ici aujourd'hui, selon moi, c'est
de trouver un mécanisme qui permette de concrétiser
l'indemnisation.
• 1015
J'ai déjà posé la question suivante: dois-je comprendre que
votre organisation, la Légion royale canadienne, propose—et il ne
s'agit que d'une proposition—d'abord, un paiement global à titre
gracieux de 5 000 $ et, deuxièmement, une indemnisation calculée en
fonction du principe de l'assurance qui se serait appliqué
préalablement et en fonction d'une échelle qui varierait selon le
pourcentage d'invalidité? Ce sont là vos propositions. Vous ne
dites pas qu'il faut absolument procéder ainsi. Vous reconnaissez
toutefois qu'il y a des problèmes dans le cas des membres de la
marine marchande, et ce, depuis une cinquantaine d'années, et qu'il
est temps de clore le dossier et d'indemniser ces gens.
Nous sommes réunis ici pour la toute première fois, je crois,
afin de discuter de la façon de clore ce dossier. C'est un objectif
qu'appuie entièrement votre organisation, et vous avez fait des
propositions afin d'aider le gouvernement à trouver un moyen de
réaliser cet objectif. N'est-ce pas?
M. Jim Rycroft: Oui, c'est bien cela, monsieur Goldring. Vous
n'êtes pas obligés de retenir ce montant, il s'agit simplement d'un
montant symbolique ou représentatif. C'est à vous de décider du
montant qui convient. Vous entendrez le témoignage d'autres groupes
au cours des semaines à venir et cela vous aidera à en arriver à un
montant quelconque.
M. Peter Goldring: Si donc votre témoignage arrivait à la fin
de nos audiences, vous seriez peut-être plus en mesure, avec le
recul, de proposer un nombre et un montant exacts, car vous pensez
bien que les autres auront aussi des propositions à faire.
M. Jim Rycroft: Nous avons pensé que non, monsieur Goldring.
La Légion royale canadienne représente divers groupes d'anciens
combattants. Nous pensons donc qu'il vaut peut-être mieux que nous
passions en premier afin de vous donner une vue d'ensemble et que
vous puissiez ensuite vous concentrer sur la marine marchande et
entendre les détails à ce sujet de la part des divers groupes.
Dans l'ensemble, bien qu'il y ait des avantages et des
inconvénients d'une façon comme de l'autre, je crois qu'il vaut
mieux qu'on vous brosse d'abord un tableau d'ensemble de la
situation des anciens combattants et que vous concentriez votre
attention au cours des jours à venir sur la marine marchande.
M. Peter Goldring: Il y a toutefois un point très important
que je veux être sûr de bien comprendre; c'est que la Légion royale
canadienne souscrit entièrement aux propositions d'indemnisation
qu'elle a faites et qu'elle demande énergiquement et en toute
sincérité au gouvernement de s'attaquer à ce dossier et d'en
arriver à un règlement sur la question de l'indemnisation avant
l'été.
M. Allan Parks: C'est tout à fait juste. Il s'agit finalement
d'une décision du comité directeur. C'est la position qui a reçu le
feu vert à la réunion de février et c'est ce que nous vous avons
présenté ici aujourd'hui.
M. Peter Goldring: Il y a donc deux questions très importantes
qui doivent finalement être soulignées. D'abord, il y a la
proposition que vous avez faite quant à la façon de procéder, puis
il y a aussi cette question très importante des chiffres que vous
avancez et qui ne doivent pas, parce qu'ils ne sont pas
catégoriques, être considérés comme un signe d'hésitation de votre
part; il faut plutôt y voir le signe de la bonne volonté de votre
organisation et de l'appui sans réserve qu'elle apporte aux
demandes des membres de la marine marchande en vue d'obtenir une
indemnité quelconque.
M. Allan Parks: Oui.
M. Peter Goldring: Merci.
Le président: Merci, monsieur Goldring.
Monsieur Clouthier, nous avons maintenant cinq minutes pour ce
côté-ci.
M. Hec Clouthier (Renfrew—Nipissing—Pembroke, Lib.): Je veux
être sûr de bien comprendre ce que la Légion recommande: vous
recommandez un paiement global à titre gracieux à tous les membres
de la marine marchande.
M. Jim Rycroft: Ou à leurs survivants.
M. Hec Clouthier: Ou à leurs survivants. Comme deuxième volet
du régime d'indemnisation que vous proposez, vous dites aussi que
tous les membres de la marine marchande qui ont demandé une pension
d'invalidité devraient avoir droit à une somme supplémentaire
calculée en fonction du principe de l'assurance?
M. Jim Rycroft: Exactement.
M. Hec Clouthier: Établiriez-vous des paramètres à cet égard?
Fixeriez-vous une certaine date limite après la guerre?
M. Jim Rycroft: Nous avons dit qu'il faudrait que la personne
ait une preuve quelconque du fait qu'elle aurait fait des démarches
auprès du gouvernement pour obtenir une pension d'invalidité. Elle
ne peut pas simplement dire maintenant qu'elle aurait fait une
demande si seulement elle avait su. Il faut qu'elle ait
effectivement fait des démarches et qu'il y ait une preuve
quelconque qu'elle ait fait une demande, même si la demande a été
rejetée parce qu'elle ne répondait pas au critère du principe de
l'assurance.
C'est simplement pour tenir compte du fait que ceux qui ont
fait des démarches se sont retrouvés dans une situation
manifestement injuste; ils ont fait une demande à leur
gouvernement, et ils peuvent en fournir la preuve, et ils n'ont
aucun recours à l'heure actuelle—nous voulons leur donner ce
recours. Nous ne savons pas quel est le nombre des personnes en
cause, mais nous pensons qu'il est assez peu élevé.
M. Hec Clouthier: Imposeriez-vous toutefois une date limite?
• 1020
M. Jim Rycroft: Il n'y aurait pas de date limite. La personne
aurait pu avoir écrit en 1945, par exemple; il suffirait qu'elle
ait la preuve qu'elle a présenté une demande en 1945 qui a été
rejetée.
M. Hec Clouthier: Qu'en serait-il de celui qui aurait présenté
une demande en 1955 ou en 1965?
M. Jim Rycroft: Ce serait la même chose.
M. Hec Clouthier: Et en 1997?
M. Jim Rycroft: Quiconque aurait présenté une demande après
1992 serait exclu parce qu'il avait déjà le droit à ce moment-là de
présenter une demande et que sa demande aurait été agréée; son cas
aurait donc été réglé. Ce que nous proposons vise simplement à
faire remonter dans le temps le principe de 1992 afin qu'il
s'applique à ceux qui ont effectivement présenté une demande.
M. Hec Clouthier: Il faudrait toutefois qu'ils en aient la
preuve. Le paiement à titre gracieux de 5 000 $ serait versé à
quiconque aurait servi.
M. Jim Rycroft: C'est juste. Quiconque faisait partie de la
marine marchande y aurait droit, et nous pensons que la définition
des membres de la marine marchande qui se trouve dans le projet de
loi C-61 serait celle qui conviendrait d'utiliser pour déterminer
qui était membre de la marine marchande.
M. Hec Clouthier: Vous êtes donc catégoriques sur ce paiement
de 5 000 $.
M. Jim Rycroft: Quel que soit le montant. Nous disons
toutefois qu'il s'agit d'une reconnaissance symbolique pour quelque
chose dont on ne peut pas calculer le prix. Vous déciderez peut-être que
le montant devrait être plus élevé. C'est à vous d'en
décider. Il s'agit toutefois d'un montant qui vise à tenir compte
de l'intangible.
M. Hec Clouthier: Merci.
Le président: Merci, monsieur Clouthier.
[Français]
Monsieur Laurin, avez-vous d'autres questions?
M. René Laurin: Monsieur Rycroft,
il y a quelque chose qui m'étonne un peu
dans votre démarche. Je trouve un peu regrettable
que deux organismes ne semblant pas avoir tout à fait
les mêmes préoccupations parlent au nom de la
marine marchande. Je m'étonne
que vous vous donniez tant de mal pour nous mettre en
garde contre un traitement qui pourrait être
éventuellement préjudiciable aux autres armées
et je crains que cela nuise à la marine marchande.
La meilleure façon pour un gouvernement de ne pas
créer d'injustice envers les autres groupes, c'est d'en
donner le moins possible pour ne pas que ces gens-là
chialent. Si on partait avec cette idée-là, on
pourrait ne pas donner un montant équitable
aux gens de la marine marchande.
Je trouve cela un peu regrettable et je me demande
pourquoi ce n'est pas plutôt l'Association des anciens
combattants de la marine
marchande qui établit ces
critères, critères que vous vous contenteriez d'appuyer
ou de ne pas appuyer. Évidemment, si vous
n'êtes pas sur la même longueur d'onde, ce n'est pas
mieux. L'idéal serait que vous parliez d'une
seule voix et que vous soyez d'accord sur la même
solution. Ne croyez-vous pas?
M. Jim Rycroft: Il s'agit simplement
de considérer qu'à un autre moment, dans
l'avenir, si on constate que d'autres groupes
subissent des
injustices, on devra avoir un formulaire pour
trouver une solution équitable pour ces groupes
aussi.
Nous ne parlons pas au nom des marins
de la marine marchande, mais au nom de tous
les anciens combattants.
J'espère que vous êtes conscient que nous
sommes tout à fait d'accord sur une
indemnité pour les marins de la
marine marchande. Il n'est pas question de
préjuger de la cause des marins de
la marine marchande, mais
simplement de voir que ce groupe
n'est pas le seul dans le grand contexte des anciens
combattants.
M. René Laurin: En ce moment, est-ce
que les autres groupes se sentent traités injustement?
M. Jim Rycroft: On dit toujours qu'il
y a de petites injustices à l'égard d'un groupe ou d'un
autre. La loi sur les pensions ne sera jamais
parfaite. Il y a toujours de
petits changements à y apporter pour l'améliorer.
La situation n'est
pas parfaite de nos jours, mais elle est aussi équitable
qu'elle l'a jamais dans le passé, grâce au projet de loi C-61.
Je pense que c'est essentiellement juste
envers tous les groupes.
M. René Laurin: Donc, vous prétendez
qu'actuellement, la situation des autres
groupes est acceptable.
• 1025
M. Jim Rycroft: Si on pense à un montant
pour réparer les injustices du passé, il faut considérer que
ces injustices s'appliquent plus ou moins aux autres.
M. René Laurin: Je veux bien, mais à vouloir
être équitable pour tout le monde, on risque
d'être injuste pour un groupe qui, lui, n'a jamais
été indemnisé. Si on cherche trop l'équité,
on demeure dans l'injustice et on perpétue une injustice
qui dure depuis 50 ans.
M. Jim Rycroft: C'est le défi du comité, je
pense.
M. René Laurin: Oui, évidemment.
Merci, monsieur le président.
Le président: Merci, monsieur Laurin.
[Traduction]
Y a-t-il d'autres ministériels qui ont d'autres questions?
Comme il ne semble pas y en avoir, je donne de nouveau la parole à
M. Earle pour cinq minutes.
[Français]
M. Gordon Earle: Merci, monsieur le président. Je
suis d'accord avec M. Laurin.
[Traduction]
Il faut parfois reconnaître que, pour être équitable, il ne faut
pas nécessairement traiter tout le monde de la même façon. Quand
une personne est plus défavorisée qu'une autre, il faut parfois,
pour être équitable, lui donner plus qu'à une autre. C'est ainsi
qu'on arrive à une certaine équité.
Je veux simplement revenir brièvement à ce que vous avez dit
au sujet du caractère symbolique de l'indemnisation. Je suis
entièrement d'accord avec vous pour dire qu'il est impossible de
mesurer le prix du sacrifice qu'ont fait les membres de la marine
marchande pour notre pays. Je ne pense pas cependant qu'il s'agisse
de mesurer le prix des sacrifices faits par ces marins. Il s'agit
plutôt de mesurer le prix de l'injustice qui leur a été faite après
la guerre, du traitement injuste qu'ils ont reçu de leur
gouvernement et de leur pays. Voilà ce qui nous préoccupe.
Il n'en reste pas moins que l'indemnisation, quelle qu'elle
soit, sera symbolique, mais il faut reconnaître que nous vivons
dans un monde très pragmatique où il faut non seulement que justice
soit faite mais qu'elle soit perçue comme ayant été faite. Nous ne
voulons donc pas retourner le fer dans la plaie en versant un
paiement symbolique si minime qu'il ne peut absolument pas être
conçu comme étant juste. Il me semble que, même s'il s'agit d'un
montant symbolique, il faut tenir compte de la réalité de notre
monde, et il faut qu'il soit assez élevé étant donné le contexte et
le milieu dans lesquels nous vivons aujourd'hui.
Si je tiens à le signaler, c'est non pas seulement pour votre
bénéfice, mais aussi pour celui des ministériels afin qu'ils en
tiennent compte quand ils entendront les témoignages et quand le
comité aura à en arriver à une décision et que nous ne nous
trouvions pas à la fin du compte à aggraver l'injustice.
Je reviens encore une fois au cas des anciens combattants de
Hong Kong et de Buchenwald, à qui on a appliqué la même formule,
mais dont la situation était différente. Nous sommes peut-être
arrivés à une situation injuste dans un cas, parce que nous
tentions par souci excessif d'équité de traiter tout le monde de la
même façon. Je crois que chaque cas doit être jugé selon ses
mérites. C'est pour cela que nous sommes ici aujourd'hui pour
examiner le cas des membres de la marine marchande sur ses mérites
et leur demande d'être indemnisés pour l'injustice dont ils ont été
victimes. Merci.
Le président: Merci, monsieur Earle. Je le demande encore, y
a-t-il des questions de la part des ministériels? Comme il ne
semble pas y en avoir cette fois-ci non plus, je donne la parole à
Mme Wayne pour cinq minutes.
Mme Elsie Wayne: Monsieur le président, je sais que le premier
ministre est en faveur d'indemniser les anciens combattants de la
marine marchande parce que le 29 juin 1992, lorsqu'il était le chef
de l'opposition, dans une lettre qu'il écrivait à M. Phil Etter, le
monsieur qui est assis à ma gauche ici, il a dit que la Chambre des
communes avait adopté un projet de loi visant à indemniser les
anciens combattants de la marine marchande et il a fait état de
leurs valeureux services, etc., et de la nécessité de les
indemniser.
