STANDING JOINT COMMITTEE ON
OFFICIAL LANGUAGES
COMITÉ MIXTE PERMANENT DES
LANGUES OFFICIELLES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 28 mars 2000
• 1537
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco (Laval-Ouest, Lib.)):
Bonjour, mesdames et messieurs. Nous sommes aujourd'hui
le mardi 28 mars. Conformément à l'alinéa 108(4)b)
du Règlement, nous procéderons aujourd'hui à l'étude
des politiques et des programmes de langues
officielles.
Permettez-moi d'abord de prendre deux ou trois
minutes avant de commencer officiellement la séance
pour vous entretenir de quelques
questions relatives au calendrier de nos travaux que
nous avons préparé et que je vous ferai parvenir.
Je veux dire aux membres du
comité que M. Allan Rock, le
ministre de la Santé, a accepté d'être parmi nous
le 4 avril. Le
11 avril, Mme Dyane Adam, la commissaire aux
langues officielles, sera ici
et elle nous parlera évidemment du budget. Nous avons
eu beaucoup de mal à faire concorder notre calendrier
avec celui de M. Manley, le ministre de l'Industrie, qui
nous a proposé de venir comparaître le jeudi
13 avril à 15 h 30.
Je ne voulais pas accepter sa proposition avant de vous avoir
demandé si cela vous convenait. Cette date semble être
pratiquement la
seule où il pourrait venir nous rencontrer, sinon sa
comparution devra être remise à beaucoup plus tard.
Est-ce que vous pourriez
vérifier vos calendriers et me faire savoir
avant ce week-end
si le jeudi 13 avril à 15 h 30 vous
convient pour cette rencontre avec M. Manley, le ministre
de l'Industrie?
Le sénateur Jean-Claude Rivest (Stadacona, PC):
Madame la présidente, c'est la première fois que
nous entendrions le ministre de l'Industrie. Pourquoi
le convoquons-nous?
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): M. Manley est
le ministre de l'Industrie et sa comparution s'inscrit
dans le cadre de l'étude
que fait ce comité sur les ministères et la façon dont
ils se conforment à la Loi sur les langues
officielles. Nous avions décidé il y a longtemps qu'il
s'agissait d'un des ministères que nous voulions
étudier.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: D'accord.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Sénateur
Beaudoin.
Le sénateur Gérald-A. Beaudoin (Rigaud, PC):
Le Sénat doit siéger le jeudi 13 avril et il est
possible que des votes soient tenus au cours de
cette semaine-là.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Oui, et il est
également possible que nous soyons appelés à voter en Chambre.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Ce n'est pas une date
qui convient très
bien aux gens qui siègent au
Sénat. Ce sera peut-être la dernière journée où nous
siégerons avant l'ajournement pour le congé de Pâques.
La sénatrice Joan Thorne Fraser (De Lorimier, Lib.):
Nous serons probablement très occupés et nous aurons peut-être
beaucoup de difficulté à nous absenter de la Chambre.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Si
vous me dites déjà que ce sera la dernière journée
avant Pâques et vous êtes habituellement très affairés,
nous le convoquerons après l'ajournement de
Pâques. Nous pourrons communiquer avec le ministre et vous
laisser savoir quelle autre date sera possible. J'annule
donc la comparution prévue le
13 avril et on reviendra à la charge pour fixer une autre
date.
• 1540
En ce qui concerne M. Collenette,
le ministre des Transports, il viendra après l'adoption
de son projet de loi, qui est actuellement à l'étape de
la deuxième lecture. Sa comparution aura elle aussi
lieu après Pâques. De
toute manière, on a suffisamment de travail à faire d'ici
Pâques.
Nous en arrivons maintenant à nos témoins, qui
représentent le Secrétariat du Conseil du Trésor du
Canada et qui viennent comparaître
à la suite de la rencontre que vous avez eue la
semaine dernière avec la présidente du Conseil du
Trésor, Mme Lucienne Robillard.
Je souhaite la bienvenue à M. Guénette, secrétaire adjoint aux
langues officielles, et je l'invite à nous présenter les
personnes qui l'accompagnent. Merci.
M. Gaston Guénette (secrétaire adjoint aux langues
officielles, Secrétariat du Conseil du Trésor du
Canada): Good afternoon, bonjour. Je vous
remercie, madame la présidente, de nous avoir invités à
comparaître de nouveau devant le Comité mixte
permanent des langues officielles.
Je suis accompagné de Charlotte
Cloutier, directrice des programmes et de la liaison, et
de Denis Côté, directeur de la politique et
des produits. Nous sommes accompagnés de
Christian Létourneau, qui
nous appuiera lorsque nous ferons
notre présentation de cet après-midi.
Nous sommes très heureux de remplir
l'engagement de la présidente du Conseil du Trésor, Mme
Robillard, de venir vous donner plus de
détails sur la publication qui a été rendue publique
lors de sa comparution la semaine dernière et qui s'intitule
Le vent dans les voiles, et de vous consulter sur
un projet de politique qui porte sur les effets des
transformations et des initiatives gouvernementales sur
les langues officielles.
Tout d'abord, je voudrais réaffirmer que, selon la
perspective d'un fonctionnaire, le dossier des
langues officielles connaît un nouvel essor. La
publication Le vent dans les voiles en est une bonne
illustration et tente de capter ce nouveau souffle
envers la dualité linguistique canadienne.
La direction que je dirige en
tant que secrétaire adjoint aux langues
officielles contribue à la formulation de
la vision et de l'aperçu stratégique qui visent à faire
de la fonction publique fédérale un milieu de travail
exemplaire qui respecte les droits des citoyens ainsi
que ceux des fonctionnaires.
Les langues officielles constituent un secteur bien
présent dans les objectifs du Secrétariat du Conseil du
Trésor. Avant que nous passions aux commentaires et questions,
permettez-moi de brosser un tableau des grandes lignes au
moyen d'une présentation. Nous vous avons remis
une copie papier de la présentation qui
nous ferons par voie électronique.
Ma présentation comprendra trois parties. La
première portera sur le rôle du
Secrétariat du Conseil du Trésor. Je vous parlerai
ensuite des outils de gestion que produit
le Secrétariat du Conseil du Trésor. En dernier lieu,
je vous présenterai la politique proposée sur les
transformations gouvernementales.
En ce qui a trait à notre rôle d'élaboration et de
coordination générale des principes et programmes
fédéraux d'application de la Loi sur les langues
officielles, notre action repose sur trois axes qui
sont reflétés dans l'aperçu stratégique du Secrétariat
du Conseil du Trésor. Le premier axe comprend
un engagement renouvelé envers la
dualité linguistique et une sensibilisation des cadres
aux droits et obligations, qui donne au gouvernement
un rôle de promoteur indéfectible de la dualité
linguistique.
Le deuxième axe porte sur l'évaluation de l'atteinte des
objectifs gouvernementaux dans les institutions
assujetties à la Loi sur les langues officielles.
Finalement, le troisième axe porte sur la rétroaction des
clients, les communautés de langue officielle en
situation minoritaire et les dirigeants des
institutions quant à nos services. Ces trois axes
s'inscrivent dans une meilleure intégration des langues
officielles au coeur des décisions. Ceci se fait, par
exemple, par l'optimisation des initiatives ou
transformations gouvernementales pour ce qui est du
bilinguisme institutionnel et l'appui au
développement des communautés de langue officielle en
situation minoritaire, ainsi que par la mise en place de
politiques et d'indicateurs de rendement qui sont axés
sur les résultats.
Notre rôle de chef de file, tant à l'interne qu'à
l'externe, pour favoriser l'atteinte de ces objectifs
s'appuie donc sur l'intégration des langues officielles
au coeur des décisions et sur la consolidation de nos
réseaux de langues officielles.
Ces réseaux sont
nombreux et visent tous les paliers de mise en oeuvre,
soit le réseau des champions des langues officielles,
les comités consultatifs ministériels et des sociétés
d'État, et les liaisons continues auprès des communautés de
langue officielle en situation minoritaire.
• 1545
Permettez-moi maintenant de vous présenter des outils
de promotion et de gestion produits et disséminés par
le Secrétariat du Conseil du Trésor. Nous avons un
ensemble de publications qui touchent le programme des
langues officielles, qui comprend le service au public, la
langue de travail, la participation équitable des
anglophones et des francophones à la fonction publique,
et la gestion du programme des langues officielles.
Vous voyez, à gauche, une affiche qui a été distribuée en
mars à tous les gestionnaires et centres de
responsabilité qui ont la responsabilité de donner
le service dans les deux langues officielles, soit 3 000
bureaux partout au pays. Nous publions aussi de
temps à autre des annonces
publicitaires dans des magazines et dans la presse
minoritaire à l'échelle nationale pour faire connaître la
disponibilité des services dans les deux langues
officielles.
Nous avons amorcé une campagne afin de promouvoir les
outils d'information et de
sensibilisation. Nous avions pour but de sensibiliser
et d'informer les gestionnaires et les employés dans
toutes les régions du Canada afin qu'ils
puissent atteindre les
objectifs que nous avons fixés en matière de
langues officielles. Au cours de la dernière année,
nous avons offert 28 séances auxquelles ont participé environ 475
employés des ministères et sociétés d'État.
Passons maintenant plus précisément aux outils de
gestion. Afin d'aider nos
gestionnaires à mieux s'acquitter de leurs
obligations en matière de langues officielles, nous
avons publié une série de
documents au cours des derniers mois, dont le premier
était Les langues
officielles au coeur des décisions. Nous avons publié une
brochure à l'intention des ministères en février et une
autre à l'intention des sociétés d'État la semaine
dernière. Ces documents ont pour but de faire en sorte
que dans les ministères et sociétés d'État, les
objectifs en matière de
langues officielles
deviennent une partie intégrante
des décisions opérationnelles.
Le deuxième document, qui s'intitule Le vent
dans les voiles, est la brochure qu'a déposée
la ministre la semaine dernière auprès du
comité parlementaire. On y énumère les
réalisations du gouvernement d'avril
1998 à décembre 1999.
Nous publions aussi des documents au sujet des pratiques
exemplaires en matière de langues officielles pour
permettre le partage d'information d'une société à
l'autre ou d'un ministère à l'autre. Le recueil de
pratiques exemplaires qui est affiché
maintenant a été publié le 1er octobre dernier.
Le dernier outil de gestion qu'on a préparé a été mis à la
disposition des ministères dans le cadre de l'analyse des
présentations qu'ils font au Conseil du Trésor. Ce
guide contient les principes dont ils doivent tenir
compte en matière de langues officielles.
Je passe maintenant à la troisième partie de ma
présentation,
qui porte sur le projet de politique sur les
initiatives et transformations gouvernementales par
rapport aux exigences en matière de langues officielles.
Je vais vous présenter un projet de politique qui
donne suite aux rapports qu'ont publiés le
commissaire aux langues
officielles, le groupe de travail Fontaine,
l'expert-conseil Donald Savoie et le
sénateur Simard. Ce projet de politique
a pour but de donner une suite aux cinq
recommandations qu'a formulées récemment le groupe
de travail Fontaine.
Fontaine avait présenté 11 recommandations, dont six
ont déjà été mises en oeuvre, tandis que la mise en
oeuvre des cinq
autres se fera lors de la
publication de ce projet de politique.
• 1550
En plus de publier un projet de
politique sur le sujet, nous avons l'intention de
publier un guide afin de donner
aux institutions des outils plus détaillés qui leur
permettront de faire l'analyse des
initiatives gouvernementales et de mettre en oeuvre cette
politique.
[Traduction]
Permettez-moi maintenant de parler de la nécessité d'une
politique. Comme je l'ai dit il y a un moment, le commissaire aux
langues officielles, le groupe de travail Fontaine, Donald Savoie
et le sénateur Simard ont remis des rapports, dans lesquels ils
concluent que les droits linguistiques s'étaient érodés au fil des
ans.
Avec la transformation du gouvernement depuis 1993, 1994 et
1995 et comme les droits linguistiques s'étaient érodés, lorsque le
rapport du groupe Fontaine a été remis, en janvier 1999, le
gouvernement et le président du Conseil du Trésor ont donné leur
accord de principe aux recommandations qui s'y trouvaient, dont ils
ont demandé la mise en oeuvre. Lorsqu'il a changé sa structure, le
gouvernement s'est efforcé d'être particulièrement vigilant et
proactif.
Le but de la publication d'une politique à ce moment-ci est de
donner force de loi à la décision qu'a pris le Conseil du Trésor en
mars 1998, selon laquelle, lorsqu'un ministère envisage une
prestation alternative de service, les considérations de langues
officielles fassent partie du plan initial de prestation
alternative de services.
Permettez-moi de souligner, pour expliquer le pourquoi de la
politique, que le commissaire aux langues officielles de l'époque,
M. Goldbloom, avait publié un rapport sur la question dans lequel
il exposait cinq principes. Nous pensons—et c'est la constatation
que nous faisons maintenant—que les politiques proposées sont
conformes à ces cinq principes qu'avait établi le commissaire aux
langues officielles.
Le premier de ces principes visait la préservation des droits
existants en ce qui concerne le service au public.
Le deuxième principe exigeait la création d'un mécanisme de
recours pour les clients mécontents de n'avoir pas été servis dans
la langue leur choix par une institution.
En troisième lieu, le commissaire jugeait important qu'il y
ait un mécanisme de reddition des comptes et un suivi du mécanisme
de contrôle de la mise en oeuvre et de l'observation des exigences
en matière de langues officielles.
Le quatrième principe voulait que lorsque le gouvernement
envisage une transformation, il y ait consultation des minorités de
langues officielles.
Selon un cinquième principe, il fallait tenir compte des
droits linguistiques des employés de la Fonction publique fédérale,
de la langue de l'unité de travail.
J'aimerais définir en deux mots ce que nous entendons par
transformation ou initiative gouvernementale. Vous avez devant vous
deux éléments, mais en réalité il y a quatre éléments à cette
définition, qui est la pierre angulaire de la politique. Nous avons
compris, après avoir consulté plusieurs organes du gouvernement,
que nous ne pouvons pas saisir toutes les transformations du
gouvernement; il y en a trop. Ce que nous cherchions à faire est à
saisir les plus importantes. Nous voulions formuler une définition
qui serait globale, tout en étant concise et claire, et qui
pourrait facilement s'appliquer aux variantes des initiatives et
des transformations.
Je vais vous donner deux ou trois exemples de transformation.
La restructuration du transport aérien en est un. Il y a aussi les
conventions collectives et la création de programmes
d'infrastructure.
• 1555
Je terminerai en vous donnant un autre exemple de
transformation qui pourrait survenir dans une institution. Le
déplacement de l'administration centrale ou d'une portion
importante des ressources d'un organisme situé dans une région
bilingue vers une région unilingue a des répercussions sur les
droits des employés. Par conséquent, ce doit être considéré comme
une transformation gouvernementale.
En ce qui concerne le service au public, la politique que nous
proposons prévoit que les droits du public de continuer de recevoir
des services dans la langue de son choix doit être maintenue là où
il le faut. C'est-à-dire que s'il y a une demande importante,
conformément au règlement sur le service au public qui découle de
la Loi sur les langues officielles, le service doit être maintenu.
Pour être plus précis, lorsque l'institution demeure sous
autorité fédérale, le service au public doit être maintenu. Lorsque
d'autres ordres de gouvernement sont concernés, encore là, si la
demande est importante, le droit du public d'être servi dans la
langue de son choix doit être respecté.
Là où la distinction a été établie c'est lorsque le
gouvernement décide de se retirer d'un secteur d'activité. Par
exemple, lorsque le gouvernement s'est décidé à quitter le secteur
de l'imprimerie et a vendu l'Imprimerie nationale à l'imprimerie
St-Joseph, celle-ci n'a pas été obligée de servir le grand public
dans les deux langues officielles. Nous obtenons les services dans
les deux langues officielles pour les fonctionnaires et les
institutions fédérales grâce à des dispositions contractuelles
intégrées aux contrats de service signés avec l'imprimerie St-Joseph.
Je vais maintenant passer à la disposition qui concerne la
langue de travail. Je le répète, si l'initiative ou la
transformation demeure sous juridiction fédérale, les droits
linguistiques seront maintenus. D'un autre côté, si l'initiative ou
la transformation ne relève plus de la juridiction fédérale, la
politique prévoit que des solutions doivent être envisagées pour
maintenir un milieu de travail propice.
Une autre disposition de la politique exige la consultation.
Il est essentiel de consulter les collectivités de langues
officielles pour que les décisions pertinentes soient prises de
façon à assurer le maintien des services dans la langue choisie par
la clientèle.
De plus, nous prévoyons dans la politique que des dispositions
linguistiques claires et précises devront être intégrées aux
accords de transfert.
La politique prévoira aussi des mécanismes de recours visant
la transformation gouvernementale. Le rapport Fontaine a d'ailleurs
mentionné le fait que le mécanisme de recours est un élément
important du service au public. Il ne suggère pas un recours
judiciaire en tant que tel, mais au moins un mécanisme flexible et
efficace qui permette aux personnes dont les droits n'ont pas été
respectés d'obtenir réparation. Ce pourrait être, par exemple, un
protecteur du citoyen ou un tiers auquel pourraient s'adresser les
personnes dont les droits n'auraient pas été respectés.
La dernière diapositive se rapporte au cadre de responsabilité
et de surveillance. L'article 46 de la Loi sur les langues
officielles attribue au Conseil du Trésor la responsabilité de la
coordination générale et de la direction, ainsi que de la
surveillance et de la vérification. Comme la loi affirme aussi la
responsabilité des institutions de mettre en oeuvre ces
dispositions, plusieurs choses ont été faites.
Par exemple, le mandat d'un comité des langues officielles
relevant d'un sous-ministre a été élargi et il a été chargé
d'examiner les grandes initiatives gouvernementales qui pourraient
se répercuter sur les langues officielles.
• 1600
Ceci termine mon exposé, madame la présidente. Si les membres
du comité ont des observations à faire sur la politique, ou s'ils
ont des questions sur la mise en oeuvre des mesures relatives aux
langues officielles, mes collègues et moi serons heureux d'y
répondre.
Merci.
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci
beaucoup, monsieur Guénette.
Monsieur Hill.
[Traduction]
M. Grant Hill (Macleod, Alliance canadienne): Merci, madame la
présidente.
Je vous remercie de votre exposé. Je suis toujours curieux de
savoir dans quelle mesure ces programmes réussissent.
Je siège au Parlement depuis 1993, et j'ai constaté que les
échéances semblent changeante en ce qui concerne l'obligation des
gestionnaires de devenir bilingues, dans une large mesure. Les
échéances ont toujours été repoussées. Depuis 1993, donc, où en
sommes-nous en fait de pourcentage
[Français]
des autres fonctionnaires qui sont capables de parler
les deux langues?
[Traduction]
M. Gaston Guénette: Je vous remercie de cette question. Vous
parlez des exigences linguistiques faites à la catégorie de la
direction...
M. Grant Hill: Oui.
M. Gaston Guénette: ... lorsque le Conseil du Trésor a décidé,
en 1987, d'instaurer une politique exigeant de tous les cadres des
régions bilingues, les dirigeants chargés de servir le public ou de
superviser des employés, d'atteindre le niveau de bilinguisme
«CBC». C'est le plus haut niveau en ce qui concerne l'interaction
verbale, l'écoute et la conversation.
Je vais vous expliquer la mise en oeuvre de la politique. À
partir de 1987, nous avions 10 ans pour appliquer la politique.
Donc, à compter du 31 mars 1998, nous étions sensés avoir atteint
la cible des 100 p. 100.
Ce qui est arrivé, c'est que la catégorie de la direction a
subi des changements radicaux. En 1991, les cadres supérieurs, la
catégorie SM... Avant cela, la politique de 1988 prévoyait que les
employés de la catégorie EX, c'est-à-dire de la direction, devaient
atteindre le niveau de bilinguisme CBC. Environ 1 200 employés
étaient classés dans la catégorie EX en 1988. En 1991, il y a eu
une importante révision de la classification des postes, et les
employés SM sont passés à la catégorie EX. Ainsi, le nombre
d'employés devant atteindre le niveau de bilinguisme CBC a plus que
doublé.
De plus, de 1993 à 1995, il y a eu deux examens des programmes
et une grande restructuration du gouvernement. Un bon nombre
d'employés ont quitté le gouvernement, etc.
Tout cela a fait que... En 1997, il était devenu évident que
nous n'atteindrions pas notre objectif de 100 p. 100.
Le gouvernement a examiné la situation et instauré une
nouvelle politique. Au lieu de rattacher l'exigence linguistique au
titulaire, comme c'était le cas avec la politique de 1988, elle
serait liée au poste. Les employés de la catégorie EX sont
maintenant tenus de devenir bilingues d'ici à 2003.
M. Grant Hill: En 1987, quel pourcentage de ces employés
étaient compétents dans les deux langues officielles?
M. Gaston Guénette: Je n'ai pas ici de chiffres exacts, mais
je participais à la mise en oeuvre de la politique, à l'époque, et
je dirais qu'environ la moitié des employés du groupe EX étaient
bilingues alors.
Je dois ajouter qu'en 1991, lorsque le groupe SM s'est
fusionné au groupe EX, les cadres supérieurs étaient pour la
plupart unilingues. C'était donc un recul, avant que nous puissions
recommencer à augmenter la capacité linguistique.
M. Grant Hill: Donc, en 1987, c'était environ la moitié des
employés. En 1997, combien étaient devenus compétents?
M. Gaston Guénette: En 1997, environ les deux tiers des
employés, des deux catégories SM et EX, étaient bilingues.
Madame la présidente, il me faudrait vérifier si c'était bien
la moitié, parce que j'ai dit ça de mémoire.
• 1605
M. Grant Hill: Vous pourriez nous le confirmer.
Où en sommes-nous maintenant, en 2000? Quel est le pourcentage
d'employés bilingues?