Je veux également ajouter ceci, monsieur le président. Sir
Winston Churchill a déclaré:
La bataille de l'Atlantique n'a pas été remportée par la marine ni
par l'armée de l'air; elle a été gagnée grâce au courage, à la
force d'âme et à la détermination des marines marchandes alliées.
Il a également été dit qu'aujourd'hui, nous avons l'occasion
de corriger une erreur du passé. Nous allons la corriger, monsieur
le président. Je constate qu'en Australie, on a reconnu la
contribution de la marine marchande. Nous ne l'avons pas fait comme
nous aurions dû le faire. Nous l'avons fait en 1992, mais non pas
sur un pied d'égalité, en les assujettissant à la Loi sur les
pensions et allocations de guerre pour les civils.
Nous rectifions maintenant cela avec le projet de loi C-61.
Mais il faut autre chose, et c'est pourquoi j'ai déposé cette
motion, monsieur le président, pour nous permettre de tous
travailler ensemble pour adopter le projet de loi C-61.
• 1030
Dans un discours à Londres en 1945, le général
Dwight Eisenhower déclarait:
Chaque membre de ce commandement allié exprime sans hésitation son
admiration face à la loyauté, au courage et à la force d'âme des
officiers et des hommes de la marine marchande. Nous dépendons de
leur efficacité et de leur dévouement absolu pour nous épauler; ils
ne nous ont jamais laissés tomber et dans toutes les luttes à
venir, nous savons qu'ils ne se laisseront pas détourner de la
lutte par quelque danger, difficulté ou privation. Lorsque la
victoire finale sera nôtre, aucune autre organisation n'aura plus
de mérite que la marine marchande.
Je vous le dis, monsieur le président, et je le dis à nos
collègues et amis de la Légion royale canadienne. Ils ont besoin de
votre plein appui, incontestablement. Je pense que si nous
travaillons tous ensemble, nous trouverons une solution qui leur
permettra de recevoir l'indemnisation qu'ils méritent depuis
55 ans.
Merci, monsieur le président.
Le président: Merci, madame Wayne.
Puisqu'il n'y a aucun autre intervenant, j'aimerais, au nom du
comité, remercier M. Parks et M. Rycroft d'être venus ici
aujourd'hui et de nous avoir fait part de leurs idées. Nous vous
remercions d'avoir pris le temps de le faire. Merci.
Puis-je proposer une très brève pause du président de deux
minutes. Nous reprendrons dans un instant.
Merci.
• 1035
• 1038
Le président: Nous reprenons après cette courte pause.
Je suis heureux d'accueillir les représentants des Anciens
combattants de l'Association de la marine marchande canadienne ce
matin. Nous recevons M. Aurele Ferlatte, président, le
capitaine Hill Wilson ainsi que M. Ossie MacLean. Je pense que ces
trois messieurs nous diront quelques mots. Bienvenue, messieurs.
Qui veut commencer et faire son exposé?
M. Aurele Ferlatte (président, Les anciens combattants de
l'Association de la marine marchande canadienne): Je serai là dans
un instant.
Le président: Très bien.
Les membres du comité ont en main, ou ont reçu plus tôt, les
mémoires préparés par M. Ferlatte et le capitaine Wilson dans les
deux langues officielles et un deuxième mémoire du capitaine Wilson
également disponible dans les deux langues officielles.
Nous vous remercions de vos mémoires, messieurs, et nous
sommes maintenant heureux de passer à vos exposés.
Monsieur Ferlatte, je vous en prie.
M. Aurele Ferlatte: Tout d'abord je tiens à remercier le
comité. Nous allons commencer en demandant au capitaine Hill Wilson
de faire son exposé. Ensuite nous entendrons Ossie, puis, je dirai
le mot de la fin.
Le président: Très bien. Merci.
Capitaine Wilson, nous vous écoutons.
Capitaine Hill Wilson (Les anciens combattants de
l'Association de la marine marchande canadienne): Bonjour, monsieur
le président, mesdames et messieurs du comité. Je suis heureux
d'être ici aujourd'hui et je vous remercie de l'occasion qui m'est
offerte. Avant de passer à mon mémoire, j'ai entendu l'exposé des
membres de la Légion au nom des membres de la marine marchande et
deux déclarations me préoccupent. Je demande donc votre indulgence
pour revenir sur ces deux points.
• 1040
Excusez-moi, je vois double ce matin, monsieur. Cela n'a rien
à voir avec la Saint-Patrick, mais je dois fermer un oeil pour voir
ce que je fais.
Tout d'abord, il a été dit:
Le ministère des Anciens combattants a révélé que seuls quelque
13 p. 100 des anciens combattants de l'armée, de la marine et des
forces aériennes se sont prévalus de l'un de ces avantages auxquels
ils avaient droit.
Je présume que 13 p. 100, c'est le chiffre juste. Toutefois, ce qui
n'apparaît pas dans le mémoire, c'est le fait que les autres
87 p. 100 des anciens combattants ont obtenu une priorité d'emploi
lorsqu'ils sont revenus au pays alors que les marins marchands
n'ont pas eu cet avantage.
Les membres des forces armées sont partis à la guerre en
sachant qu'à leur retour de la guerre, leur emploi et leur
ancienneté étaient garantis. Ceux qui n'avaient pas d'emploi avant
de se joindre aux forces armées ont été mis en tête de liste pour
les emplois disponibles, mais pas les marins marchands. Nous étions
à l'arrière de l'autobus, à l'arrière de la ligne.
On a donné un autre chiffre, à savoir que 75 p. 100 des
anciens combattants de la marine marchande touchent des prestations
du ministère des Affaires des anciens combattants, chiffre qui me
semble injustifiable.
J'ai eu une discussion semblable, il y a trois ans, avec un
des principaux membres du personnel du ministre, M. MacAulay à
l'époque, et d'après ce que j'ai compris, ces chiffres proviennent
d'une source externe. Pour établir ce pourcentage, on s'est basé
sur le nombre d'anciens combattants de la marine marchande supposés
vivants à l'époque. Je sais d'où on a tiré ce chiffre et il n'est
pas juste. Je dirais que la vérité se situe à environ la moitié des
75 p. 100.
Maintenant, mon mémoire. J'ai déjà fait parvenir à chacun de
vous un mémoire personnel et je vous ai expédié, monsieur le
président, trois livres que j'ai écrits ou auxquels j'ai contribué.
Je sais très bien qu'au cours des derniers mois, de nombreux
mémoires et documents ont été soumis au comité au nom des anciens
combattants de la marine marchande, et je crois que d'autres
mémoires seront déposés d'ici quelque temps.
Je suis sûr que les membres du comité connaissent bien le
contexte dans lequel se situent ces mémoires, mais je veux vous
exposer brièvement mes observations personnelles sur le traitement
honteux infligé après la guerre aux marins marchands par les
gouvernements précédents.
Ces marins étaient des hommes habiles et valeureux; le contre-amiral
Leonard, commandant des Forces alliées dans le nord-ouest de
l'Atlantique a dit—et non pas Churchill, comme l'avait laissé
entendre Mme Wayne—que: «La Bataille de l'Atlantique n'a pas été
remportée par la marine ni par l'armée de l'air; elle a été gagnée
grâce au courage, à la force d'âme et à la détermination des marins
marchands alliés».
Mme Elsie Wayne: Mon cher, Winston Churchill l'a dit et
l'amiral Murray l'a repris.
Capt Hill Wilson: Vraiment? Eh bien, voilà. Quoi qu'il en
soit, nous en avons pris connaissance.
Je veux donner un visage à ces marins dont parle le contre-amiral Murray.
Que l'on me permette d'affirmer, dès maintenant, que j'appuie
pleinement et que j'approuve les vues de notre président, M. Aurèle
Ferlatte, des Anciens combattants de l'Association de la marine
marchande canadienne, organisme qui représente quelque
1 600 anciens combattants de la marine marchande. Ce bref mémoire
vient s'ajouter aux documents que vous avez déjà reçus.
Qui étaient ces marins marchands canadiens qui mettaient leur
vie en jeu pour défendre le monde libre? La plupart de ceux qui ont
sillonné les mers en temps de guerre achèvent maintenant leur vie,
les plus jeunes étant âgés de 70 ans ou presque. Mais à l'époque où
le Canada avait un besoin urgent d'hommes, ces anciens combattants
étaient les recrues qui ont formé les équipages des navires dont le
pays avait besoin pour garder ouvertes les lignes de ravitaillement
qui alimentaient les mâchoires d'une guerre avide de fournitures.
Ils étaient jeunes, dynamiques, faciles à impressionner et
pressés de répondre à l'appel de notre pays. Ils venaient de fermes
dans les Prairies, de villes et de villages côtiers ou de grandes
villes industrielles du centre du pays, et des villes et villages
du Québec. J'ouvre ici une parenthèse pour vous rappeler que
40 p. 100 des marins marchands tués étaient originaires du Québec.
• 1045
Comme il n'y avait au Canada, à toutes fins utiles, presque
personne pour diriger ces navires marchands, on fit venir des
officiers brevetés de l'étranger, surtout de Grande-Bretagne. Ceux
que nous avions se joignirent presque tous à la marine royale
canadienne et formèrent la base des corvettes.
La majorité des marins canadiens sortaient tout droit des
écoles secondaires; certains d'entre eux étaient beaucoup trop
jeunes pour s'enrôler, mais ils y réussirent. Ils ont laissé leur
travail de camelot, leur travail de bureau ou leur ferme. Ils
venaient de tous les milieux et formaient des équipages
hétéroclites. Leurs noms rappelaient les origines nationales,
culturelles et religieuses diverses de leurs parents et de leurs
ancêtres, mais en peu de temps, les différences s'estompèrent et
tous ces volontaires devinrent des marins marchands compétents.
Même si pour la vaste majorité d'entre eux, ce travail était
différent de tout ce qu'ils avaient fait jusque-là, ils firent de
leur mieux pour accomplir ce que l'on attendait d'eux et ils
apprirent rapidement.
Les hommes avec qui j'ai navigué ne s'attendaient pas à
beaucoup de choses de leur gouvernement; ils se sont engagés dans
la marine pour aider à défaire l'ennemi et ils sont heureux d'être
revenus vivants de cette guerre. Ils ont cru leur gouvernement
lorsque ce dernier leur a affirmé qu'ils pourraient, après la
guerre, faire carrière dans la marine marchande canadienne. Ils
n'étaient sans doute pas en mesure de comprendre les contraintes
économiques auxquelles les sociétés de transport maritime faisaient
face, mais ils étaient confiants que leur gouvernement
comprendrait: ils s'attendaient donc vraiment à pouvoir continuer
à naviguer pendant le reste de leur vie active.
Ils voulaient entendre la vérité de la part de leur
gouvernement, et ils y avaient droit. Mais que leur a-t-on dit?
Certains ont été récompensés de leurs efforts par des souffrances
horribles: huile brûlante, éclats de shrapnel, choc de torpillages,
explosions de bombes ou de mines, obligation d'abandonner leur
navire en détresse en sautant dans des embarcations de sauvetage,
sur des radeaux ou après avoir seulement enfilé un gilet de
sauvetage; ils ont souffert du froid, de la chaleur et de la faim,
certains sont morts de froid après ce qui a certainement été une
longue agonie. Ils ne bénéficiaient pas du même appui que leurs
collègues militaires pour surmonter les séquelles des traumatismes
et du stress résultant de ces terribles expériences, mais la
plupart d'entre eux s'engageaient à nouveau le plus tôt possible et
sans hésitation sur le prochain navire en partance. Après tout, au
cours des premières années de guerre, ils ne recevaient plus de
solde dès que leur bateau avait sombré.
L'honorable C.D. Howe, alors ministre de la Reconstruction et
des Approvisionnements, affirmait, à propos de nos marins:
De toutes les actions héroïques de la dernière guerre, le rôle des
marins marchands qui se sont rendus dans les zones de combat mérite
une place d'honneur. Ces hommes se sont acquittés de leurs tâches
quotidiennes sous la menace constante de sous-marins et de
vaisseaux ennemis. Ceux qui ont perdu la vie au service de la
marine marchande méritent la même reconnaissance que ceux qui sont
morts au combat.
Mais pourquoi ne parle-t-il pas de la reconnaissance envers les
survivants? Il poursuivit:
Si nos navires marchands n'avaient pas pu compter sur des équipages
prêts à affronter les dangers et les attaques de l'ennemi, beaucoup
de régions du Royaume-Uni auraient été aux prises avec la famine,
ce qui aurait bien pu entraîner notre défaite. Les marins marchands
canadiens ont fait face à ces situations de plein gré et, ce
faisant, ils ont joué un rôle primordial pour assurer notre
victoire.
Il s'agit des mêmes hommes dont le contre-amiral Murray louait
le courage, mais à la fin des hostilités, lorsqu'ils eurent perdu
leur emploi à la suite de la vente des navires ou qu'ils eurent
démissionné, ils éprouvèrent beaucoup de difficultés à se trouver
des emplois parce qu'on accordait la préférence aux anciens
combattants des forces armées. Et ceux qui tentaient de parfaire
leur éducation constatèrent qu'ils appartenaient à une tout autre
catégorie que leurs camarades militaires pour ce qui était des
avantages offerts.
Mais qu'est-ce qui se cachait derrière les promesses faites
par le Canada à ces hommes pour les inciter à prendre la mer,
promesses d'une carrière durable en mer, et derrière les
incitations à rester sur leurs navires après la guerre? Pourrait-on
expliquer la situation en reprenant l'une des nombreuses citations
attribuées à sir Winston Churchill et qui s'appliquait à ses amis
plutôt qu'à ses ennemis: «En temps de guerre, la vérité est si
précieuse qu'elle devrait toujours être défendue par une garde de
mensonges.»
Ce ne sont peut-être pas des mensonges que l'on a racontés aux
marins marchands qui se sont enrôlés en temps de guerre ou à ceux
qui ont poursuivi leur carrière après la fin des hostilités, mais
il semble y avoir certaines preuves étayant les soupçons que les
promesses d'emploi futur ou de «carrière durable en mer» pour les
marins marchands n'étaient pas aussi solides qu'on a bien voulu le
leur laisser croire.
• 1050
L'honorable C.D. Howe, à titre de ministre des Munitions et
des Approvisionnements et dont le ministère était chargé de la
construction des navires, a déclaré:
[...] j'espère que les navires construits pendant la guerre
répondront aussi, dans une large mesure, aux besoins du Canada
après la guerre [...]