M. Gaston Guénette: Il est un peu difficile de répondre à
cette question parce que le mode de calcul des statistiques a
changé. Comme je le disais tout à l'heure, l'ancienne politique
exigeait que des titulaires qu'ils deviennent bilingues, alors que
maintenant cette exigence est liée aux postes.
Actuellement, 96 p. 100 des postes qui devraient être
bilingues—soit les postes SM et EX, y compris les EX1 et EX3, dans
les régions bilingues—sont maintenant identifiés bilingues. De ces
96 p. 100, nous nous situons actuellement sur la marque des
63 p. 100.
Maintenant, précisons que ce 63 p. 100 ne peut se comparer à
l'ancienne méthode de calcul des statistiques.
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
Monsieur Guénette, dans la réponse que
vous allez fournir à M. Hill et à l'ensemble des
membres de ce comité, peut-être pourriez-vous non
seulement nous donner les chiffres se rapportant aux
personnes en nombres ou en pourcentages, mais aussi
en fonction des catégories. Vous
venez en effet de nous expliquer que les catégories
pour lesquelles on exigeait le bilinguisme ont été
modifiées et qu'il y en avait moins au tout début qu'il y
en a aujourd'hui.
Donc, quelles étaient les catégories et quelles
sont-elles? Combien d'individus étaient touchés en
1987 et combien sont maintenant touchés, ou du moins en
1997, selon la question que posait M. Hill?
On pourra mieux comparer si on a
l'ensemble du contexte.
M. Gaston Guénette: D'accord.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci.
Monsieur Plamondon.
M. Louis Plamondon
(Bas-Richelieu—Nicolet—Bécancour, BQ): Madame la
présidente, je pense que la question qu'a posée mon
confrère M. Hill prête à confusion dans le sens
suivant. De votre côté, vous parlez de postes
bilingues alors que lui parlait de personnes
bilingues. Or, tout le monde sait qu'il y a énormément
de postes bilingues occupés, dans les faits, par des
personnes qui ne le sont pas. Il y a là une différence
à faire et à bien faire.
À ce que je sache, il y a 100 000 postes dans la
fonction publique qui exigent l'anglais et 12 000
seulement qui exigent le français. C'est toute une
différence. C'est ça, la fonction publique fédérale.
Qu'on ne vienne pas me dire que le bilinguisme existe
dans la fonction publique.
Je vous en donne un petit exemple. J'ai été délégué
par le Canada pour aller au Gabon, il y a un mois.
Pour la circonstance, on m'envoie quelqu'un du
ministère des Affaires extérieures pour m'informer des
relations Canada-Gabon. Cette personne me remet un
beau petit document uniquement en anglais. Je lui fais
remarquer que le Gabon est pourtant un pays
francophone.
Je suis député du Bloc québécois
et donc très sensible au fait français, comme d'autres
doivent aussi l'être. On n'a même pas eu
cette délicatesse et quand j'ai demandé si on l'avait
en français, elle m'a répondu que non et que ce serait
trop long de me le faire traduire. C'est ça, le service
qu'on donne à un député. Imaginez-vous
ce qu'il en est du reste de la population. Donc, les
postes bilingues, ils existent en théorie.
Ce que je voulais vous demander, c'est si vous avez
l'impression que les francophones
sont ceux qui portent le poids du
bilinguisme, lequel n'est par ailleurs absolument pas
nécessaire pour les anglophones dans la fonction
publique. Ma question est
peut-être un peu politique.
M. Gaston Guénette: Je voudrais répondre en deux
parties, madame la présidente. D'abord, en plus des
chiffres que M. Plamondon a cités, il y a 59 000 postes
bilingues dans la fonction publique.
M. Louis Plamondon: Postes bilingues.
M. Gaston Guénette: Postes bilingues.
M. Louis Plamondon: Sur combien?
M. Gaston Guénette: Sur 182 000. Disons que 33 p.
100 des postes sont bilingues. Quatre-vingt-cinq pour
cent des titulaires de ces 59 000 postes
bilingues satisfont aux
exigences linguistiques de leur poste. Ce
n'est pas 100 p. 100 et il y a donc du travail à faire.
Dans le cas où le titulaire du poste n'est pas
bilingue, le ministère doit prendre des mesures
administratives pour que le service soit donné dans les
deux langues officielles.
• 1610
J'ajouterai aussi, en réponse à la première question,
que dans l'ensemble de la fonction
publique—ministères, sociétés d'État et toutes
institutions assujetties à la Loi sur les langues
officielles—, il y a 27 p. 100 de fonctionnaires
francophones. Dans les ministères pour lesquels le
Conseil du Trésor est l'employeur, c'est même un peu
plus élevé.
Je veux aussi ajouter que le tiers des 59 000 postes
bilingues dont je viens de parler sont
occupés par des anglophones et les deux tiers, par des
francophones. Voilà.
M. Louis Plamondon: Cela confirme ce que je disais.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Excusez-moi,
monsieur Lavigne.
M. Louis Plamondon: Il y a 64 p. 100 des postes
bilingues qui sont occupés par des francophones.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Excusez-moi.
Quand il y a
une question, je préférerais que ce soit M. Guénette
qui y réponde, si vous le
permettez.
Cependant, je m'en voudrais de ne pas relever un commentaire
de votre part, monsieur Plamondon. Je dirais,
sans prendre parti pour quelque parti politique que ce
soit, que les francophones en général sont très sensibles à
la question de documents ou de conversations qui ne
sont pas bilingues. Ce n'est pas seulement une
préoccupation du Bloc québécois.
M. Louis Plamondon: Je suis d'accord avec vous et
j'ai mentionné par la suite que si j'étais
sensible à ce fait, je reconnaissais également que les
francophones devaient l'être tous.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Tout à fait.
Monsieur Guénette, est-ce que vous souhaitez répondre à
la deuxième partie de la question qu'a posée M.
Plamondon?
M. Louis Plamondon: Il y a répondu.
M. Gaston Guénette: Je pense qu'en disant que 36
p. 100 des postes bilingues sont occupés par des
anglophones, j'ai répondu à la question.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci.
La sénatrice Joan Fraser:
Par des anglophones unilingues?
M. Gaston Guénette: Non, dans des postes
bilingues.
M. Louis Plamondon: Dans les postes bilingues au
Canada, 64 p. 100...
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Excusez-moi,
monsieur Plamondon. La question est adressée à M.
Guénette. Je demanderais à M. Guénette d'y répondre.
M. Louis Plamondon: [Note de la rédaction:
Inaudible].
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Oui, mais je
pense que M. Guénette est bien capable de répondre.
M. Gaston Guénette: Je faisais allusion
au fait que 85 p. 100 des 59 000 postes bilingues
sont occupés par des titulaires bilingues. À ce
moment-là, il y a une répartition 36-64 entre
anglophones et francophones.
M. Louis Plamondon: Si je comprends bien votre
réponse, 64 p. 100 des postes bilingues au Canada sont
occupés par des francophones et 36 p. 100 des postes
bilingues au Canada sont occupés par des anglophones.
Cela confirme ce que je disais tout à l'heure, à savoir
que le
poids du bilinguisme repose sur les épaules des
francophones.
Voici ma deuxième question. J'ai remarqué que lorsque vous
parlez de la fonction publique, vous la prenez globalement
dans vos analyses. Or, dans la Partie VI de la Loi sur
les langues officielles, à l'article 39 en particulier,
que signifie «institution fédérale doit veiller à
avoir une représentation équitable»? Est-ce que cela
s'applique dans vos analyses? Considérez-vous toute la
fonction publique globalement ou si vous prenez les
institutions une à une?
C'est là qu'est toute la différence. Pourquoi le législateur
a-t-il mentionné spécifiquement dans sa loi les
institutions fédérales? Il n'a pas parlé pas de la
fonction publique en général. Comprenez bien ma
question. Vos tableaux présentent toujours
les résultats d'une analyse globale de la fonction
publique, alors que cette analyse devrait porter sur
chacune des 28 institutions pointées du doigt par la
Loi sur les langues officielles. Elles devraient être
plus nombreuses que 28, selon moi, mais c'est toujours
le nombre de celles qu'on désigne.
M. Gaston Guénette: La Partie VI de la Loi sur les
langues officielles porte sur la participation des
francophones et des anglophones à la fonction publique
et elle constitue un engagement à réaliser par
du gouvernement. C'est une obligation quant à l'effort
à consentir qui est visée et non pas l'obligation
d'atteindre des résultats.
Pour revenir aux chiffres, nous faisons des analyses
à trois niveaux. Nous faisons une analyse au
niveau de l'ensemble des employés assujettis à la Loi
sur les langues officielles. Je situais tout à l'heure
la participation francophone à 27 p. 100. Ensuite, on
décortique ce 27 p. 100, qui est une mesure à très
grande échelle, en distinguant les institutions où le
Conseil du Trésor est l'employeur, celles où il ne
l'est pas, et même les institutions privatisées, comme
Air Canada, les administrations aéroportuaires locales
et les administrations portuaires.
En plus de faire ces analyses-là, nous avons aussi les
chiffres sur la participation anglophone et francophone
pour à peu près toutes les distributions que vous
pourriez vouloir. Ainsi, nous les avons pour chacune
des institutions et, à l'intérieur de chacune, nous
avons les chiffres pour chacune des provinces.
• 1615
Tous ces chiffres n'ont pas été publiés dans le
rapport annuel de la présidente parce que ça devient
très détaillé, mais ils sont versés au site des langues
officielles de la Division des langues officielles du
Secrétariat du Conseil du Trésor. Je peux les mettre à
la disposition du comité à n'importe quel moment.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Il serait
intéressant que vous nous donniez l'adresse Internet
du Conseil
du Trésor afin qu'on puisse y avoir accès
très facilement. Les députés seront invités à aller
consulter le site ou à demander à leur secrétaire d'y aller à
leur place.
M. Gaston Guénette: Si vous me le permettez,
j'apporterai un complément d'information. La
représentation francophone et anglophone peut varier
d'une institution à l'autre et c'est bien ainsi parce
que la Loi sur les langues officielles prévoit un
engagement en fonction du mandat de l'institution, de
sa localisation et de sa clientèle. En d'autres mots,
une organisation qui opère principalement dans l'Ouest
n'aura pas le même niveau de participation anglophone
ou francophone qu'une autre institution qui opère
uniquement au Québec.
M. Louis Plamondon: Ma dernière...
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Plamondon...
M. Louis Plamondon: C'est que vous avez pris
beaucoup de mon temps.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
Je vous ai
déjà donné presque neuf minutes. Il y aura un deuxième
tour.
M. Louis Plamondon: Madame la présidente, je dois
m'absenter à cause du téléphone... J'avais une
question à poser à laquelle on pourrait m'envoyer la
réponse par écrit.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Parfait.
M. Louis Plamondon: Cela me prendra cinq secondes.
C'est au sujet de la représentation des anglophones
dans la fonction publique au Québec. On
dit souvent qu'elle n'est pas assez nombreuse. Je me
suis rendu compte d'une chose en étudiant le tableau 16
du rapport du Conseil du Trésor, qui présente justement
la répartition des anglophones et des francophones dans
l'ensemble des organismes assujettis à la Loi sur les
langues officielles.
J'aimerais que vous me fournissiez un tableau par
province en répartissant les fonctionnaires de la
région de la Capitale fédérale entre les deux rives,
selon leur lieu de résidence. Je ne vous demande pas
cela pour aujourd'hui, bien sûr. Je me suis
aperçu que vous ne tenez jamais compte qu'il y a 3 000
fonctionnaires anglophones qui demeurent du côté du
Québec, dont la résidence principale est du côté du
Québec. Ils ne sont pas comptabilisés comme tels
quand on fait l'analyse de la participation des anglophones à la
fonction publique fédérale au Québec. Cela donnerait
un plus juste pourcentage, qui correspondrait beaucoup
mieux à la
réalité des 8,8 p. 100 d'anglophones vivant au Québec.
Alors, s'il vous était possible de me fournir ces
chiffres et de me les expédier, ils pourraient être
d'intérêt pour tous les membres du comité.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): J'espère que
vous reviendrez parmi nous, monsieur Plamondon, après
votre téléphone.
M. Louis Plamondon: Non, ce n'est pas pour un
téléphone; je dois quitter.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Ah, vous
devez quitter.
M. Louis Plamondon: Donc, je ne pourrai pas
participer au deuxième tour de cette intéressante
discussion que tiendront mes collègues.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): D'accord. Je
pensais que vous auriez une question au deuxième tour
également.
Monsieur Guénette, allez-y, je vous en prie.
M. Gaston Guénette: Merci. Il est possible de
vous donner sans difficulté la répartition, par
province, de la participation anglophone et
francophone, sauf pour ce qui est de la RCN. La région
de la Capitale nationale constitue une entité en soi et
elle n'est pas divisée.
Je voudrais aussi ajouter, à propos du pourcentage de
8,8 p. 100 que vous avez cité...
M. Louis Plamondon: Ce n'est pas fait, mais
pourrait-on trouver le lieu de résidence de ces 3 000
personnes de la fonction publique fédérale dans la
fameuse région de la Capitale nationale que vous
refusez de diviser et d'analyser?
M. Gaston Guénette: Excusez-moi. Cette
information n'est pas entrée dans notre base de
données. Ces données ne sont pas fondées sur le lieu de
résidence. À l'heure
actuelle, tous ceux qui travaillent dans la région de
la Capitale nationale forment un tout et nous avons des
chiffres sur les diverses représentations dans cet
ensemble.
Je voudrais profiter de l'occasion pour apporter
une précision. Il n'y a pas un chiffre de 8,8 p. 100
d'anglophones au Québec. Le chiffre refondu des
anglophones dans les ministères et dans les sociétés
d'État...
M. Louis Plamondon: Par rapport à la population
globale.
M. Gaston Guénette: À la population globale?
M. Louis Plamondon: Moi, je prétends que les 8,8 p.
100 d'anglophones de la population globale
du Québec ont au moins 8,8 p. 100
des emplois de fonctionnaires fédéraux.
On conteste ce chiffre-là justement parce qu'on
élimine la région de la Capitale nationale. Or, si on
en tenait compte par rapport au lieu de résidence, ce
qui serait normal... Si quelqu'un réside à Hull et
est anglophone, il est un Québécois, mais vous n'en tenez
pas compte. Vous me dites que vous refusez d'analyser
ainsi la situation. La statistique nous indiquerait
alors que les anglophones du Québec ont un nombre
d'emplois correspondant amplement au pourcentage de
leur population globale.
M. Gaston Guénette: Dans la fonction publique...
M. Louis Plamondon: Dans la fonction publique
fédérale.
• 1620
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Guénette, pourriez-vous simplement nous fournir des
précisions à ce sujet?
Je ne connais pas suffisamment la méthodologie que vous
utilisez. Il serait peut-être utile que vous nous
éclairiez. Êtes-vous en mesure de répondre à cette question
au sujet du lieu de résidence des fonctionnaires de
la fonction publique fédérale?
M. Gaston Guénette: Les données contenues dans
nos systèmes ne comprennent pas
le lieu de résidence des fonctionnaires. Il s'agit
plutôt d'un
système d'information sur la classification des postes
où l'on consigne le lieu du poste, et non pas
le lieu de provenance, de l'institution
d'éducation ou de résidence
des fonctionnaires. Bien que la compilation de telles
données soit peut-être
possible, elle exigerait une étude spéciale.
M. Louis Plamondon: Lorsque vous les répartissez par
province, que faites-vous des fonctionnaires de la
Capitale nationale?
M. Gaston Guénette: Ils ne sont pas répartis par
province, madame la présidente.
M. Louis Plamondon: Ah, cela n'existe pas.
M. Gaston Guénette: Les fonctionnaires de la Capitale nationale
sont regroupés dans une entité distincte.
M. Louis Plamondon: Ah, bon.
M. Gaston Guénette: Il y a le Québec moins la
région de la Capitale nationale, l'Ontario
moins la région de la Capitale nationale, puis
la Capitale nationale de façon distincte.
Madame la présidente, une telle compilation n'existe
pas. Elle serait possible, mais elle exigerait
une étude spéciale.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je vais clore
le sujet, monsieur Plamondon, si vous me le permettez.
Est-ce qu'on pourrait vous demander de
nous présenter quatre tableaux: l'un portant sur
l'ensemble du Canada, comme vous venez de le
décrire; un où l'on retrouverait le
Québec moins la Capitale nationale; un autre sur
l'Ontario moins la Capitale nationale; et ensuite la Capitale
nationale elle-même? Nous pourrions peut-être alors
tirer nos propres conclusions. Je vous
remercie.
Je passe maintenant à la sénatrice Fraser.
La sénatrice Joan Fraser: Merci, madame la
présidente.
Monsieur Guénette,
[Traduction]
Je m'intéresse à l'ébauche de politique sur les transformations. En
vous écoutant, j'ai trouvé que c'était très encourageant. Il m'a
semblé vous entendre assez souvent dire: «Ceci arrivera, les
garanties existeront».
Pourtant, lorsque je lis l'ébauche de la politique, j'y vois
beaucoup moins de certitudes. Je vois, par exemple, que l'élément
central de l'énoncé de politique de base est qu'il faut faire une
analyse. Puis vient une clause accessoire pour s'assurer que les
objectifs de la dualité linguistique sont atteints. L'élément
central de cet énoncé de politique, cependant, est tout simplement
qu'il doit y avoir une analyse. Rien n'y dit qu'il n'y aura pas de
renonciation aux politiques actuelles sur les langues officielles,
que ce soit à propos de la langue de travail ou de la prestation de
services.
Puis quand je passe aux exigences de la politique, qui sont
quand même plus détaillées, il semble assez clair que si l'activité
demeure sous juridiction fédérale, les règles sur les langues
officielles continueront de s'appliquer. Dans le cas contraire,
nous revenons tout de suite à «examiner» la situation, à
«réfléchir» et à «penser» à ce qui arrivera. La seule obligation
que je vois est, à l'avant-dernière page de la version anglaise de
l'énoncé de politique, sous le titre «Clauses linguistiques», où
l'on dit que les institutions qui mettent en oeuvre une initiative
ou une transformation devront s'assurer d'inclure les clauses
concernant les exigences et les garanties linguistiques dans les
ententes de transfert, de partenariats ou autres documents
pertinents.
Cependant, rien ne dit ce que devraient être ces clauses
linguistiques. Alors je me demande d'où vous tenez ce ton tellement
optimiste, cette vision que tout sera merveilleux, que nous avons
appris notre leçon et que nous ne négligerons pas les minorités
linguistiques et ne permettrons même pas que leur situation se
détériore en conséquence de la transformation. Je ne vois pas de
lien entre le document et ce qu'il me semble vous entendre dire.
M. Gaston Guénette: L'engagement du président du Conseil du
Trésor est clair, si l'on en juge les témoignages du ministre Massé
l'année dernière et de la ministre Robillard cette année. Ce dont
vous parlez, je crois, est une question de présentation du document
dans le sens où ce que vous dites se rapporte aux énoncés de
politique qui exigent une analyse des impacts dans la mesure où le
bilinguisme institutionnel et le développement des communautés de
langue officielle en situation minoritaire sont concernées.
• 1625
Le lien qu'il faut faire, c'est entre l'énoncé de politique,
cette analyse et les critères s'appliquant à cette analyse. Les
critères que vous avez lus sous le titre «Exigences de la
politique» sont très clairs. Permettez-moi de réitérer que,
toujours, lorsqu'une activité reste financée par l'administration,
qu'elle soit fédérale, provinciale ou municipale, quelque ordre de
gouvernement que ce soit—les droits du public de continuer à être
servi dans la langue officielle de son choix est affirmé dans les
critères ou les exigences de la politique.
La sénatrice Joan Fraser: Où est-ce que ça se trouve?
M. Gaston Guénette: Vous le trouverez sous le titre «Exigences
de la politique», sous «Services au public», où on dit que lors de
la préparation d'une initiative ou d'une transformation,
l'institution responsable doit prendre les mesures nécessaires pour
s'assurer que «dans tous les cas», les obligations linguistiques en
matière de service au public sont respectées.
La seule situation dont j'ai parlé dans mon exposé où cette
mention de «tous les cas» ne s'appliquerait pas est lorsque le
gouvernement décide de se retirer d'un secteur d'activité, et j'ai
donné l'exemple de l'imprimerie. Il y en a d'autres. Par exemple,
la Commission de la capitale nationale a décidé d'arrêter
d'entretenir les parcs et en a chargé la compagnie La Fleur de la
Capitale. Dans ces cas-là, la disposition ne s'applique pas.
Par contre, dans tous les autres cas—si on pense aux
conventions de travail, par exemple, qui ont été dévolues, ou les
conventions entre les provinces—la clause de service dans la
langue choisie s'appliquerait.
La sénatrice Joan Fraser: Je ne veux pas vous paraître
difficile, mais je ne lis pas dans ce paragraphe ce que vous venez
de dire. Ce que je lis, c'est que l'institution, c'est-à-dire ce
qu'il en reste après la transformation, doit continuer de fournir
des services au public.
Je ne lis pas que quiconque hérite de la responsabilité est
obligé de fournir au moins les services actuels.
M. Gaston Guénette: Madame la présidente, ce pourrait donc
être une question de formulation, et c'est précisément pourquoi
nous tenons des consultations—pour que ce puisse être clair, si ça
ne l'est pas suffisamment.
L'objectif visé, ici, est qu'une fois une partie de ministère
tranchée et envoyée ailleurs, cette nouvelle entité doit
s'organiser pour continuer à fournir le service dans la langue du
choix de la clientèle si elle est encore financée par le
gouvernement—si elle demeure une organisation que finance
l'administration municipale, provinciale ou fédérale.
La sénatrice Joan Fraser: Pourrais-je suggérer, madame la
présidente, qu'il serait bon d'améliorer cette formulation et
j'aimerais aussi que l'énoncé de politique soit beaucoup plus ferme
que celui que nous avons ici.