Il ajouta même, devant les membres de la Chambre des communes:
En ce qui a trait au programme actuel de construction, nous
construisons des navires dont nous savons que le Canada aura
besoin, des navires qui feront leurs preuves, des navires qui
constitueront l'infrastructure de la flotte marchande qui sera
nécessaire au Canada.
L'année précédente, il avait déclaré:
Nous nous attendons à ce que la marine marchande canadienne soit
une importante source d'emplois au cours des années qui suivront la
guerre et qu'elle sera alors un réel avantage pour le commerce
canadien.
Mais vient ensuite l'honorable M. Michaud, ministre des
Transports, et il semble avoir été en désaccord avec M. Howe sur ce
point, car il aurait dit, au cours d'une allocution publique: «Je
ne crois pas qu'il sera avantageux pour le Canada de s'engager dans
le transport maritime à grande échelle après la guerre.»
Je demande ceci aux membres du comité: d'après vous, lequel de
ces deux parlementaires avait raison?
Il faut se rappeler que moins de dix ans avant ces
déclarations, lesquelles ont été faites au milieu de la guerre, le
Canada avait vendu, en 1936, les derniers navires de la Marine
marchande du gouvernement du Canada (MMGC). Ces navires avaient été
construits pour servir pendant la Première Guerre mondiale, mais
ils avaient été achevés trop tard pour être utilisés pendant ce
conflit. Notre gouvernement avait appris de dure façon qu'il est
futile de tenter d'être compétitif dans le monde du transport
maritime lorsqu'on ne dispose que de navires périmés dont
l'exploitation coûte très cher. Les politiciens de l'époque
avaient-ils retenu quelque chose de cette leçon? Il est permis d'en
douter!
Sur quels types de navires nos marins marchands canadiens ont-ils servi
pendant la Seconde Guerre mondiale? Ils ne s'attendaient
certainement pas à des navires de classe «Park», navires de
10 000 tonnes décrits comme «gros navires de charge et navires-citernes
tout usage capables d'une vitesse de 10 noeuds»,
transportant plus de membres d'équipage que les navires modernes
qui sortaient des chantiers et pouvaient atteindre les deux tiers
de leur vitesse de 15 noeuds. Je mentionne aussi les navires de
«Victory» que les États-Unis construisaient depuis le milieu de la
guerre, et je rappelle que les Britanniques avaient eux aussi
entrepris, dès 1943, un programme de construction de navires plus
efficaces et plus économiques, notamment des navires à moteurs.
Le livre intitulé The Massacre décrit le type de navires que
les Britanniques construisaient à cette époque. Le livre raconte
aussi, malheureusement, la tragique histoire de l'un de ces navires
dont l'équipage fut assassiné par les Japonais après qu'il eut fait
naufrage dans l'océan indien. Il s'agissait de la marine japonaise
impériale. L'amiral responsable a été exécuté après la guerre. Ce
livre vaut vraiment la peine d'être lu.
Nos navires de classe «Park» avaient été construits suivant un
modèle de conception britannique d'avant la guerre, modèle choisi
parce qu'il était de construction simple et parce qu'il était
facile à manoeuvrer par un équipage nouveau et sans formation. Les
navires, bien construits par les travailleurs canadiens des
chantiers maritimes, exigeaient beaucoup de main-d'oeuvre pour en
assurer l'exploitation, consommaient beaucoup de carburant et, à
l'instar de leur homologue américain, le «Liberty», étaient en
réalité une récompense d'après-guerre pour les pays à faibles
salaires.
À la fin de la guerre, on comptait 40 p. 100 de plus de ce
type de «gros navires de charge capables d'une vitesse de dix
noeuds» qu'il n'y en avait avant la guerre, par rapport au
pourcentage de navires spécialisés qui était beaucoup moins élevé
qu'avant la guerre.
Aux États-Unis, la politique de transport maritime avait amené
le dépôt au Congrès d'un projet de loi connu sous le titre de
HR4486, dans le but d'établir un programme de vente, par le
gouvernement, de la vaste flotte de navires marchands qu'il
possédait après la guerre. Si l'on en juge d'après la formule
compliquée qui fut mise au point, l'acheteur devait payer environ
le tiers du coût du navire, ce qui signifiait en général de 60 à
70 $ la tonne de port en lourd, mais les conditions devaient être
généreuses, soit 12,5 p. 100 de comptant et le reste sur 20 ans.
Les Américains avaient trois à quatre mille navires à vendre aux
étrangers, ce qui allait entrer en concurrence directe avec
l'industrie canadienne du transport maritime d'après-guerre.
Il s'avéra que les États-Unis et la Grande-Bretagne allaient,
en fait ils y furent contraints, concevoir une politique commune
mutuellement acceptable, mais il n'en demeurait pas moins que
d'autres nations maritimes avaient tiré des plans pour leur flotte
nationale de navires marchands.
• 1055
Tout comme ce fut le cas après la dernière guerre, plusieurs
pays cherchaient à se constituer une marine marchande—la Norvège,
la Suède, la Belgique, la Hollande, la Grèce, la Yougoslavie
voulaient tous reprendre, et si possible, accroître leur transport
maritime. Le Comité du Franc libre avait déjà annoncé son intention
de s'approprier une part raisonnable du commerce maritime mondial.
Selon les rapports de l'époque, le gouvernement grec avait dit
qu'après la guerre, il devait avoir droit à un paiement de
réparation en matière de transport maritime constitué d'au moins
50 navires de ligne, et un volume adéquat de tramping.
De son côté, le gouvernement polonais avait officiellement
annoncé que la Pologne devait avoir une flotte marchande de
1 000 000 de tonnes. Le gouvernement argentin entreprit un
programme d'acquisition de navires qu'il avait déjà lancé et
proposa de porter sa flotte nationale à 100 navires après la
guerre, selon Jose Bares, gestionnaire de la flotte d'État, navires
qui seraient utilisés pour les échanges interaméricains.
Certains soutenaient que le premier ministre Chiang Kai-Shek
avait dit que la Chine aurait besoin de 3 500 000 tonnes de
transport maritime au cours des dix premières années après la
guerre. L'Union soviétique, qui possédait jusque-là peu de navires,
devait décider d'entreprendre des opérations à une plus grande
échelle, ce qu'elle fit.
D'autres pays, dont notre voisin les États-Unis, firent preuve
de protectionnisme en accordant des subventions visant à préserver
leur marine marchande, geste que n'imita pas notre gouvernement. Le
seul incitatif consistait à exiger des armateurs canadiens, qui
avaient acheté les bâtiments à la Park Steamship, qu'ils utilisent
l'argent de la revente des navires à des étrangers et le mettent en
garantie pour l'amélioration de la flotte canadienne. Cependant, la
majeure partie de cet argent mis en garantie fut affectée à la
construction de navires côtiers; à ma connaissance, seulement trois
navires étrangers ont été construits dans le cadre de ce programme,
mais il appert que les remorqueurs côtiers pour la
Colombie-Britannique, et les navires pour une société des Grands
Lacs bénéficièrent apparemment de l'argent mis en garantie.
Devons-nous sérieusement croire que l'honorable C.D. Howe
n'était pas suffisamment informé pour réaliser que les navires
d'urgence construits en temps de guerre, les «navires à cargaisons
diverses de dix noeuds» dont il parlait, étaient trop nombreux, peu
économiques à exploiter pour une société canadienne en raison des
équipages importants qu'ils nécessitaient? Quel miracle devions-nous
attendre qui permettrait à une société canadienne d'exploiter
ces navires tout en faisant concurrence à la Grande-Bretagne, à la
Grèce, à l'Italie ou à une multitude d'autres pays où les salaires
étaient beaucoup moindres qu'au Canada? Et sans subvention pour
l'industrie canadienne du transport maritime? Foutaise!
M. J. V. Clyne, dans le rapport de la Commission qu'il dirigea
peu de temps après la guerre, dit ceci:
Le coût d'exploitation d'un navire battant pavillon canadien est le
deuxième en importance au monde. Si l'on compare les coûts
d'exploitation quotidiens (en excluant le carburant et
l'amortissement) de navires semblables de neuf pays, les États-Unis
viennent en tête avec 972,52 $, le Canada au deuxième rang avec
810,50 $, le Royaume-Uni se situant au sixième rang avec 525,46 $
et l'Italie au dernier rang avec 421,71 $.
Devons-nous croire que l'honorable C.D. Howe ne s'était pas
rendu compte de cela quelques années auparavant, lui qui, en tant
que ministre, devait disposer d'un important personnel de
recherche? Ou est-il possible qu'il voulait que les navires soient
dotés d'équipages et actifs afin de les rendre plus attrayants aux
yeux des acheteurs étrangers plutôt que de les «remiser», ce qui
aurait été suffisant pour refuser les avantages de la
démobilisation aux marins marchands, assurer une main-d'oeuvre
suffisante, «et que mon gouvernement recouvre son investissement»
comme le signala le commissaire J.V. Clyne?
Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse et ancien ministre
de la Défense nationale pour les services navals, le très honorable
Angus L. Macdonald, dit ceci:
Du milieu de l'été 1940 à la fin de la guerre, j'étais en mesure de
voir et de comprendre la nature des risques que tous les marins de
la marine marchande devaient courir et des difficultés auxquelles
ils devaient faire face. Je puis dire avec assurance que n'eut été
la bravoure des marins de la marine marchande du Canada, de la
Grande-Bretagne et des États-Unis, la guerre aurait peut-être bien
pu être perdue, avec tout ce qu'une telle éventualité impliquait
pour les pays libres du monde.
Tous les honneurs reviennent aux marins de la marine marchande des
pays alliés. Puissent leurs sacrifices héroïques et leur bravoure
n'être jamais oubliés par notre peuple.
• 1100
Il semble que les marins de la marine marchande canadienne ont
été oubliés, mis de côté par les gouvernements du Canada pendant 50
ans. Aujourd'hui, 55 ans plus tard, ils doivent être acceptés comme
anciens combattants et nous en remercions notre gouvernement.
Cependant, nos camarades militaires que nous respectons et
admirons, grâce aux sommes qui leur ont été accordées et qu'ils
méritaient grandement, ont pris de l'avance sur nous, avance que
nous n'avons jamais rattrapée. Le moment est venu de le faire.
Bref, les jeunes Canadiens s'enrôlèrent pour servir leur pays
et sacrifièrent leur vie au besoin dans cet effort de guerre vital
et dangereux pour assurer les approvisionnements. À cette époque,
leur héroïsme fut louangé, et avec raison, par les hauts gradés.
Mais alors vint la fin de la guerre, ces braves marins à qui on
répéta à maintes et maintes reprises durant la guerre que leur
carrière en mer était assurée, se rendirent compte que ces
promesses étaient vides de sens.
Les gens qui occupaient des postes ministériels devaient
savoir, ou ils ont choisi de faire la sourde oreille, que l'état du
service maritime canadien n'était pas viable sans un appui fort et
des navires autres que les navires lents et peu économiques dont
disposait le Canada. Cette aide n'a pas été offerte. Le service
canadien de la marine marchande a été décimé. Les engagements pris
à l'égard de ces marins ne furent pas honorés.
Monsieur le président, si vous le permettez, j'aimerais
interjeter une note personnelle. En 1953, j'avais 25 ans lorsqu'on
m'a retiré de mon dernier navire amiral canadien, le S.S. Sicamous.
Le navire a été vendu à une entreprise grecque. Le S.S. Sicamous
avait été mon foyer. J'ai été son capitaine en second pendant un an
et demi et nous venions de terminer notre deuxième voyage vers la
Corée en guerre. Je peux témoigner du fait que les marins canadiens
qui composaient l'équipage de ce navire étaient sans pareils.
Je le dis en toute confiance car j'ai été pilote sur la côte
de la Colombie-Britannique pendant 26 ans et j'ai 3 014
affectations à bord de navires étrangers. J'ai piloté de petits
navires de pêche soviétiques et polonais, des bateaux de croisière
comme le Royal Princess, des navires de guerre puissants comme le
USS Missouri ou l'énorme porte-avion nucléaire USS Nimitz, et je
peux donc affirmer qu'aucun équipage sur ces navires n'était
supérieur à nos marins canadiens. Vous pouvez être fiers d'eux. Nos
hommes ont travaillé fort et lorsqu'à quelques reprises l'occasion
s'en est présentée, ils ont joué fort. Mais le navire passait
toujours en premier. Ils en étaient fiers.
Pourtant, à l'été de 1953, l'équipage du navire amiral
canadien S.S. Sicamous a été largué, sans cérémonie. Avec le temps,
on peut presque entendre les paroles qui venaient d'Ottawa: «Salut
les gars. Soyez prudents. On vous verra lors de la prochaine
guerre».
Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du
comité, j'espère sincèrement que vous vous acquitterez
honorablement de votre tâche, et qu'au nom du peuple canadien, vous
mettrez un terme à cette injustice difficile à accepter et qui dure
depuis trop longtemps, et que vous recommanderez au gouvernement
d'établir un règlement équitable pour tous les anciens combattants
de la marine marchande et leurs veuves. Ils ne méritent rien de
moins. Une fois de plus, je vous remercie de me permettre de vous
présenter ce mémoire. Merci.
Le président: Merci, capitaine Hill. Vous nous avez présenté
ce très intéressant mémoire avec beaucoup d'élégance, et je suis
sûr que nous sommes tous d'accord avec vous.
Monsieur Maclean.
M. Ossie MacLean (Les anciens combattants de l'Association de
la marine marchande canadienne): Bonjour, mesdames et messieurs,
monsieur le président. Mon mémoire est court, mais je voudrais dire
quelques mots concernant la Légion royale canadienne. Les
interventions d'aujourd'hui m'ont enflammé. Les portes étaient
fermées aux marins de la marine marchande depuis 1926, et elles
viennent tout juste de s'ouvrir. J'ai des hommes au
Nouveau-Brunswick. On refuse de les accueillir à la Légion royale
canadienne. J'ai un homme sur l'Île de Grand Manan où même les
civils sont accueillis dans la Légion. Lorsqu'elle prétend appuyer
la marine marchande, c'est faux, et je peux le prouver.