Tel qu'il est maintenant, ce document m'apparaît comme un
document interne sur la démarche, et il me semble qu'il devrait
plutôt être presque comme une charte pour le public, pour les
citoyens du Canada, que ce soit ceux qui travaillent pour le
gouvernement fédéral ou ceux qui en reçoivent les services. Ce
n'est pas ce que je vois ici.
Merci, madame la présidente.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci beaucoup.
[Français]
Sénateur Rivest.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Je continuerai
dans le même ordre d'idées que la
sénatrice Fraser. J'aimerais que vous me donniez des
exemples concrets de la dévolution de compétences
parce que, constitutionnellement
parlant, je ne crois pas qu'il y en ait eu.
Le fédéral maintient sa juridiction dans les domaines
de sa compétence et, à ce que je sache, il n'en a
abandonné aucun récemment.
M. Gaston Guénette: Certains de vos
collègues sont peut-être mieux placés que moi pour répondre
à une telle question.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Je ne crois pas
que le gouvernement fédéral ait abandonné quelque
domaine relevant de sa compétence.
M. Gaston Guénette: Je crois que les ententes
en matière de main-d'oeuvre constituent une dévolution
de ses pouvoirs au palier provincial.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Il s'agit du
plan administratif et il y a en a de deux ordres. Il y
a eu, bien sûr, la récente entente en matière d'emploi
avec le Québec où l'on a connu
des problèmes administratifs. Les
communautés minoritaires hors Québec sont très inquiètes
lorsqu'un domaine de compétence fédérale est confié à
une province.
Sauf dans le cas des communautés minoritaires qui vivent
au Nouveau-Brunswick, on peut craindre que les services
ne seront données que dans une langue. Les
Québécois anglophones sont également inquiets
en raison des dispositions de la Loi 101.
Lorsque le
gouvernement du Québec accepte une dévolution
administrative—parce qu'il n'y en a pas eu qui soit purement
constitutionnelle—, des conflits risquent
de surgir en raison des dispositions de
la Loi 101 et de celles de la loi fédérale
qui exigent qu'on fournisse des services dans les deux langues.
Dans le dossier de la main-d'oeuvre, comment a-t-on réglé
ce problème?
• 1630
M. Gaston Guénette: Madame la présidente,
je crois que c'est
l'article 54 ou 56 de la Loi sur l'assurance-emploi
qui stipule que les services de main-d'oeuvre doivent
être donnés dans les deux langues officielles là où il
y a une demande importante. La position qu'on a adoptée
et qui a été réitérée encore récemment par la
ministre Stewart, c'est que dans de tels cas,
la notion de «demande importante» doit être interprétée
conformément à la définition qui est inscrite dans la
Loi sur les langues officielles. Toutes les ententes
qu'on a signées en matière de main-d'oeuvre jusqu'ici
avec la plupart des provinces—on n'a pas conclu
d'entente avec l'Ontario—prévoient qu'on doit donner le service
dans les deux langues officielles là où
il y a une demande importante.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Est-ce la même
chose au Québec?
M. Gaston Guénette: Oui, tout à fait.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Je vous donnerai
comme exemple l'entente sur l'immigration qu'avaient
conclue MM. Bourassa et Mulroney et qui prévoyait le
transfert de fonctionnaires fédéraux dans le cadre du
programme d'intégration économique et sociale des
immigrants à la communauté. Qu'est-ce qui est arrivé
dans ce cas-ci? En avez-vous une idée?
M. Gaston Guénette: Plusieurs années se sont
écoulées depuis qu'on a transféré le programme
d'immigration, et je dois dire
que les transformations gouvernementales ainsi que la position
du gouvernement et du Secrétariat du Conseil du Trésor
ont évolué au fil des ans. Parmi les
premières transformations, au début des
années 1980-1981, on a vu le ministère des
Postes devenir la Société canadienne des postes. De
nombreuses autres transformations ont eu lieu pendant
les années 1990. Puisque je ne saurais vous répondre de
façon certaine, je préférerais d'abord vérifier ce qui est arrivé
dans le cas de ces employés-là.
Je puis toutefois vous dire que,
de façon générale, les employés avaient la possibilité
de rester au gouvernement fédéral s'ils craignaient que
que leur carrière soit affectée ou qu'on porte
atteinte à leur droit de travailler dans la langue
de leur choix s'ils allaient travailler ailleurs.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Lorsqu'on parle de
dévolution de
programmes, on peut parler non seulement de la main-d'oeuvre
et de l'immigration, mais aussi d'autres ententes
purement administratives, dont celle qu'on a conclue
afin que le gouvernement du Québec perçoive la TPS.
Quels engagements a-t-on pris en matière de langues
officielles dans ce cas précis puisque la Loi
101 ne prévoyait pas, pour les Québécois anglophones,
les mêmes droits que le fédéral?
Y a-t-il un mariage ou une
entente?
M. Gaston Guénette: Au cours des dernières années,
nous avons adopté une position générale selon laquelle
tout service qu'on a auparavant donné au public est un
droit acquis qui ne sera pas retiré s'il est confié à
quelque autre palier de gouvernement, à l'exception
d'un domaine que le gouvernement fédéral confierait à
un secteur complètement privé.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Alors, il y a eu
des ententes et leurs modalités ont pu varier. Il y a
eu des problèmes à l'époque et on a essayé de trouver
la meilleure solution possible, bien que je ne sois pas
certain qu'on ait réussi à tout coup. Lorsqu'on
dévolue certains pouvoirs au gouvernement du Québec, on
peut être assuré qu'il y a
un bassin de fonctionnaires qui peuvent
très facilement assumer la
prestation des services dans les deux langues, mais
j'ai moins de certitude dans le cas des
autres provinces Enfin, il y a sans doute
moyen de faire plus. Au Québec, l'application de
la Loi 101 posait certains problèmes, mais on
a trouvé des solutions ad hoc dans chacun des cas.
Lorsqu'il s'agit des autres provinces, où plus de 90 p.
100 de la population est unilingue
anglophone, on peut craindre qu'on ne soit pas en mesure de
fournir les services dans les deux langues officielles.
C'est bien beau d'établir un principe et de
dire que les deux lois s'appliqueront, mais on voit déjà
à quel point cela peut être compliqué. On n'a qu'à
penser à la Société canadienne des postes, par exemple.
• 1635
Est-ce que les provinces autres que le
Nouveau-Brunswick réussissent à trouver des employés
capables de
fournir les services dans les deux langues officielles
lorsqu'il y a dévolution constitutionnelle,
administrative ou purement mécanique d'une
responsabilité?
M. Gaston Guénette: Oui, de façon générale, ces
services doivent être donnés là où il y a une demande
importante. Nous pourrions ajouter au
Nouveau-Brunswick les provinces du
Manitoba, de l'Alberta et de l'Ontario, qui ont établi
des secrétariats ou ministères qui ont la
responsabilité d'offrir des
services en français. On constate qu'il existe, au sein de
l'appareil gouvernemental provincial, une volonté
d'offrir ces services afin de satisfaire aux besoins
des communautés de langue minoritaire. Le bassin de
personnes bilingues s'est accru au fil des 20 dernières
années grâce aux cours
d'immersion et à des associations telles que Canadian
Parents for French. On signe souvent des
ententes semblables à celle qu'a conclue le
gouvernement fédéral avec le
le Centre culturel Marie-Anne-Gaboury, en Alberta,
en vue de la prestation de services
dans la langue de la minorité.
Des initiatives semblables sont en train de voir le jour au
Manitoba, où l'on établit des guichets uniques où l'on
regroupe les services des gouvernements provincial et
fédéral.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur Guénette.
Monsieur Godin.
M. Yvon Godin (Acadie—Bathurst, NPD):
Je souhaite la bienvenue à nos
témoins. On a parlé des institutions
publiques. J'aimerais que nous nous penchions sur
nos prisons au Canada. Lorsque j'assistais à la
période des questions orales en Chambre, on a déposé
sur mon pupitre une lettre qu'a signée un détenu et
que j'aimerais vous lire:
Ici a l'institution de Joyceville nous sommes plus
que 5/100 des langues officiel
minoritaire du Canada. Comme les directions du
commissaire nous dit; nous avons besoin tout le 5/100
ou plus pour pouvoir etre reconnus.
Mais encore nous sommes plus que 5/100
et nous ne sommes pas reconnu etant
francophone Canadien. Je suis desespere de voir
comment la directrice de l'institution de Joyceville
peut diriger une prison, si elle ne respect les
lois specialement sur les langues officiel du
Canada.
Tous les groupes que je connais ici ont leurs
chambre personnel, et ils ont l'autorisation d'avoir des
rencontres en groupe.
Nous qui sont la minorite
des langue officiel du Canada avons aucun
programme des langues officiel minoritaire. Nous
avons pas de classe francaise à l'école. Partout
dans l'institution il y a des affiches qui dit:
«Francais ou anglais.» Mais partout ou nous allons dans
l'institution nous ne pouvont pas avoir des services
en français. Le seul endroit que nous avons des
services en français est a la bibliotheque de
l'institution.
Nous les membres des langue officiel
minoritaire du Canada (les francophones de Kingston).
Nous désirons recevoir ce qu'ils nous revien. Depuis
quatre ans les francophones demande d'etre
respecter dans leurs droits, et depuis quatre ans
tout nos droits en langue officiel minoritaire du
Canada nous somme refuser.
Je soulève donc cette question ici.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Un point de
clarification, si vous me le permettez, monsieur Godin.
Où cette institution du gouvernement
fédéral est-elle située?
M. Yvon Godin: À Joyceville, en Ontario, près
de Kingston.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
Je voulais simplement clarifier
cela.
M. Yvon Godin: J'aimerais souligner le fait que
l'ancien solliciteur général Andy Scott et moi avions
visité la prison de Renous et que nous avions
constaté que le même
problème existait. J'avais parlé avec les prisonniers,
ainsi qu'avec le directeur de la prison, qui m'avait dit
qu'il était difficile de conserver des
affiches françaises sur les murs. Je lui avais
conseillé de les couvrir de plexiglas ou de faire
autre chose. Cela illustre le genre de problèmes qu'on
trouve dans ces institutions fédérales. J'aimerais
entendre votre point de vue là-dessus. Avez-vous reçu
des plaintes à cet effet? Si oui, avez-vous pris des
mesures pour corriger la situation? Dans sa lettre, le
détenu me dit que si on révèle son nom, il fera l'objet
de représailles de la part de la directrice. Il nous
dit que ces problèmes durent depuis quatre ans.
M. Gaston Guénette: La mise en application des
exigences en matière de langues officielles relève, comme je le
disais lors de ma présentation, des institutions et
donc, dans ce cas-ci, du pénitencier de Joyceville qui
relève du
Service correctionnel du Canada à qui nous
transmettrons le message que vous nous avez livré.
• 1640
En plus de cela, sur un plan plus général, je vous
répondrai que la clientèle des institutions pénales est
une clientèle spécifique. En d'autres mots, la
réglementation sur le service au public, qui prévoit une
règle démographique dans certains cas, comme le 5 p.
100 auquel vous avez fait allusion, ne s'applique pas
dans le cas des institutions pénales où il y a une
clientèle spécifique.
À ce moment-là, comme il est très facile de mesurer la
demande d'une clientèle spécifique, on le fait. Les
détenus nous disent de quelle affiliation ils se
réclament, s'ils désirent des services en français, en
anglais ou dans une autre langue. Si le nombre de
détenus est suffisant, le service sera
donné dans les deux langues.
Je ne suis pas en train de dire que le service n'est
pas donné. Ce que je veux vous faire remarquer, c'est que
ce n'est pas nécessairement le pourcentage de 5 p. 100
de la population environnante qui s'applique. Madame
la présidente, normalement, quand on fait allusion à
la règle démographique du 5 p. 100, c'est 5 p. 100 de
la population environnant le bureau d'un ministère.
Dans le cas de Joyceville, je dis qu'il y a parfois
des détenus qui viennent de partout en Ontario, ou de
partout au pays. Enfin, je n'en sais rien. Mais ce
n'est pas la population environnante de Joyceville qui
va déterminer si le service va être donné dans les deux
langues officielles. Ce sera plutôt la population des
détenus eux-mêmes, la composition linguistique des
détenus, qui va faire en sorte que le service sera
offert.
Alors, je vais assurer un suivi auprès des services
pénitentiaires.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
Permettez-moi d'ajouter un complément d'information,
monsieur Godin. La greffière vient de me dire que
c'est un sujet dont on avait
discuté l'année dernière ici, à cette table. M. Scott, qui
était le solliciteur général à l'époque, nous avait
envoyé une copie de la politique sur les institutions
fédérales pénales.
On pourrait peut-être—je m'adresse ici aux gens de
la recherche—aller chercher une copie de cette
politique et vous en informer pour que vous ayez plus
de détails et que vous connaissiez exactement la
politique du gouvernement fédéral en ce qui concerne
les institutions fédérales pénales.
M. Yvon Godin: Exactement, madame la présidente.
Dans la lettre, on parlait de 5 p. 100 et plus. Donc,
s'il y a une autre politique, j'aimerais en entendre
parler. Au Canada, on a deux
langues officielles. On peut envoyer
quelqu'un en prison dans un lieu ou dans un autre,
mais il conviendrait de ne pas envoyer un prisonnier
dans un endroit où il ne pourra pas fonctionner.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci.
J'ai moi-même une question à poser puisque nous en sommes à
la fin du premier tour. Il s'agit ici, dans le
document que vous nous avez présenté, monsieur
Guénette, du deuxième point de la rubrique qui s'intitule
«Langue de travail». On y lit:
Dans l'éventualité où
l'initiative ou la transformation n'est plus de
juridiction fédérale et qu'elle entraîne un transfert
d'employés, l'institution doit examiner les moyens
pour maintenir un milieu propice à l'utilisation des
deux langues officielles.
Ma question porte justement sur le milieu propice.
«Un milieu propice», c'est un énoncé qui me semble
pouvoir être très vague et très différent du genre
d'indications qu'on donnait tout à l'heure, soit 5 p.
100, analyse de la population, etc. Ma première
question est la suivante. Que
veulent dire les mots «milieu propice», pour vous, et
comment analysez-vous le milieu pour évaluer s'il est
propice ou non?
M. Gaston Guénette: De façon générale, quand on
parle d'un milieu propice, on pense à un milieu qui
réunit un certain nombre de conditions faisant en sorte
que les anglophones et les francophones se sentent à
l'aise d'utiliser l'une ou l'autre des deux langues
officielles.
Par exemple, la haute gestion ou le responsable de ce
groupe, de cette unité de travail, doit être bilingue.
La surveillance des employés doit se faire dans la
langue officielle choisie par les employés. Les
services de formation professionnelle et de
développement doivent être disponibles dans la langue
des employés. Les réunions doivent se tenir dans l'une
ou l'autre des langues, un peu comme ici, où chacun peut
s'exprimer dans la langue de son choix en étant certain
d'être entendu.
Il y a aussi l'affichage. Vous voyez peut-être,
madame la présidente, des trucs comme celui que je
porte à ma boutonnière, où on peut lire «Anglais»,
«French», qui permet aux gens, de prime abord,
lorsqu'ils me rencontrent, de savoir que
je peux m'exprimer en anglais et en français. C'est
donc un ensemble de circonstances, y compris la
participation de parlants français et de parlants
anglais dans une unité de travail donnée.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Alors,
quelle est la différence entre la définition d'un
milieu propice et un endroit où les droits
linguistiques sont maintenus?
Il me semble qu'il y a une différence quelque part
puisqu'au premier
point, on parle de maintenance des droits
linguistiques, ce qui me semble très clair, et qu'au deuxième
point, on parle d'un milieu propice. Il me
semble qu'un milieu propice est peut-être un degré
en-dessous de ce que peut être la maintenance des
droits linguistiques. Quelle est la différence
entre les deux?
• 1645
M. Gaston Guénette: C'est une différence au niveau
des exigences. Quand l'initiative ou la transformation
résulte en une entité qui est encore de compétence
fédérale, les droits continuent de s'appliquer. Si
cette nouvelle entité
n'est plus de compétence fédérale,
lors de la transformation, une
obligation d'effort lui est imposée,
par opposition à une obligation de
résultat dans le cas d'une entité fédérale.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci. Nous
sommes maintenant au deuxième tour.
Monsieur Hill.
[Traduction]
M. Grant Hill: Merci.
Il n'y a pas si longtemps, la France a commandé aux
contrôleurs aériens de s'acquitter de toutes leurs fonctions en
anglais. C'est dans un but de sécurité. La langue utilisée dans le
contrôle aérien dans le monde entier est maintenant l'anglais. Ici,
au Canada, nous avons choisi de permettre le bilinguisme dans le
contrôle aérien. Je me demande si c'est vraiment la meilleure
politique pour la sécurité. Est-ce que vous pouvez me dire ce que
vous en pensez?
M. Gaston Guénette: Madame la présidente, je vous propose de
poser cette question au ministre Collenette lorsqu'il témoignera
devant vous. Permettez-moi seulement de dire pour l'instant que des
études ont été faites, depuis 1976, auprès des gens de l'air, et,
plus récemment, d'autres études qui ont amené le gouvernement à
décréter que les villes de Québec et d'Ottawa étaient en sécurité
si les deux langues étaient utilisées dans leurs tours de contrôle.
M. Grant Hill: Je comprends le raisonnement qu'il y a derrière
cela. La France, c'est sûr, est très motivée à préserver la langue
française. Pour des raisons de sécurité, cependant, elle a choisi
de ne pas continuer à faire le contrôle aérien en deux langues.
C'est pour des raisons de sécurité, c'est important. Moi-même, en
tant que pilote privé...
Une voix: Est-ce que c'est Charles de Gaulle, en France?
Le sénateur Louis-J. Robichaud (L'Acadie—Acadia, Lib.): Oui.
Mais c'est le seul aéroport. L'autre continue de fonctionner en
français.
M. Gaston Guénette: Le Canada a choisi d'être le chef de file
dans l'utilisation des deux langues officielles. À par cela, je
répète qu'il serait peut-être plus pertinent de poser la question
au ministre des Transports ou à ses collaborateurs.
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je voudrais
préciser,
[Traduction]
Monsieur Hill, que même si la France semble vouloir être la vedette
de la défense de la langue française, lorsqu'on regarde la
politique française relativement à la publication de la recherche
scientifique, par exemple, l'Institut Pasteur, qui est un institut
de recherche de renommée internationale, publie maintenant tous les
résultats de ses recherches en anglais, et pas en français. Il me
semble que le Canada est bien plus avancé dans la protection des
deux langues officielles qu'on ne peut le penser. C'est l'inverse.
Je tenais seulement à le souligner.
M. Denis Côté (directeur, Politique et produits, Secrétariat
du Conseil du Trésor): Nous avons eu récemment un symposium sur les
langues officielles et nos homologues internationaux nous ont fait
les observations qui suivent. En fait, on observe ce que fait le
Canada avant même que soient prises les décisions dans des endroits
comme la France. En ce qui concerne le rôle du Canada,
[Français]
un chef de file,
[Traduction]
nous sommes très souvent perçus par la communauté internationale
comme un leader dans ces domaines.
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur Côté.
[Traduction]
M. Grant Hill: Puisque vous avez donné ces détails, je
voudrais ajouter que, manifestement, la langue de la communauté
scientifique est aussi principalement l'anglais, tout comme sur
l'Internet. Ce que je cherche à savoir, avec ces programmes, c'est
si nous réussissons. C'est pourquoi j'ai posé la question sur le
pourcentage des cadres qui sont réellement bilingues.
J'essaie aussi de voir les problèmes qu'il y aurait si nous
empruntions une voie qui n'est pas appropriée. D'après moi, en tant
que pilote privé, s'il y a des questions de sécurité dont nous
devons nous préoccuper, nous ne devrions pas seulement dire que
nous sommes le chef de file, parce qu'un chef de file qui aurait à
son aéroport d'Ottawa des avions empilés l'un sur l'autre ne ferait
pas très bonne figure. C'est pourquoi je soulève la question, non
pas pour provoquer qui que ce soit, mais plutôt pour dire que si la
France a choisi de faire autrement, est-ce que notre décision est
la bonne, au Canada? C'est vrai qu'il faudrait poser la question à
M. Collenette.
• 1650
La coprésidente (Raymonde Folco): Absolument. Nous en prenons
note, monsieur Hill. C'est une question importante.
[Français]
Voulez-vous ajouter quelque chose, monsieur Guénette?
[Traduction]
M. Gaston Guénette: Oui, si vous permettez, madame la
présidente.
En ce qui concerne l'Internet, M. Hill a mentionné que
l'anglais est la langue de l'Internet. C'est bien vrai. J'aimerais
préciser que des études ont été faites récemment. Le Commissaire
aux langues officielles a remis un rapport en août dernier sur
l'utilisation accrue du français sur l'Internet, et le gouvernement
y a répondu le 30 novembre en s'engageant à accroître l'utilisation
du français sur l'Internet. Nous formulons actuellement un plan
d'action à ce sujet.
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci.
Je donne la parole à M. Bellemare et ensuite au
sénateur Beaudoin.
M. Eugène Bellemare (Carleton—Gloucester, Lib.):
Monsieur Guénette, tout à l'heure,
dans votre réponse à
M. Hill ou à M. Plamondon—je ne sais plus trop—,
vous avez mentionné qu'il y avait environ 59 000
postes bilingues à la fonction publique.
Il faut rendre cela
plus simple. Qu'est-ce que c'est, la fonction
publique dans l'esprit du grand public? C'est assez
difficile quand on parle d'agences et ainsi de suite.
Vous avez dit que
le tiers des postes étaient bilingues et que le
tiers de ces postes étaient occupés par des
anglophones.
Avez-vous dit s'il s'agissait d'anglophones
unilingues ou d'anglophones bilingues?
M. Gaston Guénette: En effet,
il y a presque 60 000 postes bilingues
dans la fonction publique. La fonction publique
comprend les ministères et agences pour lesquels le
Conseil du Trésor est l'employeur; 33 p. 100 des
postes de ces ministères et agences
sont identifiés bilingues. C'est une première
partie des chiffres que j'ai donnés.