• 1105
Cette réunion d'aujourd'hui—et je vous remercie d'avoir tenu
parole et de nous avoir invités de nouveau—est consacrée
exclusivement à la marine marchande. L'heure des autres victimes
viendra, mais on parle de la marine marchande aujourd'hui à cause
de ceux qui font la grève de la faim, et j'espère qu'ils verront la
solution qu'on va apporter au problème, mesdames et messieurs.
Ainsi, au bout de 11 jours et demi de grève de la faim, on
reçoit ce genre de courrier. Il s'agit du 75e anniversaire de
l'armée de l'air—félicitations. C'est un document de 96 pages. Je
vous décerne une médaille si vous y trouvez les initiales MN, ou
celles des grévistes de la faim, ou les noms des hommes de la
marine marchande. Les seuls qu'on y trouve sont ceux qui meurent,
et ils sont à la dernière page.
Quant aux deux messieurs qui sont ici... Nous avons besoin de
leur appui. Nous avons besoin de tous les appuis, notamment de
celui du comité, mais de les écouter... j'ai bien du mal à garder
mon calme. Elsie Wayne m'a dit de rester calme.
Le président: Elle en est capable.
M. Ossie MacLean: Pourtant, je ne suis pas comme cela. Il y a
cinq ans, j'ai demandé au Secrétariat du 69e d'écrire à ce comité
et aux Affaires des anciens combattants. Le président m'a appelé le
lendemain et m'a dit: «Le ministère prétend que vous avez déjà tout
obtenu; qu'est-ce que je peux leur dire?»
Je vais vous dire ce qui me vient à l'esprit.
En tout cas, messieurs, j'espère que vous avez bien étudié la
question et que vous avez écouté la vidéo Sail or Jail, de Cliff
Chadderton. Je connaissais à peu près la moitié de ce qui se
passait, mais après l'avoir écoutée, je me suis littéralement
enflammé. Je prie le Seigneur que vous autres, les jeunes farfelus,
regardiez cette vidéo ainsi que le livre qui vient de paraître—53
ans trop tard. C'est un livre extraordinaire, et j'aime beaucoup la
lettre charmante du ministère des Affaires des anciens combattants
qui l'accompagne. Il faudrait diffuser cela dans les écoles et j'ai
veillé moi-même à en donner dans les écoles du Nouveau-Brunswick,
car j'en ai reçu 25.
Je connais un homme qui s'appelle Richard Lightly. Il était
dans l'armée. Il a regardé la vidéo avec cinq autres anciens
soldats. Il m'a appelé dimanche soir et il m'a dit: «Monsieur
MacLean, je ne sais pas vraiment ce que le gouvernement du Canada
vous a fait et la seule chose que je puisse faire pour vous... J'en
commande cinq, une pour moi et je vous donne les quatre autres,
vous pourrez en donner deux aux collèges de la ville de Saint John,
une à l'Université à Saint John et un à l'Université à Fredericton.
Vous avez un petit-fils qui va au collège. Donnez-lui-en une pour
qu'il la montre à son doyen.» Tout cela est en cours, et j'en suis
bien content.
Mon mémoire est très court. Il vise à rappeler à ce comité que
pour les marins de la marine marchande en temps de guerre, les
dangers ont disparu non pas en 1945, mais plutôt en 1947, à cause
des mines qui infestaient encore tous les océans.
En 1994, je crois, lorsque nous avons déposé ce livre dans la
Tour de la Paix, la sous-ministre Sheila Copps a fait un discours
pour dire que pour ces héros pleins de bravoure, ces hommes de la
marine marchande, la guerre ne s'était terminée qu'en 1947. Donc,
celui qui est arrivé dans la marine marchande au milieu de 1945 et
qui a navigué jusqu'en 1948 a fait deux ans et demi de service, et
non pas six mois.
Nous demandons qu'une loi du Parlement accorde des prestations
étendues, une prestation de pension et le programme pour
l'autonomie des anciens combattants que ceux de la marine marchande
attendent depuis trop longtemps. La loi devrait comprendre
également des prestations aux survivants. Je dois vous rappeler que
l'honorable Brian Mulroney a donné aux Japonais 21 500 $ à chaque
membre de la famille, non pas uniquement à la veuve, mais aux
petits-enfants, et je pense qu'il devrait en aller de même pour
tous les membres de la famille des anciens combattants de la marine
marchande, et non pas uniquement pour les veuves.
• 1110
Troisièmement—chemin faisant, je vois qu'il y a bien des
choses à rajouter. Un soldat qui a servi de six mois à un an en
temps de guerre mais qui n'a jamais quitté le Canada a droit à ces
prestations. Nous demandons donc que les anciens combattants de la
marine marchande y aient droit également. Cliff Chadderton a parlé
de 5 000 $; moi, j'en demande de 15 000 à 30 000 selon la durée du
service. Je demande également qu'une pension mensuelle de 150 $
soit versée à tous les anciens combattants de la marine marchande
qui vivent encore. Ce dont on nous prive profite à la trésorerie
fédérale... ce qui n'est pas exact, je crois, mais c'est ce que
nous a dit le capitaine Hill Wilson aujourd'hui.
Ces montants d'argent doivent être exonérés d'impôt.
En ce qui concerne le Fonds du Souvenir, il serait préférable
que l'indemnisation forfaitaire soit calculée sur une échelle
dégressive de 22 500 $ pour un service à plein temps jusqu'à
11 000 $. Le dernier Fonds du Souvenir a été rabaissé de 22 500 $
à 11 000 $, et je crois qu'il faut le ramener à 22 500 $.
La pension d'invalidité ne devrait pas être récupérée lors des
premiers versements de la pension de vieillesse. Pourquoi ceux qui
ont touché une pension d'invalidité pendant des années
devraient-ils la perdre lorsqu'ils touchent la pension de
vieillesse? J'ai touché une pension d'invalidité à partir de 1982,
après être tombé du toit d'un immeuble du gouvernement. Lorsque
j'ai eu 65 ans, elle m'a été supprimée. Je suis pourtant toujours
invalide. Pour moi, ce n'est pas juste. Si c'était vous qui
touchiez une pension d'invalidité et que vous atteigniez l'âge de
la pension de vieillesse, je suis prêt à parier qu'on ne vous
supprimerait pas votre pension d'invalidité.
Les anciens combattants de la marine marchande devraient avoir
une carte d'assurance médicale pour anciens combattants pour
indiquer qu'ils ont fait la guerre. Vous vous demandez tous de quoi
je parle. Il ne s'agit pas uniquement des anciens combattants de la
marine marchande. Je parle maintenant de tous les anciens
combattants. Voici une bouteille de sirop pour la toux. Je
bénéficie du programme d'assurance des anciens combattants. Je suis
pauvre, mais lorsque je vais à la pharmacie, comme n'importe quel
autre ancien combattant—c'est un narcotique, mais je ne me saoule
pas avec—il m'en coûte 25 $. Personne ne me rembourse, ni le
gouvernement provincial, ni le ministère des Anciens combattants.
Ce n'est pas juste. Si vous voulez supprimer des prestations aux
gens ordinaires, pour l'amour du ciel, ne les supprimez pas aux
anciens combattants qui ont sauvé non seulement le Canada, mais le
monde entier.
Je vais revenir un instant en arrière. J'ai fait partie des
chanceux qui sont allés à la bataille de l'Atlantique en 1992.
Lorsque l'évêque a fait son discours, il a dû rajouter quelque
chose à la fin. Sans les marines marchandes du monde, qui ont
transporté la nourriture, les munitions, le carburant et tout le
reste, l'Angleterre aurait été perdue, et elle était trop loin pour
que le Canada et les États-Unis puissent la récupérer.
Deuxièmement, ceci est un chauffe-corps qui se porte sur le
cou par les épaules. J'ai des problèmes de vertèbres. J'ai eu une
prescription de mon médecin pour me le procurer. Le pharmacien m'a
dit: «Monsieur MacLean, ils ne paient que 15 $.» J'ai répondu: «De
quoi parlez-vous?» Ils ont apporté un petit coussin, grand comme
ça, pour réchauffer les mains en hiver. J'ai dit: «Rendez-moi la
prescription. Nous allons y voir.»
• 1115
J'ai appelé au MAAC à Saint John, Nouveau-Brunswick—soit dit
en passant ça coûte 39,99 $ plus taxe. On m'a dit que je devrais
appeler à Halifax. Alors j'ai appelé à Halifax, et on m'a dit,
qu'on ne remboursait que 15 $. Alors j'ai répondu: «Je vais devoir
en acheter quatre». Ils m'ont dit que je ne pouvais pas faire cela.
J'ai fait trois appels téléphoniques sans avoir de réponse.
Alors j'ai appelé ma bonne amie Verna, qu'on a rencontrée ici la
dernière fois, de l'Île-du-Prince-Édouard, et elle a dit, il me
semble connaître cette voix. Alors je lui ai raconté mon problème.
Elle a dit: «Je ferai un appel à Halifax, monsieur Maclean». On m'a
appelé vendredi après-midi et on a dit, selon cette dame, ils sont
tous partis, et on vous rappellera lundi matin.
Eh bien, ils m'ont rappelé le lundi matin, et après trois
appels téléphoniques de plus, j'ai rejoint un homme qui m'a dit
qu'il examinerait mon cas et que j'aurais besoin d'une lettre de
mon médecin. J'ai dit: «Écoutez. Ça fait deux semaines et demie que
j'essaye d'obtenir ce chauffe-corps. Vous me dites que je dois
recontacter mon médecin. Faut-il que j'appelle Ottawa ou
quelqu'un?»
Je ne parle pas simplement pour moi-même. Je ne suis pas le
seul à avoir eu cette expérience.
Monsieur Wood, écoutez.
M. Bob Wood: C'est ce que je fais.
M. Ossie MacLean: Merci.
En tout cas, j'ai fini par l'avoir. Ils m'ont appelé et m'ont
dit: «On va le payer. Donnez-moi une demi-heure pour appeler la
pharmacie, puis allez le chercher.»
J'aimerais voir des changements à ces règlements. Un paiement
de 15 $—c'est quand ils avaient des bouillottes, en 1945.
J'ai quelques autres questions à soulever. Le terme «hautes
mers» devrait être changé pour «eaux dangereuses», parce qu'on
prend les hommes qui ont navigué dans le Saint-Laurent... Ce sont
des eaux côtières, n'est-ce pas? Beaucoup d'hommes ont été tués
dans le fleuve Saint-Laurent. Je pense qu'on devrait changer
«hautes mers» pour «eaux dangereuses».
Le Fonds du Souvenir ne devrait-il pas absorber les coûts des
funérailles d'un ancien combattant de la marine marchande? S'il ne
le paie pas, il faut attendre cinq ans pour avoir une pierre
tombale pour l'ancien combattant. Cela devrait être fait dans un
délai de six mois.
Les frais de voyage devraient être augmentés de 11c par
kilomètre pour le Nouveau-Brunswick à un minimum de 28c par
kilomètre. Les autres provinces devraient s'ajuster selon le taux
fédéral en vigueur.
Une fois établis le montant du paiement et des prestations, on
devrait fixer une date pour la réception de ces chèques et
prestations par les anciens combattants de la marine marchande.
Voilà mon court mémoire. Je vais dire une chose de plus. On va
donner un mandat à ce comité, mais c'est l'affaire de M. Ferlatte,
notre président. Je vous remercie beaucoup, mesdames et messieurs,
et j'espère et que vous ferez ce qu'il faut faire. Je ne veux pas
passer par une autre grève de faim.
Le président: Merci, monsieur MacLean.
J'ai deux choses à dire avant de passer à M. Ferlatte.
Je pense que je vous comprends. Sans vouloir vous contredire,
le mandat des membres du comité vient des citoyens du Canada, qui
nous ont élus parmi les divers partis. On nous a dûment assignés à
ce comité. Donc, c'est de là que vient notre mandat. C'est ce que
votre lutte, à vous et aux autres anciens combattants, a servi à
obtenir.
L'autre chose que je vais répéter, sans vouloir vous
contredire, c'est que vous n'êtes pas là à cause d'une grève de la
faim, mais parce qu'en tant que Canadiens, vous exercez votre droit
de comparaître devant un comité parlementaire. Nous entendons
littéralement des milliers de délégations à divers comités à
travers le Canada. C'est pour cela que vous et les autres anciens
combattants avez lutté.
Simplement pour clarifier, vous êtes là, et tout ce qui était
nécessaire était de faire une simple demande, selon notre
procédure, pour avoir le droit de comparaître. Nous sommes très
heureux que vous soyez des nôtres aujourd'hui.
Nous allons passer à M. Ferlatte.
• 1120
M. Aurele Ferlatte: Monsieur le président, le débat, lors de
la réunion du comité qui s'est tenue le 28 novembre 1998, a porté
principalement sur le fait que le gouvernement canadien a, de façon
répétée, failli à ses responsabilités vis-à-vis des anciens
combattants qui ont servi dans la marine marchande canadienne au
cours de la Seconde Guerre mondiale en refusant de leur verser des
pensions, des allocations ainsi que des indemnités de
rétablissement adéquates. Mes collègues et moi-même reconnaissons
que nous avons été mis au courant des principes sous-tendant le
projet de loi omnibus, au cours d'une réunion à laquelle
assistaient M. Robert Wood, secrétaire parlementaire, ainsi que
M. Richard Brunton, membre du Cabinet du ministre des Anciens
combattants. Néanmoins, nous n'avons pas eu la possibilité de
parler du projet de loi, sous prétexte qu'il n'était pas à l'ordre
du jour de la réunion du 26 novembre 1998.
Les circonstances ne sont plus les mêmes, et à ce que nous
sachions, l'objet de la présente audience est de donner aux anciens
combattants de l'Association de la marine marchande du Canada ainsi
qu'à d'autres organismes l'occasion d'exprimer son opinion sur le
texte du projet de la loi C-61, à condition de respecter les délais
raisonnables qui lui seront imposés pour ce faire. Le ministre des
Anciens combattants nous a informés que le projet de loi était une
«formalité» dont l'objet était d'assujettir les anciens combattants
de la marine marchande aux dispositions de la Loi sur les pensions
aux anciens combattants et de la Loi sur les pensions, et non plus
de plusieurs lois s'appliquant aux civils. Dans ce contexte, nos
observations sont les suivantes.
Dès lors que, conformément aux procédures qui s'appliquent à la
deuxième lecture à la Chambre des communes, le comité est chargé
d'examiner le projet de loi C-61, nous sommes prêts à déclarer que,
de l'avis de notre Association, le projet de loi omnibus est
satisfaisant. Le comité, comme le gouvernement, sait que nous
cherchons à faire en sorte que le projet de loi omnibus prévoie des
avantages supplémentaires, notamment: un paiement forfaitaire aux
anciens combattants de la marine marchande à titre d'indemnisation
pour leur avoir refusé des prestations de rétablissement à la fin
de la Seconde Guerre mondiale.
L'Association que j'ai le privilège de représenter est
fermement convaincue que les arrangements nécessaires devraient
être faits pour permettre au Comité permanent de la défense
nationale et des anciens combattants d'entendre d'autres
témoignages à propos de ce qui pourrait être décrit comme des
allocations supplémentaires qui viendraient s'ajouter à celles qui
sont prévues dans le projet de loi omnibus. Je suis heureux de
constater que dans la lettre que vous avez adressée le 12 février
1999 à M. H.C. Chadderton, vous vous êtes engagés à procéder ainsi.
Nous appuyons sans réserve aucune la position si bien définie
et décrite dans la présentation vidéo préparée par M. H. Clifford
Chadderton, président du Conseil national des associations
d'anciens combattants et expert-conseil auprès de notre
association. Grâce à ses recherches assidues, il a pu mettre en
lumière les raisons précises pour lesquelles on a refusé de verser
aux marins marchands des allocations d'anciens combattants.
Le lamentable manque d'intégrité du gouvernement canadien est
bien démontré par les faits historiques suivants: une promesse
écrite selon laquelle les services rendus par les marins marchands
devraient être considérés d'une valeur égale aux services rendus
par les membres des forces armées en uniforme; l'engagement pris
par le gouvernement du Canada de soutenir une marine marchande
viable après la fin de la Seconde Guerre mondiale; une déclaration
explicite démontrant que le gouvernement a refusé d'accorder aux
marins marchands des allocations d'anciens combattants parce qu'il
prévoyait avoir recours aux services de ces marins marchands en
temps de paix au sein d'une marine marchande établie en vertu de la
Loi sur la marine marchande du Canada; l'échec des plans concernant
le fonctionnement de cette marine marchande en temps de paix à
cause de la faiblesse des salaires proposés; les menées d'un
gangster qui ont détruit la Canadian Seamen's Union, le seul
organisme viable capable de négocier des salaires décents pour les
marins marchands canadiens et, partant, le seul organisme ayant
l'influence nécessaire pour contester la politique gouvernementale
qui privait les marins marchands de prestations de rétablissement.
Un document de deux pages, produit par Anciens combattants
Canada, a été distribué lors de l'audience du Comité permanent de
la défense nationale et des anciens combattants qui a eu lieu le
1er décembre 1998. Nous souhaitons maintenant attirer l'attention
du comité sur certains des points soulevés dans ce document car, à
notre avis, le seul objectif de ses auteurs était de faire rejeter
les propositions présentées par notre association concernant le
paiement d'une somme forfaitaire pour compenser les prestations de
rétablissement dont ont été privés les anciens combattants
appartenant à la marine marchande. En deux mots, nous sommes d'avis
que l'information que renferme ce document reflète l'idée maîtresse
qui sous-tend des décisions arbitraires et inconséquentes que
n'appuie aucune preuve substantielle. Les questions auxquelles le
comité devrait tenter d'apporter une réponse sont énoncées dans la
pièce justificative «A».
De façon générale, le présent mémoire a pour objet de contrer
l'argument sur lequel repose le document intitulé «La marine
marchande» Les faits (du moins c'est ce que l'on prétend), qui a
été publié par Anciens combattants Canada. On trouvera, ci-joint,
copie d'un autre document—une flèche décochée plus récemment par
Bob Gardham, directeur, Direction des communications, Anciens
combattants Canada—qui a été publié, nous le savons, dans les
journaux à travers le Canada. Nous joignons également copie de la
réponse signée par Foster Greizic, Cliff Chadderton et Muriel
MacDonald.
• 1125
M. Gardham a dit que:
[...] contrairement aux membres des forces armées démobilisés, les
anciens combattants de la marine marchande ont, de façon générale,
continué à gagner un salaire et ont donc eu la possibilité
d'organiser leur avenir dans l'économie en plein essor d'après-guerre.
Le simple fait d'insinuer cela... et nous sommes la preuve
vivante que cela est faux. Il continue:
En outre, les anciens combattants de la marine marchande ont reçu
ce qui était considéré comme une gamme équitable d'allocations
d'anciens combattants, pour reconnaître leur contribution
considérable à l'effort de guerre.
Encore une fois, c'est très trompeur.
J'aimerais attirer l'attention du comité sur le fait que les
écrits de M. Gordham sont un autre exemple des tentatives qui sont
faites pour défendre le bien-fondé d'une injustice qui demeure
entière.
Admettez-le, messieurs, aucune contorsion politique ne
changera le fait que le gouvernement canadien en place après la
guerre s'est trompé lorsqu'il a soutenu les armateurs en faisant fi
des droits démocratiques des marins marchands.
Étant donné que c'est peut-être la dernière occasion que nous
avons de nous adresser au comité, j'aimerais prendre un peu de
temps pour lire une partie d'une lettre que je viens de recevoir
d'un ancien marin marchand. Ça ne prendra qu'une seconde car je
sais que nous n'avons plus beaucoup de temps.
M. Lorne G. Goudey était manoeuvrier sur le SS Colborne et a
été blessé quand son navire a été bombardé et mitraillé par les
Japonais dans le port de Penang en Malaisie en 1942.
Je ne veux pas entrer dans les détails, sauf pour dire que
M. Goudey a été hospitalisé à son retour et n'a pu reprendre la
mer. Il avait été marin à bord du Chomedy depuis 1935. Au bout du
compte, il a été obligé d'abandonner sa maison et d'aller vivre
avec son gendre à Oshawa. Durant ces années de vache maigre, il a
réussi à subvenir aux besoins de sa famille en occupant divers
petits emplois. Il ajoute que ce n'est qu'en 1992 qu'il a pu
bénéficier d'une petite pension de 85 $ par mois, en compensation
des blessures qu'il avait subies, mais que ce montant était
défalqué, ainsi que la pension de vieillesse que sa femme et lui
touchaient et qui se chiffrait à 816 $ par mois, ce qui laissait
une petite pension allouée dans le cadre du Programme pour
l'autonomie des anciens combattants qui s'élevait à 590 $ par mois,
le maximum des allocations pour les couples mariés étant fixé à
1 491 $ par mois.
Franchement, quand j'entends la Légion qui fait des
présentations, ils savent aussi bien que moi... C'est frustrant.
J'entrerai dans les détails plus tard.
On peut revenir, mais je crois qu'il est important de couvrir
ce qui a effectivement eu lieu après la guerre. Je veux attirer
votre attention sur quelques extraits du deuxième rapport de la
Commission maritime canadienne. À la page 51, on dit qu'en 1948
Il n'était pas possible ni souhaitable d'obliger les acheteurs
étrangers à expédier leurs marchandises sur des navires canadiens
s'ils n'étaient pas en mesure de payer le fret. Il était donc
manifeste que la flotte naviguant sous pavillon canadien devait
être radicalement réduite.
Plus loin dans le rapport, on peut lire:
À ce stade, il est souhaitable de rappeler certains détails du plan
de remplacement qui est entré en vigueur le 25 février 1948. Après
la guerre, le gouvernement avait vendu les navires exploités
précédemment par la Park Steamship Company, dans le cadre d'un
contrat de vente standard connu par la suite sous le nom de
«Formule Park». Les navires ont été vendus à un prix raisonnable
... à un tiers, je crois, de leur prix de revient...
et dans des conditions favorables aux exploitants privés canadiens,
conformément à une politique expresse du gouvernement qui était de
créer une flotte de navires marchands naviguant sous drapeau
canadien. L'accord stipulait que les armateurs ne pouvaient pas
demander la permission de transférer des navires sous
immatriculation canadienne sans le consentement du gouvernement.
Au début de 1948, le déclin du marché des frets semblait
inévitable. Confrontée à la concurrence exercée par les vaisseaux
étrangers et coûtant plus cher à exploiter, la flotte perdait
rapidement du terrain. Parce qu'il n'y avait pas de marché, on ne
pouvait envisager de vendre les navires au Canada, et, si leur
vente à l'étranger n'était pas autorisée, la flotte naviguant sous
pavillon canadien stagnerait et tomberait éventuellement en
désuétude. Il a semblé préférable d'autoriser la vente de navires
que l'on ne pouvait exploiter de façon rentable s'ils naviguaient
sous pavillon canadien, plutôt que de les désarmer, ce qui
épuiserait les ressources des armateurs
... et cela est très important: «les ressources des armateurs»...
et ne procurerait aucun emploi aux équipages canadiens.
À noter que c'est la situation des armateurs qui préoccupait
les pouvoirs publics, et non celle des marins marchands canadiens,
qui furent remplacés par des équipages étrangers à des salaires de
famine.
• 1130
Dans le cadre du plan, les armateurs furent autorisés à vendre
les navires étrangers à condition d'avoir reçu la permission de la
commission. Il était évident que le gouvernement en place était
plus préoccupé par la marge bénéficiaire des armateurs ou leurs
résultats que par l'avenir des marins marchands du Canada.
On trouve dans le rapport beaucoup plus de points
intéressants, mais étant donné les limites de temps qui nous sont
imposées, je ne soulignerai que quelques-uns des plus importants,
à savoir:
Suivant ce que recommandait la Politique sur la marine
marchande, le gouvernement vendit à des exploitants privés la
plupart des navires utilisés en temps de guerre. Le terme
«privatisation» n'était pas encore utilisé en 1948. À noter que
l'entente finalisant la vente et l'exploitation de ces navires, que
le gouvernement avait construits au cours de la dernière guerre et
dont il avait confié la gestion à la Park Steamship Company,
société appartenant à la Couronne, permettait aux pouvoirs publics
de récupérer environ 200 millions de dollars, alors que le total
des dépenses engagées s'élevait à 270 millions de dollars. Étant
donné que ces navires étaient, en un sens, des installations devant
servir en temps de guerre, la somme que leur exploitation et leur
vente permettaient de récupérer représentait une économie
substantielle pour les contribuables canadiens. Pas un sou des
économies ainsi réalisées ne fut consacré au rétablissement des
marins marchands, qui se sont retrouvés sur le carreau lorsque les
navires ont été vendus. Les marins marchands, qui étaient les
victimes des mauvais calculs et des manipulations des hommes
politiques, ne reçurent aucune prestation de cessation d'emploi.
Étant donné que la marine marchande a disparu seulement trois
ans après la fin de la guerre, le gouvernement en place aurait pu
offrir aux marins marchands la même gamme d'allocations dont
bénéficiaient les anciens combattants des forces armées. La volonté
politique pour ce faire n'existait pas, et les marins marchands ne
jouissaient pratiquement plus d'aucune influence une fois la
Canadian Seamen's Union démantelée, par suite des manipulations du
gouvernement en place, aidé en cela par la Seafarers' International
Union, dirigée par un gangster américain du nom de Hal Banks. Les
marins marchands ne jouissaient d'aucune influence dans le monde
politique et ne pouvaient compter sur personne pour les défendre
énergiquement, et les résultats de cette situation déplorable sont
encore tout à fait visibles.
Aujourd'hui, 53 ans plus tard, les agissements honteux du
gouvernement sont évidents pour tout le monde. Il est noté que
75 p. 100 des anciens marins marchands qui sont encore de ce monde
reçoivent, dans le cadre d'un programme d'allocations aux anciens
combattants, des prestations calculées en fonction de leurs moyens
financiers et qui se situent bien au-dessous du seuil de pauvreté
dans notre pays. Si ce pourcentage est exact, c'est un rappel
ignoble du fait que les marins marchands n'ont pas profité de la
prospérité du Canada ni de sa croissance économique après avoir été
laissés pour compte, sans la formation ni les compétences qui leur
auraient permis de s'intégrer dans la société. S'ils touchent une
pension minable, c'est tout simplement parce qu'ils n'ont pas
travaillé dans le secteur privé, qui propose des régimes de
pensions et d'autres régimes de prestations. La plupart d'entre eux
se retrouvent avec une pension minable à cause de cela, ce qui
prouve bien qu'à la fin de la guerre ils ont été laissés pour
compte.
Même si l'on ne possède pas de statistiques précises ni de
moyens pour les établir, on estime que l'ancien combattant moyen de
la marine marchande a été privé, pour la période allant de sa
sortie des services au cours de la Deuxième Guerre mondiale à
l'entrée en vigueur de la législation de 1992, d'environ 47 000 $
de pensions et d'environ 42 000 $ d'allocations d'ancien
combattant. En plus de la discrimination touchant la pension
d'invalidité de guerre et l'allocation d'ancien combattant, les
anciens membres de la marine marchande ont été privés, à leur
sortie du service, des allocations offertes aux membres des forces
armées. Je ne donnerai pas lecture de ces prestations
supplémentaires parce que nous manquons de temps et que vous avez
déjà lu ce passage.
Mais je voudrais revenir sur la pension d'invalidité de guerre
de 78 290 $—c'est notre estimation—et les allocations d'ancien
combattant de 72 590 $. Il est recommandé que le gouvernement verse
à tous les anciens membres de la marine marchande ayant droit à une
pension d'invalidité de guerre ou une allocation d'ancien
combattant des prestations en guise de compensation pour la perte
résultant du fait que l'on n'a pas placé les services de la marine
marchande sur un pied d'égalité avec celui des forces armées, en
donnant droit aux uns comme aux autres aux mêmes prestations de
pension et allocations d'ancien combattant; et pour les allocations
supplémentaires offertes aux membres des forces armées et refusées
aux anciens membres de la marine marchande. Il est évident qu'il
n'y a aucune façon précise de déterminer le montant qui pourrait
représenter une compensation juste envers les marins marchands à
qui l'on a refusé le bénéfice des dispositions législatives
concernant la pension d'invalidité de guerre et l'allocation
d'ancien combattant, ainsi que les allocations supplémentaires.