Deuxièmement,
j'ai dit que les titulaires de 36 p. 100
de ces postes bilingues
étaient des anglophones.
M. Eugène Bellemare: Unilingues ou bilingues?
M. Gaston Guénette: Je ne dis pas
qu'ils sont bilingues à 100 p. 100, que les 36 p. 100
sont tous bilingues. Je vous ai dit tout à
l'heure que 85 p. 100 des titulaires de
postes bilingues satisfaisaient aux exigences linguistiques
de leur poste. Donc, un certain
nombre de ces 36 p. 100
ne sont pas bilingues; c'est aussi le cas
des francophones titulaires de postes
bilingues.
M. Eugène Bellemare: Dans le document que vous
nous avez présenté, à la page 15, vous parlez du
respect de la dualité linguistique et du bilinguisme
institutionnel. Pouvez-vous m'expliquer la différence
qu'il y a entre la dualité linguistique et le bilinguisme
institutionnel?
M. Gaston Guénette: La dualité linguistique est
le fait d'avoir au Canada deux langues officielles:
l'anglais et le français. Quand on parle de
bilinguisme institutionnel, on parle de
l'articulation de ces deux
éléments, de ces deux langues officielles, à trois
niveau:
au niveau du service au public, qui peut
recevoir le service dans les deux langues officielles;
au niveau de la langue de travail, où les employés qui
sont dans des régions bilingues peuvent
travailler dans les deux langues officielles; et au
niveau de la participation des anglophones et
des francophones.
C'est ce qu'on appelle le bilinguisme institutionnel.
M. Eugène Bellemare: À la page 3, vous parlez de
votre responsabilité d'assurer un suivi. Comment
assurez-vous un suivi? Est-ce que vous imposez des
pénalités aux gens qui ne suivent pas vos
recommandations?
M. Gaston Guénette: On a un cadre d'imputabilité
assez précis pour assurer les suivis. D'abord, comme
je l'ai mentionné tout à l'heure, les responsabilités
sont partagées pour ce qui est de la mise en oeuvre des
politiques de langues officielles. Le Secrétariat du
Conseil du Trésor est responsable de la direction et de
la coordination générale des politiques, tandis que les
ministères sont responsables de leur exécution.
• 1655
D'abord, nous précisons aux ministères
les attentes pour ce qui est des
politiques de langues officielles. Le
Secrétariat du Conseil du Trésor émet des
politiques, des guides, des outils, comme j'ai
mentionné tout à l'heure, pour expliquer les procédures
à suivre.
Ensuite, dans une perspective d'aide, nous avons
un mécanisme de suivi et de surveillance
des politiques. Nous avons une équipe de titulaires de
portefeuilles
qui se rendent dans les ministères et les sociétés
d'État pour voir comment se déroule la mise en oeuvre
des politiques de langues officielles et pour offrir
des conseils, le cas échéant.
Par la suite, nous demandons aux ministères et
aux sociétés d'État de présenter au
Secrétariat du Conseil du Trésor des bilans annuels.
Un bilan annuel est un instrument par lequel
l'institution s'examine, fait son diagnostic et
constate qu'elle a très bien atteint
ses objectifs en matière de langues
officielles ou qu'il y a certaines
lacunes. S'il y a des lacunes, l'institution
propose des mesures correctives. Ces bilans annuels
sont aussi examinés par mes gens et résultent en la
préparation du rapport annuel que la présidente du
Conseil du Trésor dépose au Parlement. Donc, le
rapport annuel est largement alimenté par les bilans
annuels. Il est aussi alimenté par des constats que nous
faisons. Au cours des dernières années, nous avons fait 400
constats. Nous nous sommes rendus dans des ministères
et des
sociétés d'État pour voir comment étaient mises en
oeuvre les politiques de langues officielles et ensuite
pour offrir des conseils.
Nous avons aussi réalisé des sondages.
L'hiver dernier, nous avons fait faire un recensement
par téléphone, que nous avons
confié à une firme de l'extérieur pour assurer
l'objectivité. C'était pour mesurer
jusqu'à quel point le service
était offert au téléphone dans les deux langues
officielles dans les bureaux qui doivent donner le
service dans les deux langues officielles en vertu de
la réglementation. Vous voulions aussi voir
si, dans les cas où le service n'était pas offert,
il pouvait quand même être obtenu. À la suite de ce
recensement téléphonique, nous avons constaté
que dans 93 p. 100 des cas... Je parle bien d'un recensement
téléphonique. Il ne s'agissait pas d'un
service face à face; c'était fait au téléphone.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Est-ce qu'il y
avait des
répondeurs?
M. Gaston Guénette: Non, non. Dans 93 p. 100 des
cas, l'appelant, c'est-à-dire la firme à qui on avait confié le
contrat de faire la vérification téléphonique, a pu
être servi dans la langue de son choix.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Partout au Canada?
M. Gaston Guénette: Partout au Canada. Au Canada,
il y a 3 446 points de service qui ont été identifiés
bilingues en vertu de la réglementation sur les langues
officielles. C'est 28 p. 100 de tous les points de
service. Donc, on a fait une vérification téléphonique
dans tous ces endroits et on a obtenu ces
résultats.
Le Secrétariat du Conseil du Trésor
fait aussi des vérifications.
Par exemple, nous pouvons commanditer
une vérification effectuée par Conseils
et Vérification Canada ou par quelqu'un qui se
rend sur place pour voir si on respecte les
politiques de langues officielles. Bien sûr, les
ministères font aussi leur propre vérification.
Si vous me le permettez,
madame la présidente, j'aimerais ajouter qu'il s'agit
de l'aspect de la mesure de la conformité,
de la mesure du rendement. D'autre part, nous avons aussi
une série de mesures, comme des
mentions d'honneur. Lors du Symposium national sur
les langues officielles
du Canada, en septembre 1998, on a décerné
des mentions d'honneur aux institutions qui s'étaient
distinguées.
Finalement, nous avons aussi des réseaux de
champions de langues officielles et de
comités consultatifs de ministères et de sociétés
d'État, avec qui on dialogue de façon constante. Nous les
réunissons régulièrement et nous amenons les
membres de ces comités dans les régions. La semaine
dernière, par exemple, une réunion du comité
des champions des ministères avait lieu à Winnipeg.
Le but était d'exposer les champions de
langues officielles des ministères à la réalité vécue
par les communautés de langue officielle
du Manitoba. À un autre moment, ils se réunissent à un
autre endroit. On a eu des réunions à
l'Île-du-Prince-Édouard et ainsi de suite. Cela
permet d'établir un dialogue. Nous demandons aussi
à ces champions de langues officielles, qui ont
des responsabilité de haut niveau,
d'entrer en communication avec ces gens et d'échanger
avec eux afin de connaître leur clientèle pour améliorer le
service.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
J'aimerais bien comprendre. Vous
nous avez parlé de ce sondage téléphonique et vous
nous avez répondu que toutes les personnes
appelées dans les institutions partout au Canada
avaient satisfait aux exigences. En fait, le 28 p. 100
dont vous parliez, c'est le 28 p. 100 des institutions
qui sont désignées bilingues dans tout le Canada, et
ce sont ces 28 p. 100 d'institutions qui
ont été appelées, et non pas 100
p. 100 des institutions. Est-ce que j'ai bien compris?
• 1700
M. Gaston Guénette: Non, je m'excuse. Je me suis
mal exprimé. Nous avons communiqué avec tous les
points de service. Il existe au Canada...
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Qu'ils
soient désignés bilingues ou non?
M. Gaston Guénette: Pas tout à fait. Je reviens
en arrière pour deux secondes. Lorsqu'on a mis la
réglementation en place, on a recensé l'ensemble des points de
service fédéraux, quels qu'ils soient. Il y en a
12 044. À partir de ces points de service fédéraux,
nous avons mis en oeuvre les exigences de la réglementation
sur le service public, les règles démographiques, les
règles de ceci et de cela pour identifier finalement
3 447 points de service qui doivent offrir le service dans
les deux langues officielles. J'arrive à une réponse
plus précise à votre question. Vous ne le voyez
pas, madame la présidente, mais on vient de présenter
au tableau derrière vous...
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): À
quelle page êtes-vous?
M. Gaston Guénette: ...la répartition des points
de service au Canada. On voit ici, en rouge, les
bureaux qui ont l'obligation de fournir les service
dans les deux langues officielles et on voit, en mauve,
je crois, les bureaux qui n'ont pas cette obligation. De
façon générale, pour l'ensemble du Canada,
il y a 28,4 p. 100 de tous les bureaux, de
tous les points de service qui ont l'obligation de
fournir le service au public dans les deux langues.
J'arrive à la réponse précise à votre question.
Nous avons donc communiqué avec les 3 447 points de
service, avec tous les points de service des ministères
et des sociétés d'État, ce qui dépasse de beaucoup les
28 ministères auxquels vous faisiez allusion, qui sont
les ministères identifiés pour présenter des plans
d'action pour la mise en oeuvre de l'article 41 au
ministère du Patrimoine canadien.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci.
Sénateur
Beaudoin, je pense que ma question est... [Note de la rédaction:
Inaudible].
Monsieur
Bellemare, allez-y.
M. Eugène Bellemare: J'ai trois mots à dire:
mesures incitatives, sensibilisation et mesures
législatives. Lequel des trois correspond à la mise
en application des services dans les deux langues?
J'ai l'impression que vous faites de la
sensibilisation et que vous faites un suivi.
Je n'ai rien entendu au sujet des mesures incitatives et
encore moins au sujet des mesures législatives, à moins
que j'aie manqué quelque chose.
M. Gaston Guénette: Pour ce qui est
des mesures incitatives, j'ai parlé des
mentions d'honneur que nous décernons aux
ministères et aux sociétés d'État qui se distinguent de
façon particulière. J'ai fait mention aussi des guides de
pratiques exemplaires que nous publions. Pour les guides
de pratiques exemplaires, l'équipe de Mme Cloutier,
grâce à ses titulaires de portefeuilles,
est au fait de ce qui se passe dans chacune des
institutions fédérales, et on va recueillir les
pratiques exemplaires pour ensuite les
disséminer. Les gens considèrent qu'il est très
valorisant de pouvoir se retrouver dans les pratiques
exemplaires. Vous en voyez une copie à l'écran:
«Les
langues officielles: des mots en action, Recueil de
pratiques exemplaires en langues officielles», qui
a été publié le
1er octobre dernier.
M. Eugène Bellemare: C'est très valorisant d'avoir
un certificat, mais l'administration publique
fonctionne à partir de budgets. Dans un contexte
pratique, si on a des mesures incitatives financières
pour améliorer les services dans les deux langues,
on va le faire, mais si les mesures incitatives ne sont
pas financières, on dit qu'il y a d'autres priorités.
M. Gaston Guénette: Madame la présidente, si le
député Bellemare propose d'accroître mon budget,
je suis bien d'accord.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Pour les salaires
seulement.
M. Eugène Bellemare: J'ai une dernière question, si
vous me le permettez, madame la présidente.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Rapidement,
s'il vous plaît, monsieur Bellemare.