Il est toutefois proposé d'établir une échelle de paiements
fondée sur la durée du service dans la marine marchande et sur
d'autres facteurs pertinents. Nous parlons ici, et je sais que pour
le comité, tout cela prête à confusion... Nous avons commencé nos
prévisions à 5 000 $ jusqu'à un maximum de 30 000 $. Mais j'ai reçu
énormément d'appels, et nous avons changé ces chiffres pour une
échelle de 15 000 $ à 30 000 $. Encore une fois, nous avons procédé
à ce changement parce qu'on m'a rappelé que le dernier navire qui
a coulé avec un équipage canadien était le Point Pleasant Park.
Pour quelques-uns des neuf hommes qui sont morts, c'était leur tout
premier voyage. Sur ce même navire qui a été torpillé, il y avait
également deux marins dont c'était le premier voyage, qui ont passé
deux semaines dans un bateau de sauvetage. Leur expérience a été
très pénible.
• 1135
Je reconnais qu'il faut du temps pour tout cela, et c'est sans
doute le seul point sur lequel je suis d'accord avec la Légion.
Peut-être faudrait-il créer un comité qui sera chargé d'étudier la
meilleure façon d'indemniser les anciens combattants de la marine
marchande. Mais nous n'avons plus guère le temps d'attendre, comme
je vous le dirai tout à l'heure, et j'espère qu'on trouvera la
solution le plus vite possible.
En ce qui concerne la pièce justificative «A», je pourrais
vous la lire, mais vous l'avez déjà lue. J'aurais aimé pouvoir
insister sur certains éléments, mais je constate que le temps joue
contre nous. Si je peux vous demander de vous y reporter
rapidement, j'aimerais que vous regardiez le deuxième paragraphe,
après la question «En quoi le projet de loi omnibus qui est proposé
aide-t-il les anciens combattants de la marine marchande?» On peut
lire: «Le document fait état de prestations qui coûteront jusqu'à
8 millions de dollars par an», comme si les hommes de la marine
marchande touchaient cet argent. C'est incroyable.
Le président: Excusez-moi, monsieur Ferlatte. Je voudrais
préciser une chose. Comme je l'ai dit au début de cette réunion, le
comité et moi-même ne voulons surtout pas que des témoins aient
l'impression de ne pas avoir pu formuler tous leurs arguments à la
fin de leur exposé. Je vous donne l'assurance que nous disposons de
cette salle tant que nous en avons besoin. Il y a des membres du
comité qui sont appelés par d'autres fonctions, mais les autres
vont pouvoir rester. Nous avons reçu votre mémoire et nous l'avons
lu—je vous le rappelle—mais je tiens à vous assurer que dans les
comités que je préside je ne veux surtout pas entendre un témoin
dire qu'il n'a pas pu insister sur tous les points qui lui
semblaient importants. Ce rappel étant fait, je vous laisse
poursuivre.
M. Aurele Ferlatte: Merci beaucoup. J'apprécie votre remarque,
et je crois que vous êtes tout à fait équitable. Mais je vous
assure que je ne profiterai pas de votre bonté pour m'éterniser.
Toujours à la pièce justificative A, on peut lire ensuite:
«Combien un ancien combattant de la marine marchande reçoit-il
d'Anciens combattants Canada (ACC)?» Je crois que la réponse
concerne le maximum de la pension d'invalidité. On dit ensuite que
nos hommes ont pu l'obtenir.
Je voudrais vous faire part de mon expérience personnelle. En
1948, lorsque je suis revenu, le surintendant du personnel
d'International Paper était le président de la Légion. J'ai été
engagé comme commis à temps partiel. À cette époque, c'était six
jours par semaine. Je travaillais quatre jours à la Légion et deux
jours à l'usine, et j'émargeais à la liste de paie d'International
Paper. J'étais bilingue et je me souviens que j'allais sur la côte
nord du Nouveau-Brunswick, en Acadie. Je ne me souviens pas d'avoir
rempli la moindre demande pour un homme de la marine marchande. Il
y en avait beaucoup dans la péninsule acadienne, parce que leurs
parents les avaient élevés sur les dragueurs et les autres bateaux.
Pour eux, c'était normal de se retrouver dans la marine marchande.
Pendant les trois ans où j'ai travaillé pratiquement à plein
temps à remplir des demandes pour tous les autres, les anciens
combattants qui n'avaient pas été informés de leurs droits, je ne
me souviens pas d'une seule demande remplie pour un homme de la
marine marchande. En effet, aucune demande n'était prévue pour eux.
Je sais qu'en 1949... J'ai ici quelques lettres. Il y en a une d'un
ancien opérateur radio qui a présenté une demande au ministère des
Transports; on lui a dit qu'il était aussi qualifié pour aller en
mer que pour travailler à terre, et qu'on ne pouvait lui proposer
aucune formation. On peut dire tout ce qu'on voudra, ce n'est
qu'après 1992 que les hommes de la marine marchande ont obtenu
quelque chose. Je me souviens très bien que pendant les trois
années qui ont précédé mon arrivée dans le monde syndical je
travaillais pratiquement à plein temps, et il n'y avait aucune
forme de demande pour la marine marchande. J'aurais été le premier
à devoir leur dire qu'ils n'avaient droit à rien.
Bien, continuons, jusqu'à «Le saviez-vous?» On cite le chiffre
de 995,64 $ par an. La belle affaire! C'est à peu près 80 $ par
mois. Je ne sais pas. J'ai interrogé le ministère à ce sujet, mais
les fonctionnaires ignorent eux-mêmes ce que cela signifie.
Toujours à la pièce justificative A, «Combien d'anciens
combattants de la marine marchande reçoivent-ils des prestations
d'ACC?» Encore une fois, je peux simplement vous dire que ce
chiffre de 75 p. 100 est contestable. Néanmoins, si c'est vrai, je
peux retourner l'argument et vous dire que si seulement 75 p. 100
des anciens combattants de la marine marchande reçoivent cette
pension minable, c'est parce qu'ils n'ont pas travaillé dans
l'industrie primaire, où l'on pouvait obtenir des pensions.
• 1140
Le cas de la pension du conjoint survivant est lui aussi très
intéressant. Combien de veuves les anciens combattants de la marine
marchande ont-ils laissées? Jusqu'en 1992, les veuves ne touchaient
rien du tout. Depuis 1992, nous savons que 134 veuves touchent
actuellement des pensions. Avant cela, de 1948 à 1992, la femme qui
perdait son mari ne touchait rien. On n'en parle jamais, et c'est
une honte.
Lorsque la Légion a fait... Ses représentants craignaient
surtout que nous n'obtenions quelque chose que les autres n'ont
pas. Imaginez-vous, nous sommes 12 000 à en être revenus. Nous nous
sommes tous mariés par la suite. Nous avons laissé bien des veuves,
et rien n'était fait pour elles. Si nous obtenons un accord
quelconque et si le gouvernement peut nous donner quelque chose,
pourquoi s'inquiéter de la possibilité que nous en obtenions plus
que d'autres?
Je voudrais également parler du paragraphe intitulé «Pourquoi
le gouvernement ne veut-il pas verser une indemnisation rétroactive
aux anciens combattants ayant appartenu à la marine marchande?»
Encore une fois, je peux vous dire qu'il nous a fallu bien du temps
pour en arriver là. Hier, nous avons eu toute une discussion.
J'essaie d'être aussi démocrate que possible, mais c'est un peu
comme dans le mouvement syndical, quand certains travailleurs
veulent se mettre immédiatement en grève, mais que d'autres veulent
continuer à négocier.
Je veux vous dire—et ce n'est pas une menace... Comment le
dire de façon aimable? C'est bien difficile. Comme je disais
toujours: «Ceci n'est pas une menace, c'est une promesse à
l'industrie», mais je ne peux pas dire la même chose ici.
Nous avons décidé de tenir notre congrès en juin plutôt qu'en
juillet. Comme je l'ai dit à Vancouver, nous avons maintenant la
journée de vigile, où nous restons au garde-à-vous pendant qu'une
cloche de bateau sonne et qu'on énumère tous les navires qui ont
sombré, mais c'est terminé. Il est temps de cesser nos
génuflexions; il ne faut plus prier pour obtenir un miracle.
Je tiens à dire au comité que j'aimerais bien qu'on en
finisse. Mettez-vous d'accord avec nous et fermons le dossier, mais
de grâce faisons-le avant le 1er juin. En effet, nous allons avoir
notre congrès—je crois que c'est vers le 10 juin—qui va
rassembler 400 anciens combattants de la marine marchande venus de
toutes les régions du Canada.
Pour l'instant, je sais que dans une certaine mesure la
présence de ces cinq personnes sur la colline était quelque peu
embarrassante. Et je sais que pour un comité, ou un président de
comité, la façon normale de réagir est de ne jamais reconnaître que
les grèves de la faim ont pu avoir un effet quelconque. C'est la
même chose lorsqu'on fait grève dans une industrie. L'employeur dit
qu'il aurait signé de toute façon et qu'on n'avait pas besoin de
faire grève. Ce n'est pas vrai. C'est bel et bel la seule façon
d'attirer votre attention, et ils sont prêts à recommencer.
J'espère qu'au lieu de réagir à ce qui se passe et à ce qui va se
passer, vous allez prendre l'initiative de clore le dossier. Vous
avez le temps pour le faire. Nous devrions pouvoir constituer un
comité qui trouvera la meilleure façon d'indemniser équitablement
nos hommes en fonction de la durée de leur service, de leur
ancienneté et de tous les autres éléments pertinents.
Pendant 10 ans j'ai fait partie d'un comité de sécurité au
travail. Je me souviens que pour les travailleurs qui sont exposés
à un danger le risque augmente considérablement en fonction de la
durée d'exposition. D'où une tension qui s'ajoute à tout le reste.
Ce que je veux vous dire, c'est qu'il est vrai que les gens qui ont
servi pendant six ans ont été exposés plus longtemps aux dangers,
mais le revers de la médaille, c'était que dès que les navires
quittaient le port d'Halifax, de Saint John, etc., les marins se
trouvaient immédiatement exposés aux dangers et ne savaient pas
s'ils allaient en revenir.
• 1145
Je ne sais pas comment le dire. Je ne voudrais surtout pas
dire au comité de faire n'importe quoi. Mais si la question n'est
pas réglée avant le 1er juin, il faudra laisser faire la nature. Et
je peux vous dire qu'il y aura bien plus de cinq personnes sur la
colline. J'espère qu'une telle confrontation sera inutile.
Ils ont assurément déjà prouvé au gouvernement canadien ainsi
qu'à vous-mêmes, les politiciens, qu'ils ont l'énergie nécessaire
pour le faire; alors pourquoi donc faire volte-face et pousser
encore les choses plus loin? Je pense que s'il y a quoi que ce soit
à faire, qu'on le fasse. Dites oui ou non; nous comprendrons, et
nous ferons ce qu'il faudra. Comme j'ai été enfant de coeur, je me
souviens d'avoir prié à genoux pour qu'un miracle se produise. Mais
maintenant, je n'y crois plus.
Je vous remercie beaucoup de nous avoir donné de votre temps
et je voudrais simplement ajouter qu'en ce qui concerne le mémoire
de la Légion et les préoccupations de cette dernière, pour être
franc avec vous... J'étais là en 1948. J'ai ici une épinglette
commémorative des 51 ans. Et même pendant les 20 ans que j'ai
passés à Montréal, j'ai toujours payé mes cotisations à la Légion
du Nouveau-Brunswick. Je ne parviens pas à me faire à l'idée que
ces gens ont oublié qui étaient leurs légionnaires. C'est à ne rien
comprendre. Quoi qu'il en soit, tant pis, ce qui est fait est fait.
Je vous remercie beaucoup.
Le président: Je vous remercie, monsieur Ferlatte.
La présidence aurait simplement une ou deux remarques à faire
avant d'ouvrir la période de questions et réponses. Lorsque vous
demandez que le dossier soit bouclé pour le 1er juin, j'espère que
nous aurons abouti en mai, mais je ne saurais toutefois vous le
garantir. Ce ne serait pas honnête de ma part. Nous avons essayé
aujourd'hui de vous donner à tous, messieurs, tout le loisir
possible de vous faire entendre. Toutes les délégations qui
souhaitent comparaître devant nous ont le même droit à une audience
aussi complète et aussi équitable que possible, et je leur en donne
la garantie. Lorsque nous aurons entendu tous les particuliers et
toutes les délégations qui souhaitent se faire entendre, le comité
se saisira de la question, et je formule l'espoir qu'il arrivera à
une décision finale. J'espère que cette décision surviendra en mai,
mais je ne tiens pas plus que cela à le garantir, parce qu'il m'est
impossible de prévoir le déroulement des choses. Peut-être
aurons-nous d'autres témoins encore. Toutefois, d'après la liste
des groupes qui souhaitent comparaître devant le comité et
témoigner devant nous, j'espère effectivement que nous pourrons
boucler le dossier en mai.
Je le répète, pour la troisième fois je crois, je préside ce
comité depuis octobre 1998 et, lorsque votre groupe a pour la
première fois demandé par écrit à comparaître, j'ai dit au greffier
d'organiser une séance. Je respecte votre droit, ce droit pour
lequel vous vous êtes battus, de manifester et de faire la grève de
la faim, ce qui ne se révélera pas nécessaire, je l'espère, pour
des raisons de santé, mais ce n'est pas cela qui a fait que vous
avez comparu devant ce comité que je préside. Nous n'avons jamais
nié le droit de se faire entendre ici à quiconque me l'a demandé
par écrit en ma qualité de président. Je dois insister là-dessus,
parce que j'ai vraiment l'intime conviction que c'est pour cela,
entre autres, que vous vous êtes si courageusement battus.
Quant aux autres actes que vous pourriez juger nécessaires si
l'échéance du 1er juin n'est pas respectée pour une raison ou une
autre, je le répète, vous vous êtes battus pour le droit que vous
avez en tant que citoyens canadiens de manifester ou de faire la
grève de la faim ou d'intenter tout autre recours licite selon que
vous le jugerez bon. Espérons simplement qu'une décision sera
rendue avant d'en arriver à ce stade. Nous allons faire de notre
mieux pour y arriver.
Merci beaucoup encore une fois pour vos exposés.
Nous allons maintenant procéder à un tour de questions et de
réponses à concurrence de 10 minutes par membre, en commençant par
M. Goldring pour le Parti réformiste.
M. Peter Goldring: Merci beaucoup, monsieur le président.
Merci également à vous, messieurs, pour vos exposés.
À mon tour je voudrais exprimer la sincère conviction qu'une
grève de la faim n'est pas le bon moyen pour arriver à un résultat
ici. Je suis toutefois très heureux d'entendre que les articles
publiés dans les journaux ne correspondaient pas à la réalité et
que la possibilité d'une grève de la faim qui surviendrait à la fin
d'avril ne semble pas devoir se concrétiser. Toutefois, vous venez
de laisser entendre qu'il pourrait y en avoir une au début de juin.
J'oserais croire qu'au lieu d'axer notre attention sur les
grèves de la faim, nous pourrions peut-être nous employer plutôt à
présenter des exposés clairs, complets et concis afin de nous
atteler sérieusement au problème qui consiste à trouver le moyen
d'offrir une indemnisation qui nous permette enfin de tourner la
page. Cela dure depuis bien trop longtemps, et je pense que tout le
monde en conviendra.
• 1150
Le président: Monsieur Goldring, excusez-moi de vous
interrompre, mais Mme Wayne voudrait invoquer le Règlement, et,
après l'avoir entendue, je vous rendrai la parole.
Madame Wayne.
Mme Elsie Wayne: Monsieur le président, je dois
malheureusement vous quitter en raison d'une situation très
sérieuse chez moi, et je le déplore. Je continuerai néanmoins à
travailler pour eux là-bas, mais je dois vous quitter parce que mon
avion m'attend.
Le président: Merci beaucoup, madame Wayne. Je pense que tout
le monde ici sait à quel point ce dossier vous tient à coeur.
Toutes nos pensées vous accompagnent ainsi que votre famille.
Nous allons revenir dans quelques instants à M. Goldring.
Le président suppléant (M. Hec Clouthier
(Renfrew—Nipissing—Pembroke, Lib.)): Allez-y, monsieur Goldring,
je vous en prie.
M. Peter Goldring: Merci, monsieur le président.
J'aimerais dire quelques mots à propos de votre liste, et
peut-être aussi faire une observation à ce sujet, puis vous poser
des questions. Vous avez calculé dans votre liste, à la page 7, que
les prestations supplémentaires totalisaient 30 590 $. Il me semble
que cette liste correspond à celle qui est utilisée par les Amputés
de guerre. Est-ce que je me trompe?
M. Aurele Ferlatte: Non, vous avez raison.
M. Peter Goldring: Donc, c'est encore une fois le même chiffre
qui est porté à notre attention.
Ai-je raison de dire que cette liste ne se veut pas
parfaitement exacte? Ces chiffres ne sont que des estimations
permettant d'avoir une idée de l'envergure de la chose, mais aussi
d'insister sur le fait qu'une certaine formule mathématique a été
utilisée pour y arriver. Tous ces éléments confortent le sentiment
d'inégalité, une inégalité qui remonte à la fin de la guerre. Par
contre, les chiffres ne se veulent pas une représentation fidèle de
la réalité.
M. Aurele Ferlatte: Nous n'avons pas consulté d'actuaires.
Nous pourrions le faire, je n'en doute pas, mais il est certain
qu'avec toutes ses ressources le gouvernement pourrait...
M. Peter Goldring: Il y a des subventions et il y a des prêts,
et pourtant vous avez fait la somme de tout cela pour arriver à un
total. Selon moi, ce n'est pas vraiment comme cela qu'on procède
pour aboutir à un résultat final, mais il est certain que vous avez
fait valoir certains éléments qu'au fil des ans les marins de la
marine marchande ont été prompts à prendre à leur compte.
M. Aurele Ferlatte: Permettez-moi de vous répondre ainsi: je
me souviens qu'à un moment donné, lorsque je négociais, je n'étais
pas arrivé à un chiffre tout à fait exact, mais j'avais dit que
même si je n'avais pas mis tout à fait dans le mille, j'avais tout
de même atteint la cible.
Je voudrais également ajouter, monsieur Goldring, que vous
avez parfaitement raison: les journaux ont effectivement rapporté
que nous allions revenir au Parlement en avril. Il a fallu un peu
forcer la main au nom du président pour gagner du temps, parce que
certains de mes collègues n'étaient pas tout à fait d'accord, mais
hier soir, à une heure avancée, nous avons réussi à gagner du
temps, et c'est la raison pour laquelle...
M. Peter Goldring: J'ai déjà dit à une réunion précédente que
même s'il semblait que certains des dirigeants des différents
groupes ne pensaient pas vraiment à l'unisson à ce sujet, l'idée
demeure néanmoins qu'il faut que les prestations soient les mêmes,
le problème étant la question de l'indemnisation des marins de la
marine marchande. Nous devons donc parfois voir un peu plus loin
que l'organisme et la structure des différents groupes qui
interviennent auprès de nous. Est-ce que j'exprime bien la
situation?
M. Aurele Ferlatte: En effet.
M. Peter Goldring: Les chiffres que vous mentionnez à la page
8 sont respectivement de 15 000 $ et de 30 000 $. Ici encore, ces
chiffres ressemblent-ils à ceux qui figureront dans le mémoire à
venir, ou y aura-t-il une différence par rapport à ce que
présenteront les Amputés de guerre?
M. Aurele Ferlatte: J'ignore ce que les Amputés de guerre vont
proposer. Je peux simplement dire qu'à mon avis il faudrait
instituer un comité. J'ai toujours dit que dès lors qu'on ouvrirait
la porte aux négociations, le reste coulerait de source.
• 1155
Je pense que nous devrions pouvoir constituer un comité.
J'espérais que nous eussions pu proposer que M. Cliff Chadderton en
soit le président. Nous constituerions donc un comité qui
rencontrerait les représentants du gouvernement, qui étudierait
toute la patente, toute la situation, pour déterminer quelle serait
la façon juste et équitable d'indemniser ces gens qui ont sillonné
les mers pendant six ans, ainsi que les autres qui ont navigué
beaucoup plus longtemps encore, jusqu'en 1948 ou 1949-1950, lorsque
les bateaux sur lesquels ils servaient ont été vendus. Les facteurs
dont il faut tenir compte sont très nombreux.
M. Peter Goldring: Encore une fois donc, ce chiffre n'est
qu'une estimation, une orientation générale en quelque sorte.
M. Aurele Ferlatte: En effet.
M. Peter Goldring: Parce que vous parlez ici de tellement...
cela laisse tellement à l'imagination. Ce n'est pas simplement une
division mathématique. C'est une suggestion que vous faites au
groupe.
Je pense qu'il faudrait également préciser ce qui a été dit un
peu plus tôt. En l'occurrence il semble y avoir des comparaisons
avec d'autres groupes, les Autochtones ou le Commandement des
traversiers. Avez-vous également le sentiment que c'est un dossier
complètement différent et qu'il faut le considérer comme tel, qu'il
n'est pas possible de parler des deux en même temps, parce que pour
être franc avec vous, cela produirait une énorme confusion, et
qu'il y a donc peut-être une terminologie commune, mais rien de
plus?
M. Aurele Ferlatte: Je pense qu'à une autre époque nous
aurions sans doute été relativement favorables au Commandement des
traversiers et à d'autres groupes à vocation civile, mais, à ce
moment-ci, c'est nous qui avons été laissés pour compte pendant si
longtemps. L'injustice est vieille de 53 ans, et je pense que si
nous devons prendre l'habitude d'essayer de régler les problèmes de
tout le monde, nous n'en verrons jamais la fin.
Je pense que si la Légion, à l'époque... elle le savait que
pendant toutes ces années la marine marchande... J'ai toujours eu
de la considération pour la Légion, parce qu'elle disait qu'elle se
souciait des anciens combattants. C'est un peu comme un agent
négociateur, comme dans le cadre d'un syndicat. Mais pendant 53 ans
la Légion n'a rien fait, et nous avons donc dû prendre nous-mêmes
les choses en main.
Et maintenant, tout d'un coup, la Légion dit qu'elle veut
embarquer, qu'elle veut se raccrocher à tous ces autres groupes
qui, manifestement, n'ont jamais été bien représentés. D'accord, si
ces groupes ne sont pas bien représentés, c'est à mon avis parce
que leur agent négociateur, en l'occurrence la Légion, n'a pas fait
son boulot. C'est bien dommage de devoir dire les choses de cette
façon, mais je me plais à penser qu'en temps normal, les syndicats
se font jeter dehors dès lors qu'ils ne représentent pas bien leurs
membres. Et il est évident que si le Commandement des traversiers
n'a rien pu obtenir jusqu'à présent, à qui la faute? Certainement
pas à la marine marchande.
Pendant la guerre, nous avons déjà suffisamment transporté
d'orphelins. Nous n'avons pas besoin qu'ils s'accrochent à nouveau
à nos basques.
Le président: Ce sera votre dernière question.
M. Peter Goldring: Vous avez parlé de la présentation vidéo,
et j'aimerais vous demander d'une façon assez générale si nous
n'aurions pas intérêt à visionner ce film avant d'écouter tous les
autres groupes. Ce film ne nous donnerait-il pas un contexte utile
dont nous aurions besoin pour nous faire une idée de l'ensemble de
ce dossier?
M. Aurele Ferlatte: Je vous le recommanderais en effet
vivement, et cela pour une raison très simple... Cliff Chadderton
l'a si bien dit d'ailleurs—la traîtrise du gouvernement d'alors.
Je pense que ce dont nous devons parler, ce n'est pas de ce qui
s'est produit pendant la guerre, mais plutôt de ce qui s'est
produit après la guerre. Ce qui s'est produit, c'est que les
armateurs avaient tout intérêt à recevoir le droit de vendre leurs
navires aux Grecs ou à je ne sais qui, à les faire naviguer sous
pavillon étranger avec un équipage payé de gages de misère, et
ainsi à se débarrasser purement et simplement des marins marchands
canadiens.
M. Peter Goldring: Pourquoi n'avons-nous donc pas...
Le président: Si vous me permettez de vous aider un peu,
monsieur Goldring, il me semble que chaque membre du comité a reçu
il y a déjà un certain temps une copie de cet enregistrement. Je
sais que moi-même je l'ai déjà regardé deux fois. Chaque membre du
comité devrait donc avoir ce film.
• 1200
Le greffier pourra peut-être m'aider, mais je pense que
lorsque M. Chadderton est venu faire son exposé... Nous avions
d'ailleurs plus ou moins essayé de donner satisfaction à tout le
monde en déterminant les dates de comparution. Je voulais également
souligner cela. Nous avions le sentiment qu'il fallait que nous
vous fassions passer le tout premier jour, mais nous avons essayé
d'accommoder M. Chadderton... Est-il vrai qu'il souhaiterait
projeter ce film ce jour-là? Si cela permet de faire un peu la
lumière sur toute cette situation, nous acceptons sa demande, ce
qui nous permettra en même temps de voir le film tous ensemble. Il
n'empêche que chaque membre du comité en a déjà reçu une copie.
M. Peter Goldring: Effectivement, mais les membres du comité
ne sont pas tous ici chaque fois, c'est compréhensible. À
l'intention donc des membres du comité qui ne sont pas ici à toutes
les réunions, je pense qu'il serait instructif que tous puissent le
visionner, parce que selon moi cela pourrait les aider à se former
une opinion d'ensemble et à voir ce à quoi nous tendrons dans le
rapport qui en résultera.
Tout comme vous, j'ai vu ce film, mais je pense qu'il y a
peut-être certains membres du comité qui ne l'ont pas encore vu, ou
encore des membres qui seront ici la prochaine fois et qui ne l'ont
pas vu.
Le président: Eh bien, ils auront alors la possibilité de le
voir en compagnie de M. Chadderton. J'espère qu'ils seront tous
aussi diligents que nous essayons de l'être et qu'ils regarderont
ce film fort instructif qu'ils ont déjà en main depuis plusieurs
semaines.
Merci donc à vous, monsieur Goldring.
[Français]
Monsieur Laurin,
s'il vous plaît.
M. René Laurin:
Je voudrais d'abord poser quelques questions
d'information.
Dans son témoignage, M. Wilson disait que
son organisme, l'Association des anciens combattants de la
marine marchande, représentait quelque 1 600 anciens
combattants de la marine marchande.
Combien y en a-t-il qui ne sont pas membres de votre
association? La Légion prétendait
représenter un certain nombre de marins de la marine
marchande et vous dites en représenter 1 600.
Quelles sont les proportions? Est-ce qu'il y en a qui
ne sont pas représentés?
M. Aurele Ferlatte: C'est très difficile à dire.
M. René Laurin: Est-ce qu'il y en a qui sont ni
membres de l'une ni membres de l'autre?
M. Aurele Ferlatte: On ne le sait pas.
Quand on a commencé à examiner cette
situation, on pensait que le gouvernement, par
l'entremise du ministère, aurait pu trouver une
méthode. Il n'y a pas longtemps,
ils ont voulu savoir combien de vieux
anciens combattants de la Première Guerre
étaient encore en vie
et ils l'ont su. Ils ont fait un
effort pour le savoir.
S'ils voulaient savoir combien d'anciens combattants
de la marine marchande sont encore en vie, cela
ne leur prendrait pas beaucoup de temps.
Nous savons que nous avons 1 600 membres.
Il se pourrait bien qu'il y ait 1 000
autres anciens combattants au Canada dont on ne
connaît pas l'existence.
M. René Laurin: Est-ce qu'il en a qui sont membres
de la Légion et qui ne sont pas membres de votre
association?
M. Aurele Ferlatte: Cela se pourrait très bien.
M. René Laurin: Ou l'inverse?
M. Aurele Ferlatte: Ou l'inverse.
M. René Laurin: Vous pouvez sûrement savoir
combien sont membres de la Légion, parce que la Légion
a ces statistiques-là.
M. Aurele Ferlatte: Je me pose la question.
Non. J'en suis sûr parce que j'ai été secrétaire-trésorier.
Je le suis en ce moment pour la Légion chez moi, et
je ne pense pas qu'ils aient ces renseignements dans leur
ordinateur.
M. René Laurin: Ils ne sont pas identifiés comme
étant légionnaires provenant de la marine marchande.
M. Aurele Ferlatte: Non, pas du tout.
M. René Laurin: Ils sont identifiés comme des
légionnaires.
M. Aurele Ferlatte: C'est cela.
M. Wilson voudrait ajouter quelque chose.
Je pense que cela pourrait vous aider.