M. Eugène Bellemare: Les aéroports
deviennent maintenant des organismes indépendants.
Comment les force-t-on à offrir des services en
français? Par exemple, comment force-t-on l'aéroport
d'Ottawa à présenter une image bilingue et à offrir
des services en français? Par image, je ne
veux pas dire des écriteaux
où on peut lire «Sortie—Exit; Toilettes des
hommes—Toilettes des femmes», mais que les panneaux
publicitaires, par exemple ceux de Mitel, de Unitel
et les autres, doivent aussi être bilingues afin que la
population qui se déplace partout dans l'aéroport se
sente accueillie dans la langue française ou dans
la langue anglaise, mais dans la langue de leur choix,
afin que tout le monde, et non pas seulement
la majorité, se sente bien accueilli.
• 1705
M. Gaston Guénette: D'abord, madame la présidente,
de par leur loi constituante, les administrations
aéroportuaires locales sont tenues aux mêmes
obligations linguistiques que si elles étaient des
ministères ou des sociétés d'État. Donc, les obligations de
service au public, dans les endroits où la demande est
importante, et les obligations de langue de travail,
dans les endroits désignés bilingues et ainsi de suite
s'appliquent. Les administrations aéroportuaires
sont assujetties à la réglementation sur le service au
public. Nous avons un réseau d'administrations
aéroportuaires que nous rencontrons régulièrement
et le but de ces rencontres est de les équiper.
D'abord, le but est d'échanger avec
ces gens sur leur situation particulière, parce qu'un
aéroport, c'est différent de la Société des postes ou
d'un ministère. Donc, ils vivent une dynamique
assez particulière et nous les rencontrons
pour discuter avec eux des façons de faire,
des pratiques exemplaires. Ce que vous mettez
sur la table, c'est l'image de la dualité linguistique
canadienne. On en discute aussi, et il faut que la
signalisation se trouve à l'extérieur pour que vous
voyiez, lorsque vous arrivez à l'aéroport, que c'est
l'aéroport international d'Ottawa. On parle aussi
de l'accueil
lorsque vous arrivez au
terrain de stationnement, que vous entrez dans l'aéroport
et que vous allez chercher votre billet, lorsque vous
passez à la consigne de sécurité et lorsque qu'on annonce
que l'avion va quitter et que vous devez monter à son
bord. C'est le genre de choses dont nous discutons avec
les administrations aéroportuaires.
M. Eugène Bellemare: À l'aéroport d'Ottawa,
par exemple, on est inondé de panneaux
publicitaires unilingues. Donc,
l'atmosphère à l'accueil n'est pas celle qu'on trouve
quand on va aux toilettes, parce que là, c'est dans les
deux langues. Mais si on se promène dans le hall
principal, on ne se sent pas accueilli si on n'est
pas de la langue de la majorité, parce que tout
est en anglais. C'est l'image que je cherche à vous
faire saisir.
M. Gaston Guénette: Je vous concède tout de suite
que la situation n'est pas parfaite. Les aéroports qui
ont un million de passagers par année et plus sont
tenus aux obligations en matière de langues officielles et nous
leur demandons, en plus des rencontres dont je vous
parlais tout à l'heure, des bilans annuels,
c'est-à-dire des examens de conscience où ils font leur
propre analyse de la situation et
nous disent ce qu'il en est.
Nous le faisons aussi à l'occasion de nos voyages. Par
exemple, la semaine passée, je suis allé à la réunion des
champions. Pendant que j'étais à l'aéroport de
Winnipeg, j'en ai fait le tour pour voir s'il y
avait des pancartes qui laissaient à désirer ou qui
auraient dû être dans les deux langues officielles
et qui ne l'étaient pas.
Il est très clair que ce que vous dites, c'est
que les annonces faites par
les entreprises privées sont parfois
unilingues. Mais les services essentiels aux
voyageurs, comme le service d'alimentation, doivent
être bilingues. Les restaurants, par exemple, doivent
avoir un menu dans les deux langues officielles. Ça,
c'est très clair. Au niveau de la promotion aussi,
le ministère du Patrimoine canadien a un rôle
de promotion de la dualité linguistique à jouer dans
l'ensemble de la société canadienne en général.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur Bellemare. Je vais vous arrêter parce que
nous avons encore deux noms. Tout d'abord, le sénateur
Beaudoin et ensuite M. Godin.
Le sénateur Gérald Beaudoin: L'autre jour, nous
avons discuté des langues officielles dans les cas où la
Couronne donne un contrat ou
un mandat. Jusqu'à quel point appliquez-vous la Loi
sur les langues officielles, c'est-à-dire l'utilisation des
deux langues officielles dans ces cas-là? Ce
n'est pas quelque chose que les ministères font de
façon directe, mais de façon indirecte, en ayant
recours à des mandataires ou à des
contractuels. Quelle politique suivez-vous
quand on délègue certains pouvoirs de
la Couronne canadienne, parce que c'est une délégation de
pouvoirs, à des gens des provinces, qui ne sont pas
bilingues ou très peu bilingues?
• 1710
M. Gaston Guénette: L'article 25 de la Loi sur les
langues officielles prévoit que les tierces parties sont
liées de la même façon que
l'institution fédérale elle-même.
Si un ministère décide de confier à une
tierce partie l'exécution d'une activité quelconque,
les obligations de
service au public s'imposent de la même façon que si
l'institution s'en chargeait elle-même.
Lorsqu'on verse des subventions à une organisation,
elle a l'obligation de tenir
compte du service au public qui devra être offert dans les
deux langues officielles.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Cette question
peut se poser en droit, par exemple lorsqu'on donne
à des firmes d'avocats le mandat de faire telle ou
telle chose. Ces firmes doivent respecter les
dispositions de la Loi sur les langues
officielles puisque c'est comme si leur travail était fait par la
Couronne directement. On me disait que dans
certaines provinces—peut-être que cela ne se pose pas
tellement au Québec—comme l'Ontario, il n'est pas toujours facile
de trouver un mandataire ou un sous-traitant qui pourra
observer
la Loi sur les langues officielles. Que faites-vous
dans un cas comme celui-là?
M. Gaston Guénette: Comme je viens de l'indiquer,
lorsqu'on signe un contrat
avec une tierce partie qui donnera un service au public,
c'est une chose. Dans la deuxième situation que vous
avez décrite, une institution fédérale engage une
firme d'avocats. Ce dont il faut alors tenir compte,
c'est si le produit que livrera
la firme d'avocats aura un impact sur le
service au public. Le résultat final doit aussi
faire face à l'obligation de donner des services au
public dans les deux langues officielles en vertu de la
Loi sur les langues officielles.
Si le document a un impact sur la
langue de travail, si on en discute, s'il devient
un document d'usage courant et
généralisé, il devra être
traduit et présenté dans les deux langues
officielles.
Par contre, il arrive parfois qu'on accorde des
contrats à certains experts à qui on demande de faire
des recherches pointues, qui n'exigeront pas
de suivi et qui n'auront
pas d'impact sur la langue de travail ou
le service au public. Dans un cas pareil, les
résultats de la recherche ne sont
pas nécessairement traduits dans
les deux langues officielles.
Le sénateur Gérald Beaudoin: J'ai toujours
dit que la Loi sur les langues officielles mettait les deux
langues sur un pied d'égalité totale. Il n'est pas
question de «là où
le nombre le justifie», etc. Les deux langues sont
officielles et elles le sont dans les
domaines fédéraux dans tous les endroits du Canada, peu
importe le nombre de francophones qui habitent une
région. On
entend souvent cet argument selon lequel il s'agit d'un
endroit où il n'y a presque pas de francophones. Mais ce
n'est pas l'égalité du nombre de francophones dont on
doit tenir compte. Ce qui
est consacré par la Loi sur les langues officielles,
c'est l'égalité des deux langues et de l'usage des deux
langues. J'imagine que c'est ce que vous
faites.
M. Gaston Guénette: Madame la
présidente, lorsqu'on a mis en oeuvre les dispositions
de la loi qui régissent le service au public,
lesquelles sont très complexes, on a réussi à
faire en sorte que 94 p. 100 des francophones hors
Québec et 96 p. 100 des anglophones du
Québec puissent être servis dans la langue officielle de
leur choix.
J'ai parlé un peu plus tôt des 3 447
points de service qu'on avait identifiés comme étant
bilingues. Ces points de service ont été établis afin
qu'on puisse desservir la très grande
majorité des membres des
communautés minoritaires, francophones hors Québec ou
Québécois anglophones, dans les deux
langues officielles.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci.
Merci, sénateur.
Monsieur Godin, s'il vous plaît.
M. Yvon Godin: Merci, madame la présidente.
J'aimerais revenir aux commentaires qu'on vient de
faire. Il est dommage que mon collègue
de l'Alliance
canadienne soit parti. Il semble qu'à
chaque fois qu'on assiste à une séance de ce comité, il
y a controverse sur les langues officielles au Canada.
On vient d'en
voir une de plus.
Il disait qu'il était un pilote privé anglophone
qui risquait
d'avoir un accident à l'aéroport. Je me demande bien
ce qui arriverait à tous les pilotes unilingues
francophones. Doit-on croire qu'ils ne risquent
jamais d'avoir des accidents? Si un pilote de
Saint-Hyacinthe atterrissait, ne pouvait pas
obtenir des services en français et frappait un
autre avion, mon collègue dirait-il que ce n'est pas
grave puisque que ce pilote n'est qu'un francophone
anyway? Je désirais faire ce commentaire afin
qu'il soit consigné au compte rendu.
• 1715
Pour en revenir à la France, je me demande bien ce qui
a incité l'aéroport Charles-de-Gaulle à choisir la
langue anglaise. Je sais toutefois que ce choix ne
semble pas les inquiéter.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Ce n'est pas
l'aéroport, mais plutôt la compagnie Air France.
M. Yvon Godin: D'accord, la compagnie Air France.
Je sais qu'en France, un stop et un parking, cela ne
les énerve pas beaucoup. Mais nous autres au Canada, il
faut qu'on se batte pour protéger notre langue.
Merci, madame la
présidente.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur Godin.
Il ne semble plus y avoir de
questions. Je pense que tous les
membres de ce comité, qui sont extrêmement intéressés
par la Loi sur les langues officielles, ont
beaucoup appris sur le Secrétariat du Conseil du Trésor
du Canada et ses responsabilités. Nous vous en
remercions, monsieur Guénette, monsieur Côté
et madame Cloutier. Merci encore une fois d'être venus parmi
nous cet après-midi. Nous attendons avec impatience
les documents que vous allez nous faire parvenir.
Parlant de documents, je voudrais simplement
signaler aux membres de ce comité qui sont encore ici
cet après-midi que le Secrétariat du Conseil du Trésor
nous a apporté plusieurs des documents dont on nous
a parlé. Avant de partir, vous pourrez
venir chercher ce qui vous plaira et vous aurez donc
accès aux mêmes documents que
les membres de
la fonction publique du Canada, si je comprends bien.
Encore une fois, merci beaucoup.
M. Gaston Guénette: Merci beaucoup, ce fut un
plaisir.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): La séance
est levée.