M. René Laurin: Excellent.
[Traduction]
M. Aurele Ferlatte: Fort bien, allez-y.
Le capt Hill Wilson: Effectivement, ce chiffre de 1 600
représente le total de nos membres. Mais encore tout récemment, un
numéro de la revue de la Légion mentionnait dans une de ses
chroniques, intitulée, je crois, «Au champ d'honneur», les noms de
21 marins de la marine marchande, dont cinq seulement étaient
membres de notre association. Voilà donc pour cela.
Personnellement, je fais partie d'autres associations, ou du
moins j'en faisais partie. Il y a par exemple la Compagnie des
capitaines au long cours du Canada, et il y a sur l'île de
Vancouver un bon nombre de capitaines au long cours qui sont des
anciens de la marine marchande, mais qui n'appartiennent pas à
notre association. Il en va de même pour un autre groupe dont je
fais partie. Il y a un assez grand nombre de gens de mer de la
Deuxième Guerre mondiale qui ne font pas partie de notre organisme,
et j'ignore d'ailleurs pourquoi.
[Français]
M. Aurele Ferlatte: Monsieur Laurin,
si le gouvernement décidait de nous
donner 20 000 $ et qu'on imprimait cela dans les
journaux, je suis sûr qu'on apprendrait le nombre
d'anciens marins marchands.
• 1205
M. René Laurin: Il y aurait de bonnes chances.
M. Aurele Ferlatte: Il ne faudrait pas qu'ils
manquent cela.
M. René Laurin: Monsieur, j'ai aussi une simple
question de curiosité. Vous avez ouvert une parenthèse
pour nous rappeler que 45 p. 100 des marins marchands tués
étaient originaires du Québec. Comment expliquez-vous
cela?
M. Aurele Ferlatte: Quand je naviguais, dans les
années 1930 et 1940, il
y avait beaucoup de trajets qui se faisaient
sur le fleuve Saint-Laurent et c'était pour cela
qu'il y ait autant de Canadiens français. Quand la
guerre a été déclarée, tous ces gars-là sont entrés
dans la marine marchande. C'était normal pour eux de
continuer.
M. René Laurin: Parce qu'ils étaient déjà là.
M. Aurele Ferlatte: Il y
avait des barges qui amenaient le bois
de Godbout aux moulins de Québec. C'était normal
que...
M. René Laurin: Donc, ils ont été les premiers
recrutés?
M. Aurele Ferlatte: Au Québec,
beaucoup de jeunes officiers étaient
d'anciens marins qui avaient navigué dans les régions de
Trois-Rivières et de Québec, sur le fleuve
Saint-Laurent.
M. René Laurin:
M. Wilson a mentionné, en parlant des
déclarations du contre-amiral Murray qui louait le
courage des marins, qu'ils éprouvaient beaucoup de
difficulté à se trouver des emplois parce qu'on
accordait la préférence aux anciens combattants des
forces armées. Quand on dit qu'on leur
accordait la préférence, est-ce que cela veut dire
qu'aucun des marins marchands ne pouvait bénéficier
de la chose? Cela laisse entendre qu'on donnait
la préférence aux autres, mais qu'il y en avait quand même
qui pouvaient en profiter. Est-ce que
le nombre de ceux qui ont pu en profiter est important?
M. Aurele Ferlatte: Franchement, c'est très
important.
J'ai travaillé dans l'industrie
des pâtes et papier.
Un gars qui
avait travaillé sur les bateaux avait la chance
d'entrer dans une usine quand il
était un ingénieur et
qu'il était qualifié, mais il n'y en avait pas
beaucoup. En autres mots, la préférence
était donnée aux anciens combattants
et non à nos membres.
Deuxièmement, tous les
gars qui retournaient dans l'armée
avaient leur pleine ancienneté.
En plus de cela, pendant que les anciens combattants
étaient outre-mer, les
compagnies de pâtes et papier payaient la différence
entre le salaire qu'ils gagnaient et
le salaire qu'ils auraient
gagné s'il avaient travaillé à l'usine. Il y a
bien des bénéfices que les anciens combattants ont eus
et que nous n'avons
pas eus.
M. René Laurin: Est-ce que cela veut dire qu'à
compétences égales, on favorisait un ancien combattant de l'armée
plutôt qu'un ancien combattant de la marine marchande?
M. Aurele Ferlatte: Oui, et il y a plus.
Je me souviens qu'il y avait chez
moi cinq bateaux qui faisaient
la navette avec du papier journal entre le Canada
et l'Angleterre durant
la guerre. Il y
en a quatre sur cinq qui ont été coulés, mais
les matelots qui faisaient la navette ne pouvaient pas
déplacer un ancien combattant dans l'usine
même s'ils avaient travaillé pour la même compagnie.
M. René Laurin: Je reviens au document
de M. Ferlatte. Dans votre présentation, vous faites
allusion aux pertes d'allocations rétroactives que
vous avez évaluées, dans le cas de la pension d'invalidité
de guerre, à plus de 78 000 $ et, dans le cas des
allocations d'anciens combattants, à 72 590 $. Laquelle
demandez-vous? Est-ce que vous demandez l'une ou
l'autre? Demandez-vous les deux?
M. Aurele Ferlatte: Aussi bien être
honnête. Quand on est dans une telle situation,
on prend tout ce qu'on peut.
M. René Laurin: Je comprends, mais...
M. Aurele Ferlatte: Pour être vraiment honnête,
on a pris les chiffres qu'on avait
et on a fait une projection. Pour vous dire la
vérité, c'est pour cette raison-là que je vous dis
qu'on devrait peut-être établir un comité pour
étudier tout cela.
M. René Laurin: Je m'excuse, monsieur Ferlatte,
mais je trouve que la question est importante.
On appelle cela une pension d'invalidité de
guerre. Les critères d'invalidité et les critères
d'anciens combattants sont deux choses
vraiment différentes.
M. Aurele Ferlatte: Oui.
• 1210
M. René Laurin: Si on devait vous accorder une
pension pour vous rendre justice par rapport
aux anciens combattants de l'armée en se basant sur
des critères
d'invalidité, il y en a peut-être moins qui en
bénéficieraient.
M. Aurele Ferlatte: C'est vrai, mais il faut dire
que les marins de la marine
marchande ne sont pas comme les
autres anciens combattants. Un ancien combattant
peut être
estropié. Dans la
marine marchande, quand un bateau était coulé,
les marins n'étaient pas estropiés mais
morts. C'était fini. Il y a des
anciens combattants
de la marine marchande qui ont été
estropiés.
À cette époque, les prestations pour les
accidents du travail n'existaient pas. Quand les gars
revenaient, on ne leur donnait rien,
comme dans le cas du
type accidenté dont je vous ai parlé.
Il y a ici M. Willis Marsolais qui
a été prisonnier de guerre. Aussitôt que le bateau a
été coulé, ils l'ont ramassé et la paye s'est
terminée. En plus de cela, il a
été accidenté. Ils
l'ont tiré dans une jambe. Tu as
80 $ par mois pour ton invalidité en ce moment?
M. Willis Marsolais (témoignage à titre
personnel): J'ai 2,13 $.
M. Aurele Ferlatte: Il a 2,13 $. Cela vous donne une
idée de la situation. Il a
passé beaucoup de temps dans... Il a 2,13 $.
M. René Laurin: Faire le chèque coûte plus cher
que le montant du chèque.
M. Willis Marsolais: C'est cela.
M. Aurele Ferlatte: La pension de vieillesse
est au montant de 986 $ et ils nous donnent
la différence.
Il reçoit 2,13 $
pour avoir été estropié et fusillé. Ce n'est pas
utile, comme on dit parfois. C'est révoltant.
M. René Laurin: Merci.
[Traduction]
Le président: Merci.
Monsieur Wood, vous avez 10 minutes.
M. Bob Wood: J'ai déjà eu l'occasion de m'entretenir assez
longuement avec M. Ferlatte et la plupart des autres depuis six ou
sept mois, et je pense donc avoir une assez bonne idée de leurs
points de vue.
Cela dit, monsieur Ferlatte, vous savez que nous avons entendu
parler ce matin de plusieurs formules qui permettraient de calculer
l'indemnisation. D'aucuns ont préconisé un paiement forfaitaire,
d'autres une rente ou un paiement à titre gracieux. M. Rycroft, de
la Légion, a son opinion à ce sujet, et la Légion a également la
sienne au sujet de l'indemnisation.
Dans votre mémoire, vous proposez une formule qui tient
principalement compte du temps de service en mer, et j'imagine que
dans les jours qui vont suivre nous allons recevoir toutes sortes
de propositions à ce sujet.
Vous avez fait une suggestion qui a retenu mon attention, et
je voudrais vous poser quelques questions à ce sujet. Vous avez
parlé ce matin de la constitution d'un comité qui serait chargé de
déterminer la formule d'indemnisation à utiliser. Je pense que nous
en convenons tous: le dossier va être complexe et prêter à beaucoup
de confusion et il va probablement être extrêmement difficile
d'arriver à une formule, j'en conviens facilement.
Alors, monsieur Ferlatte, j'imagine que la question que je
vous poserais est la suivante: à votre avis, qui devrait siéger à
ce comité? Vous avez parlé de M. Chadderton comme candidat possible
à la présidence, mais qui d'autre? À quels autres groupes pensez-vous
lorsqu'il s'agirait de constituer un comité comme celui-là?
Qui en ferait partie?
M. Aurele Ferlatte: Si l'on retient la formule d'un comité,
combien de membres devrait-il avoir pour être efficace et pour
parvenir rapidement à une solution? J'estime que si nous pouvions
avoir cinq ou six représentants, ainsi que des représentants du
ministère des Anciens combattants et de votre ministère, avec
quelques élus, on devrait parvenir à une solution équitable.
Comme je l'ai dit, il faut tenir compte du fait que ceux qui
ont navigué à partir de 1939 ont été exposés très longtemps au
danger et que certains d'entre eux ont continué à naviguer jusqu'à
ce que les navires soient désarmés. Ils ont eu plus de difficulté
à réintégrer la vie civile à cause de leur groupe d'âge. Par
exemple, je connais un marin qui avait plus de 35 ans à l'époque et
qui a eu beaucoup de mal à faire sa place dans l'industrie lourde.
C'est pour cela que nous avons de nombreux marins qui n'ont droit
qu'à une pension minable.
• 1215
M. Bob Wood: Est-ce que vous allez prendre l'initiative de
constituer ce comité si nous décidons de procéder ainsi...
M. Aurele Ferlatte: Oui.
M. Bob Wood: ...ou sinon, qui devra en prendre l'initiative?
M. Aurele Ferlatte: J'estime que si le gouvernement accepte de
créer un comité, nous proposerons que sa présidence soit confiée à
Cliff Chadderton, et nous désignerons quelqu'un de notre groupe
pour y siéger. Je ne sais pas combien de représentants votre comité
voudrait avoir, en plus des fonctionnaires des Anciens combattants.
M. Bob Wood: À mon avis, le comité devrait être apolitique, si
vous êtes d'accord.
M. Aurele Ferlatte: Oui. Nous n'avons pas le choix. Je dis
simplement que la meilleure façon...
M. Bob Wood: Cette idée est la vôtre.
M. Aurele Ferlatte: Oui, je m'en rends bien compte. Le plus
simple, c'est de dire qu'on va donner 20 000 $ ou 30 000 $ à tout
le monde, et c'est tout. Chacun rentre chez soi, au revoir et
merci.
Le président: Je crois que M. MacLean a quelque chose à
ajouter.
M. Ossie MacLean: Oui. Monsieur Wood et monsieur Ferlatte,
n'oubliez pas une chose: c'est lui qui va vous donner un mandat.
C'est au comité parlementaire ou à vous-même qu'il appartient de
constituer ce comité, car s'il n'a pas réalisé son mandat avant le
1er juin, vous savez ce qui va se passer. Nous voulons un versement
rétroactif, ou appelez ça comme vous voudrez, car nous ne voulons
pas que d'autres hommes en soient privés à la fin de leurs jours.
Ils ont tous besoin de cet argent. J'ai reçu de très nombreux
appels qui me mettaient les larmes aux yeux, et c'est la même chose
en ce moment.
Il faut leur verser de l'argent. C'est l'essentiel. C'est vous
qui devriez constituer ce comité, ou bien vous pouvez faire une
proposition à notre président, que nous pourrons toujours accepter.
Je ne sais pas. Mais, s'il vous plaît, que tout soit terminé pour
le 1er juin. Merci, monsieur le président.
Le président: Merci, monsieur MacLean.
Monsieur Wood, avez-vous d'autres questions?
M. Bob Wood: Non.
Le président: Bien. Monsieur Clouthier? Non.
On passe à M. Earle, du NPD, pour 10 minutes.
[Français]
M. Gordon Earle: Merci, monsieur le président. Je
n'ai pas de questions, mais j'aimerais faire un
petit commentaire.
[Traduction]
Je tiens à remercier les témoins de leur exposé. Vous avez été
très clairs et vous avez parfaitement précisé ce que vous attendez.
Je tiens à indiquer qu'en tant que membre de ce comité je vous
accorde mon appui, et nous allons faire de notre mieux pour trouver
une solution raisonnable à ce problème.
J'ai ici une lettre qui m'est parvenue de la section de
Halifax-Dartmouth de votre association, les Anciens combattants de
l'Association de la marine marchande canadienne, à laquelle était
jointe une lettre d'appui d'un ancien combattant de la marine
marchande norvégienne. On étudie donc votre situation dans des pays
lointains, et vous recevez toutes sortes d'appuis. Je ne déposerai
pas ce document parce qu'il n'est disponible qu'en anglais, mais je
vais le transmettre à notre greffier en lui demandant de le
distribuer à tous les membres du comité une fois qu'il aura été
traduit.
Je voulais simplement dire que nous appuyons certainement vos
démarches, et nous espérons pouvoir finir avant le délai ou en
arriver à une conclusion qui satisfera tous les intervenants.
Merci.
Le président: Merci, monsieur Earle.
Est-ce que les membres du comité ont d'autres questions?
Puisque je n'en vois pas, je remercie beaucoup nos trois témoins
d'être venus ici aujourd'hui pour nous aider à mieux comprendre une
situation très complexe, que nous résoudrons le plus rapidement
possible. Merci beaucoup.
La séance est levée.